‹ Du beau dans la natureChapitre 6 sur 34 · I.'aih il Là POiSIB. ..I · texte numérisé non relu

I.'aih il Là POiSIB. ..I

delà couleur jouerait cependant déjà ud rôle plus élevé que chea les insectes, s'il était \ rai que certains lésards, el en particulier le caméléon, comme aussi plusieurs Berpents, offrissent !<• phénomène curieux d'un changement d'éclat ou de couleurs dans leurs brillants reflets suivanl les émotions de colère ou de frayeur qui ies agitent.

Il faut signait r aussi un progrès dans la ph] sionomie de l'animal. Les yeux, toujours au nombre de deux seulement, prennent déjà de l'expression chez quelques espèces de serpents. Gœthe parle quelque pari de la beauté du regard d'une couleuvre apprivoisée qu'il avait dans son jardin. De là sans dont'' les i léea superstitieuses, ou <lu moins l'on exagérées, sur le regard fascinateur des Berpents. Du reste toutes Les autres parties extérieures de la face et de la bouche sont, comme chez les insectes, dures, cornées et sans variété d'expression. La voix manque aussi à tous les vertébrés à sang froid, et nous ne trouvons chez eux que le bruissement volontaire mais monotone, comme le sifflement du serpent ou le coassement de la grenouille.

Nous arrivons enfin aux vertébrés à sang chaud qui réalisent de la manière la {dus complète le type animal, et chez lesquels aussi l'intelligence prend un essor tout nouveau. Toutefois ce type, dont l'homme est le plus parfait modèle, n'arrive à son entier développement (pie par une série de transitions, si bien qu'en suivant cette série dans l'ordre descendant, les diverses formes animales se présentent commeune longuesuitede dégradations de

la structure humaine. Nous n'avons à suivre cette série, en sens inverse, que sous le rajyport des éléments du beau. C'est ce que nous allons tâcher de faire en conduisant, pour ainsi dire, chaque élément, à partir de son degré le plus faible, jusqu'à son expression la plus élevée. En les voyant ainsi tous converger vers la forme humaine, nous comprendrons mieux comment celle-ci domine de si haut toutes les autres productions de la nature, par cela seul qu'elle réunit et concentre en ellemême les rayons épars du beau naturel.

L'élément de la couleur, en premier lieu, subit des modifications très-remarquables. Chez les oiseaux, il domine encore comme principal moyen d'ornement. C'est même là que, sur le point de céder le pas aux principes d'un ordre supérieur, il semble vouloir déployer une dernière fois toutes ses richesses. Rien n'égale, en effet, l'éclat du plumage de certains oiseaux, comme celui du paon ou de l'oiseau-mouche, dont Buffon fait une description si ravissante et que les Indiens appellent cheveux du soleil. Non-seulement les reflets métalliques du plumage des oiseaux sont en eux-mêmes plus brillants que tous les phénomènes de la couleur chez les autres animaux et dans le règne végétal, mais l'art avec lequel ces couleurs sont variées, mêlées, nuancées, fondues, contrastées, excite au plus haut point la surprise et l'admiration. Dans la classe des mammifères la couleur ne joue plus un rôle aussi saillant. Les teintes des poils et des fourrures sont rarement brillantes, et consistent ordinairement en nuances intermé-

i.'aist et LA P01

diaires plus ou moins ternes e\ sombres, [ci l'éléi « i < • 1 1 1 de la couleur Be subordonne à celui de la forme dont il troublerai! le caractère par ses effets trop prononcés. Un beau cheval, par exemple, ne gagnerait rien en beauté, el au contraire, si Bon manteau Be composait de couleurs éclatantes. On sent que dans ce cas-là l'attention Berait détournée de ce qui est essentiellement beau chez l'animal pour se porter sur un accessoire. Le tatouage du corps humain, si répandu chez les races sauvages, esl un exemple plus frappant encore de cette disconyenance.

C'est chez l'homme que la couleur, subordonnée entièrement à la forme, trouve sa plus haute application comme élément du beau. Partout, en effet, jusqu'ici, nous ne l'avons vue figurer que comme un ornement tout extérieur et, en quelque sorte, matériel; mais chez l'homme la couleur devient vivante. Répandue sur la face humaine en teintes d'une extrême délicatesse, elle annonce et trahit les mouvements les plus intimes de l'âme; et certes la rougeur qui colore de ses nuances fugitives le visage d'une jeune fille a un tout autre sens que les ornements les plus brillants des insectes ou des oiseaux. N'est-il pas remarquable d'ailleurs que dans la plus belle des races humaines, la race blan ■ clic, l'élément de la couleur disparaisse presque entièrement partout ailleurs que sur le visage? et la Btatuaire n'en fait-elle pas abstraction d'une manière plus complète encore dans ses créations idéales ?

Les modifications graduelles par lesquelles la

,'l D1 BEAU DANS 1. \ NATURE

fhrnu» animale se perfectionne peu à pou sont plus remarquables encore et plus importantes, parce que là se trouvent les éléments principaux de la a beauté visible. Le corps, en effet, tend de plus en plu s vers cet équilibre des divers organes qui caractérise les animaux supérieurs. Les membres, dont le nombre oe dépasse jamais celui de quatre, prennent un développement proportionné à la masse du tronc, et donnent ainsi à la forme de la légèreté et de l'élégance, sans la surcharger d'appendices qui en détruiraient trop l'unité. La tête se dégage plus librement du corps ; elle prend la position dominante qui lui appartient comme au siégede l'intelligence, et, par la physionomie, elle révèle de plus en plus le souffle invisible de l'âme. Chez les oiseaux, les moins parfaits des vertébrés à sang chaud, l'élégance et la légèreté de la forme résultent naturellement des conditions de leur vie aérienne. Le peu de volume de leur corps comparé aux dimensions des ailes, la ténuité de leurs jambes, la longueur relative de leur cou flexible, tout concourt à leur donner ces formes gracieuses qui les distinguent, soit à l'état de repos, soit surtout dans leurs mouvements. Ce qui place l'oiseau au-dessous du mammifère, en ce qui concerne la forme, c'est que celle-ci ne se montre pas encore sans intermédiaire, et en quelque sorte à nu. Le manteau déplumes qui recouvre l'oiseau, et qui tire son principal effet de ses couleurs brillantes, dissimule des formes encore trop imparfaites pour se laisser voir immédiatement. Une aut re infériorité relative, est celle de la phvsiono-

L*AM 11 LA POiOl

nie qui, chez l'oiseau, Be réduit à l'œil. Le regard de l'aigle est devenu proverbial; nais la nature

.solide du bec nie toute mobilité à la physionomie, ci par conséquent tout moyeu «I • ion. L'oi-

seau, bous ce rapport, se trouve placé au même ran ■ [ue le reptile, le poisson et l'insecte; (liiez les mammifères, considérés à part, le pro- - de la forme, au point de vue esthétique, suit une autre loi que celle du progrès organique. La marche parallèle de ces deux lois de progrè confirme sans doute pour l'ensemble des grandes classes du règne animal; mais dans l'intérieur de chaque classe, on nelavoil plus régner d' une manière aussi régulière. Je crois qu'il faut en chercher l'explication dans cette notion du type et de la beauté relative qui exerce une si grande influence sur nos appréciations. Ainsi que nous l'avons remarqué déjà, les fermes intermédiaires entre des types bien déterminés nous déplaisent en général. Or, le Mai type, non pas physiologique mais esthétique, du mammifère, c'est celui du quadrnpède, chez lequel se trouvent réunies les conditions d'une juste proportion des membres et du corps, d'une grandeur convenable relativement à nous-mêmes, et d'une certaine liberté dans le port et la démarche. Nous le trouvons réalisé, de manière à produire l' impression du beau, chez plusieurs carnivores, comme le lion, letigre, etc. ; chez quelques ruminants comme le cerf, l'antilope, le taureau, et, au degré le plus élevé peut-être, dans le cheval. De quelque manière que ce type se modifie, soit en descendant vers les amphibies et les

cétacés qui se rapprochent des poissons, soit en s'élevanl verslaforme humaine, chez les makis et les singes, il déchoit sous le rapport du beau. Nous ne saurions admirer ni le paresseux qui se traîne comme un reptile, ni le pangolin et le tatou avec leur cuirasse écaillée comme celle des lézards. I. a chauve-souris, placée si haut dans l'échelle de l'organisation, nous semble fort laide avec ses ailes membraneuses et son visage presque humain. C'est pour nous une caricature à la fois de l'oiseau et de l'homme. Le singe, le plus parfait et le plus intelligent des animaux, ne nous paraît qu'un homme manqué. Nous le comparons au type supérieur dont il se rapproche plutôt qu'au type inférieur dont il s'éloigne, et en conséquence nous le trouvons laid.

Il e.it à remarquer que les formes du corps ne deviennent réellement belles chez les mammifères que lorsqu'elles ne sont plus voilées par une enveloppe extérieure, soit d'écaillés, soit de poils longs et touiïus , soit de peau dure et épaisse comme chez les pachydermes. Les plus beaux quadrupèdes ont le poil ras, de manière à laisser voir le détail des formes et le jeu des muscles. Ce n'est qu'ainsi que le corps se montre pénétré par la vie dans toutes ses parties. Chez l'homme cette complète vivification des surfaces extérieures, cette délicatesse de la forme achevée jusque dans ses moindres détails, coïncide avec l'absence de tout vêtement naturel qui en déroberait quelque chose à la vue. La nature, comme le sculpteur, semble voiler son œuvre tant qu'elle n'est pas accomplie,

i/art et i.v POisiB. 57

et De la révèle tout entière que lorsque Bon but

uteint.

( i\ dans la physionomie que la vie se montre de la maniéré là plus immédiate, ondi-

dépendenl principalement de la structure il * * la tète et de la mobilité de la face. Les quadrupèdes les plus parfaits <>nt seuls de l'expresnoo, parce que chei eux seuleraenl les traits deviennent mobiles. C'est aussi « hejs l'homme que cette mobilité est la plus grande^ surtout Sans les muscles de la bouche et des lèi res; de là cette infinie variété d'expressions qui n'appartient qu'à la face humaine. L'œil, qui constitue comme [ejjoint de vie de la physionomie, n'arrive également que chez les animaux supérieurs, et chez l'homme en particulier, à ce langage puissant et magique dont DOUS sommes loin de nous expliquer toutes les

C'est {Kir le degré d'ouverture de l'angle facial que la structure de la tète influe surtout sur la physionomie, parce qu'il en résulte une prépondérance plus ou moins grande de la partie supérieure du visage où règne l'intelligence, sur la portion inférieure et plus spécialement animale. La grandeur de cet angle croit avec le volume du cerveau et avec la position de [mis en plus verticale de la tète: et il est très-remarquable que l'intellig de l'expression chez les animaux et sa beauté chez l'homme, suivent la même progression. La race blanche est celle dont l'angle facial est le plus ouvert ,80 degrés : et l'on a souvent fait observe! que les sculpteurs grecs n'ont atteint a cette beauté

idéale, à cette intellectualité d'expression qui distingue leurs divins ouvrages, qu'en dépassant la nature elle-même, et en portant l'angle facial à 90el même à 100 degrés.

i n autre élément du beau qui dépend immédiatement de la forme générale de l'animal, c'est le ivement La légèreté, la grâce, la majesté du mouvem \\t résultent de la légèreté, de la grâce et de la puissance de la forme. Pour être beau, le mouvement ne doit rien avoir de foicé ; il faut qu'il soit la libre expression de la volonté. Ce n'est qu'ainsi qu'il prend une signification, en exprimant la vie intérieure de l'animal. Chez l'homme cependant le mouvement s'élève plus encore ; comme le regard, comme l'expression du visage, il devient un langage riche et varié. Le mouvement réglé par la pensée ou animé par la passion, c'est le geste, qui accompagne et complète, avec l'expression, le sens du langage articulé. Soumis à la loi du rhythme et de la mesure, le mouvement devient même l'élément d'un art particulier , la danse, qui, sans être placée sur la même ligne que les arts plus élevés, a mérité cependant d'être mis sous le patronage de l'une des neuf Muses. X" H nous reste à voir encore ce que devient le son chez les animaux plus parfaits. C'est là peut-être celui des éléments du beau qui, dans cette sphère, se développe avec le plus de supériorité. Jusqu'ici, en effet, nous pouvions considérer la nature comme muette, puisque le son n'était encore qu'un bruit, sans signification et sans valeur intrinsèque. C'est • chez l'oiseau, pour la première fois, que le son de-

Page 1