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deux cents ans après que ce morceau était sorti de la palette de Pausias , il n'eût pas été , dans toute Athènes , ai mince ouvrier qui n'eût saisi la différence de Touvrage étr^ger à un ouvrage grec, et qui n'eût rapporté Tun et l'autre à sa véritable origine.
De ce commerce plus ou moins fiivorisé par les mœurs , entre le public et les artistes, se forme le goût du siècle ; de là , il résulte anssi que le même siècle qui produit les habiles peintres et statuaires fait naitre aussi pour eux de dignes appréciateurs. Il s'est montré peu d'hommes , sur la terre , autorisés réellement à se plaindre du public qui leur a été donné ; car le goût de création, et celui d'examen marchent presque toujours d'un même pas. Appuyés l'un sur l'autre, ils semblent avoir sucé la même mamelle. Cependant ils ont des caractères distinctifs. Lent à concevoir , celui c{ui opère ne se décide qu'après avmr envisagé son sujet sous
fleurs occupée k faire des guirlandes et des couronnes pour les repas. Aussi , ce morceau ëlait connu à Athènes , dans le commerce Se tableaux, sous le nom.de la Jaisettse ^ comme nous disons la jardinière , d'une madone de Ra phaèl.
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tout€s les faces ; prompt dans ses aperçus ^ celui qui juge laisse plutôt échapper son opinion qu'il ne, la» motive. Le premier est le fruit du sentiment mûri par la réflexion , sans quoi il serait défectueux ; Tautrene connaît que le sentiment , parce que pour voir, pour entendre , il n'est nul besoin de réflexion ; il . s'agit seulement de savoir comment on est ému ; et alors la manifestation de cette émotion , dans la bouche de chacun^ devient une sentence sans appel. Par cela même, ces deux sortes de goût se ressentent de leur origine commune ; tous les deux peuvent se perfectionner , l'un , à force de composer , l'autre à force d'exercer sa vue , et ainsi se devront-ils encore leurs progrès réciproques..
Avant que nous eussions un musée , avant que les chefs-d'œuvre d'Italie nous eussent apparu, à peine cinquante hommes à Paris se connaissaient-ils en tableaux et en statues. Quand nous nous exprimons ainsi , nous n'entendons pas dire qu'ils fussent dans le cas de disserter sur les produits des arts ("c'est l'affaire du cabinet) , mais qu'ils prissent un véritable plaisir à leur examen.
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^\ n'y a pas de viUe de dix mille âmes en France qui n'en renferme à présent davan-4 tage.Tout cela ûent à la natnre des idées remuées dans les esprits depats trente ans, et au mouyement qui s*est opéré|Étas les positions sociales. Par suite de la di^mina- ^on des fortunes , et du libre exercice de i industrie; mieux logés, mieux vêtus , mieux nourris, plus de citoyens sont heureux, et à plusieurs il faut un bonheur plus délicat «pi'autrefois. L'épuration du goût est la con- ^qneqce de l'amélioration ^Hkla destinée publique. Concentrez encor^^s fortimes ^ns un petit nombre de mains : les moinei^ *t les grands de la cour vous demanderont des tableaux , et Dieu seul sait quels tableaux "S vous demanderont ! d'un autre côté , lorsque , pour toute félicité , l'on n'aspire <l^'à^siper le dimanche , à la.giiinguette , 1 économie des six premiers. jours de la semaine, Ton épuiâe son admiration sur des Ostades et des Téniers • en admettant encore
W l'on soit dans le cas d'admirer quelque
chose.
■Nous nous réservons de traiter plus amplement cette partie morale des arts , au cha-
fia Dtj Gott
pitre de Tëcole française , et à celiii de Tel'* T)res8ion.
Le vrai goût ne marchera jamais sans une fidèle appréciation des rapports , des convenanceS^e la destination de Fobjet , et des moyens qui y conduisent. Nécessaire à ceta qui cultivent les arts , il ne leur suffit pas. S'il n*est accompagné du génie qui conçoit , et du talent qui exécute, il ne nous offre en eux que le simple mérite d'un juge appelé à pronc^cer pertinemment sur les ouvrages sou^A:à son examen. Cette réuiiion de qualités est fort rare, et on ne la rencontre que dans le petit nombre d'artistes et d'hommes de lettres sur lesquels le ciel a jeté un tegard d'amour. On peut donner Tétre à Une excellente production où un goût éclairé trouvera une juste matière à la critique; mais encore il est probable qu'on n'y aura pas péché contre le goût du siècle. Nous sommes persuadés que Rubens , Vandick ^ le Guerchin, le cavalier Bernin, Paul Yéronèse , et le Titien lui-même^ plus grand qu'eux tous , dans leurs écarts ont peu encouru le blâme de la génération contemporaine.
Quant à Michel-Ange, il est hors ligne. Son
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génie a eu presque le privilège des mouvemens impétueux et désordonnés. Admis au jugement de 13 1 eu, il nous y traîne; initié à la sagesse de SLnaï , il nous fait trembler de- Tant son interprète: raisonnez , dissiez ensuite , criez contre le défaut de goiit de l'artiste , coùtre ses muscles en saillie angulaire, ses raccourcis multipliés , demandez à vous restituer contre la surprise qu'il vous a faite , il n'importe ; Buonarotti a touché au but , il a ému : sans vous la demander , san» l'obtenir de votre main , mais a^ré de votre aveu même , il s'est saisi de la palme immortelle des arts , il a régné par la terreur.
Plus d'une fois, dans le même ouvrage, les lois du goût sont enfreintes et respectées. Si les torts tiennent au sentiment , l'universalité des spectateurs en sera juge; s'ils blessent simplement des conventions , un jury plus éclairé prononcera la sentence.
C'était une idée assez heureuse , puisqu'à Versailles on voulait un bassin dans lequel l'eau se répandît par des figures de monstres aquatiques , de supposer que celles-ci représenteraient les paysans de Lycie qui , après avoir outragé Latone, furent changés, par
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cette amante de Jupiter, en grenouilles et en poissons. On a assez bien saisi les divers degrés de cette métamorphose dans une pièce d'eau voisine de la. grande terrasse ; mais^ ce que Ton- n'imaginerait jamais , au lieu de figurer le tertre et la fontaine près de laquelle s'arrêta cette déesse, poursuivie par la colère de Junon, on s'est contenté de placer sa statue au beau milieu du bassin sur un piédestal de bronze. Dès lors la chaîne des idées est rompue, et toute illusion est détruite* Pour peu ^ue cela Vous convienne, travaillez sur des sujets tirés de la fable ; car , bien qu'ils aient un peu vieilli , de .longtemps on ne fera mieux : mais encore fautil que vous montriez autant de fidélité his-^ torique que vous le permettent la matière et l'espace mis à votre disposition.
Il nous semble que le beau tableau de la Didon , écoutant le récit d'Énée, n'est pas exempt du précédent reproche. L'auteur de cette composition à pris rang parmi les artistes de l'Europe qui ont le plus de goût ; ainsi il y a quelque témérité de notre part à l'attaquer sur son propre terrain ; mais on s'endort quelquefois dans les meilleures posi-
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tlons, et le plus faible adversaire alors en profite.
Dans le sujet traité , Virgile était une au^ torité à respecter ; c'était même la seule à suivre ; et au lieu de ce lit (torus) du haut duquel parlait le fondateur de Rome , je vois un Ënée à figure soldatesque , assis sur un fauteuil moins grec que gothique. Je me per> mettrai de demander à M. Guérin pourquoi le vêtement de sa Didon se compose d'une petite étoffe semée de bluets, telle qu'en porterait en été une jeune fille de Vaugirard , tandis qu'il devrait me présenter quelque chose d'élégant et de réginal tout ensemble? n'était-ce pas ici le moment de dérouler à mes yeux la pourpre de Tyr et de Sidon , dont parle plus d'une fois le poète latin , dût l'étoffé, insensiblement chassée par là chaleur d'un beau jour d'Afrique, et peut-être par celle de la passion , être descendue aux pieds de la fille de Bélus , pour laisser entrevoir une draperie plus légère , par laquelle le nu serait accusé ? Je recon-, nais une mitre sur le front de la veuve de Sichée : cette partie du costume est observée ; pourquoi l'autre ne le serait-elle pas ? certes
on ne saura pas gré à Tartiste d'avoir donné au héros troyen un aspect tendu dans son attitude peu noble et trop juvénile. On serait tenté de croire qu'en manquant ce personnage , ÎT 3^. a dix-hui^ siècles , Virgile lui a porté malheur. Personne après lui n'y peut toucher; il ne réussit pas mieux sur la toile qu'au théâtre. yr
La tâche de.la justice , de la sévérité même est achevée. Disons maintenant qu'il n'y avait qu'un homme d'un grand talent et d'un goût exquis oui pût ordonner et Tensemble et les détails de cette composition. Elle est vraiment belle cette reine de Carthage ; elle est belle de ses charmes naturels ^ de ses grâces formées ; elle l!est encore de l'amour qu'elle aspire à longs traits, en écoutant le fils d'Anchise! enivrés de volupté, ses yeu qui commencent à se charger de langueur, s^téte doucement inclinée, sa bouche qui seule décèlerait le trouble de son âme , annohcent le triomphe de Vénus, bientôt h sa proie attachée; et cette figure de l'amour qui touche à peine à l'adolescence, comme «lie est spirituelle ! quelle douce et cruelle perfidie brille dans son regard ! le dieu dé^