BAN9 LB5 ARTS
quelques héros des premiers sièci«fi, tête que Clélie et Horatius Codés, puis à des person-^ Qa§es consulaire , neprouTent tien en faveur de rétat de la sculpture romaine vers ces époques. Elle dut être alors ce que hit la nôtre quand on plaçait ausâ ia grossière image des pnnces méroTÛigîens et carloyingiens sur le p<»:tail des temples. Il parait en effet que cent quarante-six ass arant l'ère nouyelie , c'està-dice «eixe siècles ayant les pontificats de Jules II et de Léon X , les connaissances en tabkaux. et en statues étaient peu répandues dans cette capitale^ déjà fiuneuse par ses conquêtes ; du moins «ommes-noua autorisés à le croire lorsque, vers cette époque, nous ▼oyons Lucius Mommius déclarer avec menaces aux gardiens chargés de. ia conduite et de la direction sur Rome des cheft-d'œuvre dont il dépouilla Corinthe, qu'il les <Mi~ gérait an- remplacement des objets avariés. Nous avons déjà dit à quelle cause morale tenait ce ^retard dans les idées.
Toute naiûatt chea laquelle te sentiment
pailera avec promptitude et Vivacité passera
-ponr avtHr du goût. A. ce fÉtr« les Français
réclaonisnt im droit de priorité dans la pos«
QS DU COCJt
session d'un tel bien. Toutefois nous ne le leur accorderons que sous une résenre , c'est qu'ils vivront dans des jours où l'esprit de convenance , dont ils sont éminemment pourvus , n'aura pas été faussé par leurs mœurs et leurs habitudes. N'a>t-il pas fallu, en effet, que Fr^çois 1^^. et; les reines- Médicis vinssent nous révéler les premières notions des beaux-arts , et appelassent pvèê d'eux des artistes étrangers, pour nous détacher de ces lignes sèches, de ces attitudes pleines de raideur, et plustard de ces airs guindés qui obtenaient aussi l'approbation des prétendus gens de goût de ces époques ? L'apparition à Paris de Jean Goujon sous le règne de Henri II serait un phénomène inexplicable, si l'on n'admettait que ce sculpteur, sur la vie duquel les traditions se taisent , eût fprmé son goùtàBtome, par l'étude de l'antique. La ligne flexi}>le , les contoursgracieux de ses nymphes, la légèreté- de leurs draperies^ auxquelles on serait tenté de trouver de la transparence , le nupresque en mouvement sous cellesf-ci,. le relief et la rondeur des figures, conquis par le ciseau, • à bien dire^ sans que ce soit aux dépens de
2)AN« I.SS AATS. €9
Xa matière , rendent la fontaine des Innocens ^^at des beaux jours de la scôlptore ancienne. Athènes n'a peut- être rien possédé <le supérieur aux Cariatides du même artiste <2ui*fioutiennent la tribune du mnsée des statues. Jeau Goujon Ait-il apprécié, fut-il persécuté pendant qu'il vécut 2 nous l'ignorons : nous savons seulement qu'en sa qualité de calvinis^ , le jour de la Saint-Barthélemi il fut tué sur son écha&ud , d'un coup de carabine , ce qui prouverait que le culte et la religion des arts, étaient alors bien peu de chG%e en France.
Combien dé contrariétés, même d'outrages, le talent n'a-t-il pas eu à dévorer, q^uand il est venu lutter, avec ses compositions nobles et simples , contre les productions maniérées de l'école française ! Ainsi le Poussin, assujetti à dessiner des arabesques aux «Tuileries., et des reliures de livres pour la bibliothèque royale , condamné à décorer des panneaux d'armoires et des trumeaux de cheminées,, abreuvé de mille dégoûts, se hâta de retourner à Rome. L'histoire ne Ta point Mâmé d'avoir changé depatrie. Chose remarquable I il n'y a que la culture libre des îvrt&.
7Ô irtJ ôocT
qui pttisse justifii^ «in tel abandon ; car celui-là BWSÂt hstns excuse qui, dti préjuificè de son ptty«, dérouerait l'épée dti guerrier, Ift science an publteiste , on le talent du diplomate, à la défense d'une natibti étfangèlre. Les privilèges du ciseau et du pinceau font seuls exc^tion à cette loi.' Lèà artistes qui manient Tun on Tautre se plaisent à vivre avec les chefs-d'cefuvre de la Gtècé et de ritalie; ils se con^^olèn» -ft»st^ facilement d'être éloignés du sol natal, au dont murmure des iHoges prodigués à leurs propres ouvrages ; ils se plaisent même à embellir dès villes étrangères, et ils se le pàf donnent sans peine. Il n'en est pas àinài des hommes qui tiennent la plume ; moins heureux , ih soupirent au souvenir des objets chers à leur enfance. Dans leur éloîgneinent, tout est regret polir leur coeuf , solitude pour leur esprit. Ils pleurentlapatrre absente ; et etrâiis, comme des ombres , à la vue de ses frontières ou de ses rivages , Os finissent par demander un tombeau à la terre qui n*a pas voulu leur donner un abri *.
Il 111 I ■! ■ . ,,im .1 ■ I ■ —
' Plusieurs peintres , en faveur de Home , ont renooc»
DAIU ZM AKTS. -ji
liga de ce qu'était le goût en France , qiUjid,peii[sniTipai: Voni^ileFoiiuin éuit liduttliTet de repceche sesçoa^iositions dant K que leur st7le offrait de pin* élevé <(<!> plu digne de leur HijetlAûui âcriTmitil, CD réponse aux critiqaei dirigées contre son CAntt glorieux :
• h ne puis ni ne drà me représenter le " '^'uût , en qn^qne situabon que ce soit , ' «M la figore hypocrite et dolente d'un • uctaire on d'un moio* mendiant ^ lorsque > je lis qke , durant son séjour sur la terre, °tl était presque impossible de supporter ' l'éclat de son visage. ■
Ailleurs oette plainte s'échappait du plus profond de sou âme :
" Je travaille tantôt à une chose , tantàt à ' une antre. Je ferais cda volontiers ; maii y. on me presse pour des dioses qui deman- ' dent,4hi temps et de la réflexion. Je vous ï assure que si je reste locf-temps dons ce
™lont»imil«i»tàl«irp«tria:imill«oalj«imt « ipw bdui prétndiHU dire^ uda «mpieiidn àua ce nombre un au- Itar dont nou» «uron. pliu d'une fois <.c™Lon a* p.rler , tt ^ . du fond de mb ciU, b cntore enrichi U FiuKf it
j2 DU (Jour
» pays , je deviendrai barbouilleur comme les r> autres. Quant à l'étude et à Tobservation , » soit d'après l'antique, soit d'après la na- » ture y ce sont choses, inconnues ici ; et qui- » conque, veut étudier et devenir supérieur 1» doit aller se former Hors le pays. »
Un peu plus tard , il ajoutait :
« Les travaux que l'on m'a imposés ne sont » pas assez importans , pour qu'on ne me les » fasse pas quitter , quand il faut surveiller » des dessins, de tapisseries. Je désirerais » avoir à faire quelque chose où jel|>ourrais » faire entrer de grands et de nobles sujets ; » mais à dire vrai , il n'y a rien ici qui mé> » rite de m'y fixer long-temps. »
On tenait à Paris le poète et le philosophe de la peinture ; c'était à la fin du règne de Louis XIII ; on se piquait, alors, presqu'autant que jamais de bon goût ; la cour et la ville croyaient sacrifier à cette divinité; et après l'avoir occupé à des niaiseries, on laissait s 'en aller, avec une absence de regrets réciproque, celui qui pouvait nous donner une école et des chefs-d'œuvre! Quelques gens à fracas s'étaien t emparés du public: il dut échapper au Poussin.
Le Sueur fut-il mieux ttaîté ? trouva-t-il
rLssS»* • -^ ; ' ' • '■C" .T^ -•• 'v '
^c*rf '■' " f^' "
•■■••Tf
-: -crises» ."7,
Je
îv.a^
..*Uf
rf *
, •.5;ÀJ."'
i. . 'e'-tS^^
» -: »\^Vi. ('■-"" f^
5ÎI ..t-
t'ul> ^ ^ ••
j , .■ •? y P' '.Si ■-. ^"
fc
DANS LES AUTS. 78
des connaisseurs plus instruits ? non. Pur dans ses contours comme Raphaël , simple et touchant dans ses expressions comme lui, au même âge il a vu finir sa carrière pré* coce { mais il lui a manqué une conformité de destinée avec ce grand homme , celle de jouir de sa gloire , ainsi que le peintre du Vatican a été présent à là sienne. Ce n'est que long-temps après sa mort que Le Sueur a été apprécié. Pendant qu'il tenait le pinceau , le goût n'était pas assez formé pour qu^on fut juste à son égard. L'envie s'alarma pourtant ; elle mutila le chef-d'œu^Te du cloître des chartreux , où l'auteur avait déposé trois années de sa vie ou plutôt de son génie. Elle feut tort ; c'était un anachronisme chez elle, car il appartenait à un autre siècle de comprendre ce que valait cette admirable production.
Quand nous voyons la grille de fer qui sépare de sa nèfle chœur de Sain t-Germainl'Auxerroiis , ne devons-nous pas nous former une bien triste idée du goût de nos aieux , puisque les marguilliers de cette paroisse furent assez barbares pour chercher le prix d'une misérable clôture dans la vente
fieaux-Arts. I. ^
à l'étranger du beau martyre de saint Laurent y peint par rhistorien de saint Bruno, et dont ils avaient le malheur d'être les propriétaires ?
. Plus d'une fois , le goût a semblé d^rter sa terre classique , ou y faire au moins des absences , si on en juge par les tribulations qui ont éprouvé quelques grands peintres d'Italie. On n'apprendra pas sans une surprise mêlée d'indignation que l'un des trois premiers tableaux du monde , la communion de saint Jérôme y a été long-temps enseveli par des moines dans la poussière d'un grenier ; que , riches de ce trésor dont ils étaient indignes , et voulant une autre composition pour leur maître-a«tel , ils envoyèrent , au peintre chargé de ce travail , le chef-d'œuvre du Dominiquin, comme de la vieille toile sur laquelle il pût opérer à son aise 9 et que Tartiste, le replaçant religieusement de sa propre main à l'endroit dont des bras sacrilèges l'avaient arraché , mit fin à cette profanation ! les moines étaient ceux de San Girolémo délia Carità : l'artiste était le Poussin.
Nous sommes prêts à nous prosterner de^
DANS LES ABTS. 7 S
>raiit un homme qui, avec une simple brosse, a peut-être agrandi le champ de la pensée liumaine : ce respect ne nous empêchera pas de regretter que Fadmiration de Jules II , en faisant efl&cer plusieurs morceaux de Sodoma dans les salles du Vatican , pour y substituer les ouvrages certainement «upérieurs de Raphaël , ait ainsi anéanti des compositions d'un grand mérite , autant qu'il est permis de le conjecturer par de beaux restes, où brillent la pureté des formes , et la noblesse de l'expression. Telle est l'idée que nous en avons prise sur les dessins de M. Richomme , artiste qui manie avec une égale habileté le erayon et le burin, et que nous croyons appelé par une mission expresse à prolonger l'existence de Raphaël. Sodoma , sans doute , eut du talent : il sera oublié ; il l'est déjà , puisqu'aucune des biographies modernes n'en fait mention. Tout son malheur aura été de s'être trouvé sur les pas du peintre d'Urbin ; au moins » c'est mourir d'une belle mdrti
Il faut des alimens au goût, et tous ne lui conviennent pas. S'il ne s'améliore , il se dénature ; s'il n'avance , il recule par la néces-
site même où serait l'art , arrivé au point de periection , de se livrer à des tentatives trop souvent périlleuses , pour nourrir la curio- «ité des esprits. Il est encore à remarquer qu'un continuel échange d'idées se faisant entre le public et l'artiste ou l'homme de lettres , dès que cette double réaction ne tourne pas au profit du goi\t , elle doit en amener la décadence. Par exemple , nous croyons que la corruption de la cour , à la fin du dernier siècle, a été très- funeste aux arts , transformés par elle en instrumens de jouissances ignobles ; et que la nouvelle direction imprimée à là peinture et à la sculpture, au contraire, a servi les mœurs, donne un plus digne emploi à la pensée , et répandu , dans toutes les classes de citoyens , des connaissances auxquelles elles étaient étrangères.* Le public de France , sans trop de peine , s'est laissé pousser vers cet ordre d'idées; occupé de choses plus sérieuses que par le passé , il demande aussi des conceptions plus fortes à ses artistes. S'ils ont commencé son éducation , il achèvera la leur , à moins que ce mouvement, déjà retardé par une fausse politique, ne s'arrête bientôt pour de.
DàIi^s les arts. 77
Venir rétrograde. Alors nécessairement nous retomberons dans l'affecté , le froid , le mesquin et la fausse grâce. Les symptômes de cette dégénération du goût ne commenceraient-ils pas à poindre dans les sujets traités , et dans ceux qui les indiquent ? Si Bouclier , envers lequel là nature ne fut pas trop avare de ses dons, et qui ne manqua pas même de talent , sortait de la tombe ; s'il était interrogé , il pourrait dire par qui il a été corrompu; du doigt, il montrerait l'œilde-bceuf , U montrerait les petits apparteroens de Luciennes et de Marly.
Nous ne saurions nous empêcher d'obser- "^fir que le goût d'une nation , dans les arts " imitation , dépend beaucoup de son -état politique : où la généralité des citoyens participe à celui-ci , il résulte , pour tous , une alliance naturelle des intérêts. De là , ncces- ^«■ement , plus de rapports s'étalniront en- ^ ies habitans d'un même pays ; plus d'i- "^es leur seront communes , et l'intervalle ^ les sépare ailleurs , s'effacera tous les jours par la fréquence des communications, ^ans les étals anciens , on ne connaissait ^ère ni pauvres ni mendians. Aucime su-
périorité qui ne Tint de la loi ou du mérite acquis; aucune profession qui fïït réputée ignoble. Une simple marchande de fleurs y recevait les honneurs d'une statue ou d'un portrait comme un célèbre général pu un vainqueur aux yeux olympiques. Ainsi Glycère fut peinte par Pausias; et Lucullus, au rapport de Pline le naturaliste , assistant «nux fêtes de Bacchu& à Athènes , paya une copie de ce tableau I^ somme énorme de dix mille huit cents francs dé notre monnaie. !Nous ne disons pas que tout soit à approuver dans ces mœurs ; nous soutiendrions encore moins qu'efles fussent appliqua)>les aux grandes sociétés modernes ; mais. certaine*^ ment elles favorisaient le gc^àt ; elles tetidaient à le répandre d'une manière uniforme en intéressant là nation entière au succès de ses artistes. !Nous avons l'intime persuasion que , s'il avait été possible d'exposer sur le Céramique une statue romaine > ou un tableau dé cette école, à l'époque où le consul se faisait adjuger la copie du portrai t de Glycère ^ , c'est - à - dire plus de
' L'artiste avait représenté cette jeune marchande de