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fils d'Anchise est ailleurs entouré. Le poète (et ce n*est pas de Virgile dont je parle cette fois ) a senti que de tels acteurs refroidiraient trop la scène , et il les a adroitement écartés. Mettez un autre Énée âur ce siège auquel vous donnerez une forme plus antique ; jetez une autre draperie sur les genoux de cette reine , et , dans ce siècle , rfen de plus beau ne sera sorti d'une palette. Puisse le vieux Saturne en respecter les couleurs ! jmisse son ailé les effleurer à peine ! elles sont si fondues et si légères, qu'en cela notre vœu n'est peut-être pas déplacé.
jVous ne saurions écrire un chapitre sur le goût* sans parler de M. Gérard. Nul artiste n'a plus que lui le droit d'y paraître. Le citer , c'est à la fois prendre une leçon et en donner une au lecteur. Tout Paris a vu le tableau emblématique des trois âges ,' nous en avons l'estampe sous les yeux ; essayons de faire passer dans nos lignes le charme de cette composition plus sage que la précédente et non moins riche de poésie. Ce sujet a exercé la plume , les pinceaux et l'ébauchoit* des écrivains et des artistes de toutes les nations qui ont une littérature
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et des écoles de beaux>arts : nul ne s'en est saisi d'une manière aussi heureuse que l'auteur français. Nous sommes fondés à croijre que son ouvrage n'ar pas obtenu toute l'attention à laquelle il avait droit. En fait de richesses de cette nature , pour un peuple , posséder n'est rien. Il faut encore apprendre aux autres que l'on possède ; il faut dire que c'est un fruit du terroir ; il faut même le murmurer à l'oreille des geils du pays : car , il n'en est pas d'un beau tableau comme d'une fleur enfermée dans la serre, d'un Hollandais, ou connue d'une belle odalisque réservée , sous une garde qui l'avilit , aux plaisirs d'un seul homme. 'Le véritable prix ' d'un morceau de peinture ou de sculpture , c'est le suffrage public. Être connu , c'est mieux qu'être payé. Peut-être l'arbre des beaux -arts demande -t -il à être cultivé dans la solitude ; mais certainement il ne peut fleurir qu'au grand jour , ni se reproduire que sous le ciel chaleureux de l'admira tion.
Le tableau de M. Gérard se compose de quatre figures : un enfant qui vient de naître , une jeune fefnme , un homme qui entre
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dans la force de l'âge et un vieillard. Atf moyen de Tune de ces figures , l'artiste a lié sa composition , lui a donné un caractère d'unité et y a renfermé un sentiment doux , mais très- expressif.
Le site est antique , comme le costume des personnages. Quelques montagnes s'aperçoivent à l'horizon; une ville encore éloignée se montre à leur pied ; un lac , ou une anse de mer vous en séparé : vous êtes en Grèce ou en Italie. Devant vousi une faimille de voyageurs s'est arrêtée, à l'ombre de quelques arbres , sur les ruines d'un monument dont l'architecture fut imposante. La jeune femme, dans les cheveux de laquelle sont tressées des fleurs , emblème des grâ<:es de son âge et de la douceur de son commerce , tient sur ses genoux un enfant nouveau-né , enveloppé dans un.voite; l'un de ses bras repose sur l'épaule d'un vieillard , auquel sans doute elle doit le jour , et qui est assis avec une sorte d'abandon propre à indiquer la fin des grands mouvemens de l'existence; tendant l'autre bras vers un jeune homme, dont le torse se dresse fièrement sur un débris de colonne; elle lui prend la main. D'un
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conp-d'œil , an a vu que le premier de ces gestes promet tine bienYeillante protection ; qtte le second, en la demandant , dît qu'on y a droit, comme mère, comme épouse et comme amie« Ainsi des soins tendres sont fissurés à toutes les époques de la vie; ainsi la chaîne d'amour qui embrasse toute la ùlmille est formée ^ et c'eftt la femme qui en est le premier anneaUé
Au milieu de ces ruines , la tête du vieillard, pleine d'une mélancolie religieuse « semble méditer sur les choses passées. Il fut jeune aussi, îl fut vaillant; c'est ce que répétaient les anciens de Sparte dans le refrain de leurs rondes ; mais il avance vers le terme de sa course , et cette pensée inquiète perce dans ses traits ; la confiance de l'Age anime , au contraire , ceux, du jeune époux, à peine assis sur le socle, et comme aspirant à Tagitation de la vie : cependant celui-ci ne manque pas de gravité : le soin de la fiimille lui appartient ; il a regardé TenÊint qui dort sur les genoux de sa compagne; il la regarde elle-même; et ce coup dWl <& qu'il remplira ses devoirs. Qui n'a discerné que, sous W pinceau , la position du vidUard et de la
femme est fixée, ainsi qiTelle l'est effeeti' vement dans la nature, et qu'avec la même vérité l'artiste semble avoir livré au mouvement des passions et des intérêts cdle da troisième personnage ? il est prêt à continuer la route, lui! s'il n'en prévoit les accidens, d'instinct il les désire ; quels qu'ils soient, en esprit il les attaque , il les surmonte; ses forces l'importunent; il va marcher.
Figuï'es, costumes, expressions^ opposition des formes, consonnances résultant de cette opposition ; variété dans la composition , rassemblée par un seul nœud vers lequel, on se dirige d'abord , et auquel on aime à revenir, parce qu'il en consacre l'unité; harmonie de la pensée avec le sujet, du site. avec l'un yct l'autre; tout ici semble dérobé au Poussin. Nous osons affirmer qu'il n'est pas un seul de ses ouvrages sur lequel le peintre des Andélys ait répandu plus de charmes , et qu'il en est peut-être bien peu où il ait mis autant de goût. Le seul reproche à faire à. ce tableau est dans le titre banal -qu'on lui a dpnné^ Un seul mot en eût caractérisé le touchant effet; il fallait le nommer. La Femme; car^ ici, M. Gérard
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Taprésentée» non-seulement comme la mère, mais comme le lieu sympathique de Tespèce hmnaine^.
C'est ici le cas de déclarer que Ton' doit à M. Dayid le rappel de Técole française aux notions du goût. Vainement a*t-on voulu dater du professorat de M. Yien le commencement de cette régénération. Les temps n'étaient pas encore accomplis. Puis ,. il fallait une autorité secondée d'un plus grand talent, pour nous rendre sensibles les beautés du style antique ^ et celles d'une nature imitée, comme Raphaël et leDominiquin savent imiter. Si l'auteur des Sabines ne s'était trouvé tout préparé à donner , par ses propres chefs-d'œuyre , une forte secousse aux esprits 9 et aies pousser, presque par surprise , dans la route nouvelle que l'on commençait à entrevoir, l'élan du siècle eût été
' On eût été en droit d attendre du burin de M. Raphaël Morghen-nne traduction de ce morceau, en styledi|pBe de lui «tdumodèle. Son estttnpe est pile, d'un ton mou, e% pèche même par rexpretaion. Si le dessia sur lequel il a travailla l'est pas en faute , on sera obligé de ne voir sur son cuivre V^ le dernier soupir d'un beau talent. La petite planche de MM. BourJlon et Qu^rerdo ei^ infiniment préférable*
sans profit pour l'art , tn France. Arraeltée un moment à ses petites conceptions , à sa fausses grâces, à ses balancemens académiques' et à sa recherche étemelle d'un effet qui lui échappait toujours,- depuis réclair que Y on vit briller sur la tombe du jeune Drouais, la peinture, lasse de s^s propres efforts, eut retombé en pure perte sur elle* même: Le chantre de Rome perpétuée par le rapt de ses femmes , de Roiné conserrée en corps de nation par le courage de trois frèresr, de Rome sauvée de la tyrannie par le grand et terriUe dévouement de Vvn de ses concitoyens ; le chantre de la Grèce qui repousse à la tête d'une poignée d'hommes des flots de barbares ', a fait revivre, che2 nouis , avec la science du dessin , le sent^ent dés convenances et de la véritable expression. Non-seulement il a éclairé Técole ; non-sealement il 'lui a imprimé un mouvraient qui dure encore, quoique ralenti; mais il a en, dims
' AUnoioD a quatre des priocipaux- tableaux de M. Da»* ■vid. La paintote et la poëaïe o«t tfop de rapporte pour ne {»• rendre communes, k ceux qui les cultivent avec ëdat^ les mêmes dënominations.
Vt pictura pœsls* Hou.
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beaucoup de parties , de rinfluence sur le goût du siècle. Ses beaux tableaux donnaient, à la fois y des leçons à ses élèves et au public. Ce dernier , il est vrai , était tout préparé à un meilleur enseignement , et , suivant l'expression originale de Montaigne , il demandait à désapprendre. Cette disposition était bonne ; faute d'un grand maitré, elle eût avorté.
M. David s'est essayé d^ms fous les genres de compositions héroïques, nobles pu gra- ^cleuses^ et presque toujours il s'est Cait remarquer par la pureté de son goût : cependant nous sommes persuadés qu'on l'eût vu il y a trente ans , 'censurer lui-même un de ses derniers ouvrages que le burin vient de reproduire.
Nous avons dit ailleut>s ^ ce que nous pensions de son Amour quittant la couche de Psyché, Pour ne pas nous copier nous-mêmes (car nous n'avons pas la présomption de nous croire un tel droit )^ nous allons derechef exposer, en peu de lignes, ce sujet
' Vbyec Tannaaire de peinture poîxr le talon de 1819, et les notes placées, à la fia du troisième Tolnme de cet oarrage*
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échappé sans donte à l'ironie la plus amère, et à la malignité la plus caustique dont le pinceau pût devenir l'instrument envers la nature humaine. '
Il faut que rAmour possède Psyché, mais il ne faut pas que Psyché connaisse l'Amour: c'est un des mOmens où celui-ci se dérohe à sa conquête, que M. David , à l'exemple de plusieurs autres artistes , a saisi. On va voir qu'il l'a tout autrement traité. Un sommeil , 'qui est sûrement motivé , presse les paupières de la jeune mortelle , dont le bra^ droit semble s'être oublié sur une des cuisses du dieu. Celui-ci, 4***ïi6 main , s'ap^ puyant sur le lit antique qu'il s'apprête à quitter , de l'autre soulève ce joli bras avec précaution ^ mouvement d'une intention charmante; il faut même en tenir compte à l'auteur, car c'est, en bonne justice, tout ce qu'il y a d'aimable dans son Amour ; encore se demande-t-on si le soin auquel se livre le fils de Vénus, n'est pas inutile , puisque , à moins d'une triple dqse de pavots , il est impossible que Psyché ne voie la fin de son assoupissemeiit, quand eUe sentira lut échapper, d*iine manière ou d^une autre,
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Vaile énorme snr laquelle ea tête repose ? Oq voit dans cet obstacle la contradiction de deux idées agréables, mais dont l'alliance était peu réflédbie. Aussi, lenr effet est-il médiocre. Psyché est telle qu'elle doit être ; telle que M. David sait peindre une jeune fille destinée à allumer les désirs d'un dieu.
I^ous nous trompons : ici il n'y a, point de dieu ; il n'y en eut jamais. Il n'est pas de femme qui ne f&t ef&ayée à l'a&pect de l'être qui en usurpe la place. Psyché fera bien de ne pas ouvrir les yeux; elle ne douterait plus de l'existence du monstre auquel on la crut promise: elle lui trouverait la prunelle ardente, le regard âpre, le sourire moqueur; elle apprendrait que sa possession est presque suivie de dédain. Dans cette. scène ^ où une nature grossière triomphe et se joue des plus douces émotions accordées à la vie, le cœur se serre ; il se sent oppressé d*un poids accablant. La pensée se replie sur ellemême, elle s'interroge et elle se demande avec amertume, si le bonheur promis ici-bas, et dont une bonté compatissante entremêla quelquefois nos peines , n'est autre chose
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que la misérable parodie offerte par le pinceau de M. David? Michel-Ange de Ctt^avage, sans doute dans un moment d'humeur, peignit UB génie avec des ailes d'épervier, foulant aux pieds tous les signes réels ou emblématiques des grandeurs humaines; le bras du génie > jeté en arrière , accompagnait cet acte du geste le moins équivoque dont pût s'aviser un cynisme dégagé de tout frein ; Ti/l, Dav id aurait-il eu en vue quelque chose de pareil? ce serait un tort. Son propre goèt eût dû lui apprendre qu'on peut affec* ter le mépris des vanités les plus snpeiiies , jamais celui des sentimens doux et tendres; car c'est là le vrai trésor de l'homme , au- 'quel il est défendu de porter la -main , sous peine de sacrilège.
On nous objectera que, dans la composition , objet de la présente critique , les études sont vraies , que la science du modèle s'y montre , que le coloris en est chaud , et que les tons en sont dans un contraste harmonique ; nous en conviendrons , si l'on veut , quoiqu'on général- la touche ait ici quelque chose de stanté propre à rappeler que le talent , en lutte avec les années , finit
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par perdre toujours un peu de terrain ; mais nous remarquerons avec orgueil que L'auteur eut un meilleur temps , et sans appeler ses productions capitales en témoignage» nous JtISrmerojas qu'il y a dix fois plus de goût et de grâce dans Paris et HélèRe , que dans r Amour et Psyché ^.
Comme cette salle de bain est effectivement le iQçal qui çonv^o^ait le mieux à une scène d's^mo.UT ! Qu'importent que les ornejoiens en remontent à peine ^u;x. jours d'Aspasie ^% de P^riclès ? le style en est antique , cisUi $u)Bit».et le specu^eur p^gnet que le petit-fiis de (comédon jouisse 9 s.Mr les côtes d'Asie , d'un luxe transporté plus tard sur les bords dn Cépbise , et peut- être sur ceux de la Seine. Les épaules à demi cou-
* lïous difft^rons absolument dopinion sur ce tableau arec l'auteur du Pauswiias français. Qui! aille le voir prâentement au palais du Luxembourg , «t il nous dira si .la toucha a'en est pas fine et l^ère, si les. chairs manquent de cette morbidesse qui convient au genre voluptueux , et si l'expression des deux figures n'est pas en rapport avec leurs situations respectives? I^ous lui demanderons quel •atre ouvrage àa M. David , après un laps de trente-cinq Afls, a coDserre cette couleur?
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vertes d'un léger manteau, la tète coiffée du bonnet phrygien, Paris, assis près d'un lit OÙ les draperies sont encore en désordre » achève de tirer quelques accords d'une lyre qui lui servit, sans doute, à célébrer ses amours. Pendant ce tempsj et peut-être à la dérobée , Hélène s'est approchée du ravisseur , un nuage offusque son front ; ses beaux yeu:<; sont inclinés vers la terre ; le souvenir de Sparte et de Ménélas agité son sein qu'anime un léger incarnat) effet inévitable d'une passion satisfaite ! le devoir trahi parle, et la. pudeur, quoique outragée, rend derechef timides le regard et les lèvres de la fille de Léda.
Sous le lin diaphane , qu'elle retient à peine , sa taille se dessine mollement et décèle un abandon plein de charme. lia tête penchée en avant , la sœur de Pollux a laissé un de ses bras aller sur l'épaule du prince troyen qui , de la main restée libre | la serrant avec plus de protection que d'amour , essaie de calmer des inquiétudes dont il connaît le motif. A son sourire a demi formé , on voit bien qu'il n'ignore pas la séduction toute-puissante attachée par Vénus à ses pa-