‹ Du beau dans les arts d'imitationChapitre 69 sur 76 · DE L ECOLE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

DE L ECOLE FRANÇAISE

terniser le travail délicat àa pinceau, madame Jacotot prolonge la vie de Raphaël et assure chaque année par un chef-d'œuvre la durée d'un autre chef - d'oeuvre. Des élèves auxquels elle substitue cet admirable secret, qui ïiepeut être reçu que par le talent, assureront un jour aux tableaux de notre Ecole le même avantage , dont le temps nous presse de faire jouir ceux de l'Italie ï. N'oublions pas les droits que, dans le même genre, se sont depuis long-temps acquis à l'estime MM. Constantin , Georget , le Gay et Lan glacé. ' C'est avec ce cortège d'hommes de lettres distingués , de grands orateurs et d'artistes , que îe siècle présent tend la main à la génération nouvelle. Toute les écoles réunies de l'Europe ne pourraient égaler aujourd'hui la richesse de l'école française ; mais disons-

' Dans le DOtibre des jeunes personnes qui peignent avec succès sur la porcelaine y il est juste de compter mademoiselle Tnverret (Yictorine) , qui ,.à la fleur de Tâge et dans un laps de temps frès^court, est parvenue à donner à ses chairs le ton de la vie , et à ses têtes toute nUusion de la ressemblance. On peut en juger par le portrait de M. Tabbé Guillon , conservateur de la bibliothèque Mazarine. Ce mor.ceau , dont la vigueur et la -^re'rite nous ont frappé, fera partie de Texposition prochaine.

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le avec un soupir : dans son luxe imposant ^ cette richesse nous effraie. Le nombre de nos artistes est immense et n'est en proportion ni avec leurs besoins personnels , ni avec ceux de la société. Ce que Paris renferme actodlement de peintres suffirait , en dix ans,pov couvrir de tableaux toutes les murailles de l'Europe. Qui ne voit que cette exubérance du talent lui-même pourrait en amener la mine? mais dans le nombre prodigieux de ces jennes élèves qui frappent à la porte du temple, combien n'en est-il pas pour lesquels elle ne s'ouvrira jamais ? ils ne £aait pas moins qu'ils existent ; que leurs productions se vendent , fût-ce à vil prix ; qu'ils rachètent , par k rapidité du travail, l'exiguité du salaire, et que ces ouvrages, souvent moins que médiocres , finissent par encombrer les magasins. Cet inconvénient est grave, il vent nn prompt remède , car il perdrait bientôt Técole française, comme il a anj^né la dégénération 'de la peinture et de la sculptur(( dans celles de Rome et de Constantinople, aux derniers jours des deux empires.

La carrière des arts est décevante; leur charme est grand; ils agissent puissamment sur l'es-

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prit , ils sont une source de succès prompts etflatteurs. Assez heureux pour produire un tableau agréable > qui lui a coûté six mois d'étude , peut-être moins , l'artiste passe de llionneur à la fortune : qui ne se flatte d'arriver à ce moment désiré? qui ne voit en perspective cet avenir riche d'illusions ? ama« tenr de chances , même quand le revers menace la vie entière , comme dans les loteries et les jeux de hasard ^ l'homme les affronte avec un courage presque féroce : voudrait-on qu'une jeunesse , pour laquelle l'horizon se teint des couleurs les plus riantes, ne s'y jetât pas y quand le péril est bien moindre, quand le temps et l'étude sont les seules mises exigées, quand la gloire et l'aisance de la vie entière en sont le prix ?

« Soyez coitséquens, tious dirait-on , vous » demandez au gouvernement des endoura* T» gemens ; il les accorde avec largesse et vous » vous plaignez ensuite que les élèves se pré- ^> sentent en foule dans les ateliers ! qui veut » les moyens veut la fin : ou soyez sobres de » ces encouragemens , ou ne vous plùgnez » pas qu'ils produisent leur effet. »

Cette objection, à laquelle nous n'enlevons

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rien de sa force est à peine spécieuse: que les arts fleurissent , puisque la cWilisatiôu J est elle-même intéressée ! Mais nous seiions désolés qu'on les laissât tomber entre do mains inhabiles : c'est à quoi il faut pourvoir, non en cessant de les soutenir, mais en n'ad- ^mettant à leur exercice que les vocations spéciales. Dans cette nmtière , qui les tonchût plus yiyement que nous » les. anci^is étaient arrivés à ce succès. JN^O|is y parvifendroos aussi , non en érigeant des corporations de peintres et de sculpteurs , ce qui finirait par étouffer le génie sous les langes du privilège, mais en décourageant , après un terme ûié pour les «essais , tout élèv^ qui ne donnerait pas une garantie de son aptitude , bien entendu qu'à moins qu'il ne se condamnât hiiméme en se refusant à une exposition publique ) la fiiculté serait acquise à chaque artiste de rendre les spectateurs juges , en premier ressort, du talent sur lequel aurait à prononcer un jury composé ^des naaitres de Técole. D'auti>e& dispositions efEcaces pourraient être encore adoptées ; par exemple , qnand les vrais prijiçipesso^t une foia établis , qnand la capitale est gtqirieuse de quelques réputar

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tlons supérieures y pourquoi seraiuil permis d'ouvrir des ateliers obscurs où relève ne peut puiser q^e des connaissances iiftparfaites ? A peine un jeune homme s^-t-ril passé une palette à son pouce , à peiue a-t-il coHé à la muraille du Louvre deux ou trois portraits , auxquels il n'a pas donné l'ordre magique de s'en détacher , qu'il dispose une salle d'études, qu'il y fait tomber le jour d'en haut , qu'il y appelle des modèles , qu'il y dresse des compositions à machine, qu'U veut aussi faire école et qu'il jette le cri du Gorrège, sans qu'aucim écho y répoude. Cette licence n'e&t pas la liberté de l'art ; elle n'en peut-être nommée que l'anarchie^ et c'est, sous certains rapports, notre état dans la ca-* pitale.

La distril^isitiQn des ouvrages commandé^ et payés par le gouvernement;, mieut en^ tendt^e , pourrait encore prévenir bieii des plaintes , si on ^e confiait le travail qu'au talept et non aux opiniona politiques , qui n'o^t que faille dans^ eette matière.

Il conviendrait peut-4tre dV^^auuner si, aprèsi avoir reconnu trois ou quatre écoles principales^ qui rivaliseraient de zèle à Paris f

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il ne serait pas avantageux de leur partager les vastes entreprises de la décoration des édifices publics , sous la direction du grand ardste qui en serait le chef ? c'est ainsi que Home, Bologne , Florence , Venise, Anvers ont eu des écoles portées à un haut degré de gloire par Raphaël , le Corrège , le Titien , Michel-Ange , les Carrache | le Dominiquin et Hubens. Que servirait en effet à un peuple d'être parvenu à former de beaux talens , s'il n'avait le bon esprit de les employer à en éterniser la succession ? M. Gérard n'a fait qu'un élève , mademoiselle Godefroy, tandis que s'il avait ouvert im atelier pnblic , on jouirait long- temps après lui du fruit de son expérience et de ses études.

Pourquoi ne nous plaindrions-nous pas des maîtres eux-mêmes qui, contens d'inspecter par-dessus l'épaule , pendant quelques secondes , le chevalet ou l'estompe de leurs élèves, ne peignent que derrière un rideau , comme pour dérober à ceux-ci les secrets d'un art où l'on ne se perfectionne qu'en voyant faire ? cela est si vrai que les jeunes artistes sont réduits à s*éclairer mutuellement de leurs tïonseils et à tâtonner dans la recherche d'une

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pratiqué qui leur échappe, tandis qu'en suivant de Toeil le pinceau de leur chef, ils arriveraient promptement à une bonne mé-« thode. Raphaël eût - il laissé aprèâ lui tant de disciples célèbres, dont on lui a attribué les ouvrages , s'il avait évité ainsi les regards de Jules Romain , de Penni, de Polidore de Caravage et de {Plusieurs autres , avec l'aida desquels il a, exécuté les immenses fresques du Vatican ? Ni Pausanîas , ni Pline le naturaliste , pas plus que Xénophon qui a vécu dans la familiarité des premiers artistes d'Athènes , ne nous disent que Polygnote, Praxitèle et Phidias se soient cachés de leurs élèves pour vaquer aux travaux du Pœcile et du Parthénon ; il y a quelque cbose dé petit dans ce mystère , ou il accuse un talent qui, n'étant pas sûr de lui-même ^ craint de se produire au grand jour et de révéler les incertitudes d'un travail strapassé. On prétend que Michel-Ange fut très-mécontent de ce qu'en son absence le Bramante eût ouvert la chapelle sixtine à Raphaël : Félibien -obset-ve judicieusement à ce sujet que l'artiste Capa^ ble de saisir, par un simple regard , les beau* té& d'une composition et de s'en appro-

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prier une partie ^ possède tout ce qu'il fani pour s'élever au grand de sa propre force , et sans être, à bien dire, tenu à aucune recoo* naissance envers le modèle que ses yem n'ont fait que parcourir.

Nous n'ignorons pas qu'une générosité digne d'eux-mêmes et de l'art forme le fond du caractère des artistes fnmçais; mais nous ne saurions dissimuler non plus que généralement ils. tiennent assez élevé le prix de leurs ouvrages , comparativement à celui que le Poussin , le Sueur et les maîtres des écoles d'Italie demandaient de leurs admiraUies compositions. Che^ nous , ce prix est peu abordable aux fortunes médiocres : reste à savoir s'il ne serait pas bien entendu de U part de nos artistes les plus distingués de l'abaisser,, et p^r cela'méme de rendre )e goût de l'art plus eommun dans les conditions moyennes ? Nous croyons qu'ils y ga^^ raient spus le rapport de leur aisance, personnelle, par la certitude d'être toujours occupés ; et cette sage mesure aurait encore l'avantage inappréciable de £aiire bientôt disparaître les minces talens , dont le suprême effort se borne à parvenir jusqu'à la médiocrité.

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