DE LA GALATÉE
DE M. GIEOD-ETi.
£xàM»oKs à quoi se rédaisaient chez les anci^is leurs «têtes tant vantés 4e coatin^ice. La vie oonjugaLe se présentait à leurs yeux sous un autre aspect qu*aux nôtres; elle était moins une intimité de deux- êtres qu'une garantie de Ja «accession des familles. On aimait mieux un ami qu'une épouse ou une maîtresse ; aussi étidtil fort ordinaire de sacrifier l'une à l'autre; enfin, on ne iGoyait guère autre chose dans une femme que la beauté physiqne. L'idéal de l'a* mour, qui s'attadie aux charmes d'une pensée vierge, qui se complaît dans les qualités d'un cœur généreux et tendre , étant inconnu à tous , on ignorait ces déchiremens qui enlèvent un être nécessaire à un autre être, qui creusent un abime dans l'existence et qui font maudire jus-
' Extrait de ï Annuaire de peinture , du même auteur, pour le salon de 18 19.
qu'au pouvoir à celui qui n'en a pas assez pom* ne faire aimer. Bien analysé/ quel fut le mérife de Sc^ion rendant une épouse à son époux? trèfr-peu de chose ; totit au plus , pour un homme riche , le sacrifice d'une somme d'argent en rapport ayec le prix d'une belle esclave. Aussi, dans les collèges , on a loué , sans discernement, ce Romain pour s'être abstenu d'une violence, dont l'un de nos honnêtes sergens rougirait aajourd'hui de se rendre coupable; et cela, noos le répétons, parce que les femmes, chez nous, sont entrées plus avant dans la vie réelle qu'elles ne le faisaient chez les anciens. J'ajoute peu de foi aux passions subites : dès qu'on les admet, on est obligé de les réduire à ces gOùts vi& et impétueux , dont les Grecs ont porté le joag en sacrifiant à Vénus terrestre. Chez nous, au contraire ^ l'amour ne devient si souvent indomptable qtte parce que nous en avons fait kme affaire de réflexion. Quand on a prêté à un objet des beautés morales, des beautés de sentiment , quand on les a appliquées à la présence des formes que l'on se plaît à ceindre d'un regard caressant , comment les transporter ailleurs? de force» c'est là qu'il faut que la vie s'attache , ou c'est là qu'il faut qu'elle s'éteigne. Sans doute le sculpteur Pygmalion était réduit à cet état cruel et doux à la fois, lorsque les dieux ) touchés de son amoar, suivant les
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chroniques grecques se décidèrent à^douer de sentiment le marbre, œuyre sublime, œuvre ravissante de ses mains.
La statue existait déjà, consacrée par les suffr;>ges des artistes et l'admiration des siècles : c'est la Vénus de Médicis. Pygmalion pouvait aussi bien l'avoir faite , que Cléomènes , auquel on l'attribue ; et nous louons M. Girodet de s'en être emparé. D'ailleurs il se l'est rendue propre en lui donnant la vie. C'est la même pureté de formes ; c'est la même grâce de contours: la tète, seule est changée^ parce qu'il fallait que Galatée prît la place de Vénus. L'artiste lui a conservé la modestie dont elle tirait son principal caractère ; car , si la chose n'est pas d'une vérité 'absolue dans Tordre des sensations, il faut au moins pour atteindre à l'idéal de la beauté, que, dans la création d'une femme, le premier sentiment soit donné à la pudeur. Mais celle-ci a été habilement tempérée par un léger sourire qui permet à l'amour d'espérer une victoire. L'amour ! il est l'auteur du miracle , et il ne pouvait travailler contre lui-même. Que de convenances ont donc été ménagées dans cette double expression ! L'œil de Galatée n'est qu'entr' ouvert; les paupières sont encore abaissées, mais on voit qu'dle va les soulever. Cette tête est pleine de charmes dans sa volupté timide et décente. Le prodige de l'animation parcourt
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déjà.€e.Jieaa eoiipa^ il a lait palpiter le sein; il A laissé sa traeemr.les.appaà les plmaecrett; il est descendu aux jambes;- il Ta les enlever à la pierre qoi^ de tdegisés «a degrés , s'assoaplit et se colore. Galalée est eBcore marbre, mais elle est d^à ieinme^ jaiaia on «ent qu'elle se tardera pas à .recevoir la plénilade de la vie. La aeule craînleque I'ob. épnniye, c'^st xpi'elle ne soit résen^ à une #pbère snpéDeose. Le j^oeau l'a feit piorticqierdà uxejuatiuresi ^xàe , il i'a trikment dcHiée de . grâces , spte l'on se demande isi «Ue \se «anftqntera d^tm sort ordinaire. Pottr se jercir des temyes ^conaacrés fisr un :poëfie.y on oraînt qu'elle fiese^réycille déesie. Cette jqi]astton.n^tti .«st plasinue, cette craiule eet dissipée quand, quittant : à xsgvet les fame^ les plus séduisantes^ .on jette Us ^enx aor m petit anKmr:, tel v^'en desainaii G^qpriani^ qm , d'un cÀté, pveôdnneidasnudnadefiidatéet^Mtt pas cette qnlu» lasvtiaMnt ide . pndenr . avait por^ tée À la;haiKleur delà gorge)., et de l'autre, se saisit du bras; de Bygmnlinn. Voilà Le lien ^de la conaposition.
Cet Jkmour toist on, dont les ailes ssont .peu epparantes^ ear îl est venu paor serrer des ncends durables, se .songent natnrellenieDt par Faction jméme À ilaqueUe il se. livre. En snspei» entre la: statue «t l'artute , -foyer de bnûière pour tous les deux f il éclaire -prificipaleBMnt
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celle-ci^ dont le corps se deMine à-vecihaarmoziie sur; un niiftgt deTapexurs qui s'élève du tr^iedy où le délire -de la pasaion dépose ohatpie jour r^poens réservé -aux inuncMi^is. Charmante al-^ légoiûe !' c'est ie contact de l'amour -qui , comme le Cen de l'étâncelle électrii|ne, a dooiié l'^Lme à la stAtQe!
Une draperie de -pourpre itetombe de l'une des épaules du jeune sculpteur ; ^aon visage, vu de profil , brille de l'ivresse de la joie , décèle le ioiuiBentrdu déaryid laisse «peiKier en même tesnps l'inquiétude du 'doute. Presque effrayé du .-prodige' qui s'opère en sa faveur > mais re^ d«tttant encore phis > qn^il <ini|iique àe réalité > le cou )tendu en avant, «il veut «lettre & à tme trop longue crise ; il -^ent^savcÂr , à 4out -prix , s'il n'eat piaa ie jouet df'uné iilusîon dont la «dé-* «otttevte le tuera peut^^tre»; W «vapiaipèr , car , en /admettant que les aperçus aient besoin d'être rectifiés par le toutèœryc'est surtout en fiait d^amoar- que l'aixtmté^de •eeluioi doit -être peconnue.
S'il était donné à la; péintnve de s-'^^mparei' à la fois de deux inaÛB*» a^yons^n assurés, non» verrions sa main frémir; ainsi qwe ses lèvres aont entr^onvertea , nous iverHons sa poâtnnte patitekoste scmkver le ^véitement qui la couvre.
J'ai iMolé de INvwrre de M. ^Girodet, et en
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admirant la science de son pinceau , ysd été réduit à gémir sur l'impuissance d^ma plume ; j*ai reconnu qu'il arait une riche palette à sa disposition , et je me suis trouvé pauTre an milieu de la pompe d'une langue illustrée par les grands génies des deux derniers siècles. M'ac^ cuserai-je seul de cette pénurie? non; ici la séduction s'opérantpar les sens, oh nesaiirdtla faire passer dans l'Âme que par les sens eiixmémes. Il me faudrait donc faire un tabieaa avec des paroles > comme l'artiste français en a fait un avec des . couleurs; Il faudrait suivre, sous sa touche , ce premier travail^' une natmre 4}ui cherche à s'organiser aa sein de la matière soustraite à l'inertie $ il faudrait simuler cette denii-tranispiarence des fiuides qui , conriuit dans des routes nouvelles, y font poindre l'esprit destiné à vivifier de belles formes ; il faadrait saisir sur une tête ravissante la pensée
prête à éclore, car le sentiment y est déjà Je
m'arrête. Girodet a transporté le marbre sur la toile ; d'un même coup il a dompté deax élémens rebelles , et je ne suis pas Rousseau pour reproduire de tels. prestiges!
Vous me demandez si le tableau , dont je vous entretiens, est sans imperfections? je ne le crois pas ; j'ai loué avec justice » je n'attâiraerai pas cet éloge qui n'a rien d'exagéré; mais il me donne le droit de hasarder quelques observa-
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tîons f puisque avant tout il faut raisonner son jugement.
Or, voici ce que je pense : ce tableau n'a pas été conçu d'un seul jet. L'idée, très-heureuse, de l'Amour qui tranche le nœud, ainsi qu'il appartient aux divinités d'intervenir dans les intrigues trop épineuses, ne s'est offerte qu'après coup, à l'artiste. Cet Amour est charmant; mais il est un peu mignard ; des jours s'élancent de la surfece de son corps, dont les jambes , croisées en arrière, ne sont pas dépourvues de prétentions : mais ces jours ne sont pas les seulç et c'est un tort à notre avis. Galatée, Pygmalion frappés de la seule lumière qui s'échapperait de la surface du dieu-enfant, eussent été d'un plus grand effet ! cette hardiesse n'eût pas été téméraire sous le pinceau de M. Girodet. Des artistes célèbres en ont donné l'exemple. Si je ne me trompe , on la retrouve dans des nativités de Baroche , du Poussin et de Rembrant. On cite surtout , en ce genre , la Fameuse Nuit du Corrège, que l'on voit à Madrid. Nous n'avgns pas besoin de dire qu'une telle idée ayant été admise, pour éclairer toute la composition, l'Amour eût dû être placé autrement qu'à fleur de terre.
En manière de doute, je me permettrai encore de demander si le vêtement de pourpre ne colle pas à trop petits plis sur le corps de
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Pygmalion , et si la tète de celui-ci n*estpas on peu forte? j'irai même jusqu'à trouver son hm et son épaule découverte un peu roses. Que j'aie tort ou raison dans mes remarques , mon sentiment particulier me porte à dire que la Gaiivés est un des tableaux les plus beaux qui , depuis plusieurs années , soient sortis de la palette de nos artistes. Voilà une forte, réplique à ceux qui accusent l'école française de dégénérer !
Les amis de M. Girodet n'ont pas été satisfaits de cette analyse; la trop légère restriction ^ mise à nos éloges leur a semblé déplacée : qœ voulaient-ils donc? Nous- craignons d'avoir en un tort; mais ce n'est psis celui qu'on nous impute.
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TABLE DES CHAPITRES