DU GUSTAVE-VASA
DE H. HERSEI7T. .
Le tableau de Gustàte-Vasa, par M. Her* sent , est si remarquable , il assigne à son auteur une place si distinguée dans la peinture , que nous ne pouvons* nous di^enser de mettre sous les yeux de nos lecteurs le jugement que nous portâmes, t^n i&x^, à» cette production , dont s'est enrichie la galerie de M. le duc d'Orléans , protecteur éclairé des arts et des artistes , à l'exemple de ses illustres aïeux.
Lettre XI\ de /'Awituaiee de PEiNTtaE, du même auteur^.
Le pinceau est le plus souvent employé à re^ tracer sur la toile les grands mouyemens qui agitent le sein de l'homme. Il triomphe au mi-
' Un volume in-ia « beau papier , avec cinq estampct sur les dessins origirtaux ; ches fiiaradan , libraire , rue des Marais , n^. i6) faubourg Saint-Germain»
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lieu des tempêtes et des orages du cœur. Les mœurs douces , la \ïe calme et paisible , le bonheur d*un ménage bien assorti , la concorde des familles échauffent peu l'imagination du peintre ; sa tête reste froide au milieu de ces scènes de Texistence ordinaire, telle qu'elle a été dé.partie aux mortels les mieux traités de la fortune. Elles ne lui inspireraient guère que des esquisses pâles et décolorées. On a dit ayec une sorte de raison : Heureux le peuple qui a donné peu de pages à l'histoire ! on serait également fondé à ajouter à ces paroles : Heureuse la nation qui a fourni peu de sujets de tableaux à ses dessinateurs ! ces généralités ont lei^r côté plausible.
Et pourtant, mon cher ami, je Tais vous parler d'une composition historique qui , sans mettre aux prises les passions de l'homme, sans même lui offrir , dans un sexe pl^in de grâces , l'être formé pour accroître l'intensité de ses peines ou de ses jouissances , attache le spectateur et l'émeut jusqu'à l'attendrissement.
C'est le Gustayb-Vasa de M. Hersent , déjà connu par diverses productions , au nombre desquelles le public a paru distinguer, dans la précédente exposition, le Louis xvi qui distribue des secours pendant une journée d'hiver.
A la suite d'un règne qui équivaut en durée a un âge d'homme^ accablé sous le poids d'ui^ Beaux- Arts. H. ^ l4
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loBgue admiâistratîoïl y peikdànt làqaeUé H n'a jamais perdu de vae le bonheur du peuple, Gustave assemblé les états à Stockbk^. Là, après avoir rapp^é les trairanx de sa pénible carrière, après avoir ramené naturellettient le< esprits sur Td^pression dont il a- délivré U pt» trie en proie au farouche Christiem , il dit un dernier adieu à ses sujets, et leur doilnesai)énédictiou royale et paternelle.
Voilà le moment dont l'artiste a fait choix. Debout , dans tout l'appareil d'une dignité qni lui fut conférée par les pères de presque tons ceux qui Técoutent ( car tel est en ëhaqne pays, le seul berceau probable de la légitimité), le monarque chargé d'ans , Fun de ses. bras appuyé'sur T épaule de son second fils , tandis qne Fautre bras est soutenu par l'aîné, étend la màffl pour bénir.... Ses cheveux! blancs, sa barbe qni descend sur sa poitrine , son sût calme et sardn, son regard fui participe de rexalttLtkm de l'acte reUgietix auquel il se livre, les infîmdlés dont il pcM^te l'empreinte, tout en lui inspire le respect du dispose à une forte émotidn. Le jHnceau n'a donné de vie à cette tété que ce qu'il en fallait pour la rendre imposante et pri^bétique de l'immortalité. On y trouve tons' les signes de la décadence physique , tontes les promesses de l'avenir. On voit bien que la terre est prête à redemaïider é une nature en mines
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Tenfant de la poussière ; mai» on reconnaît également qu'un souffle céleste ha4>ite encore ce»
déinîsi
Api^ cela ^ il est, à Bien dire, inutile que je vous parle des teintes sagement dégradées que l'artiste a su trouyer sur sa palette , de l'accord qu'il y a mis , de l'expression solennelle et mélancolique , tout à la' fois , qui en est résultée. Ces cbosesi se -sentent et ne s'expliquent pas ; car ce n'est pas le pinoeau' tout seul qui les a produites. Ce guerrier citoyen , ce vieillard usé qui rassemble un reste de forces , pour répandre le dernier bi^i^fait de «a sollicitude paternelle sur le peuple dont il fiit le libérateur , me rappdl» les rois bom^i(|ues ou les patriarebes qui s'appuyaient sur le bâton pastoral , en signe de la douceur de leur empire.
Maintenant, mon cber ami , repo)i»a avec moi yos yeux 8Uf cet amphithéàtiiB, où' debout, prosternés même ( les uns accablés de douleur à la vue: des infirmités de leur prince , les autres baissant leuris regiÉrds: en témoignage de respect), les représentans d^ Suédois, danfl le» expression» propres aux différentes'»condi-» tions de .leur existence , attestent' que les paroles de Gustave ont pénétré jusqu'au fond de leur cœur ! élevez la vue jusqu'à cette tribune ,- où da&s la demi^-teinte , témoias de cet acte imposant , des femmes qui appartlennenr. saiàs
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doute à la cour, et quelques antres spectateurs s'associent à cette touchante solennité ; et tous me direz ensuite , si , semblable à plus d'ao artiste moderne , M. Hersent ne possède qae quelques tètes , n'imagine que quelques caractères de figures sans cesse destinées à être reproduites ?
La toile de ce tableau n'a qu'un champ trèsresserré ( c'est un ouvrage de chevalet ) ; mais il n'y règne aucune confusion. Tout se montre et rien n'est pourtant sacrifié , parce que de sages dégradations donnent à chaque personnage sa place distincte , parce que la science du clairobscur n'a jamais reçu un meilleur emploi. • Ce qu'il y a de remarquable, d' étonnant peut-être dans cette composition , c'est que , de toutes les douleurs , de toutes les affections di- * versement modifiées qui s'y montrent , soit qu'elles soient expansives ou concentrées , soit qu'elles renferment quelque chose d'éminent dans les airs de tête, ou qu'elles appartiennent à des physionomies plus naïves , conune celle de l'enfant qui est touché avec tant de grâce derrièfii le trône , il se forme un sentiment commun qui domine dans le tableau , et qni , après en avoir consacré l'unité , passe tout entier dans l'âme du spectateur. Voyez comme cette pensée ( tant elle est profonde ! ) semble avoir enlevé chacun à ses intérêts personnels.
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Déjà l'on pleure , Ton regretté par anticipation; c'est dire que l'on a été heureux.... Tel est le spectacle que la France sera sans doute appelée à .offrir un jour, loïflkju'elle aura à trembler pour le fondateur de sa liberté légale. Je n'ai besoin que devons livrer cette; idée, mon cher ami ^ et elle vous fera participer à l'impression ressentie par tous les personnag«s qui figurent dans le Gu6tave-Vasa.
' M. Hersent s'est éleyé très-haut en créant ce sujet. L'exécution , sous le rapport du mécanisme de l'art, en est digne d'éloges. Moins familiarisé avec cette partie de son travail, qu'avec celle, que nous venons de décrire, nousf avons recueilli des louanges qu'il nous est doux de lui transmettre; nous nous permettrons toutefois de remarquer ique les jambes du vieux monai^ que ne sont pas assez débilitées; qu'un Suédois, en manteau vert , sur le premier plan , présente un dos trop large; qu'un autre vêtu de noir, debout, mais légèrement incliné, au milieu de l'enceinte, n'est pas d*un heureux effet, et qu'en enlevant ces deux figures (du moins nous le croyons) on permettrait à la. vue de mieux saisir l'ensemble du tableau. Enfin , nous souhaiterions plus de vigueur et de coups de force dans les groupes auxquels elles appartiennent. La touche fine et savante des autres en ressortirait davantage.
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Les enfans de GnstaTe sont costumés ni^emeht , et leurs étoffes soat aussi moelleuses qoé bien moMées sur les corps. Nous n^aoroos garde d*oublie#^c[u'il a'^n ^est pas ob dont la physionomie 'De vévèle -les réflexicNM qui Tagitent. Ici la 'OKÛnte d'une sépaxation douloareuse , Ul le. fardeau d'une royauté a|^araît dans un tnste rapprochement. £lle est .digne de le Sueur, cette tète de l'hévitier présomptif qui, les yeux haissés et d^a àir recueilli , ^mble méditer 4 la £ms sur sa prochaine doulem-) et sur les austères dey^irs ^e^'autorité suprAme.
•Les accessoires «sont traités- généralement^aTCc soin. ;Ge sont des choses, mon «h^ ami, -qae je suis iiien aise de tous dire , parce que , d«isun bon tableau , les négligei&oes , quelles qix*el^ les -soient, sont de» tort^. On «e les permet par tpn. ; on veut affeûter ainai l'râance ^dn taknt ; et Ifen^ne ^Kmtre qu'une f^réeoinpiion qui , dans ^dMuvèaufeé de r^ea^oeition ^^ ne nuit pas loajonrs au. succès , mais dont on finit par porter la peine > dès qae le. temps a déTorétles légers glacis dont la toile e^t ]^ns voilée ^pfelle n*e»t couverte.