Platon, République, tt. IX et X de notre traduction
AUTRES l'RINCiPES DÉFECTUEUX
Disons encore un mot d'un système qui, sous de sublimes apparences, cache un [►rincipe vicieux ^
Il y a des personnes qui croient relever Dieu en mettant dans sa volonté seule le fondement de la loi morale, et le souverain mobile de l'humanité dans les peines et les récompenses qu'il lui a plu d'aLlaclier au respect et à la violation de sa volonté ^.
Enlendons-nous bien dans une matière aussi délicate.
Il est cerlain, bientôt nous l'établirons nous-méme pour le bien ^, comme nous l'avons fait pour le vrai et pour le beau *, il est certain que d'explications en explications on en vient à se convaincre que Dieu est en définitive le principe suprême de la morale, en sorte qu'on peut très bien dire que le bien est l'expression de
i. Voyez dans les Premiers Essais, Du vrai principe delà morale^ une réfutation du système qui fonde l'obligation sur une volonté quelle qu'elle soit.
t. La doctrine delà volonté divine est une doctrine plus théologique que philosophique. C'est ce que Leibniz appelait la doctrine du Décret absolu. Au moyen âge on attribue cette doctrine à recelé de Huns Scot et à Giiillauine d Ociiain. Dans la philosophie moderne, elle a été soutenue par l'uffendorf d:;ns les Principes du droit naturel. Il faisait reposer toute oLtligation sur la volonté d'un supérieur en général, et il ramenait à la volonté divine la garantie de (DUS les pactes. Leibniz l'a réfuté [Monita ad Sam. lhilfcndorfiti>ri)icipia, éd. Dutens, tome IV, p. ^95). On attribue aussi la doctrine de la volonté divii© au philosophe allemand Crusius (XVlIIe siècle), adversaire de Wolf. JoulIVoy ra exposée et critiquée dans son Cours de droit naturel (24e leçon). De nos jours, un moraliste éminent, M. Eni, Beaussire a renouvelé et rajeuni cette doctrine. 11 ne dit pas que c'est la volonté de Dieu qui fait la distindion du bien et du mal, mais que c'est elle qui fonde l'obligation. Même avec ce correctif, il est douteux que cette doctrine puisse échap[ier aux ohjectior.s de Cousin et de Joulfroy. Dans l'antiquité, le même problème était dtjà posé. C'est Pobjet du dialogue de Platon intitula: V Eutyphron iœnwi^s de Platon, V. Cousin, t I). (V. J.)
3, Plus bas, Conclusion,