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AUTRES l'RlNCII'ES DEFECTUEUX

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rechercher, avant d'agir, quel est l'intérêt non pas seulement de moi, mais de ma famille, non pas seulement de ma famille, mais de ma patrie, non pas seulement lie ma patrie, mais de l'humanité. Quoi I je dois embrasser le monde entier dans ma prévoyance î Quoi ! la vertu esta ce prix! Yous m'imposez une science que Dieu seul possède. Suis-je dans ses conseils pour ajuster mes actions sur ses décrets? La philosophie de l'histoire et la plus savante diplomatie ne suffisent point alors à se bien conduire. Songez donc qu'il n'y a point de science mathématique de la vie humaine. Le hasard et la liberté déjouent les calculs les plus profonds, renversent les fortunes les mieux établies, relèvent les misères les plus désespérées, mêlent le b<»nheur et le malheur, confondent toutes les prévoyances.

Et c'est sur un fondement aussi mobile que vous voulez établir la morale ? Que vous laissez de place au sophisme avec cette loi complaisante et énigmatique de l'intérêt général M II ne sera pas bien difficile de

1. Philosophie écossaise, Hutcheson. « Si le bien est cela seul qui doit être le plus utile au plus grand nombre, où trouver le bien, et qui le peut discerner ? Pour savoir si telle action que je me propose de faire est bonne ou mauvaise, il faut que je m'assure si, inal^^ré son utilité visible et directe dans le temps présent, elle ne deviendra pas nuisible dans un avenir que je ne connais pas encore. Je dois recliercher si, utile aux miens et à ceux qui m'entourent, elle n'aura pas de contre-coup fâcheux pour le genre humain, auquel je dois songer avant tout. 11 importe que je sache si l'argent que je suis tenté de donner à cet infortuné "ui en a be^oin, ne serait pa^ plus utile autrement employé. En effet, la règle est ici le pliis grand bien du plus grand nombre. Pour la suivre, quels calculs me sont imposés! Dans Us ténèbres de l'avenir, dans l'incertitude des conséquences un peu éloignées de toute action, le plus sûr est de ne rien faire qui

tronVjr toujours quelque raison éloignée d'intérêt général, qui nous dispen>;era d*ê(re fidèles dans le mo ment présent à nos amis, dès qu'ils seront dans l'infortune. Cette homme dans la misère s'adresse à ma générosité. Mais ne poiirrais-je pas faire de mon argent un emploi pins utile à l'humanité? Demain la patrie n'en aura-t-elle pas hesoin? Gardons-le-lui vertueusement. D'ailleurs Là même où l'intérêt de tous semblait

ne se rapporte à moi, et le dernier résultat d'une prudence si raffinée est rindifférence et l'ég-oïsme. Je suppose que vous ayez reçu un dépôt d'un opulent voisin, vieux et malade, une somme dont il n'a aucun besoin, et sans laquelle votre nombreuse et jeune famille court le risque de mourir de faim. Il vous redemande celte somme; que devez-vous faire ? Le plus grand nombre est de votre côté et la plus grande utilité aussi ; car cette somme est insignifiante pour votre riche voisin, tandis qu'elle sauvera votre famille de la mist^^re et peut-être de la mort. Père de famille, je voudrais bien savoir au nom de quel principe vous hésiteriez à retenir la somme qui vous est nécessaire. Raisonneur intrépide, placé dans lalUM-native de tuer cet homme vieux et malade ou de laisser mourir de faim votre femme et tous vos enfants, vous le devez tuer en toute sûreté de conscience. Vous avez le droit, vous avez même le devoir de sacritier le moinrire avantage d'un seul au plus grand bien du pli-s grand nombre; et puisque ce principe est l'expression de la vraie justice, vous n'êles que son ministre en faisant ce que vous faites. Un euHemi vainqueur ou un peuple furieux menacent de détruire une ville entière, si on ne leur livre la tête de tel homme, qui pourtant est innocent. Au nom du plus grand bien du plus grand nombre, on immolera cet homme sans scrupule. Un pourra môme soutenir qu'innocent la veille, il a cessé de l'être aujourd'hui, puisqu'il est un obstacle au bien public. La justice ayant été une fois déclarée l'intérêt du plus grand nombre, l'unique question est de savoir où est cet intérêt. Or, ici, le doute est impossible; donc il est parfaitement juste d'offrir l'innocence en holocauste au salut public. Il faut accepter cette conséquence ou rejeter le principe, n

AUTRKS PRINCIPES DÉFECTUEUX

évident, il reste encore quelque chance d'erreur; il vaut donc mieux s'abstenir. La sagesse sera toujours de s'abstenir. Oui, dès qu'il faudra, pour bien faire, être sûr de servir le plus grand intérêt du plus grand nombre, il n'y aura que des téméraires et des insensés qui oseront agir. Le principe de l'intérêt général enfantera, j'en conviens, de grands dévouements, mais il enfantera aussi de grands crimes. N'est-ce pas au nom de ce principe que les fanatiques de toute sorte, fanatiques de religion, fanatiques de liberté, fanatiques de philosophie, se faisant forts de connaître les intérêts éternels de l'humanité, se sont portés à des actes abominables, mêlés souvent à un désintéressement sublime?

Une autre erreur de ce système est de confondre le bien lui-même avec une seule de ses applications. Si le bien est le plus grand intérêt du plus grand nombre, la conséquence est claire : il n'y a qu'une morale publique et sociale et point de morale privée; il n'y a qu'une seule classe de devoirs, les devoirs envers les autres et point de devoirs envers nous-mêmes. Mais c'est retranfhor précisément ceux de nos devoirs qui garantissent le plus sûrement l'exercice de tous les autres K Les relations les plus constantes que je soutiens sont avec cet être qui est moi-même. Je suis ma société la plus habituelle. Je porte en moi, comme l'a très bien dit Platon", une cité complète, tout un monde d'idées, de sentiments, de désirs, de passions, de mouvemenis, qui réclament une législation. Cette législation nécessaire est supprimée.

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