‹ Du Bleu De Méthylène En Thérapeutique: Application Au Traitement De L'HyperchlorhydrieChapitre 10 sur 17 · LEE · texte numérisé non relu

LEE

vivants des êtres organisés et 2° les êtres microscopiques.

4° Ehrlich faisait vivre une grenouille dans une solution faible de bleu méthylène que l’on renouvelait tous les Jours. Au bout de huit jours, Panimal, qui supportait d’ailleurs très bien ces nouvelles conditions, prenait une teinte bleue très nette. Le bain était décoloré et le batracien fixait le bleu dans ses tissus. Au moment où cette teinte bleue était manifeste, l’animal vivant était porté sous le microscope où on l’immobilisait. Ebrlich vit alors dans les membranes interdigitales de cette grenouille tous les nerfs dessinés avec une admirable netteté : fortement colorées en bleu, les cellules ganglionnaires montraient leur prolongement spinal coloré. Le bleu se fixe sur les tissus les plus oxy-génés, les nerfs gustatifs, par exemple, qui sont très exposés à l’action de l’air atmosphérique. Les tissus les moins saturés d'oxygène se comportent vis-à-vis du bleu comme des agents réducteurs et le décolorent. Le système nerveux, richement oxygéné ne le réduit pas, le foie le réduit incomplètement.

Si dans l’expérience l’animal meurt sur la platine du microscope, toute la coloration se diffuse et le réseau nerveux s’efface aussitôt. C’est donc bien sur l'animal vivant seul que les nerfs présentent une couleur bleue sous l'influence de l’agent, si bien que les histologistes qui veulent l’utiliser sont obligés de rapidement la fixer par l'acide picrique ou la liqueur 1iodo-iodurée (méthode d'Ehrlich). Des injections intra-veineuses de doses toxi ques de bleu de méthylène ont le même résultat.

Ehrlich admettait la même action colorante chez les

CR) Vo animaux qui absorbent des doses thérapeutiques de bleu de méthylène soit par la voie stomacale, soit par la voie hypodermique. Mais dans ces conditions Combemale n’a jamais constaté la coloration des cylindres d’axe. Tous autres ont été ses résultats chez les animaux intoxiqués. Si on avait fait des injections hypodermiques, il y avait au point de la piqüre une coloration bleue intense qui, traversant les parois musculaires de Pabdomen et le péritoine, s’était répandue dans la grande cavité où elle s’étendait à la plupart des organes, le foie excepté. Les reins étaient rouges à la coupe et la coloration bleue y était peu marquée, Dans la cavité thoracique les poumons sur une épaisseur de plusieurs millimètres à partir de la cavité pleurale étaient également teintés en bleu pâle, le centre de l'organe était épargné. Dans le cœur et les artères l’endocarde et le tissu musculaire présentaient cette même coloration. Enfin les centres nerveux, l’encéphale en particulier, dans leur partie grise étaient imprégnés de la même coloration bleue.

Pour connaître la coloration des diverses parties du tube digestif, M. Berthier a fait quelques expériences.

I. — Deux cobayes sont nourris pendant quinze jours avec du son arrosé d’une solution de bleu de méthylène au 1/100. L’urine et les matières fécales sont fortement colorées en bleu. Les cobayes se portent bien et continuent à prendre du poids tout autant que des cobayes témoins. Au bout de ce laps de temps ils sont sacrifiés. La bile, la vessie et le système nerveux sont colorés.

Dans l'estomac, les régions du cardia et du pylore surtout ont fixé le bleu ; l'intestin lui aussi est fortement coloré et les vaisseaux péritonéaux et mésentériques dessinent un réseau violacé.

L’épithélium de la muqueuse recueilli par le grattage est exa-

es AS miné dans la glycérine. Des coupes de la paroi stomacale durcie par congélation sont également soumises à l'examen histologique avec les précautions voulues pour éviter la dissolution du bleu, Les cellules épithéliales ne présentent pas de coloration ni dans leur noyau, ni dans leur protoplasma (juillet 1894),

IT. — Dans l'estomac de deux lapins on injecte tous les jours 50 grammes de la solution de bleu de méthylène au 1/100 ; on le fait à l'aide d’une sonde urétrale introduite dans l’œsophage, et

pour cela les mâchoires de l’animal sont maintenues écartées par un cube en liège percé d’un trou au travers duquel passe la sonde, Au bout de quinze jours les lapins sont sacrifiés. L'aspect macroscopique des organes rappelle celui des cobayes dans les expériences précédentes, Des lambeaux de la muqueuse stomacale détachés avec une pince sont étalés sur une lamelle ; examinés par trans-

parence, ils ne laissent voir ni cellules ni plexus nerveux colorés (juin 1895).

De ces deux groupes d’expériences nous pouvons conclure que l’ingestion de doses thérapeutiques de bleu de méthylène ne colore pas les éléments de la paroï stomacale.

2° Le bleu de méthylène colore-t-1l les micro-organismes? [lfaut à ce sujet distinguer : a) la coloration expérimentale des microbes 41 vitro, et b) celle des microbes vivant dans l’économie.

a) Tout le monde sait depuis Weiïgert que dans les laboratoires bactériologiques le bleu de méthylène colore fortement les microbes, les uns plus que les autres. C’est ainsi que 2# vitro les plasmodies globulaires de Marchiofava et CGelli se colorent très facilement au sein du globule sanguin (d’Aulnay).

b) Les microbes peuvent-ils aussi bien se colorer tant qu’ils sont dans l’organisme? Ici les contradictions abon-

bb

dent. Tandis qu'Ehrlich prétend que les hématozoaires par exemple sont colorés quand on administre du bleu médicinal aux paludéens, Laveran n’a pu les voir colorés chez deux pigeons qui en possédaient. Il est pourtant probable que les couleurs d’aniline véhiculées par le sang colorent les microbes qu’il contient et en particulier les trois sortes de corps kystiques qu'a décrits Laveran (d’Aulnay).

Pouvoir antiseptique. — Les couleurs d’aniline, le bleu de méthylène en particulier, peuvent non seulement colorer les microbes mais aussi les tuer. Aussi après les avoir d’abord employées pour les recherches bactériologiques, leur demande-t-on maintenant au lieu de déceler les microbes d’en arrêter le développement et cette idée nous semble & priorr assez naturelle (Leflaive).

Stilling, de Strasbourg, avait remarqué le premier sous le microscope que les bactéries plongées dans un milieu renfermant des couleurs d’aniline en dissolution absorbent la matière colorante qui les tue si la solution est assez concentrée. Il y a, ajoute-t-1l, un rapport étroit entre l’action microbicide de ces couleurs et la facilité avec laquelle les microbes se laissent colorer.

Poursuivant la même idée, d’autres savants et de tous pays ne tardèrent pas à reconnaitre eux aussi que les microbes imprégnés de couleurs d’aniline ne tardent pas dans certaines conditions à être tués. Sur ce point l'accord est parfait. Mais, de toutes ces couleurs quelle est celle qui a le plus de pouvoir sur les microbes tout en étant la moins toxique pour Phomme? Selon Stilling, qui a expérimenté sur les cobayes, la plus microbicide et la moins toxique

c’est le violet de méthyle. C’est aussi l’opinion qu’émettent, en 1890, G. Sée et Moreau.

La question en 1891 est éclairée d’un jour nouveau par des expériences fort bien conduites et tout à fait probantes de MM. Hugounenq et Eraud. Ils étudient, pour les comparer, l’action de certaines matières colorantes dérivées de l’aniline sur la virulence et le développement de quelques microbes et ils choisissent le bacillus anthracis, le saphylococcus pyogenes aureus et le gonocoque.

Parmi les couleurs d’aniline ils arrivent ainsi à établir une échelle de toxicité décroissante par rapport aux microbes étudiés ; ils considèrent comme la plus active le bleu de méthylène. Voici les résultats qu’ils en obtiennent :

Deux ballons sont ensemencés, l’un avec la bactérie pyogène, l’autre avec le gonocoque ; le premier a reçu quinze gouttes d’une solution de bleu de méthylène à 2 pour 1000 soit 0s",0015, le second, une dose double.

Ces ballons mis à l’étuve ne donnent lieu à aucune culture, ce qui est contrôlé par l'examen microscopique et l’ensemencement de la matière stérilisée.

On injecte alors sous la peau d’un cobaye, près de trois quarts de centimètre cube d’une culture de staphylocoque pyogène, ce * qui donne lieu les jours suivants à un abcès. La même culture mise en contact, pendant six heures, avec huit gouttes d’une solution à 2 pour 1000 de bleude méthylène, soit 05,008, injectée sous la peau d’un autre cobaye, donne lieu les jours suivants à un noyau d’empâtement douloureux à la pression et qui ne suppure pas.

Une autre culture de staphylococcus datant de quarante-huit heures et mise en contact avec quinze gouttes d’une solution à2 pour 1000 de bleu de méthylène provoque la formation d’un noyau douloureux à la pression, mais moins considérable que dans le cas

Page 1