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à reconnaître que, même chez les animaux, les couleurs peuvent s’accumuler dans l’intérieur de la cellule vivante. En 1885, Ehrlich, le premier, montrait que les larves de triton et de grenouille prennent au bout de quelques heures une coloration très intense, quand on les fait vivre dans une solution faible de bleu de méthylène ; replacées dans Peau pure elles reprennent leur couleur primitive. Depuis, il a vu que le bleu de méthylène, injecté dans le sang, se combine avec le cylindre-axe des fibrilles nerveuses pour leur donner une coloration bleu foncé qu’on utilise dans les recherches histologiques et, tout récemment encore, M. le professeur Renaut s’en servait ingénieusement pour . étudier la rétine.
Poursuivant ses recherches, Ehrlich a trouvé pour d’autres substances colorantes la même propriété d’imprégner les tissus vivants; avec un dérivé du rouge de toluidine, il a pu en un quart d'heure colorer les larves de triton plongées dans une solution étendue ; en l’injectant ou le faisant ingérer à des souris, 1l a pu colorer leur cellules pulmonaires. Des exemples analogues se multi--
plient de plus en plus: Hertwig a vu les œufs fécondés
des échinodermes se colorer eux aussi dans la solution de bleu de méthylène et leur segmentation, bien que ralentie, se continuer jusqu’à la formation de la gastrula. D’après Heydenhain, l’indigo-carmin injecté dans le sang d’un mammifère s’accumule bientôt dans les cellules hépatiques et dans l’épithélium des tubes contournés du rein.
Il n’y a donc plus de présomption, aujourd’hui, à dire que la cellule vivante est colorable. Maïs, est-ce à dire que le protoplasma, lui, se colore? Non, sans doute ; d’une telle combinaison naîtrait une action toxique, car les
échanges chimiques d’où résulte la vie seraient forcément bouleversés. Quelles sont donc, dans la cellule, les parties colorables ? Pour Schultze, se colorent uniquement les granulations des cellules, et cela par suite de leur combinaison chimique avec la matière colorante ; ces granula, si nombreux dans certains globules blancs, se rencontrent aussi dans toutes les cellules, analogues dans tous les tissus selon les uns (Waldeyer), spécifiques à chacun d’eux selon les autres; ils en sont, d’après Altmann, l’élément essentiel et véritablement actif.
Selon Pfeffer, la matière colorante — et ceci s’applique surtout aux végétaux — se borne à traverser le protoplasma pour aller s’accumuler, en une solution de plus en plus concentrée, dans le suc cellulaire où elle trouve des substances qui forment avec elle des combinaisons plus diffusibles.
Mais s’il nous faut admettre que le protoplasma échappe à l’action colorante, nous faut -il avouer qu’il ne saurait y avoir dans tous ces phénomènes la moindre modification de l’activité cellulaire ? Entre les cellules et leur milieu, il y a des rapports réciproques d’ordre physique et chimique. Si dans ce milieu surviennent des modifications assez légères pour que la cellule ne soit pas immédiatement tuée, celle-ci ne va-t-elle pas chercher à s’accommoder à ses conditions nouvelles et n’en résultera-t-il pas une modification de son mode de vie et de ses fonctions ? Au lieu d’une modification morphologique, elle aura subi une modification dynamique.
Nous voyons là une source féconde en résultats thérapeutiques. N’est-il pas séduisant de rapporter à la cellule malade les enseignements fournis dans le laboratoire par
re la cellule morte et d’injecter dans le sang la substance qui convient le plus à tel ou tel tissu ? Sans doute; comme le disent MM. Charrin et Carnot, Les lésions confèrent aux tissus la propriété de mieux s'emparer des substances dissoutes ; mais n’y a-t-il pas intérêt à leur alléger la besogne ?
Depuis ces dernières années, en s’introduisant dans la thérapeutique et, en particulier, dans celle des maladies nerveuses, les matières colorantes nous semblent avoir marqué une étape nouvelle et considérable. Des essais de ce qu'on pourrait appeler la chromothérapie (farbenthérapre) ont été déjà faits avec le chlorure d’or, le nitrate d'argent et le bleu de méthylène. Toute modification de la cellule peut d’ailleurs entraîner une excitation et aussi peut-être, comme le soutient Verworn, une diminution du fonctionnement. N’y a-t-il pas là le moyen de guérir les affections créées par une hyperactivité fonction nelle telle, par exemple, que celle des cellules gastriques dans l’hyperchlorhydrie ?
Durant notre stage à l'Hôpital militaire d'instruction, en 1893, M. le médecin major Berthier, traitait par le bleu de méthylène un hyperchlorhydrique, confié à notre observation. Les résultats de cette médication furent favorables et l’idée nous vint de trouver là le sujet de notre thèse inaugurale. Ainsi avons-nous été amené à traiter du bleu de méthylène en thérapeutique et de son applcation au traitement de l’hyperchlorhydrie.
Voici quel a été notre plan : :
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