‹ Du Bleu De Méthylène En Thérapeutique: Application Au Traitement De L'HyperchlorhydrieChapitre 8 sur 17 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Action physiologique.

Ebrlich et Leppmann les premiers se mirent, en 1885, : à étudier l’action du bleu de méthylène sur l'organisme. Depuis, ceux qui ont étudié les effets thérapeutiques de cette substance ont tous recherché les modifications qu’elle imprime aux diverses fonctions, mais ils ne sont pas tous arrivés aux mêmes conclusions. C’est que toujours le produit expérimenté n’était pas identique ; 1l est difficile, en effet, de se procurer du bleu de méthylène absolument pur et surtout totalement dépouillé de chlorure de zinc. Pour - notre part, nous avons employé un produit dont nous avions contrôlé la pureté ; ainsi, expérimentant sur nous-même, avons-nous cherché à nous faire une opinion sur les points discutés.

Absorption et élimination. — Introduit dans l’économie, le bleu de méthylène y est rapidement absorbé.

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Cette rapidité d’absorption est telle que quelques minutes après l’ingestion ou l'injection dans le tissu cellulaire d’une solution du médicament, on le retrouve dans les urines. C’est en nature qu’il passe dans le sang, il s’y

trouve en solution dans le plasma, bien que celui-ci ne présente pas d’une façon manifeste la coloration bleue révélatrice. Pourtant, selon d’Aulnay qui a fait des examens microscopiques à ce sujet, une goutte de sang d’une femme qui a absorbé une dose minima de 50 centigrammes, depuis deux heures au moins, présente une coloration plus foncée qu’une gouttelette de sang ordinaire, mise en opposition pour le contrôle. Les globules n’échappent pas à la coloration et si on étale une gouttelette de sang sur une lamelle on peut voir, après l’avoir désséchée les globules très apparents dans le champ du microscope, verdâtres dans leur ensemble. A travers les couches épaisses de globules agglomérés la coloration rouge de l’hémoglobine est plus foncée et en certains endroits plus épais encore il y a une coloration violacée que l’on ne voit pas dans les préparations ordinaires.

Le sang serait, d’après Combemale, autrement modifié; il présenterait en effet, d’après l’administration du bleu de méthylène le spectre de la méthémoglobine, mais jamais on n’y trouverait celui du médicament lui-même. Nous n’avons pu y constater ni l’un ni l’autre.

L’élimination du bleu de méthylène commence bientôt et dure longtemps. Après l’ingestion d’une dose de 0,10 centigrammes elle commence au bout de dix minutes et au 4° jour, comme nous l’avons constaté sur nous-même, elle n’est encore pas terminée. Elle se fait surtout par l’urine qui présente une coloration bleue caractéristique et

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sur laquelle nous reviendrons. Elle se fait en même temps par les selles qui, au contact de l’air, prennent elles aussi une coloration bleue. Ehrlich quile premier a signalé ces faits dit avoir constaté également une coloration de la salive, de même Einhorn aurait vu au microscope du bleu dans les crachats des phtisiques qui en prenaient. Combemale, lui, n’a pas vu la salive colorée et selon nous elle ne l’est jamais. En revanche, un de nos malades présentait au niveau de la sclérotique une teinte bleue particu lière et chez une jeune fille nous avons constaté la même Coloration dans des pertes blanches. La sueur elle non plus ne nous a point paru colorée. Ajoutons que nous avons en vain cherché la coloration du sperme. Le bleu de méthylène colore donc certaines sécrétions et en particulier l’urine, mais il ne les colore pas toutes. Ceux qui pour le discréditer à priori le lui ont reproché paraissent avoir agi avec une exagération manifeste. Strasmann n’at-il pas été jusqu’à lui reprocher de colorer le liquide amniotique de sorte que l’enfant vient au monde tout bleu ce qui n’est pas sans donner, comme on le pense, au nouveau-né un aspect assez étrange !

Toxicité. — Le bleu de méthylène est-il toxique ? Tel est le premier point sur lequel s’est portée l'attention. Ici surtout il importe d’avoir un médicament pur.

Bonhomme, il y a longtemps (1880) avait prétendu que les couleurs d’aniline par elles-mêmes ne sont pas toxiques et Stilling y insiste de nouveau.D’ailleurs, pour ce qui est du bleu de méthylène les faits le prouvent :

Ebrlich et Leppmann qui l’ont administré à l’intérieur aux doses de 0f",01 à 05,08 en injectionssous-cutanées dis-

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sous dans de l’eau à 2/1000 et à celles de 18 centigrammes à 1 gramme en poudre dans des capsules gélatineuses, ne lui ont reproché aucun accident. Tritingnam a même pu l’administrer sans inconvénient à des doses allant jusqu’à 3 grammes par jour, Combemale et Laveran eux aussi le déclarent inoffensif. C’est à peine si l’un des malades de Combemale a éprouvé une sensation de constriction au niveau du crâne. Jamais il n’y a eu ni troubles gastro-intestinaux ni troubles de la vue. Et pourtant Piotrowski lui reproche de provoquer de l’inappétence, des douleurs dans la région épigastrique, des nausées et même des vomissements. Gaillard lui aussi lui attribue une série d'accidents assez graves : à doses faibles (10 à 20 centigrammes),il provoquerait des malaises variés : troubles gastriques, nausées, dans un cas même vomissements et prurit urétral. Avec 40 et 60 centigrammes il y aurait eu des nausées, des vomissements, de la gastralgie et des vertiges. Nous croyons que ces accidents sont dus à ce que ces auteurs donnaient la dose quotidienne en une seule fois et aussi probablement à l’impureté de leur médicament. On note assez souvent du ténesme vésical. D’ailleurs 1l nous semble que si la majeure partie des malades ne sont nullement incommodés par le bleu de méthylène, il en est certains qui présentent une intolérance manifeste. D’où la précaution nécessaire, selon nous, de commencer toujours par des doses faibles,

Au point de vue expérimental, l'équivalent toxique du bleu de méthylène a été parfaitement mis en lumière par Combemale et François, qui l’ont étudié sur le chien et le cobaye. Si la substance ne contient pas de chlorure de zinc

il faut en donner à un chien de 2 à 5 décigrammes par |

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kilogramme pour obtenir des troubles gastriques, dans ce ce cas, ces troubles consistent en vomissements de matières glaireuses teintées en bleu. La mort peut même arriver si l’on force trop les doses et un cobaye qui a pris 8 décigrammes de la substance par kilogramme d'animal meurt en deux heures, par sidération des nerfs moteurs et sensitifs. Une demi-heure après l'administration du bleu de méthylène, l’animal fléchit sur les pattes, tombe sur le flanc, sa respiration devient tres fréquente, il s’assoupit, émet quelques gouttes d'urine d’une coloration bleu pâle; cet état s'aggrave rapidement et quelques heures après le cobaye succombe.

Comme on le voit, à doses convenables, le bleu de méthylène pas toxique et on ne peut pas arguer du danger de sonemploi pour le repousser.

Action locale. — Appliquée localement en badigeonnages sur la peau ou les muqueuses, une solution de bleu de méthylène les colore fortement en bleu. Ordinairement cette coloration n’est pas très profonde car ni les cellules ni leurs noyaux ne sont colorés. Pour la faire disparaître un lavage à l’alcool suffit. |

Apres Pinjection hypodermique d’1 à 5 centigrammes de bleu en solution à 14/1000 où à 47/1000, Piotrowski à vu assez souvent apparaître, avec une élévation de la température, un gonflement douloureux de couleur rougeâtre. En effet, les injections hypodermiques sont assez mal tolérées et selon Dauphant, même quand on prend toutes les précautions antiseptiques désirables, elles peuvent provoquer la formation d'un noyau d’induration douloureux à la pression, mais qui jamais ne suppure. La voie hypodermique, malgré l’action analgésique locale

ro) qu’on en obtient, est donc un mauvais procédé d’administration du bleu de méthylène.

Tube digestif. — En solution aqueuse le bleu de méthylène a un goût assez désagréable : il est amer et détermine comme une sécheresse de la bouche et de la gorge. En outre, il a l'inconvénient de colorer les lèvres et la muqueuse buccale. De bon choix et pris en quantité convenable, il est rare qu’il provoque des troubles digestifs et en général il n’amène pas de vomissements. Chez l’homme sain il est sans influence sur lappétit et ne contrarie nullement la digestion. Dauphant lui attribue une action purgative.

Il a selon nous une action modératrice sur la sécrétion gastrique, sur celle de l'acide chlorhydrique en particulier. C’est là un point sur lequel nous insisterons plus loin.

Système nerveux. — Lie bleu de méthylène a sur le système nerveux une action sédative qu’on doit utiliser. D'ailleurs, il faut le donner à doses toxiques pour avoir un peu de céphalalgie et quelques vertiges. Une seule fois nous lui avons attribué des rêves,

Circulation et respiration. — La circulation ni la respiration ne sont modifiées en quoi que ce soit par le bieu de méthylène.

Température. — Dans les cas où nous l’avons administré, la température est toujours restée normale. On refuse du reste au bleu de méthylène toute action ther-

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