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BANQUET DE LA MUTUALITÉ

La plus vaste des exhibitions connues depuis la mort de Barnum. Elle comporta cinquante mille exécutants et fut organisée comme à l’ordinaire avec le bienveillant concours de l’ensemble des contribuables.

La Marche de l’armée avait été plus bruyante : la Marche des mutualistes fut plus complète —

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d’abord parce qu’il n’y eut aucun mort, même d’indigestion — et surtout parce que Varilla parvint à coller ses étiquettes jusque sur les basques du président de la République. Premier mutualiste de France, attiré à la Galerie des machines sous prétexte d’une grande manifestation de solidarité humaine, celui-ci passa triste et hâtif dans un bruyant enchevêtrement de placards et de btmderolles : « Lisez le Matin, le Matin sait tout, le Matin dit tout... »

Lui, du moins, refusa de dire quoique ce fut, malgré les grâces provocantes de Madeline qui le haranguait tous les cinq pas. Il s’enfuit par la première porte ouverte dès qu’il aperçut le piège où il était tombé.

Cet incident était minime, après tout, puisque devant la loi des nombres, le président de la République ne comptait que pour un lecteur. Il ne diminua pas l’enthousiasme du Matin qui s’écrie :

« Cinquante mille, ils étaient cinquante mille, ve- « nus de toutes les-villes et de tous les villages pour « célébrer le triomphe de la solidarité. C’était une « fête nationale. (Toutes les publicités qui rapportent « sont, pour le Matin, des fêtes nationales). C’était « la fête des beaux sentiments...

« Les âmes débordaient de confiance, de bonne a humeur et d’indulgence fraternelle. Pas un désac- « cord dans cette harmonie, pas une ombre dans « cette lumière. On ne connaissait plus que la France « et plus que l’avenir.

« Il n’appartenait qu’au journal le Matin, de servir « ainsi la grande cause de l’unité française.

« Nul ne laissera périr dans sa mémoire, le sou- « venir du banquet de 50000 couverts dont le Matin « a été l’organisateur généreux et désintéressé... »

Au- cas où il y aurait néanmoins des mémoires incertaines, il importe de fixer pour elles le coût de cette générosité et le prix de ce gigantesque désintéressement.

Les frais totaux de l’immense réclame se résument en trois articles : le banquet, le transport et les affiches.

Les trois francs cinquante payés par chaque convive furent simplement répartis par le Matin entre les fournisseurs. Si le banquet coûta quelque chose à quelqu’un, ce fut aux industriels sentimentaux qui fournirent gracieusement la bière Karcher, le lait Maggi, le vin des Pontifes et les eaux minérales. Celles-ci ne faisaient qu’acquitter à l’inventeur du « faites bouillir votre eau » le solde impayé de son perpétuel cri d’alarme.

Le transport fut acquitté par les mutualistes, sous le bénéfice d’une réduction de 50 p. 100 accordée par les Compagnies.

Quant aux affiches convoquant le peuple français à cette courte période de réclame alimentaire, elles furent comme celles de la Marche de l’armée, imprimées sur la pâte blanche des papiers officiels, envoyées franchise et placardées sans

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timbre et sans frais, par les préfets, sous-préfets et maires des principales villes de France, ainsi promues à la dignité nationale de garçons du Matin.'

Sauf ces restrictions légères, le Matin fut, en effet, généreux et désintéressé.

Tandis que dans certains commerces, les entrepreneurs prélèvent une commission préalabL'. sur leur personnel, le Matin permit aux mutualistes de travailler gratuitement à sa réclame.

marches hygiéniques

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