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LA TOILETTE DU PROCUREUR

Campagne d’intimidation contre M. Rolland- Gosselin et de chantage contre M. Bulot, ee dernier coupable d’un scepticisme de mauvais aloi, quant au désintéressement du Matin et à la vertu de ses directeurs.

Une jeune Chilienne a légué sa fortune a une congrégation française par l’intermédiaire de l’agent de change parisien.

M. Bunau-Varilla, dont on n’ignore plus les délicatesses de conscience, décrète que les quarante millions qui la composent reprendront sans retard et sans appel le bateau du Chili où les attend un collatéral qui n’est encore que deux cents fois millionnaire.

IGG

Pour arriver à ce résultat patriotique, il accuse tout simplement les anciennes compagnes de la morte de l’avoir assassinée, avec la complicité de l’agent de change et la tolérance du Procureur.

C’était le temps de l’apogée, l’époque où la terreur grise du Matin planait encore sur le gouvernemen+ et l’opinion.

Après avoir été couvèrt d’injures pendant quinze jours, l’agent de change se soumit et répudia l’héritage.

L’intérêt national s’en trouva éminemment satisfait.

Les quarante millions délivrés ^par la chevaleresque intervention de M. Bunau-Varilla quittèrent la terre de France pour leur patrie lointaine.

Ils partaient quarante des poches de M. Rolland- Gosselin, mais combien de ce glorieux escadron débarquèrent dans les poches sud-américaines ? C’est une question que le public souçonneux s’est posée avec insistance et à laquelle je réponds avec empressement :

Ils débarquèrent au grand complet, puisqu’ils avaient pour escorte l’inattaquable désintéressement de Maurice Bunau-Varilla.

La campagne avait été surtout implacable et furieuse contre M. Bulôt, et Bulot le méritait

TOUTE LA LYRE

bien, puisque dans une heure d’égarement, il avait failli faire arrêter les promoteurs du Théâtrelyrique. Mais lui aussi avait, sous un ministèreapeuré, une situation. à défendre. Il demanda pardon d’avoir fait son devoir et, premier magistrat de la Cour de Paris, il signa ce document inoubliable dans les annales de la presse française, — une lettre d’excuses au Matin.

Il faut dire, à la très grande décharge de cetimide honnête homme, que sous les auspices de M. Vallé, M. Henry de Jouvenel dirigeait alorsla justice, et qu’errant de la place Vendôme au boulevard Poissonnière, le rêve du futur dauphin cherchait déjà comme on monte des strapontinsde la République aux marches d’un trône.

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