‹ Du bluff au chantageChapitre 37 sur 44 · LE NETTOYAGE DU LAIT · texte numérisé non relu

LE NETTOYAGE DU LAIT

Campagne de réclame menée contre des laitiers anonymes qui, disait-on, avaient plus coutume de traire leur lait aux bornes des fontaines qu’aux vaches des étables.

Elle aboutit, comme toutes les campagnes du Matin, à un bluff monumental, la fondation de la Ligue de la Vie Humaine, au moyen de laquelle M. Bunau-Varilla se proposait de conduire l’humanité à l’âge de Mathusalem

(( Notre campagne, s’écriait-il le 11 janvier 1902, a arraché à la population parisienne un cii de gratitude. »

Contre le syndicat de la falsification et de l’empoisonnement, il faut dresser la Ligue de la défense de la Vie humaine. Contre le groupement des malfaiteurs de tout acabit, il faut dresser le grcupement des honnêtes gens de toute classe, depuis les plus fortunés jusqu’aux plus pauvres.

Les « commerçants » que, depuis huit jours, on a pu dénoncer partout sans qu’une voix s’élevât en leur faveur, ont leur caisse, leur police, leur organisation. Il ne tient qu'au public d’avoir à son tour ses chimistes, ses huissiers, ses avarès et ses défenseurs.

Nous proposons de former une ligue immense, la Ligue de la défense de la Vie humaine, dont chacun pourra faire partie, moyennant une somme minime.

TOUTE LA LYRE

Elle se chargera de tout : démarches, procès, i enquêtes, sommations. Elle sera la bonne gardienne des tout petits et des tout vieux, elle sera la défenderesse de ce Paris qu’on vole impunément aujomd’hui en l’empoisonnant.

Cette grande œuvre de régénération sociale tint, en effet, le 18 février, des assises solennelles, où furent révélés comme moyens principaux de prolonger l’humanité, la lecture du Matin et l’ouverture d’une souscription.

Depuis lors, soit que les laitiers aient perdu 1© chemin de la fontaine ou l’Humanité le goût de la vieillesse, on n’a plus jairiais entendu parler ni de la Ligue, ni même de la souscription.

Quand le Matin eut fini de traire dans sa caisse tout le lait de la hadauderie publique, il jugea que les tout vieux et les tout petits se débrouilleraient bien tout seuls.

Voici ce qu’on lit à propos des campagnes alimentaires du Matin, dans le Bulletin vinicole^ organe officiel des Chambres syndicales de l’alimentation parisienne :

Le journal le Matin s’érige en inspecteur de ce que nous buvons et mangeons ; il continuera à observer un jour ce que nous faisons de contraire.

Il y a quelques années, il fit une campagne contre

im- '

le lait et les denrées alimentaires en général, qui jaffola littéralement les consommateurs. Lorsqu’ils furent à point détraqués, le Matin ouvrit une souscription dans ses colonnes pour créer, disait-il, des laboratoires d’analyses où le public pourrait se renseigner, la science officielle du laboratoire ayant fait faillite depuis qu’un certain chimiste friand de réclame n’en faisait plus partie.

L’argent afflua, combien ? D’aucuns disent 200 000, d’autres plus ; les lecteurs du Matin, ayant peur d’attraper la colique, furent généreux. La Chambre Syndicale des Epiciers avait versé 500 francs ; c’est dans VEpicerie française que nous avons vu ce chiffre. Nous ne demandons pas au Matin, comme pourraient le faire les épiciers, où est son laboratoire, n’ayant pas souscrit, et pour cause...

La campagne contre les laitiers, violente d abord, s’éteignit dans un chuchotement; le Matin changea de musique. •

Un juge d’instruction, aussi bavard qu’un rédacteur du Matin, égara à son profit les notes de l’instruction qu’il faisait contre Duval. Le Matin fut alimenté pour un mois : il nous raconta que Duval fabriquait du vin de toute pièce ; il nous parla d’essence de violettes et autres ingrédients ; le vin de Paris fut une mixture innommable ; le clos Picpus produisait plus de vin que le Midi ; Duval avait canalisé la Seine ; à l’audience, les experts déclarèrent que Duval n’ajoutait que de l’eau ; Duval était un vulgaire moüilléur.

Il fait accuser d’incapacité M. Charles Girard qui, depuis 1881, dirige le Laboratoire Municipal, et sous lè nez duquel, autrefois, le Matin balançait l’encen-

TOUTE LA LYRE

Page 1