LE NETTOYAGE DU VIN
Campagne de réclame menée au nom de l’intérêt national et de la salubrité publique, contre Duval, marchand de vins à Bercy, qui coupait, p.araît-il, son vin de toutes sortes de liquides plus connus de la pompe que du pressoir.
En principe, c’était très bien ; en pratique, voici ce que déclara, devant le Tribunal de la Seine, M® Debacq, avocat de Duval :
Le Matin est un grand journal, d’une lecture attrayante, que ses rédacteurs savent de telle façon rédiger qu’on y trouve toujours, sinon des vérités absolument vraies, du moins des renseignements que la rédaction sait rendre particulièrement intéressants.
Le Matin a publié des articles dans lesquels, ainsi que le disait à juste titre dans son réquisitoire M. le substitut de la République, il y avait d’impardon-, nables diffamations. Le Matin traite M. Duval d’empoisonneur, il raconte les mixtures de Duval, dit
TOUTE LA LYRE
comme quoi Duval mêlait de l’acide sulfurique avec de la violette, du tannin et de l’acide tartrique... mélange singulier, il faut le reconnaître.
Il a ajouté à cela tous les acides de la création pour créer une boisson si abominable que les charbonniers eux-mêmes en étaient, dit-il, incommodés. Ces articles ont provoqué l’envoi, au journal le Matin, de correspondances très intéressantes et que ce journal, avec sa loyauté parfaite et son désintéressement bien connu, a reproduites en les commentant quelquefois et avec tant de sympathies que des gens mal informés auraient pu croire que correspondants et destinataire étaient de vieux amis. Dans ces lettres, venant de partout, on remerciait le Matin de son admirable campagne, de son indépendance parfaite, car il était connu que M. Duval était un protégé... (on n’a pas dit de qui) contre lequel-il était dangereux de formuler des critiques. Le Matin se sacrifiait...
Le jugement de la presse est chose souvent incertaine et variable.
Qui sait si nous ne pouvions arriver à chiffrer à un prix ferme ce .qu’ont payé nos adversaires, ce qu’il nous eût suffi de payer nous-mêmes pour qu’au lieu d’être attaqués nous soyons portés au pinacle ?
Duval était, paraît-il, unique dans son genre. Avec lui, la fraude sur les vins disparut à jamais, sinon de la surface du territoire, du moins de la première page du Matin. On dit, il est vrai, que la sixième fut moins heureuse, et que, parm? de très respectables annonces, les plus innommables piquettes trouvèrent désormais un asile sacré.
Au sort de Duval, tous les empoisonneurs avaient compris ce qu’il leur restait à faire.