‹ Du c dans les langues romanesChapitre 132 sur 220 · Garisch, Woert. s, v. — G. Ascoli, Archivio, passim · texte numérisé non relu

Garisch, Woert. s, v. — G. Ascoli, Archivio, passim

corium

cirO\). cà'r-E. —

*corpum

corji Ob.-

. cierp Ob. cûerp h.e. —

cornu

ciern Ob. —

corvum

corxi E.

cierv Ob. —

culum

cil Ob. cul E. —

cunam

cinna Ob. cïinna e. —

curam

ciraOh.cûra^. —

Il a été dit ^ que le c vélaire final persiste souvent dans les dialectes ladins, soit sans modification, soit en s'afiaiblissant en g ; mais, fait caractéristique de ces idiomes, ils peuvent aussi transformer la vélaire finale, comme l'initiale ou la médiale, en <?, g, ou même h ; ainsi à côté de amig on trouve une forme ami'g et amie ou amih ; dico a donné à la fois dig et die ; focum, fuec et fœc ; à côté de lac (lacum) on rencontre encore laie B. E. ; vicum a donné vig et vih, etc. Les autres idiomes romans n'ofirent rien de comparable ^.

On voit par tous ces exemples à quelles hésitations ont obéi les dialectes ladins dans le traitement de la gutturale vélaire, et la diversité des influences qui ont dû y agir pour la modifier ; la transformation a été plus simple dans les langues du Nord-Ouest; voyons comment elles ont procédé, en commençant par le provençal où le problème est plus compliqué à cause des difîérences que présentent à cet égard les difierents dialectes.

IP Transformation du c vélaire dans les dialectes provençaux.

Nous avons vu que ck conserva en provençal, ainsi que dans les autres langues de l'Ouest, sa valeur gutturale devant e et i jusqu'en plein Moyen Age ; il n'en dut pas moins devenir d'assez bonne heure le signe du son c, qui s'est conservé plus ou moins modifié dans cet idiome. C'est comme tel sans doute que nous le trouvons dans le plus ancien monument de la langue, le Boèce, oii il apparaît toutefois à côté de c ; ainsi on y trouve charcer (v. 71), eharceral (158) , mais carcer (96 et 101) ; cliaitiveza (88) et quaUiu (126) ; schalas (149, 156), schala (216, 232) , eschalo (237), mdX^scalas (146) ; chadeu (147) ei eadegut {72); chastiament (111) et quastiazo {22) avec c ouch; enûn chanut (107), Mc/ia (130), schapla (207) avec chseu\,k cote de riqueza

1. V. pi. haut Liv. I, Ch. I, p. 45. — 2. Ascoli, Arch. I, 76, 207.

{S3)Mp (116), cap (167), caritat (217), castitat (223) ,peccaz (228), cerqua et cerca (238), écrits seulement par c, k ou q.

Que faut-il conclure de cette double orthographe, qui nous est, comme nous le verrons par la suite, présentée par tant de textes? Que dans certains mots c suivi de a avait encore la prononciation gutturale, tandis que dans d'autres il prenait le son c? Cette supposition serait acceptable si les mêmes mots avaient toujours' la même orthographe ; il est difficile de l'admettre devant de doubles leçons comme chaitiveza et quaitiu; il ne reste, je crois, qu'une hypothèse de possible, c'est que nous sommes en présence non d'un texte primitif, mais d'un texte remanié ou modifié par un copiste dont la langue était autre que celle du poète ; il n'est pas improbable, en effet, que celui-ci , ou, ce qui revient au même, le premier copiste du poème ne connût que le son guttural du c, le copiste du texte que nous possédons connaissant, au contraire, le son c de la gutturale vélaire transformée l'aura rétabli par mégarde ou à dessein dans les mots que j'ai relevés. C'est là un fait que nous verrons se reproduire bien des fois, et qui est d'une importance capitale dans l'étude phonétique des textes du Moyen Age, dont il peut seul expliquer les anomalies et les contradictions orthographiques ; il ne saurait, en effet, dans des textes recopiés pour la plupart plusieurs fois dans des lieux et en des temps différents, être question d'unité d'orthographe et parfois même d'idiome ; il ne saurait être non plus, la plupart du temps, question de la langue du poète, mais seulement de celle du copiste du manuscrit que nous avons sous les yeux , et parfois même, pour les poèmes du moins qui ont passé par plusieurs mains, le texte n'est lui-même qu'un compromis entre la langue de celui qui nous l'a transmis et celle de ses devanciers. Ainsi pour le cas particulier qui nous occupe en ce moment, on peut croire que l'auteur du Boèce ignorait encore, comme je l'ai déjà dit, la transformation de ca en cha, mais qu'au contraire le copiste du xi® siècle, auquel nous devons le texte que nous en avons, la connaissait déjà et l'a rétablie dans un certain nombre de mots. Quoi qu'il en soit de cette hypothèse, ce qui ressort d'une manière incontestable de ce qui précède, c'est qu'au xi® siècle la transformation du c en c avait déjà eu lieu au moins dans un des dialectes du provençal.

S'était-elle produite dans tous ? comment chacun d'eux en particulier a-t-il traité la gutturale vélaire suivie de a ? Telle est la question qu'il me faut examiner, et dont la solution offre plus d'une difficulté. Ce qui complique, en effet, l'étude de la phoné-

tique du provençal, c'est la multiplicité de ses dialectes et l'ignorance où l'on est encore le plus souvent sur leurs caractères distinctifs ; ce n'est pas que ces dialectes aient tous la même importance, ni qu'il y ait eu sans doute autrefois entre eux une différence aussi grande qu'aujourd'hui; il semble même qu'il se forma vers le xii'' siècle une espèce de langue poétique conventionnelle, commune ou à peu près à tous les troubadours * ; néanmoins toutes les dififérences dialectales, malgré l'uniformité apparente de cet idiome littéraire, ne purent disparaître, elles subsistèrent dans la langue usuelle, et reflétées plus ou moias déjà dans les ouvrages du temps, eUes se sont perpétuées jusqu'à nos jours. Je n'ai pas la prétention de faire ici l'histoire trop peu connue des dialectes provençaux, je voudrais seulement, en m'attachant aux principaux d'entre eux, essayer de montrer quelles ont été les vicissitudes du c vélaire dans l'idiome parlé au Sud de la Loire. Etudions-le d'abord dans les monuments les plus importants qu'il nous a laissés.

Le premier que nous rencontrons après le Boèce sont les « Poésies religieuses en langue d'oc ^ » publiées par M. Paul Meyer, d'après les manuscrits 1139 et 1743 de la Bibliothèque nationale, lesquels semblent, comme celui de ce poème, être du xr siècle. Leur examen nous donne un résultat différent. Ainsi dans la pièce de vers la plus étendue, espèce de confession tirée du manuscrit 1743, c persiste sans exception ; dans les cantiques tirés du manuscrit 1139, au contraire, c devant a se change en ch, par exemple chab, chastitat, chausit. Il est évident qu'on a affaire à des monuments d'origine différente. M. Meyer croit que la plus longue de ces poésies religieuses en langue d'oc, celle du manuscrit 1743, est écrite dans le dialecte d'Auvergne; j'inclinerais à lui attribuer une origine plus méridionale. Le manuscrit 1139, provenant de l'abbaye de Saint-Martial de Limoges, les deux cantiques qui en sont tirés sont, suivant toute vraisemblance, écrits en limousin ; ainsi au xi® siècle ce dialecte changeait déjà régulièrement le c vélaire suivi de a en c. Cette manière de voir trouve sa confirmation dans le consonnantisme des trois sermons limousins publiés également par M. Meyer dans le sixième volume à.\x Jahv'huch'K Dans le premier, c{a) est changé en cha sept fois, tandis qu'il ne persiste que trois fois ; le

1. Cf. Bartsch, Grundriss zur Geschicfe der provenzalischen Literatur,Tp. 69.

2. Paris, ia-8", 1860, et Bibliothèque de l'École des chartes, 5""' série, l, 481.

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