Voir plus loin Liv. IV, Ch. I et IV
3. Queue (caudam) semble faire exception, mais cela tient à ce que au s'était déjà sans doute changé en o dans le latin vulgaire.
4. Cas apparaît dans le Brut de Wace et semble dès lors normand, ce n'est pas à dire toutefois que le français l'ait emprunté à ce dialecte; la persistance de l'a paraît, au contraire, lui assigner une origine savante, ou tout au moins indiquer que ce mot a été refait sur le latin. Quant à cave, son ancienneté et son emploi ne permettent guère de douter qu'on n'ait affaire à un mot vraiment populaire.
Enfin on trouve encore le c vélaire dans un certain nombre de mots empruntés par le français à des dialectes qui l'ont conservé, et qui forment autant de doublets avec ceux auxquels il lésa préférés et à côté desquels ils subsistent le plus souvent, mais avec un sens différent ; c'est ainsi que le mot picard et normand camp adopté par le français y a pris le sens particulier que l'on connaît à côté de champ, qui a conservé, au contraire, le sens étymologique de ca7npus, gardé aussi par camp dans les deux dialectes d'où il est tiré ; de même campagne, également picard et normand, a supplanté l'ancien français Champagne, qui n'est plus usité que comme nom propre.
Mais il y a encore une autre cause de la présence du son ca en français, c'est l'importation dans la langue aux xiv", xv'' et xvf siècles de mots nouveaux empruntés au latin classique. A cette époque le français avait perdu sa force originelle de formation, et le sentiment de l'accent latin qui y avait présidé ; impuissant à les transformer, il adopta sans les modifier les mots qu'il demanda à la langue de Cicéron et de Tite-Live pour exprimer des choses et des idées nouvelles ; le c persista donc avec la voyelle suivante dans cette seconde génération de mots ; il en fut de même des vocables que nous devons au provençal et aux autres idiomes romans, qui ont contribué à enrichir notre langue. Tels sont cabrer, cadastre, cadavre, caduc, calcul, calquer, cantique, carotte, caserne, caution, etc. ^
Cette origine difierente explique la présence de la vélaire dans un certain nombre de mots, tandis que dans les mots congénères, mais de formation populaire, elle s'est changée en chuintante. Ainsi :
caballarium
caballum
cabannam
cadentiam
cameram
cavalier
cavale
cabanne
cadence
camarade
chevalier
cheval
Chavanne
chance
chambre
1. Le A- allemand a persisté aussi souvent en français; mais dans un certain nombre de mots il se change en ch ; ainsi il persiste dans bmiquer (bucka), braquer (brûka), caille (quakele) , cane (kahn) , canif (knif), caquer (kaaken), carcan (querca). il s'est changé en ch, au contraire, dans blanche (blancha), brèche (brehha), chambellan (camerlinc), Charles (Karal), /"ranc/ie (franka), maréchal (marahscalc), marche (marcha), poche (pocca), etc. Cf. Diez, Gramm. I, 316.