‹ Du c dans les langues romanesChapitre 180 sur 220 · Puiz fu lunges en France apris. R. v · texte numérisé non relu

Puiz fu lunges en France apris. R. v

taines formes étrangères au dialecte normand ; cependant, sous les altérations dont ils ont été l'objet, on retrouve encore dans ses poèmes les mieux conservés les caractères essentiels de son idiome natal. Mais il n'en fut plus de même après lui. Les formes normandes ont déjà plus ou moins disparu, nous avons vu, de la Chronique des ducs de Normandie, du poème du Mont Saint-Michel, etc., pour être remplacées par des formes françaises. Vers la fin du xif siècle, Garnier de Pont-Saint- Maxence, originaire, il est vrai, du Beauvaisis, mais célébrant un Anglais, écrivant en Angleterre, et surtout pour les Anglo- Normands S arguait dans son poème sur « Thomas le Martyre » de son origine pour prouver la bonté de son style :

« Mis languages est buens, car en France fui né *»

Ainsi, même dans les pays de langue normande , on pouvait déjà à cette époque proclamer, sans craindre d'être contredit, la supériorité du français sur les autres dialectes congénères.

Un événement, bien plus important par ses conséquences philologiques que l'accession au trône des Plantagenets, allait, au commencement du siècle suivant, accroître encore cette suprématie du français en Normandie ; ce fut la réunion à la couronne des possessions continentales des rois d'Angleterre (1203). Ce n'était plus là seulement, en effet, comme en 1154, le rapprochement entre des pays de langue normande et trois provinces ayant un idiome différent, c'était leur réunion, ou plutôt leur soumission, à ceux de langue française, fait qui devait entraîner la substitution de l'idiome de l'Ile-de-France au normand comme langue officielle. Un pareil événement devait modifier profondément les conditions dans lesquelles s'était trouvé jusque-là l'ancien dialecte parlé en Normandie ; sans doute cette révolution n'atteignit pas tout d'abord le langage populaire; mais l'emploi du français dans les actes publics ^, la supériorité désormais reconnue

1. Aine mais mieldre romanz ne fu fez ne trovez ; A Cantorbire fu et fez et amendez.

2. Cf. Hist. lut. de la France XXIII, 370. Toutefois, il faut le reconnaître, tout ceci est beaucoup plus vrai de l'anglo-normand que du normand proprement dit.

3. Dans V Échiquier de Normandie, recueil d'actes du xiii" siècle, mais probablement rajeunis, le normand a fait place partout au français. Du moins nous ne trouvons déjà les formes normandes qu'exceptionnellement dans les extraits du livre des Jurés de l'abbaye de Saint-Ouen de Rouen, donnés par M. Léop. Delisle dans ses Études sur la condition de la classe agricole en Normandie, sous l'année 1^91, ainsi que dans

de ce dialecte, la célébrité dont jouissaient alors les trouvères qui le parlaient, tout cela porta au normand un coup fatal. Délaissé peu à peu par les clercs, qui y mêlèrent, quand ils n'en rejetèrent pas complètement l'emploi, des formes françaises, il cessa d'être une langue littéraire et tomba au rang de patois. C'était la conséquence inévitable de la soumission de la Normandie à la couronne et de la suprématie bientôt incontestée du dialecte de l'Ilede-France. Cet état de choses ne pouvait manquer d'avoir à la longue une influence dissolvante sur le parler vulgaire des populations normandes.

En ce qui concerne les gutturales, la chuintante ch tendit désormais à se substituer à la vélaire ; s à prendre, au contraire, la place de ch, transformation normande de la palatale. L'inspection des anciens manuscrits en donne la preuve à chaque ligne, et j'ai eu occasion de signaler sans cesse cette confusion de formes dans les chartes que j'ai étudiées précédemment. L'examen des noms d'hommes ou de pays surtout est on ne peut plus propre à montrer la transformation qui s'effectuait peu à peu dans la langue, et les efforts des lettrés pour faire passer sous le niveau français les anciennes formes normandes. Dans certains manuscrits de la Chronique des ducs de Normandie, du Brut ou du Rou, on trouve souvent ch substitué à c dans les noms de lieu qui ont conservé jusqu'à présent leur prononciation gutturale, par exemple Arches^, v. 8575 et 8589 ; Chaaignes (Cahagnes) R. 13664, Chanon (Canon) R. 13679, Chaen (Caen) Chr. 33754 ; Chauz Chr. 14739, H. 13731; Chaumont Chr. 30798 R. 15231 ; Tancharville R. 13560, etc. '. Les Actes normands nous font en quelque sorte assister à ce travail de transformation ; ainsi nous trouvons dans le compte n° 4 de l'année 1329 « Nuef Castel et Arques » ; dans le compte n" 74 de l'an 1337 nous avons, au contraire, « Noef Chastel et Arches » ; un des copistes du Roman de Rou avait aussi employé la forme Arches; on essayait donc, à ce qu'il semble, à cette époque de transformer la gutturale de ces deux noms ; la tentative a réussi pour le premier, qui est devenu Neufchâtel, mais elle a échoué pour le second qui est resté Arques ; par contre elle a réussi pour le

un acte de 1260, et les pièces justificatives du même ouvrage contiennent des chartes du commencement du treizième siècle (1302, 1324, etc.) où on ne rencontre plus que les formes françaises des gutturales.

1. On trouve même ch dans des noms étrangers comme Chantorbire (Gantorbéry) B. 4079, Chatenois (Caithness) id. 2365, où la vélaire aurait dû évidemment être conservée.

nom de la même contrée, et formé de la même racine, Pont de V Arche. Ce qui s'est passé dans le département de la Seine-Inférieure s'est produit également dans les autres parties de la Normandie ; ainsi, à droite de la baie des Veys, se trouve Grancamp, nom dont la vélaire a persisté, tandis que sur le côté gauche de la même baie est La Blanche, mot dans lequel elle s'est transformée en ch ; il serait facile de multiplier ces rapprochements, sans qu'on pût pour cela deviner quelle est au juste la cause qui a déterminé cette diversité de formes dans des mots qui ont dû être identiques à l'origine. Il semble bien sans doute que les noms dont le c s'est transformé sont plus récents, cependant il en est comme Clinchamps, Avranches, Cherbourg, etc., qui doivent être fort anciens, et qui, se trouvant dans la même région que d'autres dont la vélaire a persisté, auraient dû, dès lors, la conserver comme eux, mais ne l'ont pas moins changée en ch. La seule chose qui paraisse certaine, c'est qu'en général les noms où le c vélaire s'est transformé appartiennent à la partie méridionale ou Sud-Est de la Normandie ; on comprend, en effet, que ce soit là, à la frontière commune des deux dialectes, que celui de l'Ile-de- France ait agi avec le plus de puissance, pour en modifier les formes propres au normand.

Les noms de personnes donnent lieu aux mêmes observations ; ainsi dans le n° 4 des Actes normands (1329), on rencontre le nom de Charpentier, dans l'acte trois (1328) celui de La Chapelle et dans l'acte quarante-huit (1336), celui de Chanu, qui sont écrits le premier Carpentier dans l'acte cinquante-trois (1336), fait pour l'armement de la nef la Kateline, le second La Capelle (Jehan de) dans l'acte trente-neuf, inventaire fait en 1333 à Saint-Pierre d'Arthenay, ainsi que dans l'acte soixante-quatorze passé en 1337, et le troisième Canu, dans l'inventaire de Saint-Pierre d'Arthenay ^ Le même fait se présente dans les textes que j'ai étudiés, et on y rencontre même écrits par ch des noms dont la gutturale n'aurait pas dû, ce semble, être modifiée. J'ai déjà signalé dans l'Alexis la forme Acharies (Arcadius) L. 62, 2; on trouve de même Aschanius {k^ca^Tie) dans le Roman de Brut v. 17, 89, 111, 118, etc. C'était, appliquée ici même à des noms étrangers, le résultat de cette tendance de transformation dont j'ai fait remarquer les efiets sur les noms de lieu, et qui semble avoir agi

1. Nous avons vu que ces formes Canu, Capelle, Carpentier, sont encore usitées aujourd'hui en Normandie.

avec force au xiif et au xiv° siècle, sans réussir cependant à modifier tous les noms propres que la tradition défendait contre ces tentatives d'innovation, comme la mémoire du peuple conservait fidèlement aux noms communs, malgré l'influence croissante du français, leur forme originelle.

On peut dire qu'il a fallu une résistance de tous les instants, aidée sans doute par le mauvais état de l'instruction — l'ignorance si funeste à tous les égards est au moins favorable au maintien des idiomes tombés à l'état de patois — pour conserver au dialecte normand, enparticulierence qui concerne les gutturales, ses caractères distinctifs. Pour les noms communs toutefois le normand l'a emporté aussi bien dans la conservation de la vélaire que dans celle de la forme ch prise par la palatale transformée ; la vélaire n'a cédé que dans un petit nombre de cas S et la forme ch prise par la palatale, excepté à la fin des mots cependant et au milieu quand elle s'est changée en spirante sonore, n'a fait place à ç aussi que dans bien peu de cas. Il en a été tout autrement pour les noms propres, ce qui s'explique sans peine, parce qu'ici les lettrés sont intervenus et ont favorisé les formes françaises, le c vélaire a dû faire place assez souvent, surtout dans les noms géographiques, à la chuintante ch, et celle-ci, au contraire, a été remplacée dans le plus grand nombre de cas par le c français.

Telle a été, au point de vue des gutturales et depuis la réunion de la Normandie à la France, l'histoire du dialecte parlé dans cette province ; mais tout autre naturellement a été la destinée du normand importé par la conquête en Angleterre ; c'était la conséquence forcée des conditions particulières dans lesquelles il s'y trouvait. Sur le continent, le normand était la langue du peuple qui, grâce à l'ignorance dans laquelle il vivait, l'a conservée longtemps sans modification essentielle ; en Angleterre, au contraire, le normand était la langue de l'aristocratie, minorité isolée au milieu de la population anglo-saxonne, dont elle dut

1. 11 est curieux de comparer les mots communs où la vélaire a persisté et ceux où elle s'est changée en ch ; on voit qu'en général les premiers sont exclusivement populaires ou indigènes, les mots qu'on pourrait dire d'un usage mixte ont le plus souvent, au contraire, les deux formes ; quant à ceux qui sont d'origine savante, ou qui appartiennent à la langue de l'église ou de l'administration, ils n'ont d'ordinaire que la forme française. Ainsi canter (mettre sur le champ), et chanter (la messe p. ex.); calenger (obtenir par dessus le marché) et chier (aimé) ; canié et chanieau, etc.

finir par apprendre la langue. Dans ces conditions, l'idiome importé en Angleterre courait grand risque de se corrompre s'il ne se ravivait à sa source. Mais l'avènement des Plantagenets ayant mis, au moins à la cour, sur le même pied d'égalité que le normand d'autres dialectes français jusqu'alors inconnus dans la Grande-Bretagne, il n'y avait déjà plus de raison pour qu'on y tînt à conserver dans toute sa pureté celui qui avait dû être seul parlé sous la dynastie normande. La séparation politique de la Normandie et de l'Angleterre ne dut pas non plus rester sans influence sur les transformations possibles de l'anglo-normand. Il suffit pour s'en rendre compte de se représenter les circonstances dans lesquelles elle se produisit et les résultats qui en furent la suite.

Depuis un demi-siècle le dialecte normand avait cessé d'être la langue maternelle des souverains anglais; cependant la célébrité des trouvères qui l'avaient employé d'abord dut lui conserver sans doute quelque temps encore quelque chose de son ancienne importance ; tout cela changea au xiii** siècle avec la séparation de la Normandie de l'Angleterre ; la décadence de la poésie normande qui en fut la suite, l'éclat dont brillaient précisément à cette époque les trouvères de la langue française, tout devait contribuer à attirer de plus en plus l'attention sur ce dernier idiome; en même temps l'anglo-normand, n'étant plus ravivé par un échange continu de communications avec le continent, en contact aussi avec l'anglo-saxon, avec lequel il commençait à se mêler pour former ce qui sera bientôt l'anglais, ne pouvait manquer de s'altérer. Cette corruption toutefois dut tout d'abord bien plus modifier le vocalisme que le consonnantisme du normand, puisque l'anglo-saxon traitait les gutturales, les seules dont il soit ici question, de la même manière que ce dialecte ; celles-ci ne tardèrent pas non plus cependant à s'altérer ; ce qui dut contribuer à en modifier la valeur originelle fut l'influence croissante du français, influence qui ne cessa plus désormais de se faire sentir en Angleterre, comme elle agissait en Normandie ; mais qui n'y était pas combattue, comme dans cette province, par la tradition populaire. Le goût de notre littérature se maintint de l'autre côté de la Manche ; mais comme la décadence de la poésie normande avait suivi de près la réunion de la Normandie à la couronne, c'étaient les écrivains français qui étaient maintenant lus, admirés, imités en Angleterre; on sait en particulier de quelle popularité y jouit le Roman de la Rose, que Chaucer ne dédaigna pas de traduire. En même temps c'était aussi dans l'Ile-

de-France, non en Normandie, qu'allaient chercher leurs maîtres et des leçons ceux qui désiraient s'instruire dans notre langue ; le français, tel qu'il se conservait en Angleterre, était regardé comme grossier ^ il était naturel qu'on cherchât à le retremper à ses sources et à le refaire, si cela était possible, sur les modèles nouveaux qu'offrait le continent. Ainsi tout contribuait à effacer les caractères primitifs du normand et à ramener en particulier les gutturales de la forme qu'elles y avaient à celle qu'elles avaient prises en français ^ ; nous avons vu cependant qu'elles ont dans un certain nombre de cas conservé celle qui est propre au premier de ces dialectes, mais plus souvent aussi, en particulier la palatale, elles ont adopté celles du français et les doublets comme caldron et chaudron , camber et chamber, caste et chaste, chives et cives, chibbol et cibol, etc., montrent l'hésitation qui se produisit. dans la langue à l'époque de sa transformation et la double source à laquelle elle a puisé.

Le dictionnaire français-hébreu dont j'ai parlé p. 252, document d'une importance dont l'éditeur ne paraît pas s'être douté, nous montre ce travail de transformation s'opérant déjà dans la première moitié du xui^ siècle ; le c vélaire y a encore persisté le plus souvent, nous avons vu, mais il est aussi parfois remplacé par ch ; on sait qu'il a persisté jusqu'à aujourd'hui dans un certain nombre de mots, mais que dans un plus grand nombre il a fait place à cette chuintante ; la langue a donc continué la modification qui commençait alors, modification dont nous trouvons la preuve dans le soin même avec lequel les copistes substituaient ch au c suivi de a. Quant au c palatal, la transformation a été

1. On connaît les vers de Chaucer qui constatent ce mépris pour le français tel que le parlaient tant d'Anglais de son temps ; il s'agit de la supérieure des Canterbunj Taies « Madame Eglentine » :

And Frenche she spake fui fayre and fetesly

After the scole of Stratford atte Bowe

For Frenche of Paris was to hire unknowe.

2. On peut se faire une idée des modifications qu'avait subies l'anglonormand dès le xnr siècle, en comparant le texte du Lai d'Havelock à celui des monuments vraiment normands de la même époque ou du siècle précédent ; non-seulement la diphthongue ou {aou) s'est développée outre mesure et dans des cas où le dialecte normand proprement dit ne la connaissait pas, mais oi s'est presque partout substitué à ei; en même temps la vélaire ne persiste plus devant a ; les cinq cents premiers vers du texte, tel que l'a donné M. Francisque Michel {Lai d'Havelock, in-4°, Paris, 1333), n'en offrent pas du moins un seul exemple ; quant à la palatale, elle est toujours représentée parc (s).

encore plus générale et plus complète. Dans ce même dictionnaire français-hébreu il est remplacé par ts dans tous les mots où il se trouve, ainsi : tsendres 199, tserkier 575, tsantener 529, deliise 311, forteretse 300, fortse 140, meditsine 642, poits 517, ratsine 1112, sauts (salices), etc.^ On le voit, à une époque où dans les textes véritablement normands on trouvait la palatale depuis longtemps représentée parcA, elle avait déjà dans l'anglo-normand la valeur ts, son qui ne dut pas tarder naturellement à s'affaiblir, comme en français, — à part les quelques exceptions que j'ai signalées plus haut, -^ en ç, prononciation actuelle en anglais du c palatal transformé d'origine romane. On ne doit donc pas être surpris de le voir représenté dans les textes anglo-normands les plus récents, comme le Lai d'Havelock et Jordan Fantosme, uniquement par c et non par ch, comme dans les textes normands contemporains. C'est là aussi ce qui explique pourquoi dans ceux de ces derniers textes copiés en Angleterre, comme dans les plus anciens textes anglo-normands où le c palatal devait encore avoir la valeur c, l'orthographe du c suivi de i ou de e est si irrégulière et pourquoi au lieu de ch on n'y trouve le plus souvent que c.

Ce que j'ai dit du normand proprement dit peut s'appliquer en grande partie au picard ; toutefois ce dernier dialecte, — et c'est pour cela entre autres causes que ses caractères ont été connus à une époque où on ignorait encore ceux du normand, — s'est modifié bien plus tard que le premier ; en plein xiii" siècle, à une époque où le normand était en pleine décadence et déjà descendu au rang de patois, le picard avait encore conservé toute son importance littéraire ; non-seulement des chartes étaient écrites, mais des histoires, telles que les Chroniques de Robert de Clari, des poèmes entiers comme ceux d'Adam de la Halle, étaient composés dans ce dialecte, et une école poétique indigène, restée célèbre, florissait alors en Artois. Cependant même avant la réunion à la couronne des pays de langue picarde, cet idiome subit aussi l'influence prépondérante du français, et si l'origine incertaine des manuscrits ne nous permet pas de dire au juste dans quelle mesure les formes françaises pénétrèrent dans le picard, elles y sont

1. On pourrait se demander si le roman de ce dictionnaire est bien de l'anglo-normand; mais la persistance de la vélaire exclut l'hypothèse qu'il soit français; d'un autre côté la représentation de la palatale transformée par ts ne permet pas de supposer qu'il soit normand ou picard ; il ne reste donc plus qu'à admettre, ce que confirme d'ailleurs son origine, qu'il est anglo-normand.

trop fréquentes pour n'être toujours quele fait des copistes. Il était difficile qu'il en fût autrement ; le dialecte français était en lionneur bien au-delà des frontières du domaine royal, tandis que le dialecte picard n'était accueilli avec faveur que dans les provinces du Nord de la France. Quesne de Béthune se plaint d'avoir vu ses vers méprisés à la cour d'Alis de Champagne, veuve de Louis VII, parce qu'ils étaient faits dans son idiome natal.

Que mon langage ont blasmé li François Et mes chancons, oyant les Champenois, Et la comtesse encoir, dont plus me poise.

Ainsi à la fin du xn® siècle le picard passait pour grossier aux oreiUes françaises^; par contre nous voyons au siècle suivant l'un des trouvères du Nord les plus connus^ Adenès li Roi^, exalter le dialecte de l'Ile-de-France, qu'on apprenait déjà, nous dit-il, jusqu'en « pays tyois », et faire un mérite de le connaître aux principaux personnages de son poème, qui

Surent près d'aussi bien le francois de Paris Gom se ils fussent nés el bour a Saint-Denis *.

Comment n'aurait-on pas dès lors été tenté d'adopter dans la patrie d' Adenès cet idiome, que les étrangers eux-mêmes s'empressaient d'apprendre? Le moment de la déchéance du picard aussi était venu ; au siècle suivant, ce dialecte, délaissé par les écrivains du temps, tombait à son tour à l'état de patois ; le français proprement dit, élevé peu à peu au-dessus des idiomes voisins, devenait définitivement dans tout le royaume la langue commune de la poésie et de la grande littérature ; c'est de lui que se servait déjà le rouchi Froissard, sans doute pour être plus sûr de plaire à ses auditeurs et à ses lecteurs si divers d'origine ; c'est lui qu'on employait depuis longtemps presqu'exclusivement en Normandie, et désormais au Nord, comme bientôt au Sud de la Loire, le dialecte de l'Ile-de-France fut le seul dans lequel écrivit tout auteur qui ambitionna d'être lu. C'était la conséquence à la fois politique et littéraire de la réunion sous un même sceptre des diverses provinces de la France, et de la popularité des trouvères et des écrivains qui, pendant la seconde moitié du xu" siècle et tout le xiii®, s'étaient servis de cet idiome.

C'est par ces considérations que je terminerai l'étude des transformations du c vélaire dans la série c, s, ts, dz, s, z, 0 et o,

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