II. Du café comme agent de décongestion cérébrale
On se rappelle qu'à l'ouverture des animaux- tués par la caféine, MM. Stuhlmann et Falck ont trouvé la substance cérébrale et celle de la moelle faiblement pourvues de sang. Cette ischémie des centres nerveux et particulièrement celle de l'encéphale conduit à des applications thérapeuthiques assez nombreuses et que déjà l'empirisme avait fait connaître.
Congestion^, commotion et hémorrhagie cérébrales. — La propriété qu'a le café d'éveiller les sens et la pensée avait depuis longtemps conduit à recourir à lui dans la plupart des cas où un afQux sanguin trop considérable dans l'encéphale engourdit ces facultés. On l'a souvent ainsi conseillé avec raison contre l'hébétude des sens et la somnolence des vieillards, et surtout contre la tendance à l'apoplexie.
Robert a obtenu de bons effets de l'infusion de café dans la commotion cérébrale.
Dans l'hémorrhagie même , cet agent s'est montré très-utile comme adjuvant de médications plus énergiques. Le D' Petit (de Château-Thierry) (1) rapporte plusieurs cas d'apoplexie
(1) Gazette des hôpitaux, 1862, p. 446.
dans lesquels les progrès du mal ont été manifestement ralentis ou arrêtés parle café. On comprend bien en effet que, chez ces malades, Tezcitation du vaso-moteur, en diminuant l'afflux du sang dans les vaisseaux rompus ait pour résultat de ralentir Textravasation de cette humeur et de favoriser la formation d'un caillot qui met fin à son épanchement dans la substance nerveuse.
Fièvres continues. — D'après Mérat et De Lens (I) on fait aux colonies un fréquent usage du café dans les fièvres conlir nues de nature adynamique ou ataxique. Mais c'est surtout Hartin-Solon qui a &it connaître, en France, le parti que l'on peut tirer de cet agent dans la fièvre typhoïde (2). Ce médecin considérait avec raison la somnolence et la torpeur comme coostituant rindication principale de cette médication. Elle serait encore indiquée, je crois, par la persistance d'un degré trèsprononcé de céphalalgie au delà du premier septénaire et par le délire, surtout si un dicrotisme considérable et le resserrement de la pupille accompagnaient ces symptômes.
L'exemple de Martin-Solon est suivi par M. Fonssagrives. « Nous en faisons, dit l'éminent professeur de Montpellier, un usage constant dans la fièvre typhoïde adynamique, et nous en rapprochons les doses jusqu'à ce que nous ayons obtenu une stimulation suffisante» (3).
C'est encore par l'action vaso-motiice de son alcaloïde que le café peut se montrer utile dans cette affection. On sait que la dothiénentérie est une des maladies dans lesquelles le relâchement des muscles vasculaires est porté au plus haut degré. IsB vaisseaux du cerveau participant à ce relâchement, la congesr tion de cet organe qui en résulte se traduit par la céphalalgie, parle délire, ou bien par l'hébétude, la stupeur, le coma. Il est
(1) DiotionDaire de matière médicale, arUole C&ffèa, t. II.
(2) Bulletin de thérapeutique, t. III, p 289; 1832. (S) Hygiène alimentaire, p. 80.
1S68. — MéplaiB. S
llucile, dès lors, de ocMnprendre Taction faTorable du café dans les formes de fièvre typhoïde que j'ai indiquées. J'ajouterai que la ea^ine en même temps qu'elle combat le délire ou la stupeur par son action anémiante du cerveau, action évidemment la plus importante ici, est encore sans doute fevorable à un autre point de vue : d^est par son rôle d'agent modérateur de la dénutrition ; tout en permettant d'alimenter peu les malades , elle doit ralentir ces pertes considérables de l'organisme, ces émaeiations énormes, dont l'effet trop souvent est d'enlever aux ty- "pholques toute force de résistance, et dans tous les cas d'entrainer d'interminables convalescences.
C'est l'infusion de café torréfié qu'employait Martin-Solon et •que prescrit M. Fonssagrives. Je crois qu'on pourrait aussi recourir avantageusement à la tisane de café cru que nous avons vue plus haut employée par M. Delioux de Savignac dans la fièvre intermittente.
Empoisonnement par F opium et par la morphine ou ses sels. — L'opposition qui existe entre les propriétés du café et celles de l'opium relativement aux phénomènes qui constituent le sommeil a, de bonne heure, frappé les médecins : tandis que l'un fait dormir, l'autre produit l'insomnie ; il était donc naturel de chercher si l'un pouvait empêcher l'autne d'exercer son action, en d'autres termes si ces agents sont antagonistes l'un de l'autre. Cet antagonisme est réel en effet ; Rasori qui le connaissait bien , avait été conduit par lui à classer le café parmi les contro-stimulants, et la caféine doit être mise aujourd'hui au nombre des meilleurs moyens que nous ayons de lutter contre la torpeur morphique. Des expériences nombreuses faites par Orfila sur les animaux (1) lui ont montré que le café en infusion, ou mieux en décoction, à doses élevées, souvent répétées et continuées longtemps sans longs intervalles, peut guérir
;1) Toiicologie^ t II, p. S19.
rempoisonnement par Topiuro, cette substance eûi-elle été absorbée en quantité coimdérable. D'accord dans ses résultats avec l'expérimentation , la clinique nous fournit des observations aujourd'hui assez nombreuses d^ntoxications morphiques dans la guérison desquelles une part importante et quelquefois même exclusive appartient au café. Orfila en cite deux exemples remarquables tirés l'un du Journal de chimie médicalfi (i), l'autre du Répertoire de pharmacie, (2). Un cas analogue est rapporté par Ollivier (d'Angers). Le D* Fosgate (d'Aul)urn) (3) a dû au café y pris abondamment , la cessation d'accidents graves d'empoisonnement produits par iO centigrammes de morphine qu'il avait ingérés pour combattre une névralgie dentaire opiniâtre. Un homme observé par M. L. Marchand (4) avait, dans un but coupable, pris 10 grammes de laudanum ; trois heures après il était dans un état d'excitation très-grande qui, à la suite de vomissements déterminés par le tartre stibié, fit place à de la torpeur, à du coma avec sueurs froides. Le café fut donné en infusion concentrée pendant six heures , à la dose d'une tasse toutes les demi-heures ; puis après ce temps, en infusion légère comme tisane. Le lendemain le malade se levait presque complètement guéri.
Le fait suivant est intéressant parce que le café a été le seul mode de traitement employé ; il est tiré de la clientèle de M. le D" Roustau (de Creil) et m'a été communiqué par son fils, mon excellent ami et camarade d'externat.
M»* 11>...M limoaadière à Creil, souffrait d'une coostipation avec vives douleurs abdominales. Le D^ Roustan prescrit un lavement d'huile de ricin et 8 grammes de laudanum pour cataplasmes sur le ventre. Par erreur, 4 grammes au lieu de 8 sont donnés, et, au lieu d'être répandus sur des cataplasmes, sont mêlés à l'huile de ricin et injectés dans le
(i) Année 1844.
(2) Année 1846, t. III, p. 456.
(3) The amérioan Journal of the médical science, 1841, et Gaxette médicale, 1841, p. 456.
(4) Article Café du Nouveau Dictionnaire, t, VI.
rectum. Une demi-heure après, la garde est efifrayëe de voir la malade
dans un état d'assoupissement invincible, avec la face très-colorée
M. Roustan, immédiatement appelé, constate l'empoisonnement. Il prescrit de faire prendre par la bouche et en lavements de fortes infusions de café et d'obliger la malade à marcher sans cesse. Après cinq ou sii heures de cette médication, les symptômes s'amendèrent, la malade revint à elle et fut guérie.
Cesi comme antagoniste physiologique de la substance toxique et non en vertu d'une action chimique que le café donne dans cet empoisonnement les bons résultats que j'ai signalés. Je ne saurais admettre avec Réveil (i) qu'on en doive attribuer une part à la précipitation par Tacide cafétannique des alcaloïdes deTopium à l'état de tannâtes insolubles, puisque la torréfaction détruit le tannin en grande partie, sinon entièrement (Schutze), et que, dans les observations que j'ai indiquées aussi bien que dans la plupart des expériences d'Orfila, c'est le café torréfié qui avait été employé. Ce célèbre toxicologiste n'admettait pas non plus l'action chimique, et c'est avec raison que M. Bouchardat a dit du café : a Ce n'est pas un contrepoison de l'opium, mais c'est un remède excellent de la maladie morphique D (2). Bien qu'elle ait été récemment contestée en Allemagne (3), l'action stupéfiante de l'opium sur le système vaso-moteur semble établie par trop de faits et par des faits de trop grande valeur pour que je puisse ne pas l'admettre. Récemment encore les expériences sphygmographiq^es de mon ami le D' Bordier (4) donnaient à cette manière de voir une confirmation nouvelle. C'est donc en excitant la contraction des capillaires paralysés par la morphine que le café prévient ou combat les accidents de cette intoxication.
La caféine dont l'élimination est prompte à se faire (Leven) n'exerce énergiquement son action vaso-motrice que pendant
(1) Médicaments nouveaux^ Paris^ 4865. Id-18.
(2) Annuaire de thérapeutique, 1S47, p. 303.
(3) Voy. Leven, Archives de physiologie, 1868, p. 183.
(4) Des TCerfs vaso-moteurs ganglionnaires. Thèse de Paris, 1868, p. 72.
UD temps assez court: delà la nécessité dans Tempoisonnement par Topium de faire prendre ce médicament à doses souvent répétées afin de maintenir sans cesse le malade sous son influence. — C'est certainement une excellente pratique que d'administrer le café à la fois par la bouche et en lavements comme l'a fait H. Roustan. Donné par la bouche seulement, il peut être vomi et rester sans effet; en outre il parait au moins probable que par le rectum l'absorption de la caféine se fait plus rapidement que par l'estomac.
Ivresse. — De même que l'opium, l'alcool paralyse le plan musculaire des vaisseaux ; il donne ainsi lieu à des troubles intellectuels : délire, torpeur, coma, par hyperémie du cerveau. Aussi le café est-il un agent utile à opposer à l'ivresse, et depuis longtemps l'empirisme l'y avait fait employer. Dans une lettre adressée à M. Bouchardat, le D^ Compardon (1) dit avoir bien des fois dégrisé avec force café noir des malheureux plongés dans un état profond d'ivresse, et le professeur Grisolle (2) considère cette liqueur comme l'agent le plus efficace à lui opposer quand elle ne fait que commencer. Bien qu'il ne m'ait pas été donné de le vérifier pratiquement, j'ai la conviction que, même à un moment plus avancé, le délire et surtout le coma de l'ivrogne peuvent être influencés très-favorablement par le café. Je donnerais en pareil cas celui-ci à doses élevées et souvent répétées, par exemple une tasse toutes les demi-heures pendant deux à quatre heures et, s'il y avait des vomissements, ou bien si la stupeur était considérable, je n'hésiterais pas à prescrire des lavements d'infusion ou mieux de décoction de café cru
J'ai dit que le délire de l'ivresse était un délire hyperémique, et par conséquent justiciable du café; il faudrait bien toutefois se garder de prendre cette proposition pour absolue et de l'appliquer, sans réserve, à tous les cas de délire alcoolique. Vraie
(1) Annuaire de (hérapeutique da professeur Bouchardat, 1868, p. 320. (8} Pathologie interne, 7* édition, t. II, p. 49.
dans la presque universalité de ceux où ce désordre psychique est produit accidentellement par des boissons alcooliques chez un sujet qui n'est pas accoutumé à en faire abus, vraie encore le plus souvent dans les cas où un individu même habitué à Tivrognerie est pris de délire peu de temps après avoir fait d'abondantes libations, cette proposition devient souvent inexacte lorsqu'il s'agit de ces troubles nerveux que Ton désigne sous le nom de delirium tremens et cpii surviennent chez les gens dès longtemps alcoolisés. Si quelquefois cette névrose intellectuelle est hyperémique et résulte d'un excès de boisson ajouté à trop d'excès antérieurs, souvent aussi elle est ischémique: généralement alors elle apparaît après que le malade est resté plus longtemps que d'habitude sans boire : accoutumé à une congestion permanente, le cerveau se trouve dans un état relatif d'ischémie d'où résulte le délire. Employer le café en parailcas ne pourrait qu'augmenter le mal ; c'est au contraire à l'alcool, au musc et surtout à l'opium qu'il faut recourir.
Nous prescrirons donc le café dans le délire alcooUque s'il est, pour ainsi parler, direct^ c'est-à-dire directement produit par l'ingestion d'une grande quantité de boissons spiritueuses; nous le prescrirons surtout dans les cas de ce genre et même dans le délire de l'alcooUsme chronique, si la rougeur de la face et le resserrement des pupilles nous conduisent à admettre l'hyperémie cérébrale ; nous demanderons au contraire la guérison à l'opium et, d'une manière générale, aux stimulants de la circulation, si les troubles nerveux ne succèdent pas directement à d'excessives libatiqns, si la conjonctive et la face sont pâles et fraîches^ si les pupilles sont moyennes ou un peu grandes.
Dans l'intoxication alcoolique aiguô le danger ne vieat pas seulement de l'hyperémie des viscères et des centres nerveux, mais encore, et peut-être surtout de rinviscosement du saag. Contre cet effet de l'alcool le café ne peut évidemment rien ; aussi me parait-il devoir être utile de lui associer Pammoniaque
toutes les fois au moins que se produisent le refroidissement de la périphérie^ l'ii^eotipu coofiidérable des veîjaes superficielles, et les autres signes de stase sanguine.
Empoisonnement par les champignons. — Le café a quelques* lois été employé avec succès dans Tempoisonnement par les champignons (O'Connor (1), Humbert), Bégin conseillait d'y recourir lorsqu'il survient de l'assoupissement. De même que dans l'intoxication morphique» le café ne joue vraisemblablement pas ici le r6le de contre-poison chimique, mais seulement celui d'antagoniste physiologique. Les accidents produits par ce poi- * son sont tellement variables que le café, utile sans doute dans certains cas, serait au contraire évidemment contre-indiqué ^ dans d'autres. Ainsi le D' Humbert [2) a publié l'observation d'une famille empoissonnée par des champignons dont tous avaient mangé ensemble. Les enfants eurent promptement des vomissements, et l'évacuation du poison fut chez eux suivie d'un rétablissement rapide. Le père et la mère ne vomirent pas, et tandis que celle-ci était jetée dans un état d'agitation, de surcxitation nerveuse extrême contre lequel les lavements de café Ae produisirent aucun bon résultat, le premier au contraire, qui était tombé dans un état de stupeur profonde, fut rapidement guéri par les mêmes lavements.
Si donc dans cette intoxication si grave on songe à demander des secours au café, on devra, pour juger de l'opportunité de son emploi, se fonder sur l'existence ou la non-existence àe^ signes de congestion encéphalique tels que la torpeur, le coma, le resserrement des pupilles.
(1) Bnlletiii de thérapeutique, t. LXIl, p. 418, 1862; article oxtr. de The Laneet, mars 1862.
(2) Observation communiquée à la Société médicale de la Loire et de 8t-Étieinu>. Gazette des hôpitaux, 1863, p. 178.
m. Du café comme modificateur des fonctions digestioes.
Dyspepsie^ anorexie, indigestion. — Il serait sans doute inconsidéré de conseiller indistinctement le café dans toutes les formes de la dyspepsie ; mais, par l'action stimulante de soh arôme et surtout par Texcitation qu'imprime la caféine k la tunique musculeuse gastro-intestinale, le café torréfié en infusion et pris après le repas peut offrir, dans quelques-unes, une ressource qu'il ne faut pas négliger. Je veux parler de ces dyspepsies que l'on peut appeler jwira^om^, et dont l'élément principal est le défaut d'énergie, la paresse des muscles de l'estomac « et de l'intestin ; elles sont communes chez les vieillards^ ches les gens à profession sédentaire, chez ceux qu'une longue maladie a affaiblis, etc. Les professeurs Béhier (1) et Fonssagrives (2) indiquent ainsi l'infusion de café soit pure, soit additionnée d'un peu de kirsch ou d'eau*de-vie comme un bon moyen de combattre l'anorexie et la dyspepsie chez les convalescents.
C'est un fait vulgaire qu'après un repas trop copieux le café prévient l'indigestion ; Tutilité de cet agent en pareil cas, en effet, est incontestable. Elle a un double motif: d'une part l'antagonisme dont j'ai parlé entre les effets de l'alcool et ceux de la caféine ; de l'autre Taction stimulante de cet alcaloïde sur la contractilité gastro-intestinale qui facilite la digestion des aliments et empoche lear stase trop prolongée dans un môme point du tube digestif.
Constipation^ diarrhée, dysenterie. — On se souvient que le café en activant les mouvements péristaltiques de l'intestin produit, lorsqu'il est pris à doses un peu élevées, une ou deux garde-
il) DiotioTiDaire encyctop6d. des soieooes médicales, art Anorexie, t. V, p. 228. (2) Hygiène alimentaire, p. 48.
^*0* robes liquides. Le même effet a lieu souvent chez certaines pet* sonnes non accoutumées, avec la simple dose d'une demi-tassè ordinaire. J'en connais qui n'emploient pas d'autres moyétis pour combattre chez elles les constipations légères.
Par contre, le même médicament parait avoir rendu plusieurs fois des services dans les diarrhées atoniques. Chardin, Lanzoni^ Grindel et le D' Deltel rapportent des cas de diarrhées gt'aves guéries par le café en infusion ou sous forme d'extrait. Il s'agit généralement de diarrhées observées chez déjeunes enfants oti chez des sujets convalescents de maladies fortement débilitantes, la dysenterie par exemple (Deltel). On a pensé que c'était par le tannin qu'agissait le café en pareil cas; je ne le pense pas, par la double raison que la torréfaction détruit au moins eii grande partie l'acide cafétannique, et que, dans la plupart des cas rapportés par les auteurs que j'ai nommés, des médicaments à tannin, le quinquina et la ratanhia, avaient été em-^ ployés sans succès. C'est donc plutôt, je pense, par l'action tonique et vaso-motrice de son alcaloïde que le café a pu donner ces résultats favorables. Quoi qu'il en soit, je pense que tout en tenant compte de ces faits, on doit les considérer comme exceptionnels et ne pas, i cause d'eux, détrôner au profit du café les excellentes préparations que nous avons l'habitude d'opposer aux diarrhées atoniques, tannin, quinquina, ratanhia, etc.
M. Delioux de Savignac (1) donne habituellement l'infusion de thé et celle de café noir aux convalescents de dysenterie aiguë et aux malades atteints de dysenterie chronique, mais c'est moins comme médicament que comme aliment : « c'est le café noir, dit-il, qui leur convient le mieux sous tous les rapports, pour le premier repas, et l'on peut souvent, avec profit pour eux, leur en accorder une nouvelle dose après le déjeuner etle dîner.» Donnant un peu lui-même à la réparation moléculaire, le café, comme le remarque ce thérapeutiste, a pour résultat surtout de
(1) Traité de la dyBentérie; Paris, 1863, p. 470. In-8<». 1868. — MépUin. 9
satisfaire momentanément la nutrition par son influence sur la désassimilation, a de compenser l'insuffisance alimentaire par la diminution des pertes, d'équilibrer les forces et d'éviter toute surcharge aux organes digestifs dans un moment où leur susceptibilité doit être ménagée. » Il ne m'a pas été donné de voir par moi-même cette pratique à l'œuvre; je n'hésiterais pas cependant, le cas échéant, à y recourir tant elle me semble judicieuse et rationnelle. ITa-t-elle pas d'ailleurs une recommandation suffisante dans l'autorité si grande en cette matière du savant médecin principal de la marine?
Vomissements nerveux^ mal de mer. — M. Deltel indique le café comme un moyen efficace de combattre les vomissements nerveux et particulièrement les vomissements incoercibles des femmes enceintes. Je ne comprends guère comment le café peut agir d'une manière utile dans les cas de ce genre. Je n'ai d'ailleurs pu trouver aucun fait qui, empiriquement, justifiât sérieusement son emploi. Aussi suis-je porté à croire que, pour cet agent comme pour tant d'autres remèdes vantés dans cette redoutable complication de la grossesse, puis abandonnés, quelques faits en apparence favorables se seront présentés par hasard après lesquels on aura, avec trop d'empressement^ appliqué le post hoCy ergo propter hoc.
Le même auteur conseille, à l'exemple de Larrey, le café comme traitement curatif et surtout préventif du mal de mer. Il appuie cette indication d'une double observation dont il a luimême été le sujet.
Hernies étranglées^ étranglement interne. — Les moyens médicaux ont été proposés en grand nombre contre l'étranglement herniaire ; la plupart après avoir joui pour un temps d'une certaine vogue ont été abandonnés plus tard; quelques-uns sont restés dans la pratique et y jouissent d'une assez tiède faveur; d'autres enfin, malgré quelques succès obtenus avec eux et pu-
bliés dans les journaux de médecine, n'ont dès l'abord rencon* tré qu'incrédulité ou dédain. Parmi ces derniers, un de ceux que les chirurgiens paraissent avoir le moins pris au sérieux est sans doute le café. « Aux grands maux les grands remèdes! » dit-on, et, bien que chaque jour nous montre ce proverbe en défaut, notre esprit se défend difficilement d'en subir plus ou moins Fascendant, et nous avons peine à admettre qu'à l'un des plus graves dangers qui menacent l'existence on puisse sérieusement opposer cette anodine infusion que nous prenons banalement chaque jour.
Il n'en est pas moins vrai pourtant que les recherches auxquelles je me suis livré à ce sujet, les faits que j'ai recueillis, aussi bien que les notions acquises sur l'action physiologique du café, ont produit chez moi la conviction que nous avons dans ce médicament un moyen sérieusement utile de combattre l'étranglement herniaire et l'étranglement interne. En raison de l'importance pratique de cette proposition et de l'opposition qu'elle rencontre, on m'excusera si je m'y arrête un peu plus que ne le comporterait le cadre de cette partie de mon travail.
Voici le résumé de quatorze observations de hernies étranglées relevées dans les recueils périodiques de médecine et dans lesquels la guérison a paru devoir être attribuée au café.
Observation I". — Publiée par le D' Triger (i). — Hernie inguinale droite, ancienne, chez un homme de 38 ans, habituellement réductible et maintenue avec un bandage.
La hernie sort dans un accès de colère. Le taiis, tenté presque immédiatement, est très-douloureux et sans résultat
Application continue de glace. Belladone à Tintérieur.
Coliques violentes, tumeur très-sensible. L'opération est décidée et annoncée. Pendant qu*on s*y prépare, intervient un vieux médecin de Batignolles, M. Bertrand, qui a longtemps pratiqué à la Havane. Il propose d'employer le café que, dans cette colonie, il a vu souvent réussir en pareil cas.
On enlève la glace, et on prescrit pour tout traitement :
(1) Gazette des hôpitaux, mai 1857, p. 212.
PoiK^re de café torréfié : 950 grammes, pour 12 tasses d'eau bouillante, à prendre une tasse tous les quarts d'b^ure.
Rentrée spontanée de la hernie à la neuvième tasse, c'estr-à-dire deux heures environ après Tadministration de la première dose de café.
Obs. II. — Publiée par leD' Carrère (deMarnac, Gers) (i). — Hernie datant de deux ou trois ans, facilement réduite habituellement, pas ou mal contenue, chez une femme de 6â ans.
Étranglement le 93 mai dans la matinée.
Le 94 au matin. Sensibilité extrême de la tumeur rendant le taxis impossible. Vomissements fécaloldes.
Une tasse d'infusion ordinaire de café toun les quarts d'heure.
Gargouillements dans la tumeur à partir de la quatrième tasse. Rentrée spontanée de la hernie à la neuvième, c'est-à-dire environ deux heures après le début du traitement caféique.
Rétablissement CQmplet le lendemain matin.
Obs. m. — Publiée par le D' Carrère (9). — Hernie crurale droite datant de plusieurs années, habituellement contenue, chez une femme de 55 ans. Un premier étranglement réduit par le taxis il y a deux mois. Nouvel étranglement le 97 mars à cinq heures du matin.
Vomissements, coliques vives.
A onze heures, tentative infructueuse de taxis; on prescrit :
Café torréfié : 950 grammes pour 19 tasses d'eau bouillante ; à prendre une tasse tous les quarts d'heure.
A partir de la seconde tasse, gargouillements dans la tumeur; rentrée de la hernie après la huitième, c'est-à-dire moins de deux heures après le début de ce traitement.
Obs. IV. — Publiée par le D' Barascut (3). — Hernie inguinale gauche, ancienne, non maintenue. Réduction habituellement facile. Pas d'accident antérieur.
Étranglement le 5 mars vers dix heures du matin. Douleurs vives, vomissements. Bains, lavements, cataplasmes.
Le 6, à dix heures du matin, coliques violentes, vomissements d'odeur stercorale, état d'anxiété extrême. On prescrit :
4 tasses d'infusion de café à prendre de quart d'heure en quart d'heure.
A la troisième tasse, gargouillements. A la quatrième, rentrée sponta-» née de la hernie au moment où la malade entrait dans un bain, moins d'une heure après la première dose de café.
<1) Bulletin de thérapeutique, t. LUI, p. 34; 1857.
(2) Article cité du Bulletin de thérapeutique, t. LUI; 1857.
(3) Gazette des hôpitaux, 1858, p. 107.
Ohs. V. — Publiée par le D' Czernicki (4).— Hernie inguinale droite, datant d'un an, non contenue, facilement réductible, chez un homme de 55 ans. Étranglement. Vomissements fréquents fécaloîdes. Taxis trèsdouloureux, infructueux. On prescrit :
1 tasse d'infusion concentrée de café tous les quarts d'heure.
Au bout d'une heure, après la quatrième tas3»e, borborygmes et rentrée de la hernie au moment où la main du chiru>*gien l'embrassait pour pratiquer de nouveau le taxis.
Obs. VI. — Publiée par le D' Mayer (2). — Homme de 6-2 ans. Ueruie inguinale droite.
Étranglement rapidement suivi d'accidents très-graves. Taxis pratiqué vainement. Kélolomie préparée; on veut cependant auparavant essayer l'emploi du café : une tasse d'infusion est prise tous les quarts d'heure.
Réduction spontanée à la sixième tasse, c'est-à-nlire une heure et demie environ après le début de l'emploi du café. Les accidents d'étranglement duraient depuis trois jours.
Obs. VII. ~ Publiée par le D' Ronzier-Joly, de Ciermont-l'Hérault (3;. — Hernie inguinale droite, datant de plusieurs années, non contenue, chez un homme de 32 ans.
Indigestion. Efforts de vomissements, étranglement. Vomissements fréquents, douleurs abdominales etscrotales intolérables.
Taxis méthodique très-douloureux, infructueux.
Bain d'une heure, sans résultat. — Onctions belladonées sur la région inguinale.
Une heure après, nouvelle tentative également vaine de taxis. Vomissements opiniâtres. État de prostration très-prononcé. On prescrit :
Café, 125 grammes en infusion, dans six tasses d'eau, à prendre une tasse toutes les demi-heures, en continuant les onctions belladonées.
Après la quatrième tasse, un taxis très-doux fait facilement rentrer la hernie. Le traitement caféique durait depuis deux heures environ.
Quelques heures après la rentrée , deux hémorrhagies intestinales, avec évacuations stercorales abondantes. Symptômes de péritonite qui y.'}'^ à^^
s'amendèrent au bout de plusieurs jours. Rétablissement lent. ^ f'^
Obs. VUl, publiée par le D» Ronzier-Joly (4). — Homme de 50 ans. Hernie inguinale gauche très-ancienne, maintenue habituellement et très-facilement réductible.
(1^; Abeille médicale, mars 1858.
^2) Bulletin de thérapeulique^ t. LIV^ p. 330 ; 1858.
(3) Bulletin de thérapeutique, t. LVI, p. 9i; 1859.
\K) Article cité du Bulletin de thérapeutique, t. LVI; 1859.
Étranglement le 44 octobre, à cinq heures du matin. Douleurs vives dans le scrotum et Tabdomen. Taxis très-douloureux, sans succès.
Lavement huileux et savonneux. On prescrit :
Cafë, 425 grammes pour six tasses d'eau, à prendre une tasse tous les quarts d*heure, et onctions belladonées sur la région inguinale.
Le cafë esl pris très-irrégulièrement, le malade le vomissant le plus souvent. Après la quatrième tasse, gargouillements; après la sixième tasse ingérée (deux seulement n'avaient pas été vomies), le taxis pratiqué par le malade fait facilement rentrer la hernie. Il y avait cinq heures qu'il avait commencé à prendre du café.
Entérorrbagies et accidents de péritonite comme dans le cas précédent, mais plus légers. Rétablissement plus prompt.
Obs. IX , publiée par le D' Sammut (4). — Homme de 55 ans. Hernie inguinale habituellement contenue; l'emploi du bandage venant à être interrompu, la hernie s'échappe et s'étrangle dans un effort.
Le taxis n'est pas supporté par le malade. On administre une infusion do café; la réduction se fait facilement un instant après.
Obs. X , publiée par le D' Chalut (2). — Hernie crurale droite datant de dix ans, chez une femme de 76 ans; non contenue; étranglement.
État général très-grave. Vomissements fécaloldes depuis quinze à dix'huil heures, au moment de la visite du D' Chalut.
La sensibilité de la tumeur est extrême et rend le taxis impossible. Kélotomie proposée, refusée énergiquement. On prescrit :
Café , ^0 grammes en infusion, dans douze tasses d'eau bouillante ; une tasse tous les quarts d*heure.
Onze tasses sont prises sans autre résultat que la suspension des vomissements. A la douzième, prise trois heures après le début du traitement par le café, gargouillement très-fort et rentrée spontanée de la hernie. Évacuations alvines abondantes. Rétablissement presque immédiat.
Le D' Chalut, en rapportant ce (ait^ dit avoir précédemment employé le même traitement quatre fois, dont une fois avec succès. Sa statistique personnelle donne donc 2 guérisons par le café sur S cas où cet agent a été employé.
Obs. XI , publiée par M. Couturier (de Mérinchal, Creuse). (3 >. — Femme do 45 ans. Hernie crurale droite très-ancienne, toujours facile-
(1) Britisch médical Journal et Gazette médicale, 1859, p. IM.
(2) Gazette des hôpiUux, 1859, p. 231.
(3) Garette des hôpiUux, 1859, p. 324.
ment réduite jusque-là, sauf une fois, il y a quatre ans, où le taxis dut être pratiqué par un médecin.
Indigestion, efforts de vomissement. Étranglement. Vomissements in« cessants, non fécaloldes.
Taxis pratiqué vainement pendant une demi-heure. Opération proposée et refusée. On prescrit:
Café, 250 grammes en infusion, dans 4,500 grammes d'eau, à prendre par verrées toutes les demi heures.
Réduction sponianée de la hernie après le cinquième verre; deux heures et demie après le début du traitement, aucun autre traitement n*a été fait.
Trois évacuations alvines; fièvre vive pendant vingt-quatre heures; guérison complète le lendemain.
Obs. XII , publiée par le D' Pauthrier (i). — Hernie inguinale ancienne, plusieurs fois déjà réduite par l'auteur, après des accidents d'étranglement.
Nouvel étranglement. Taxis infructueux cette fois. L'opération ne paraissant pas urgente, on prescrit une forte décoction de café, à prendre par tasses tous les quarts d'heures.
Après quelques tasses, borborygmes énergiques et rentrée spontanée de la hernie.
Obs. XIII, publiée par le D' Lamare-Piquol, chirurgien en chef de l'hôpital de Honfleur (2. — Homme de 34 ans. Hernie inguinale gauche non contenue. Étranglement.
Plusieurs tentatives longtemps prolongées de taxis, sans succès. Onctions belladonées. On prescrit :
Café torrëQé , i"25 grammes en décoction dans huit tasses d'eau, à prendre une tasse toutes les demi-heures.
Les huit tasses sont prises; après la huitième, l'intestin rentre comme de lui-même, aussitôt qu'on y touche dans le but de pratiquer le taxis, quatre heures après la première administration de café.
«Je pourrais citer un second fait presque identique, ajoute le D' Lamare-Piquot, mais il ne prouverait rien de plus »
Obs. XIV. — Publiée par le D' Cellarier (do Montpellier) (3). —Hernie inguinale droite chez un homme. Étranglement. Tentatives de taxis sans résultat. On prescrit le café à prendre par tasses. Après la sixième, la
^i) Annales de la Société de médecine de Saint-Étienne et de la Loire, 1. 1, p. 426; et Bulletin de thérapeutique, t. LIX^ p. 468; 1860.
(2) Bulletin de thérapeutique^ t. LXI, p. 28; 1861.
(3) Bulletin de thérapeutique, t. LXI, p. 270; 1861.
hernie rentre au momeitt où le malade commençait à faire le taxis, et comme d'elle-même.
Tels sont les faits que me fournit la clinique; leur nombre, on le voit, ne laisse pas que d'avoir une certaine importance; il ne s'agit pas seulement de quelques cas isolés^ très-exceptionnels et par conséquent facilement attribuables à des hasards heureux ; il s'agit en réalité de seize guérisons, car il est juste de faire entrer en compte les deux cas observés, l'un par M. Lamare-Piquot, l'autre par M. Chalut, et qu'ils mentionnent sans en donner l'observation , puisque le seul motif qui a détourné ces médecins d'en publier les détails est la similitude exacte qui existait entre ces cas et ceux dont ils nous ont présenté l'histoire complète. Ce qui donne une valeur plus grande encore à ce nombre de faits, c'est la courte période de temps pendant laquelle ils ont été observés. Tous, en effet, sont com- ' pris entre les années 1857 et 1861, en tout quatre ou cinq ans.
Au reste la lecture de la plupart de ces observations ne laisse, il me semble, guère de doute sur la part à peu près exclusive qui revient au café dans les réductions obtenues ; sans doute, et je le regrette, cela ressort moins nettement du résumé succinct dans lequel j'ai dû les condenser pour éviter d'inutiles et excessives longueurs. On peut y voir encore cependant que, dans presque tous les cas, sinon dans tous, le taxis avait été pratiqué d'abord et pratiqué avec persévérance, mais sans succès, tandis qu'il devenait d'une facilité extrême après l'ingestion d'une certaine quantité de café, si même la réduction n'était pas spontanée, ce qui a eu lieu dans plus de la moitié des cas.
Je n'ignore pas cependant à combien d'erreurs expose l'observation empirique, lorsque Ton se hâte trop d'en tirer des inductions ; je n'ignore pas quel compte il faut tenir des cas fortuits, des coïncidences bizarres : les leçons de mon illustre et regretté maître Yelpeau m'ont enseigné cette défiance prudente. Je sais encore que, dans les observations en apparence
les mieux prises^ des omisâoi», des erreurs m^me peuvent se glisser qui en changent considérablement la signification. Aufsi, dépourvues de l'appui d'une rigoureuse interprétation physiologique, celles qui précèdent seraient-elles impuissantes à entraîner ma conviction. Il convient donc de chercher si elles ont ce nécessaire appui et si. dans ce que nous savons de l'action physiologique du café, nous trouvons de quoi justifier les faits cliniquement observés. *"
La caféine^ avons -nous dit ailleurs, est un agent excitofiMyteur dont l'action se produit primilivement et surtout sur les muscles de la vie organique, muscles qui occupent une . place si importante dans la structure de l'intestin. Si la caféine fait contracter avec énergie le plan musculaire intestinal, si elle stimule vivement les mouvements péristaltiques, il e^ aisé de comprendre comment elle produit ou favorise la réduction des hernies étranglées, de ceUes surtout dont l'étranglement a été primitifs comme ce parait avoir été le ^is dans le plus grand nombre des observations que j'ai citées et probablement même dans toutes.
a L'étranglement dit primitif est celui dont les effets se manifestent immédiatement ou très-peu de temps après la sortie de la hernie » (1). Voici, en quelques mots, d'après M. Gosselin, auquel j'emprunte la définition qui précède et dont j'accepte absolument, sous ce rapport, la manière de voir, quel est le mécanisme de cet étranglement : «c Au moment où une anse intestinale se déplace pour venir dans une hernie, le diaphragme et les muscles abdominaux poussent avec violence un courant de gaz dans sa cavité. Ce gaz, qui entre brusquement pc^ le bout supérieur, dilate rapidement Tanse intestinsde et s'y accumule, tant parce que l'effort l'y pousse, que parce qu'il trouve de la difficulté à s'engager dans le bout inférieur dont l'entrée
(1) Ooaselin, Leçons sur les hernies abdominales , recueilles et publiées par le D' L. Labbé; Paris, 1865,j>. 126. In-8».
186S — MépUin. 10
est bientôt fennée par U oompresâoB qu'exeree s«r die le bottt supérieur distende » (1).
On conçoit bien que, réduite à soq degré habitod d'énergie, la contraction intestinale, dans Tanse faerniée, soit insuffisante à vaincre l'obstacle que constitue le bout supérieur distendu et 4 chasser les gaz à travers l'orifice inCérieur. Mais ce degré normal n'existe même bient6t plus. La compression que subit l'intestin au colet du sac entrave la drculatioû en retour et donne ainsi lieu à une infiltration séreuse ou séro-sanguine dans les tuniques et particulièrement dans la museuleuse de la portion d'intestin comprise dans la tumeur. En même temps que les veines, les filets nerveux qui animent cette tunique sont comprimés. Il est donc bien naturel de penser que la contractilité est plus ou mmns complètement suspendue dans la tumeur. La caféine éveille cette contractilité; les mouvements péristaltiques mis en jeu de nouveau s'y exécutent avec énergie et y produisent ces gargouillements que signalent presque toutes les observations citées plus haut. Comprimant les ga£ progressivement du bout supérieur vers l'inférieur, ils les expriment à travers celui-ci, malgré la pression qui tend à le mainteoir fermé. En même temps les mouvements phis accen^ tués qu'exécutent les parties de l'intestin restées dans Tabdomen opèrent sur la portion sortie une attraction qui souvent , après que le contenu gazeux de la hernie avait été diminué , a suffi i produire sa rentrée sans que la- main du chirurgien ou celle même du malade eussent à intervenir. L'action de la caféine est donc, relativement à l'ékraniglQmeni herniaire, la même que celle de la strychnine qui a ^onné aussi un oertain nombre de giAérisons.
Telles est, suivit moi, la principale raison des succès qu^ donnés le café dans la hernie étranglée; e^est aussi par cette stimulation des contractions intestinales que MM. Carrère, Cel*
(i) Oosselin, id,, p. 128.
larier et Ronzîer-Joly ont expliqué les guèrîsons obtenues par tfux. On va voir toutefois qu'il ne faut pas les lui attribuer d^une manière exclusive.
La caféine, eneflfet, est une substance vaso-motrice, él lés autopsies par lesquelles se sont terminées les expériences de MM. Stuhlmann et Falck, ont montré que dans Tintestin cette actioli s'exerçait d'une manière très-marquée. Deux conditions ftivorables en résultent dans l'étrangletnent berniaire : d*un côté c'est la diminution de volume de la tumeur et surtout celle de Tépaissenr des parois intestinales au point correspondant à Pétranglement; cette diminution de volume et d'épaisseur que J>roduit le resserrement des capillaires est peu de chose , je Raccorde ; mais qu'importe ? Si ce fait existe (et il ne saurait guère, ce me semble, être contesté), il doit toujours être considéré comme une circonstance adjuvante à ajouter aux autres conditions qui favorisent la réduction de la bernie et, à ce fitre, il a une valeur dont il faut tenir compte, si petite soit-elle. D'un autre côté, à ce même titre d'agent défluxionnant, la caféine s'oppose à ces transsudations séro-sanguines dont j'ai parlé déjà, en même temps qu'à cette inflammation, à cette hyperémie pklegmasipare tout au moins , dïms laquelle , avec raison peut-être, M. Gosselin ne veut pas voir, comme Malgaigne, une cause d'étranglement, mais qu'il ne saurait se refuser à. considérer comme une nouvelle cause de difficultés pour la réduction, comme une complication fàcbeuse en tout cas.
Parmi les traitements médicaux auxquels il se montre eà général fort peu favorable, le professeur Gosselin relègue au dernier rang (1) la strycbnine et le café, dans lesquels sa confiance parait bien près d'être nulle: « J'approuverais peut-être l'emploi de ces moyens, dit-il, si Ton avait indiqué le nombre
des insuccès à côté de celui des succès » Il est sans doute
regrettable que nous n'ayons pas, pour juger cette question,
(i^ Leçons sur les hernies abdominales, p. 181 .
tous les faits cootradictoires qui ont dû être observés. La solution en serait évidemment bien plus aisée. Mais en vérité la prudence du savant professeur est trop exigeante. N'en est-il pas, sous ce rapport^ de presque toutes les médications nouvellement prônées, comme de l'emploi du café dans l'étranglement herniaire? et de combien de précieuses ressources la thérapeutique ne serait-elle pas privée si, à chacun des nouveaux moyens qu'offrait l'empirisme, avait été opposé un scepticisme aussi défiant !
Au doute émis quelques lignes plus loin par le professeur de la Charité, relativement à la sollicitation des contractions intestinales par le café, je ne saurais répondre qu'en répétant ce que j'en ai dit dans la partie physiologique de ce travail ; je crois y avoir réuni des preuves suffisantes et suffisamment nombreuses de l'énergique contraction imprimée par la caféine à la fibre musculaire gastro-intestinale.
Enfin , dans ces remarquables leçons de M. Gosselin, je vois un dernier reproche adressé au café en même temps qu'à la strychnine : il est très-sérieux et mérite de nous arrêter un instant. Comme la plupart des moyens médicaux , dit ce chirurgien, ceux-ci ont l'inconvénient de faire perdre du temps. Il y a là, je m'empresse de le reconnaître, beaucoup de vérité, mais je me permets d'ajouter : un peud'exagératioii. A Dieu ne plaise que je vienne prêcher la temporisation dans les étranglements herniaires ! Mais que sont donc en réalité ces si graves pertes de temps avec le café ? Si je consulte à cet égard les observations résumées plus haut, je trouve que plusieurs fois la réduction a été obtenue une heure, moins d'une heure même peut-être, après le début de l'emploi du café. Une seule fois (obs. 7) la réduction s'est fait attendre cinq heures; mais, dans ce cas, le café avait été pris très-irrégulièrement et rejeté en grande partie par les vomissements ; une autre fois (obs. 13), le traitement caféique durait depuis quatre heures; mais à ce dernier malade le café avait été administré seulement toutes
.Jes demi-heures, intervalle que je crois trop long. En y comprenioit oéanmoins ces deux cas de durée exceptionnelle , je .trouve, comme moyenne du temps écoulé entre la première tasse de café et la réduction de la hernie, deux heures et quart, environ. Ajoutons-y les quelques minutes que réclame la préj>aration d'une infusion de café, soit, en tout, deux heures et demie. Est-ce là en vérité un retard énorme?' Et ne faut-il pas bien souvent autant et plus de tamps pour se procurer du chloroforme et un aide à qui Ton puisse confier la délicate mission
.de le donner? A Paris, non sans doute et encore? Mais
en province, mais dans la pratique rurale, où certes les hernies et leur étranglement sont loin d'être rares? M. Gosselin veut, qu'en j>areil cas, on procède au taxis sans aide et sans anestbé* sie. Mais la sensibilité de la tumeur et la pusillanimité des malades permettent-ils toujours de donner à cette manœuvre J^'énergie et la durée nécessaires pour qu'elle soit efficace? Évi» demment non ; il suffit pour s'en conva^pcre de jeter un coup d'ceil sur les observations citées plus haut. . Qu'on ne cioie pus d'aiUemrs que je veuille proscrire le taxis et que j'aie la prétentii>n de substituer le café dans toutes les circonstances et absolument à cette manœuvre d*une valeur avérée. Que le ta»s méthodique et pratiqué suivant les règles si bien posées par M. Gosselin soit le premier moyen auquel on ^t recours lorsqu'on a sous la main du chloroforme et un aide expérimenté pour le donner, rien de mieux, et c'est là, sans contredit, une pratique qu'à l'occasion je n'hésiteraispasàsuivre. Mais, quand l'impossibilité de recourir à l'anesthésie et la sensî* bilité de la tumeur rendent le taxis impraticable, pomquoi, tout au nK)ins pendant le temps nécessaire à se procurer Tassistance et les objets qui doivent permettre de faire cette manœuvre dans de meilleures conditions, ne pas essayer d'un moyen qu'aujourd'hui l'on a à peu près partout sous la main, moyen qui a donné un oertain nombre de succès, dont Taction est assez prompte, et qu'en définive justifient la physiologie et le raisonnement?
Je n'ai parlé dans ce qui précède cpie du taxis, mais ce que j'ai dit s'applique à plus forte raison au débridement, opération délicate et dangereuse, difficile à pratiquer sans aides exercés et sans anesthésie, et qu'en outre il n*est pas toujours aisé de faire accepter aux malades.
Comparé aux autres traitements non chirurgicaux de la her^ nie étranglée, le' café me parait mériter sur eux la préférence; il importe d'ailleurs de noter ici qu'il en est plusieurs auxquels il peut trèS'bien être associé. — Il n'offire pas les dangers ni le maniement difficile de la strychnine^ dont il partage le mode d'action relativement à Tétat morbide qu'il s'agit de combattre. -^ Autant en peut-on dire des lavements de tabac^ dont le dosage présente de si grandt^s et si périlleuses incertitudes.
Stimulant les contractions intestinales comme les purgatifs, le café a sur eux le double avantage de île pas irriter l'intestin et d'amener l'isdiémie de la tumeur, dont ils produisent au contraire la congestioiv
La saignée poussée jusqu'à la syncope est, à la vérité, un moyen efficace, mais que son influence sur l'état général ne per» met guère d'employer chez certains sujets.
Les bains aussi réussissent quelquefois, surtout à titre d'a<j^u« • vantsdu tatis. Rien n'empêche de les combiner au café, lien est de même des réfrigérants^ tels que la glace en application topique ; celle-ci seule ou combinée à divers antres traitements a donné quelques bons résultats. Mais le froid intense a ici l'inconvénient de produire une ischémie exag^*ée, exposant soit à la gangrène, soit à une réaction inflammatoire violente. Aussi l'adjuvant que je donnerais de préférence à tout autre au café dans l'étranglement herniaire, c'est la èettadone en onction sur la région de l'orifice par leqpiel s'est échappée la hernie, comme l'a fait M. Ronzier-Joly, et mieux encore le sulfate d*atropine en injections hypodermiques au voisinage de cette région, ce qui donnerait une action plus prompte et plus énergique. L'atropine est un agent vaso-!noteur; elle stimule la fibre lisse, elle
âîmintte la sensibilité ; son action s'allie donc à merveille à eelle du caf^ pour diminue]^ la congestion dans la tumeur et y soUiciter les contractions, en n.ème temps que, par son action anesthésiante, elle permettrait de revenir plus tôt au taxis, si celui-ci avait été empêché par la violence de la douleur.
J*ai à peine besoin d'ajouter que le café ne saurait être employé indistinctement dans tous les cas de hernie étranglée ; comme le taxis, il serait inutile, sinon dangereux, dans l'étranglement des hernies anciennes et habituellement non réduites où des adhérences se sont formées entre le sac et Tanse intestinale dont elles rendent la réduction absohiinent impossible sans opération. — Le prescrire h une époque très-avancée de l'étranglement, après trois ou quatre jours par exemple, serait irèsdangereux; comme le taxis, il exposerait à faire rentrer dans Tabdomen un intestin gangrené ou perforé. Malgré le succès obtenu par M. Mayer (obs. 6), ce n'est pas sans hésitation que je me déciderais à recourir, comme lui, au café contre des accidents d'étranglement datant de trois jours. On ne saurait mieux faire, je crois, relativement à l'âge de ^étranglement, que d'ap- {^liquer au traitement par le café les règles posées par M. Gosselîn pour le taxis : on pourra donc l'employer pour toutes les hernies dans les^vingt-quatre ou trente-six premières heures de f accid^it; jusqu'à soixante-douze heures, on pourra recourir encore au café pour les hernies grosses ou moyennes, mais à la cbnditio4i qu'il n'existe aucun des signes qui doivent faire redouter l'existence d'une perforation ou d'un point de gangrène, rbugeur de la peau, empâtement du tissu cellulaire, et à plus forte raison emphysème soùs-cutané et eschares du scrotum (1).
11 me reste à formuler en quelques mots le traitement caféique tel qu'il me parait devoir être fait dans l'étranglement herniaire. La crainte des accidents de la caféine ne devra pas empêcher de donner à ce traitement une grande activité, car, d un côté, ces
'Xj ^oy. Gosselin, Le^ns sur les hernies, p. !8C : Indications du taxis.
accidents chez l'homme ne deviennent menaçantB qu'à des doses considérables, et, d'un autre c6té, ils sont faciles à calmer par l'opium ou les alcooliques.— On prescrira de préférence le calé torréfié, blond, en infusion, jion que ce soit là la préparation la plus active^ mais parce qu'étant la plus agréable au goût, elle est celle qui offre les meilleures chances d'être bien supportée et de n'être pas rejetée par les vomissements, — On emploiera 200 grammes de café par litre d'eau ; les. anciens filtres à lixiviation doivent être choisis pour cette préparation plutôt que ces appareils nouveaux à bascule ou à boules superposées, dans lesquels l'eau séjournant peu sur la poudre de café, lui emprunte une quantité moindre de caféine. — 150 grammes ou une tasse à thé ordinaire de cette infusion seront donnés tous les quarts d'heure.
A cela j'ajouterais, dans les cas surtout où, comme che^ le malade de l'observation 8, l'infusion est rejetée par les vomis'seraents, des quarts de lavement au café cru préparés par décoction de 150 grammes de café cru concassé dans 1 litre d'eau jusqu'à réduction de moitié du liquide environ. Un quart de lar vement serait donné toutes les demi-heures au moins.
Enfin on compléterait ce traitement par le repos au lit dana le déculûtus dorsal, le bassin un peu soulevé et les cuisses modérément fléchies, un bain, si on le jugeait à propos, ou les réfrigérants, mais plutôt les onctions belladonées'ou les injections d'atropine.
Comme la strychnine, le café, par la stimulation des contractions péristaltiques qu'il produit, peut donner des résultats favorables dans l'étranglement et surtout le pseudo-étranglement internes. Mon affectionné maître M. Lailler m'a parlé d'un cas de ce genre dans lequel il avait été appelé en consultation ; le diagnostic porté était un étranglement interne ; sur son avis, on recourut au café à haute dose. Bien que l'état du malade eût fait porter un pronostic très-grave, la guérison fut obtenue. De ce fait on rapprochera l'observation suivante, que je reproduis presque in extenso, à cause du haut intérêt qu'elle présente :
Obs. XV. — Pseudo-étranglement interne. — Observation lue à la Soc été médico- chirurgicale de Paris, par M, J, Guyot, le 8 novembre 1866 (1).
K..... (Margoerito), entrée à l'hOpital Necker, salle Sainte-Thérèse, n<> 10 service de M. Lasègue, suppléé par M. J. Guyot), le 9 octobre 4866, à onze heures du matin.
Quand cette femme entra à Thôpital, elle éprouvait depuis huit jours des douleurs très-vives dans le ventre, qu'accompagnaienfdes vomissements bilieux fréquents et une constipation opiniâtre; un purgatif administré en ville avait été vomi et des lavements donnés sans résultat. Le 9 octobre. A rentrée de la malade, le ventre est distendu, météorisé ; les vomissements et la constipation persistent. Traitement : glace, 'àO grammes d'huile de ricin, lavement purgatif.
Le 10. L'huile de ricin de la veille a été rejetée presque aussitôt après son ingestion. Mêmes symptômes.
Le il. Ballonnement du ventre considérable; les anses de l'intestin grêle se dessinent très« nettement sous la peau : le gros intestin ne parait pas distendu; aussi présume-t-on que l'obstacle au cours des matières est dans l'intestin grôle. Ventre toujours douloureux, ce qui rend la palpation difûcile. Immédiatement avant la visite, un vomissement fécalolde. Aucune tumeur appréciable par le toucher vaginal ni par le toucher rectal. Traitement : glace; calomel, 1 gramme. Lavement avec séné et sulfate de soude.
Le 12. Vomissements fécaloldes répétés un grand nombre de fois depuis hier. Le calomel a été vomi, La constipation persiste. Prostration très-grande. Traitement : glace; bain d'une heure; lavement purgatif; une demi-goutte d'huile de croton.
Le 13. Môme état. Traitement : glace et café noir : 8 tasses à prendre de demi- heure en demi-heure.
Dans la nuit du 13 au 14, après l'ingestion de 6 tasses de café qui mettent la malade dans une grande agitation, il se produit une débâcle considérable : 4 ou 5 selles se succèdent en quelques heures; les matières sont rendues liquides, de couleur bilieuse. ^
Le 14. A la visite on trouve le ventre souple , il n'y a plus eu de vomissements depuis la veille. Dans la journée du 14, |a débâcle continue : 8 à 10 selles diarrhéiques. Traitement : 200 grammes de vin de Bordeaux, 4 bouillons.
Le 15. La diarrhée continue presque sans coliques. La malade se remit assez promptemeot ensuite et garda seulement pendant quelque temps une grande tendance à la diarrhée que, d'ailleurs, l'opium arrêtait facilement.
(1) Union médicale, t. XXXII, p. 627; 1866.
1868. — Méplain. U
- 8« - IV. Du café comme modificateur des fonctions respiratoires.
Asthme. — L'empinsme a depuis loD^mps coDsacPé Tusage du café dans Tasthme. Husgrave, Laënnec, Pringle, Percival, le considéraient comme un moyen souvent efficace de rendre les accès moins graves et moins fréquents. Suivant Robert Brie, non«seulement il diminue l'intensité des attaques d'asthme, mais encore il peut en prévenir le retour d'une façon absolue. Après avoir^été pendant cinquante ans tourmenté d'un asthme et av<»r écrit une monographie de cette maladie, Floyer a, vers la fin de sa vie, trouvé enfin dans le café le seul agent capable de conjurer chez lui les accès. L*auteur d'un autre traité de l'asthme, M. Hyde Salter, médecin de Charing Cross Hospital indique cet agent comme un des moyens les plus titiles à lui opposer: « Le café, dit-il, soulage dans les deux-tiers des cas. Le soulagement est d'ailleurs très-inégal; tantôt temporaine et léger; tuitM complet et permanent d (1).
Comme tant d'autres remèdes préconisés contre cette pénible maladie, le café ne réussit pas toujours à guérir ni même à cal* mer ou à retarder les accès de l'asthme. Il serait à désirer que l'on pût préciser les cas où s'exerce cette influence favorable, et ceux dans lesquels, au contraire, le médicament demeure impuissant. Malheureusemeni cela nous est le plus souvent impossible. La clinique ne nous a jusqu'ici fourni sur les indications du café dans l'asthme que des renseignements généraux et peu précis. Cependant M. 6. Sée (2) dit avoir remarqué que l'asthme catarrhal n'éprouve du traitement caféique aucune modification et que l'élément dyspnéique seul semble être influencé d'une façon avantageuse dans l'asthme simple. C'est en e£G9t contre l'asthme dit simple^ sec ou nerveux^ et particulièrement contre
(1) Edimburg médical Journal^ juin 1859; et Bulletin de thérapeutique, t. LXI, p. 229; 1861.
(2) Article cité du Nouveau Dictiemiaire de médeo. et de chir. prat, t. III.
TiHiOime nerveux périodique^ que la plupart des auteurs que j'ai oHéspIus haut ont conseillé l'emploi du café.
La méthode physiologique nous est ici d'un aussi faible secours que l'empirisme. Si nous essayons d'appliquer cette méthode au traitement de l'asthme par le café, nous nous heurtons dès l'abord à des difficultés quant à présent insurmontables. Comment en efiFet pourrions-nous demander à la physiologie l'explication du mécanisme en vertu duquel un agent thérapeutique modifie un état morbide, si la nature de cet état morbide lui-même ne nous est pas connue? Comment à plus forte raison loi demanderions-nous d'en préciser les indications? Or, si les tiiéories de l'asthme sont nombreuses, il n'en est aucune qui présente un degré bien satisfaisant de certitude. Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans la discussion de ces théories; ce serait faire hors de mon sujet une excursion trop considérable ; je ne ferai doae qu'énoncer les principales, celles qui sont le plus généralement adoptées aujourd'hui, et chercher à leur appliquer ce que nous savons de Taction physiologique de la caféine.
La plupart des auteurs de notre époque considèrent avec M. A. Lefèvre (4) et M. Salter (2), l'asthme comme une névrose spasmodiquedes tubes bronchiaux. Danscette hypothèse, on peut jusqu'à un certain point se rendre compte de faction favorable qv'exercerait le café donné un temps assez long avant l'accès; mais on ne comprend guère qu'il puisse être utile quand celuici a commencé. Salter, qui recommande en efifet de prendre le café le matin, c'est-à-dire longtemps avant l'accès^ lequel comme on sait, est le plus souvent nocturne^ donne de l'action de ce médicament une interprétation que je ne saurais accepter, a Les accès, dit-il, apparaissent pendant la nuit, c'est-à-dire quand l'exeitabilité réflexe est très- augmentée ; le café qui empêche le sboimeil et augmente l'activitS de l'encéphale, diminue par cela même les accès réflexes et, par conséquent, l'asthme qui
(1) De 1* Asthme; Paris^i847. In^<».
(2) On Asthmatis pathology and treatment; Loodoa, 1860.
résulte en général d'une impression de cp genre.» S'il e& était ainsi, remarque avec raison le professeur Sée, l'accès devrait manquer pendant la veille^ tandis que souvent il se manifeste ou pendant le jour ou dans la soirée et quelles que soient les tentatives du malade pour éviter le sommeil ; j'ajouterai que, si la théorie du médecin anglais était vraie, il aurait évidemment été conduit par la pratique à conseiller le café le soir plutôt que. le matin ; enfin on se rappelle que, pour moi comme pour Voit, loin de diminuer l'aptitude aux actions réflexes, le café a pour effet au contraire, de Taugmenter.
L^analogie permet de croire que la caféine stimule la eontractilité des muscles de Reissessen de même que celles des au* très fibres lisses, celles des vaisseaux par exemple. Or, le spasme broncbial que l'on suppose constituer l'accès d'asthme ne pourrait-il pas être rapproché du spasme vasoulaire par lequel débute Taccès de la fièvre intermittente ? La caféine prise qatir^ ques heures avant l'accès jouerait alors sur les musdes bnmchiaux un rôle de régulateur analogue à celui qu'elle joue, comme la quinine, sur les muscles vasculaires daiis l'accès paludique. Certes^ je ne me dissimule pas combien est risqué ce rapprochement ni tout ce que cette interprétation offre d'incomplet et de douteux; mais de prémisses hyopothétiques on ne peut tirer que des déductions incertaines, et je ne saurais don-p ner une interprétation rigoureuse de l'action du café sur l'airfhme dans une théorie qui, quelque soit le nombre de ses partisans, ne présente qu'une certitude fort mal assise, théorie que d'ailleurs pour mon compte personnel je n'admets pas.
Je ne suis guère plus disposé à accepter la doctrine de M. Sée, suivant lequel le phénomène constitutif essentiel de l'asthme serait une contraction tétanique du diaphragme. C'est par le ralentissement de la nutrition que ce professeur explique Theu-^ reuse influence exercée par le café : « Si les centres nerveux, dit-il, éprouvent moins de changements moléculaires que dans l'état normal, les agents excitants des muqueuses et des nerfs
lespiratoires, c'est«à-dire les causes des accès produisent une impression moins vive sur ces organes épuisés par une surexcitation toxique, émoussés par une nutrition moins active.»
Beau (1) rapportant à la sécrétion bronchique la part la plus importante dans la maladie, fait de l'asthme une affection catarrhale qu'il range dans le groupe des bronchites à râle vibrant A cette théorie de l'asthme se rattache la suivante, de toutes la plus satisfaisante à mon gré et que, quant à moi^ je crois devoir adi^ter, tout en reconnaissant qu'elle est, elle aussi, hypothétique par quelques points dans lesquels une place subsiste pour l'incertitude. On la trouvera remarquablement exposée par M. Parrot, à qui elle appartient, dans le Dictionnaire encyclopé- (tique des sciences médicales (2), je la résume en quelques mots : l'asthme est une maladie des nerfs qui président à la sécrétion broncho^pulmonaire ; c'est une névrose, une attaque de nerf de nature secrétaire ; cette attaque de nerfs est, habituellement au moins, le fait d'une action réflexe ayant son point de départ dans une sensation dont la nature et le lieu sont extrêmement variables (impression du froid ou de quelque odeur, poussières, etc.) sous cette influence, la sécrétion pulmonaire s'exagère toute coup, ce que révèlent dès le début de l'accès d'asthme les râles vibrants entendus à l'auscultation* Le mucus tenace et visqueux ainsi produit abondamment, obstrue les bronches tant que dure la dyspnée, mais il n'est pas la seule cause de la gène respiratoire ; il s'y joint un état congestif de la muqueuse et de son appareil glandulaire, état primordial et nécessaire suivant les uns, secondaire et médiat suivant les autres, mais dont le résultat est en tous cas, par la tuméfaction de la muqueuse qu'il produit, de diminuer le calibre des petites bronches et de faci- Uter leur obstruction ps^ la matière sécrétée. « Quant à Faction intime de l'élément nerveux dans le processus asthmatique, il
(1) Arcliivee générales de médecine, 3* série, t. IX, p. 136 ; 1840. Union médic, 1855, p. 313 ; et Oazette des hôpitaux, 1855, p. 301.
(2) ArLiote Asthme, t. VI, p. 749.
nous est encore inconnu. Provoque^t-il la sécrétion en agissanl d'abord sur les vaisseaux des glandes bronchiques? Les dilatat-il par une action paralysante des rameaux du vague sur ceux du grand sympathique? Ou bien est-ce qu'il excite directement
les cellules glandulaires? » (Parrot). Pour moi je me sens
très-attiré par Thypothèse de la paralysie voso-motrice et du relâchement des vaisseaux glandulaires du poumon. L'hyper^ crynie pulmonaire ne serait ainsi qu'une application de la toi générale en vertu de laquelle le produit des glandes est en raison direct de l'afflux sanguin qu'elles reçoivent, en raison îb* verse, par conséquent, de l'activité de leurs vaso-moteurs.
Les guérisons ou tout au moins les améliorations obtenues dans l'asthme par le café s'expliquent aisément si cette théorie est admise, et j'y verrais peutrètre une raison de plus de lui donner la préférence si je n'étais très-porté à me défier de l'axiome: natitram morborumcurationes ostendunt. Agent vasomoteur, la caféine stimule les nerfs vasculaires de la muqueuse broncho-pulmonaire ; elle s'oppose ainsi à la tuméfaction congestive et à l'hypercrinie de cette muqueuse, par conséquente l'accès d'asthme.
Coqueluche, — Le café a été fort vanté dans la coqueluche par le D' Guyot (l). Ce médecin donne le café noir après le repas à la dose de une cuillerée à café aux enfants âgés de moinf de 2 ans, une cuillerée à dessert pour ceux de 2 à4 ans, et une cuillerée à bouche au-dessus de cet àgc. Suivant lui, les co-^ queluches les plus rebelles céderaient à ce kuitementen trois ou quatre jours. Malheureusement ce brillant résultat est loin de. s'être reproduit entre les mains des autres praticiens. Néanmoins le café est, dans cette afiection souvent si opiniâtre, un moyen assez fréquemment utile pour qu'on doive ne pas le négliger. Avant M. J. Guyot, M. Blache l'avait employé avec des succès
( l Union médicale, 1849, p. 194 ; id,, 1860, 2« aérie, t. VI, p. 386 et 4M.
variables ainsi que Baudeloque et Bouneau (1). Tout en se mon* irant tièdes partisans de ce traitement, Trousseau et M. Pidoux ne le croient cependant pas dénué d'utilité. M. Courbassier (â) dit s'être bien trouvé dans plusieurs épidémies de coqueluche d'un sirop dans lequel le café était associé à la belladone, à Tipéoacuanha et au quinquina. Enfin le D' Laronde (de Saint-Pourçain) (3) bien qu'il combatte ce qu'il y a d'exclusif dans les prétentions de M. Guyot pour le café^ parait avoir trouvé daos ce traitement un remède qui ne vaut ni moins ni mieux que tant d'autres opposés journellement à la coqueluche.
C'est tantôt Tinfusion du café torréfié, tantôt la décoction ou la macération de café cru qui a été employée.
La nature de la coqueluche nous étant pour le moins aussi peu connue que celle de l'asthme, nous ne saurions donner de la modification de cette maladie par la caféine une interprétation physiologique de quelque valeur. Est-ce en diminuant l'irrigation sanguine du bulbe, ou celle delà muqueuse pulmonaire qu'agit cet alcaloïde? Est-ce en modifiant la sensibilité de cette ■raqueuM^ on bien par quelque autre mécanisme que nous ne soupçonnons même pas aujourd'hui? C'est là un problème impossible à résoudre dans l'état actuel de nos connaissances et que nous ne poavonB que poser.
V. Du café comme diurétique et comme modificateur du mouvement de décomposition moléculaire.
Dymriê. — Nous avons vu que la caféine exerce sur la tunique mosculeuse de la vessie une stimulation dont l'effet est de rendre les besoins d'uriner très-fréquents. Le D' Lamare- Piquot (4) rapporte une obsei-vation de rétention d'urine dans
(1) Yautbier, Union médicale^ t III, p. 220 ; 1840.
(2) Bulletin de thérapeutique, t. LV, p. 23; 1858.
(3) Union médicale, 2« série, t. \l\ 1860.
^4) Article cité du Bulletin de thérapeutique, t. LXI; 4861.
laquelle cette propriété fut mise à profit. Il s'agit d'un vieil oCficier de la marine anglaise atteint depuis un grand nombre d'années d'un rétrécissement uréthral qui l'avait plusieurs fois déjà mis aux prises avec la rétention d'urine. En octobre ISGO^ M. W... fui pris de nouveau de cet accident; aucune sonde ne put pénétrer dans la vessie. Le D' Lamare-Piquot en désespoir de cause prescrivit plusieurs tasses de café à prendre à courts intervalles : à la cinquième tasse, le malade commença à uriner un peu ; le café fut continué et le lendemain la miction était facile. — Le même accident se reproduisit en 1861 ; on employa encore le café avec le même succès.
Ce fait, le seul de ce genre dont nous ayons connaissance, est insuffisant pour juger l'efficacité du café dans la rétention d'urine. Il serait à désirer que d'autres guérisons analogues vinssent établir l'efficacité d*un moyen aussi simple, aussi facile, aussi peu dangereux dans un état pathologique qui peut devenir si redoutable.
Hydropisies. — Les diurétiques de l'ordre auquel appartient le café, c'est-à-dire ceux qui produisent la diurèse en augmen* tant la tension artérielle et dont la digitale peut être considérée comme le type, sont particulièreme];it indiqués dans les hydfof pisies ; trouvant dans un organisme gorgé de liquides le système vasculaire bien rempli, leur action vaso-motrice produit un effet bien plus énergique qu'elle ne le ferait dans des con- ^ ditions opposées.
Dès 172S, un médecin hollandais, Zwinger, recommandait remploi du café dans les hydropisies. On trouve dans le Bulle* tin de thérapeutique (1) trois cas de ce genre d'afifection guéris par les préparations caféiques ; depuis lors, ce traitement, que le professeur B^uchardat a contribué à remettre en honneur, a été plusieurs fois employé avec succès. En raison de sa propriété
(Il A. née 1839, t. XVI, p. 144.
de ralentir la désassimilation, je pense que le café est surtout indiqué dans les hydropisies qu'accompagnent un affaiblisse* ment rapide, une déperdition considérable des forces. L'action excitante qu'il exerce sur le cœur devra faire craindre de l'employer à hautes doses dans les hydropisies qui se lient à une lésion grave de cet organe.
Albuminurie. — Au rapport de M. Bouchardat (1), Honoré, médedn de l'Hôtel-Dieu, a guéri trois malades atteints d'anasarque albuminurique, en leur faisant prendre chaque jour une infusion faite avec 2S grammes de café torréfié et 300 grammes d'eau. Bien que théoriquement, il semble permis d'attribuer à la caféine, agent minoratif du mouvement de dénutrition, une influence favorable sur l'albuminurie, je doute fort que cette substance y jouisse d'une réelle et complète efficacité. Les trois succès d'Honoré restent isolés; si le café pouvait véritablement guérir cette maladie si redoutable et contre laquelle tant de moyens thérapeutiques ont été et sont encore tous les jours essayés, serait-il croyable qu'après que ces heureux résultats ont été publiés, on ne soit pas revenu à l'agent qui les avait fournis et que cet agent n*ait pas pris place au premier rang parmi ceux dont se compose le traitement habituel de la néphrite albumineuse? Que l'hydropisie qui complique la maladie de Bright soit modifiée favorablement par le café, qu'elle disparaisse même pour un temps sous son influence, je ne nie pas que cela puisse arriver, mais c'est là, je crois, tout ce que l'on peut, dans l'albuminurie, demander à ce médicament. D^ailleurs, d'après les renseignements trop peu complets que donne le professeur Bouchardat sur les malades d'Honoré, il est permis de supposer que le symptôme anasarque seul a été amendé par le traitement caféique et que la néphrite albumineuse a persisté.
(1) Annuaire de thérapeutique, 1846, p. 44.
S. - MépUiu. 12
'Glycoivrie. <^ « L^ caié, dit M. Bonchardat, est utile à pre^ que tons les malack&atteÎDts de glycosurie; sauf contre-indica^ tien, j'en preseids «ne tasse après k repas principal ; on doit le prendre sans encre oa du moins en diminuaint beaucoup la quantité de ce pnincipe. » ««- C'est encore à titre de modérateur de la dénutrition que le café peut jouer ici un rôle favorable en amoindrissant la déperdition glycosique. 11 est évident que seul il ne saurait constituer un trait^neot suffisant d« dîaè>ète, maïs il est permis de le considérer comme un bon adjuvant des antres ^médications opposées à cette diathèse, les leaujE minénalea alcalines, par e^iteniq^lfi, et surtout comme un des aUmewIs les mieus appropriés à cet état morbide.
Gûutte. — Le cs^é est-il indiqué ou contre^inâiqué dans la goutte? Pris avec modération, il serait, suivant Roques (4), généralement salutaire aux goutteux. Ph. Dufour rapporte que Oras (de Genève] a guéri plusieurs de ces malades par l'infusion de café et il en a lui-même observé un dont les douleurs furent calmées par ce moyen. M. Landarrabilco (i) cite huit observations de goutte guéries à l'aide de macération de café cru. D*un autre côté, c'est une pratique très-répandue que d'cfn interdire l'usage aux goutteux, ou tout au moins de leur recommander sous ce rapport la plus grande sobriété. Si commune que soit cette pratique, elle ne saurait suffire à prouver la nocuité, ni même l'inutilité du café dans la goutte, et cela d'autant moins que vraisemblablement elle procède de la croyance que le café est un excitant analogue aux boissons alcooliques; or nous avons vu combien est peu fondée cette croyance, bien qu'elle aussi soit très-générale.
* Le phénomène capital de la goutte, c'est un excès d'acide urique dans le sang; cet acide en excès se dépose, sous formé
{{} Bulletin de thérapeutique, t. VIIl^ p. £89; 1885. (2) Thèse citée; Montpellier, 1866.
de cnstanx d'urate desonde, dans les tissus articulairee ef péiAarticulaires, dans la pean et les parenebymes des différent» visT eères. Mais quelle e^ Torgine de ce |»*oduit? Liebig ràttribuai^ à une combastion insuffisante des mttièpes albuminoldes qtlà, trop fadblement oxydées, se i3*ansformeraieiit en acide urique au lieu de constituer de Turée. Après avoir joui d'une vogue asses grande^ cette doctrine est aujourd'hui pour le moins fortement ébranlée. Ainsi il est actuellement démontré que, dans les cireonstances accusées par Liebig de cette oxydation insuffisante (repas trop copieux, régime trop animalisé, défaut d'exercice musculaire), l'urée n'augmente pas proportionnellement moins que l'acide urique. D'ailleurs, d'après Volt et Bischoff, ces deux substances ne se formeraient jamais directement dans le san^ jDais proviendraient de la décomposition moléculaire des tissus. D'un autre côté, suivant quelques auteurs, et M^ Robin entre autres, l'urée et l'acide urique auraient une origine différente i tandis que l'urée serait le produit de la désassimilation musculaire, l'acide urique suivant ce professeur (i), proviendrait de la géline^ résultat premier de la décomposition moléculaire des eaortilages et des tissus fibreux. La diathèse urique serait donc le fiait d'une exagération du mouvement de dénutrition dans ces tissus.
Que conclure de ces considérations théoriques sur la goutte relativement à l'emploi dans cette maladie des préparations ca* Céiques?.... Rien que des hypothèses, puisque ces théories ellesmômes sont encore hypothétiques. Si Ton admettait la manière de voir de Liebig, il faudrait proscrire le café chez les goutteux; car, ralentissant le mouvement de décomposition organique, il devrait contribuer à empêcher les matières albuminoldes de se transformer en urée et augmenter la proportion du produit de transformation incomplète, de Tacide urique. Dans les théories opposées, devenues aujourd'hui plus probables que celle
(1) Programme da cours d'histologie. In-S<>. Paris, 1864, p. 90; et Dictionnaire de médecine de Nysten, H* édition, 1865, p. 678.
de Liebig, bien qu'insaf&sammeat démontrées aussi, il fao- "drait au contraire préconiser cet agent : si en effet, la produc^ tion de l'acide urique est indépendante de celle de l'urée, on n'aurait qu'à gagner, chez les goutteux, à employer un mé^ dicament qui diminuerait à la fois la genèse de ces deux subtances.
Gravelle urique. — D'étroits rapports unissent cette maladie à la précédente ; on la voit fréquemment remplir les intervalles qui séparent ses accès, et bien qu'il soit au moins très-exceptionnel d'observer à la fois chez le même sujet la gravelle et la goutte, il est permis de considérer ces deux affections comme deux manifestations d'un même état diathésique ; l'une et l'autan ont pour élément morbide fondamental un excès d'acide urique, ^quel ici se dépose dans les articulations, dans la peau ou dans *es parenchymes sous forme d'urate de soude, et là cristallise, soit sous la même forme, soit à l'état libre ou à l'état d'urate de chaux, dans les organes sécréteurs de l'urine, pour être excrété avec ce liquide en y constituant des graviers. On n'a pas, il est vrai, jusqu'ici constaté l'excès d'acide urique dans le sang des calculeux comme Garrod l'a fait dans celui des malades atteints de goutte. Ce produit a-t-il dans les deux affections la même origine? On ne saurait le dire. Peut-être y a-t-il lieu d'admettre relativement à la gravelle l'opinion de Zalesky (1), qui a été conduit, par ses expériences sur les animaux, à considérer le rein comme le lieu de production de l'urée et de l'acide urique, lesquels se formeraient probablement aux dépens de la créatine.
De même que dans la goutte, le café proscrit dans la gravelle par la généraUté des médecins est au contraire présenté par quelques autres comme un agent capable d'en favoriser, ou même d'en produire lui seul la guérison. Murray en conseillait
(1) Recherches sur le processus urémique; Tubingue, 1865.
l'emploi aux calculeux à cause de son action diurétique, le supposant apte, par là, à chasser mécaniquement les graviers du rein. Sparchuch, Ray (1), Roques (2), Foy (3), M. Chrestien (de Montpellier) (4), ont aussi préconisé Tusage du café dans la gravelle, soit torréfié en infusion, soit vert en macération ou en décoction ; ils citent à Tappui un certain nombre d'observations dont plusieurs, à vrai dire, m'ont semblé peu concluantes. M. Landarrabilco, dans sa thèse, rapporte 6 cas de gravelle guéris par la macération du café vert : deux de ces malades avaient des coliques néphrétiques.
La proscription qui excluait le café du régime des calculeux parait au reste être moins absolue et moins générale qu'il y a quelques années, et, comme l'observe M. Marchand, on le voit tolérer même dans les stations d'eaux minérales où l'on envoie ces malades. « Je recommande l'usage du thé, dit M. Le Roy (d'ÉtîoUes), fils (5), et je permets l'usage du café de temps en temps à la rigueur, faible, à l'eau » et cependant nous trouvons ce médecin parmi ceux qui mettent le café au nombre des excitants. {Traité de la gravelle y page 26.)
Parmi les auteurs qui ont prôné le traitement de la gravelle et de la goutte par le café, quelques-uns ont allégué en sa faveur la rareté de ces maladies chez les peuples qui font de cette liqueur un grand usage, et particulièrement en Orient. J'avoue n'attacher à cet argument aucune considération. La diathèse urique est le fait surtout d'un régime succulent et fortement animalisé ; or, on sait combien en général l'alimentation des peuples dont il s'agit diflfère, sous ce rapport, de la nôtre, et de celle surtout des Anglais, pour lesquels la goutte affecte une si remarquable prédilection. Je trouve d'ailleurs dans r ouvrage de M. Le Roy (d'Etiolles)(p. 449) une communi-
(1) Hlstoria plaotarum.
(2) Bulletin de Ihérapeutique, t. VIII, p. 289 ; 1835.
(3) Bulletin de thérapeutique, t XXXIV, p. 206; 1848.
(4) Gazette médicale, 1836.
(6) Traité de la gravelle; Pari», 1866, p. 497, ln-8«.
cation à lui faite par le D* Clot-Bey, et qui réduit cet argument à sa juste valeur ; on y voit, en effet, que la gravelle et la pierre sont communes en Egypte ; mais ces calculeux sont tous des habitants du Delta et de la Basse-Egypte, qui consomment de la viande de mouton en abondance, et qui, malgré les prescriptions du Coran, font souvent usage et abus de liqueurs alcooliques, tandis que les sujets des races sobres, les Bédouins et les Éthiopiens, qui ne prennent pas plus de café que les autres, sont exempts de ces concrétions.
En définitive, l'utilité ou la nocuité du café dans la gravelle restent encore à établir d'une manière certaine. Les faits de Ray, de M. Chrestien, ceux surtout de M. Landarrabilco méritent d'attirer sur cette question Tattention des praticiens. Quant à la physiologie, elle est aussi impuissante à la résoudre qu'elle Tétait quand il s'agissait de la goutte. A titre de diurétique mécanique, la caféine doit remplir dans la gravelle l'indication pour laquelle la conseillait Murray {^rinam movendo sabulum et calculos minores pellit). Mais ce n'est pas là tout, tant s'en faut. Si l'on admet que les graviers sont le résultat d'une oxydation insuffisante de la créafine, le café doit être proscrit comme une entrave à cette combustion ; si on les attribue à une production plus active d'acide urique indépendante de celle de Turée, et sans que la première de ces substances soit constituée aux dépens de la seconde, on aura raison, au contraire, d*employer la médication caféique.
YI. Du café comme anapkrodisiaque.
Blennorrhagie. — Yidal (de Cassis), MM. Ricord, CuUerier, Rollet, A. Fournier, et avec eux presque tous les médecins, défendent expi*essément dans la blennorrhagie le café qu'ils cousidèi*ent comme un excitant. A supposer que cette opinion fût réellement fondée, il n'y aurait 1&, comsûre le &it justement
obseryer M. Pénilleau (1), qu'une médiocre raison de le prpsorive dans une maladie à laquelle on oppose des excitants tels que le copahu, le poivre cubèbe, la térébenthine. Or, non-seur lement le café n'est pas un excitant, mais nous avons vu qu'il eit un agent de décongestion, et par là il doit être supposé plutôt utile que nuisible dans cette afiection. lie médecin que je oilaîs tout à TheuFe, M. Pénilleau, a eu l'occasion d'observer plusieurs malades à qui l'on avait fait prendre deux ou trois tasses d'înCosion ordinaire de ca£é par jour, pendant la période aîguêdela blennorrhagie, concurremment avec les balsamiques, sans que la laarche de la maladie ni la guérison en fussent entr«vées. J'ai rapporté ailleurs l'histoire de ce malade de M. NUrchand, que ce médicament put seul délivrer des érec^ lions nocturnes ; indépeBdammeut de ce résultat, la maladie parcourut chez lui ses périodes sans en paraître accrue ni diminuée. J'ai dit déjà que des faits de ce genre avaient été observés ea assez graad nombre.
Eu défluxionnant la nuqueuae urétbrale, il est possible que le café ait une certaine action sur la phlegnmsie elle-même; mais son rôle évidemment le plus important dans la chaude^ pisse consiste à prévenir les érections. Non-seulement donc je me garderais d'en faire interrompre l'usage à un malade qui, avant sa blennorrhagie, aurait été accoutumé à en prendre journellement et que la cessation de cette habitude exposerait davantage, je n'en doute pas, au priapisme nocturne, mais encore je le prescrirais volontiers chez des sujets non accoutumés pour combattre cette complication si elle se présentait. Je ne crains pas de dire que, pour remplir cette indication, le café, comme les auti'es agents vaso-moteurs, tels que le bromure de potassium, la belladone, le seigle ergoté, m'inspirerait beaucoup plus de confiance que le camphre si souvent prescrit d'une façon banale dans ce but, malgré son titre, ici
(4) Thèse citée, 1864.
incontestable, d'excitant, et qui m'a toujours paru absolument impuissant, non-seulement à faire cesser, mais encore à diminuer les érections.
Spermatorrhée. — Le fait suivant est rapporté par M. Chicou dans sa thèse (4) : Un jeune homme, ami de l'auteur, avait trois ou €[uatre fois par semaines des pollutions nocturnes qui le fatiguaient beaucoup ; ayant à travailler pour un concours il se mit à prendre tous les jours du café, ce à quoi il n'était pas habitué: les pollutions cessèrent. Pour se convaincre que c'était bien à l'usage du café qu'était due cette heureuse modification, M. Chicou le pria, après un mois d'usage quotidien du café, de rester quelques jours sans en prendre; dès le premier, les pollutions reparurent ; plusieurs fois cette expérience fut répétée, et toujours elle donna le même résultat.
L'action favorable que parait si manifestement avoir eue le café chez ce malade n'a rien de surprenant. Comme agent de décongestion et comme anaphrodisiaque, le café devait être soupçonné capable de lutter avec quelque succès contre les pertes séminales involontaires ; ne voyons-nous pas que les moyens les moins inefficaces contre celles-ci sont des agents du même ordre, des médicaments vaso-moteurs ; ainsi la strychnine et l'ergot de seigle, la belladone et le bromure de potassium, ainsi l'hydrothérapie ? Aussi ne puis-je que me ranger à l'avis de l'auteur qui rapporte cette observation, lorsqu'il propose d'expérimenter les préparations caféiques dans le traitement de cette cause d'épuisement si grave et si souvent rebelle aux moyens usuels de traitement.
(1; Thèse de Paris, 1859.