‹ Du café: étude de thérapeutique physiologiqueChapitre 9 sur 12 · I. Du café comme sédatif de la circulation · texte numérisé non relu

I. Du café comme sédatif de la circulation

Par son action sur les vaso-moteurs, le café, comme la digitale

et comme la quinine, est un sédatif de la circulation. A ce titre' il donne lieu à des applications très-variées et plus ou moins légitimes, jouant ici le rôle de décongestionnant et d'antiphlogistique, là celui d'antipyrétique, ailleurs celui de tonique général. Nous allons passer en revue ces indications diverses.

Rhumatisme. — Le professeur Grindel ( de TUniversilé de Dorpat) (l) , l'un des médecins sans doute qui ont le plus employé le café à titre de médicament, rapporte plusieurs cas d'affections rhumatismales dont il a obtenu la guérison au moyen de cet agent. Dans sa thèse inaugurale (2), le D' Meflfre prétend que Feste (de Marseille) obtint par le café la cessation des douleurs chez une dame atteinte de rhumatisme articulaire. M. Marchand enfin (3) a observé un rhumatisant qui, lassé des boissons qu'on lui avait prescrites, s'imagina de prendre du café léger en tisane ; il se sentit soulagé, la douleur diminua, et le mieux commença avec cette médication. — Tous les agents vaso-moteurs, par la décongestion qu'ils amènent dans les articulations malades, en même temps que par leur action antipyrétique, ont une influence favorable sur le rhumatisme articulaire. Il en est ainsi de la digitale, du bromure de potassium et surtout du sul- &te de quinine ; ainsi, sans doute aussi, en est-il de la caféine. Le rapprochement établi par Grindel entre le café et le quinquina est donc parfaitement légitime. Ce médecin n'a fait qu'exagérer les vertus du premier en s'efforçant à tort de l'égaler au second. Dans le rhumatisme en particulier, il serait certainement absurde de renoncer à la quinine pour le succédané de Grindel; toutefois je serais assez disposé à accepter dans cette affection l'usage de la tisane imaginée par le malade de M. Marchand, l'infusion très-légère de café.

Ophthalmies. — On a vanté autrefois le café en applications

(i) Bibliothèque médicale, 1810, U XXX, p. 96, et 181i, ^ XXXIl, p. 116.

(2) Paris, 1820.

(3) Article Café du Nouveau Dictionnaire de méd. et de chir. praU, t. VI.

1868. - Méplaio. 7

topiques ou fumigations dans les ophthalniies (i). Ignorant absolument de quelle nature étaient les ophthalmies dont on prétend avoir ainsi obtenu la guérison, je ne saurais apprécier cette médication, complètement abandonnée d'ailleurs aujourd'hui.

Névralgies congestives. — Parmi les névroses douloureuses, il en est un grand nombre qui ont pour caractère commun d'être calmées par le froid, de s'exaspérer par la chaleur et, par suite, de présenter des rémittences diurnes opposées à des exacerbations nocturnes. Leur cause à toutes est dans un état de congestion de la branche nerveuse, sur le trajet de laquelle existe la douleur. Ces névralgies sont, on le sait, très-bien calmées par le sulfate de quinine ; elles l'ont été dans quelques cas par le café.

Migraine. — La nature et le siège de la migraine ont été, depuis longtemps, l'objet de théories nombreuses et trouvent fort opposées ; aujourd'hui on s'accorde assez généralement à considérer cette maladie comme une névrose vaso-motrice portant sur les filets qui animent les fibres contractiles de la carotide et de ses ramifications ; toutefois, la place reste encore pour le doute et pour les dissidences dans la nature de cette névrose et dans le siège qu'il faut attribuer aux phénomènes douloureux qui la caractérisent cliniquement. Pour moi, dont l'attention a trop souvent été appelée sur la migraine par la visite de cet hôte incommode, je m'étais depuis assez longtemps arrêté à une interprétation moins complète il est vrai, mais très-analogue à celle que j'ai trouvée développée dans un article récemment publié par M. Mœllendorf (2). La migraine, suivant ce médecin, consiste en un défaut d'énergie de l'action des nerfis

(1) ÂmaU {de Naple8)> oité par Méoat et De Lena, DicUoDnaire de matière médicale, article Coffea, s. II.

(2) Virohow!» Arcliiv, 20 janvier 1868, et Gazette hebdomadaire, 1868, p. 205.

qui règlent la circulation dans Tarbre carotidien. L'efiFet de ce défaut de tonicité musculaire est la dilatation des capillaires, et par conséquent Taccumulation du sang dans la partie de Tencéphale où se distribue la carotide. 11 en résulte pour les nerfe qui sortent par la base du crâne, à la fois une excitation centrale et une compression. A l'excitation se rapportent Thyperesthésie de la vue, de l'ouïe, de l'odorat ; la sensibilité excessive des téguments crâniens est le fait de l'excitation du trijumeau ; les nausées et les vomissements traduisent l'excitation du glossopharyngien et du pneumogastrique. La compression des hémisphères et celle surtout des nerfs qui sortent au-dessus de la tente cérébelleuse, a pour effet les troubles de la vision, la paresse des mouvements du globe oculaire, la pesanteur de la paupière supérieure et les diverses sensations perçues dans le domaine de la distribution nerveuse du trijumeau. Quant à la cause même de cet état fluxionnaire des artères, l'auteur pense qu'elle est due à une excitation passagère des fibres sympathiques^ excitation suivie nécessairement d'une perte d'énergie d'une durée plus longue.

Cette théorie me parait rendre un compte exact et complet , des phénomènes par lesquels se caractérise la forme la plus commune de la migraine; mais je crois qu'il existe une autre forme de cette maladie, tout opposée à celle-ci, en ce sens que c'est la période de contraction vasculaire, période essentiellement passagère et fugace dans l'interprétation de Mœllendorf, qui devient^ dans cette autre forme, la période principale et dominante. Hyperémique dans le plus grand nombre des cas, la migraine est donc aussi quelquefois ischémique ; c'est cette dernière forme que l'on observe chez les chlorotiques, chez les sujets anémiés et nerveux ; c'est elle que parait avoir observée, surtout Du Boys-Raymond (1), et qu'a bien décrite le professeur Sée dans le chapitre qu'il a consacré aux troubles nerveux

(1) Vipchow*8 Archiv 1860:

produits par Tanémie (1). C'est dans les muscles de la face et du crâne, particulièrement dans Toccipito-frontal^ que ce professeur localise la douleur de la migraine. Cette assertion me parait loin d'être suffisamment démontrée.

Il est aisé de comprendre que le même traitement ne saurait convenir à deux formes si opposées de la même maladie. Il en est, sous ce rapport, de la migraine comme des névralgies, et je crois que Trousseau exagérait les chances de guérison qu'ofl&^ le café quand il disait : uL'empirisme domestique fait mieux que la science la plus sévère, et le café est en possession de guérir presque tous les maux de tète, ceux au moins qui sont idiopa*^ tbiques.» Nuisible dans la migraine anémique, dont l'opium et le repos au lit calment à merveille les douleurs, la caféine convient au contraire parfaitement, de même que la quinine, dans la forme congestive, que caractérisent la rougeur de la conjonctive et le larmoiement, l'enfoncement du globe oculaire, le rétrécissement de la pupille et la propriété d'être modérée par le ' froid et la position assise, exaspérée par la position horizontale et la chaleur de l'oreiller.

Peu importe d'ailleurs la forme sous laquelle on donnera la caféine; communément c'est l'infusion de café noir que l'on emploie ; n'était le prix élevé de ce sel et sa rareté dans le commerce, je lui préférerais le citrate de caféine, qu'ont préconisé Hannon et Eulenburg. On en donne de 2S centigrammes à 2 grammes, ou même 4 grammes (Hannon). Dans sa thèse, que je regrette de n'avoir pu me procurer (2), le D' Landarrabilco, cité par M. Marchand, rapporte trois guérisons définitives dues à l'emploi du café cru, et c'est cette forme à laquelle il donne la préférence. Rappelons que le PaulUnia Fournier, auquel la réclame a fait une réputation certainement exagérée, n'est autre chose qu'une substance à caféine, et que ce n'est que par cet alcaloïde qu'il agit.

(1) Du Sang et des anémies, p. 23!. In-8®; Paris.

(2) Thèse de Montpellier, 1866.

Fièvre intermittente. — Le café est depuis longtemps en usage dans certains pays, comme antidote de la fièvre paludéenne. A Batavia il est communément employé, et on assure qu'il y a peu d'années il était encore préféré au quinquina en Hollande. Pouque ville rapporte dans json voyage en Morée que les habitants de ce pays emploient le café uni au jus de citron pour couper la fièvre. Dans une grave épidémie de fièvres intermittentes qui sévit à Bordeaux, en 1805, ce médicament rendit de bons services à Coutenceau et à Labonnardière (1). Mais c'est entre les mains de Grindel qu'il a donné, comme fébrifuge, ses plus brillants résultats (2); sur 80 malades ainsi traités, le professeur de l'université de Dorpat n'eut que 8 insuccès. Aussi est-ce surtout dans le traitement de la fièvre paludéenne qu'il a préconisé le café comme succédané du quinquina. Les tentatives faites dans ce sens depuis lors n'ont pas été aussi heureuses, il est vrai ; néanmoins elles ont montré dans le café un fébrifuge assez sérieux; ainsi M. Dauvin (3) a vu la fièvre intermittente disparaître en très-peu de jours dans plusieurs cas qu'il avait traités par la décoction de café vert. I! préparait cette décoction en faisant bouillir 40 grammes de café cru concassé avec 500 grammes d^eau, jusqu'à réduction à iSO grammes; on filtrait, et le malade prenait ce liquide en trois doses pendant Tapyrexie. M. Delioux de Savignac (4) dit avoir beaucoup employé le café et avoir trouvé en lui «l'un des meilleurs fébrifuges». C'est aussi au café cru qu^il donne la préférence ; il l'emploie de deux manières : en décoction concentrée, à peu près comme M. Dauvin, et en décoction étendue (30 grammes pour 1 litre d'eau dont i'ébullition ne doit enlever que iOO à 200 grammes)^ qu'il donne comme tisane. C'est surtout à titre d'adjuvant du quinquina que ce thérapeutiste

(1) Bibliothèque médicale^ 1809.

(2) Bibliothèque médicale^ 1810. p. 96, et 1811, p. 116.

(3) Gazette médicale, 1850, p. 69.

(4 ) Bulletin de thépapeuUque, t. XLVI, p. 172 ; 1854.

distingué conseille Tusage du café dans la fièvre intermittente : «Fréquemment, dit-il, chez les sujets en proie aux retours opiniâtres des paroxymes fébriles de la cachexie paludéenne, où Ton ne retirait aucun bénéfice de Tusage isolé du quinquina ou du café, l'union de ces dçux médicaments renforcés l'un par l'autre enlevait radicalement le périodisme. » La pratique que recommande surtout M. Delioux consiste à prescrire la tisane de café vert comme boisson journalière, en même temps qu'on administre les préparations quiniques suivant les méthodes or^ dinaires.

L'adjonction du café aux préparations quiniques se recommande encore à un tout autre titre, mais c'est ici du café noir qu'il s'agit. On sait, en effet, que dans l'infusion de café torréfié le sulfate de quinine perd en grande partie cette amertume (jui, chez bien des malades, chez les enfants surtout, en fait un médicament difficile à faire accepter.

La parité d'action, si grande sous plusieurs rapports, notamment sous celui de l'action vaso-motrice, que nous avons vue exister entre la caféine et la quinine, rend aisée à admettre l'efficacité de la première dans les fièvres d'accès. Il serait difficile, autant pour l'un de ces alcaloïdes que pour Tautre, de donner la raison de cette efficacité contre les fièvres de marais. Il faudrait, pour cela, avoir sur la nature de ces fièvres, sur leur physiologie, des connaissances plus complètes que celles que nous possédons. Nous savons qu'elles sont le fait d'un empoisonnement particulier donnant périodiquement lieu à des accès dont chacun peut être considéré comme une attaque de nerfs vaso-motrice : excitation d'abord de la contractilité des petits vaisseaux, puis relâchement vasculaire réactionnel par fatigue du plan musculaire. Mais est-ce là une interprétation qui suffise à satisfaise l'esprit? Evidemment non. Quelle est la nature de ce miasme dont la provenance seule nous est connue? Comment s'exerce son action sur le vaso-moteur? Pourquoi la périodicité des accès ? Tels sont quelques-uns des problèmes

nombreux encore et difficiles dont la question des fièvres intermittentes attend la solution. Comment, en cet état de cause, expliquer le rôle curatif de la quinine et de la caféine ? A quel élément de la maladie s'adressent ces deux alcaloïdes ? Peu disposé à croire que ce soit à la, périodicité^ être abstrait, immatériel, sur lequel je ne saurais comprendre que l'action d'un agent thérapeutique pût s'exercer directement, je ne peux, on le conçoit, dire si c'est en altérant le miasme lui-même qu'agissent ces deux médicaments, ou si, sans effet direct sur lui, ils se bornent soit à modifier les aptitudes de l'organisme à en subir l'influence, soit à combattre, à enrayer les troubles qu'il produit dans l'économie.

Choléra. — Le choléra, dit M. Bordier dans un mémoire ^ur l'épidémie de 1866, observée à l'hôpital Beaujon (1), présente trois phases principales : 1** spoliation par des voies variables ; Z* galvanisation des filets vaso-moteurs du grand sympathique ; S"* relâchement consécutif du vaso-moteur. C'est dans cette dernière phase qui correspond à la période dite « de réaction typhoïde ou d'asphyxie chaude, » par Trousseau, et que compliquent souvent des congestions locales (cerveau, poumon, etc.), que le café a rendu d'incontestables services. Trousseau, Réveil, MM. Gueneau de Mussy et Gubler, ont constaté ses bons effets en pareil cas, et dans Tarticle que je viens de citer, M. Bordier rapporte l'observation d'un cholérique dont l'état était assez grave pour produire la paralysie des ailes du nez, et qui cependant, guérit par l'usage du café. C'est évidemment dans son action sur la contractilité vasculaire qu'il faut voir la raison de ces résultats favorables.

Scorbut. — Larrey employait le café dans le traitement du scorbut, il parait qu'on s'en sert souvent en Angleterre comme

(1) Archives générales de médecine, février 1867.

moyen prophylactique de cette maladie. En songeant que le scorbut est une des maladies qu'engendre cet état si bien nommé par le professeur Bouchardat « misère physiologiqxie^ » état qui se résume dans un excès des dépenses sur les recettes de l'économie, on comprend en effet que le café qui ralentit la dénutrition, qui diminue la déj^ense , puisse contribuer à rétablir l'équilibre et à préserver de cette maladie.

Scrofule. — Si, comme le prétend le D' Mettre, le café peut jouer un rôle dans la prophylaxie de la scrofule, ce que je n'ai pas été à même de vérifier, c'est sans doute au même titre.

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