CHAPITRE V
Observations d'hybridité cancéro-syphilitique des autres régions, (anus, rectum, foie, vesssie, etc.).
Observation LVI (résumée).
Syphilis antérieure. Rétrécissement cancéreux double du rectum. Ablation de la masse inférieure. Obstruction intestinale. Mort. (Marchand. De l'extirpation du rectum. Th. agrég., 1875.)
Homme de 55 ans, de constitution nerveuse, a joui d'une bonne santé jusqu'en 1851, époque à laquelle il contracte la syphilis. Accidents secondaires bénins.
Depuis un an selles difficiles, sans douleurs tout d'abord. De jour en jour la difficulté de la défécation augmente et ne cède qu'aux laxatifs; bientôt selles sanguinolentes, douloureuses ; en dehors des selles, pas de douleurs.
Aucun phénomène d'obstruction intestinale.
Amaigrissement depuis quatre mois. Par l'anus, écoulement séro-purulent assez abondant.
Aucune lésion, aucune déformation anale. Malgré une 1res vive douleur le doigt franchit l'anus avec facilité et pénètre dans l'extrémité inférieure du rectum qui paraît avoir conservé ses dimensions normales, mais dont les parois sont complètement indurées, de sorte que cet intestin se trouve transformé en un tube rigide dans lequel le doigt ne peut sentir aucune bosselure, aucun noyau faisant une saillie quelconque vers l'intestin ou en dehors de ses parois. La muqueuse a conservé son intégrité. Pas d'inégalités, pas d'ulcération ; à la partie supérieure de cette portion indurée de l'intestin, à 5 ou 6 centimètres de l'anus, le doigt arrive sur un rétrécissement circulaire, où la
dernière phalange se trouve serrée, et qui paraît bien limité par en haut.
État générnl assez bien conservé.
Ablation faite par M. Labbé. Pendant quinze jours aucun accident; puis, signes d'obstruction intestinale, qui amènent la mort en quelques jours.
L'autopsie montre, au-dessus du point sectionné, le rectum rétréci circulairement par une infiltration squirrheuse de ses parois; tout autour masse néoplasique adhérente aux tissus voisins.
Ce cas présente cet intérêt que la section avait bien porté sur du tissu sain, mais qu'il existait une double production pathologique, séparée par un intervalle limité où l'intestin était resté intact.
Observation LVII (résumée).
Syphilis antérieure. Chute du rectum. Dégénérescence cancéreuse Opération. Mort cinq jours après. (Par Vernois. Journal de médecine et de chirurgie, t. XI, p. 525, 1833.)
F... Poy, 49 ans, de constitution assez forte. A 21 ans, blennorrhagie urétro- vaginale, accompagnée de chancres aux lèvres génitales et de végétations à la marge de l'anus. M. Gullerier institue le traitement à la liqueur de van Swieten et-à l'onguent napolitain.
A 26 ans, sans coït anormal, végétations et larges ulcénitions au pourtour de Tanus; traitement des ulcérations par le fer rouge et des végétations par l'excision plusieurs fois répétée. Fiïi'tule anale consécutive. La malade quitte l'hôpital, malgré la persistance de chancres (?) autour de l'anus.
Pendant dix-huit ans, paa d'autre accident que plusieurs hémorrhagies par l'anus et de la gêne au moment des garderobes.
A 44 ans, ménopause et, pendant quatre ans, douleurs anales, élancements du rectum, pertes sanguines par l'anus.
A 48 ans, chute du rectum. L'année suivante (1833), elle rentre de nouveau au Midi. On constate :
Affaiblissement très grand. Selles liquides, fréquentes, involontaires.
A la région anale, lumeur de trois pouces de long sur 2 1/2 de diamètre. De couleur rouge brun, fongueuse en quelques endroits, elle a la consistance du tissu fibreux ou du cartilage. Douloureuse au toucher, saignant facilement ; elle est recouverte d'un mucus sanieux et de matières fécales.
A son sommet, incliné à gauche, est un oritice étroit, formé par les deux bords de l'intestin renversé, par où s'échappent les excréments. Au-dessus muqueuse rectale normale.
En résumé l'aspect de cette dernière altération du rectum, quoique évidemment vénérienne dans le principe, avait totalement changé et une véritable dégénérescence cancéreuse lui avait succédé.
Pendant dix-sept jours, traitement au proto-iodure sans résultat. Opération. Péritonite. Mort.
Observation LVIII (résumée).
Carcinome de l'estomac et du foie chez une femme en puissance de diathèses syphilitique et tuberculeuse. (Par Béhier, Moniteur de médecine, de chirurgie et de thérapeutique de Ménière, 1876.)
B... Caroline, 49 ans. Syphilis il y a 25 ans; traitement énergique à plusieurs reprises pour accidents secondaires, plaques muqueuses buccales, anales, etc.
En 1871, paralysie du voile du palais, traitée et guérie par M. Bail avec l'iodure de potassium.
Depuis 4 mois (octobre 1875) vomissements noirâtres, douleurs épigastriques ; amaigrissement graduel : mort le 27 novembre.
L'autopsie montre les dégénérescences tuberculeuses dans les poumons et cancéreuses dans l'estomac et dans le foie.
Observation LIX (résumée).
Syphilis antérieure. Cancer du foie.
(Noël. De l'hybridité morbide. Th. de Paris, 1878, obs. X.)
ChfiViilier, 36 ans ; jeunesse riche en excès de tous genres : chaudepisse, chancre, bubons. Ne sait pas s'il a pris du mercure à l'intérieur; a fait usage de l'onguent napolitain à l'extérieur.
Mort à la suite d'une gangrène pulmonaire. L'autopsie montre un cancer squirrheux dans le lobe gauche du l'oie.
Observation LX (résumée).
Cancer de l'estomac. Syphilis tertiaire du foie. Tuberculose pulmonaire. (Th. de Mazaud, 1877. Des nodosités sous-cutanées dans le cancer viscéral, Bul. de la Soc. anat., mai 1876.)
L... Antoine, 43 ans, a contracté en 1848 un chancre infectant, suivi de roséole et d'autres accidents secondaires. Traitemenl mercuriel. Sept ans après, nouvelle éruption, guérie par le môme traitement.
A partir de 1866, étourdissements et céphalalgie de temps en temps pendant quelques années.
En 1871, hémoptysies et apparition des signes de tuberculose pulmonaire.
Etat actuel. — Grande pâleur, faiblesse, amaigrissement.
27 avril 1876. — Volume considérable du ventre ; œdème des membres inférieurs; palpation abdominale douloureuse; foiL; petit.
Signes de tuberculose pulmonaire au deuxième degré. Au niveau du cartilage de la septième côte, tumeur, du volume d'une amande, indolore, glissant librement sous la peau. Autre tumeur analogue à l'angle postérieur de la dixième côLe.
5 mai. — Augmentation du volume du ventre. Dyspnée, ponction : 4 litres de sérosité rougeâtre. On sent au-dessus de l'ombilic un empâtement profond, une tumeur mal limitée, dure et douloureuse.
Autopsie le 17 mai.
Tubercules et cavernes pulmonaires.
Noyaux cancéreux disséminés du péritoine. Cancer de la peliti^ courbure de l'estomac . Foie syphilitique (examen fait par M. Rendu). Les nodosités carcinomateuses siègent dans les muscles.
Observation LXI (résumée),
S^'philis antérieure ignorée. Symptômes de caverne pulmonaire. Cancer du foie. Tuméfaction de la rate. Ascite. Ponction. Mort. (Frerichs. Traité des mal. du foie, 2^ éd., p. 659.)
Charlotte Pest, 59 ans; se plaint de toux, d'oppression et depuis quelques senaaines de douleurs dans l'abdomen, qui a augmenté de volume.
Les poumons sont emphysémateux; la plèvre gauche renferme un épancheraent et à droite on constate les signes d'une caverne pulmonaire.
Le foie douloureux est augmenté de volume, de même que la rate. Léger épanchement ascitique qui, en quelques jours, s'accroît, nécessite une ponction et permet de sentir sur le foie induré de grosses bosselures douloureuses, de nature probablement cancéreuse.
A l'autopsie on note, outre de la dilatation bronchique sans tubercules, un épanchement dans la plèvre et dans le péritoine. La rate est tuméliée.
Le foie est diminué do volume; mais on trouve à la surface du lobe gauche des saillies uniformément développées et ayant le volume d'un pois; la séreuse est opaque, le parenchyme compacte, bien granulé.
Le lobe droit présente des dépressions profondes et un nombre égal de bosselures la plupart blanchâtres ; son bord est tranchant et supporte une tumeur grosse au moins comme une noix ; la face concave offre une tumeur semblable.
A la coupe, le parenchyme est blanc, extrêmement compacte, présentant la résistance du tissu tibreux à l'instrument tranchant; on ne trouve plus que dans un petit nombre de points du parenchyme hépatique granulé. Le tissu blanchâtre représente un réseau formé de cordons d'un blanc jaunâtre, qui ne sont que tdu tissu conjonctif très dense entremêlé de quelques noyaux canicéreux . A la coupe la substance cancéreuse est d'un blanc griisâtre, homogène, offre une faible résistance et fournit beaucoup • de suc laiteux.
Le voile du palais présente deux cicatrices blanchâtres. Ozenne. a
Ce cas, dit l'auteur, est remarquable en ce qu'il représente le développement du cancer dans un foie atteint d'induration consécutiveà une inflammation [syphilitique.
Observation LXII (résumée).
Syphilis antérieure. Cancer encéphaloïde des ganglions bronchiques, des poumons, du cœur et du foie. (Service du D"" Battharst Woodman, London Hospital. The med Times «nd Garette. London, 15 avril 1876, t. l.)
Elisabeth B... 45 ans, entrée à l'hôpital le 13 septembre 1875. Pas d'antécédents héréditaires. Parmi les maladies antérieures qu'elle accuse, on note une éruption cutanée, des ulcérations dans la gorge, la porte des cheveux, accidents qui, ajoutés à quelques cicatrices au-devant du coude droit, font admettre une syphilis antérieure.
La malade entre une première fois (octobre 1875) à l'hôpital, pour des douleurs siégeant dans le côté gauche du thorax et dans le bras ; signes stéthoscopiques d'induration à la région sousclavière gauche. Expectoration d'un peu de sang. Au niveau de la septième vertèbre cervicale, tumeur dure, comme osseuse, audessus du bord supérieur du trapèze.
Après quelques jours de traitement, B... quitte l'hôpital et y rentre, plongée dans l'émaciation, en mars 1876.
On constate sous la clavicule gauche, outre une très grande sensibilité à la pression, des glandes du volume d'une mandarine et les signes d'une tumeur occupant le poumon gauche. Dans les crachats, leucocytes sans cellules cancéreuses ; pas de sang.
Morte d'asthénie.
L'uutopsie, faite par le D' Sutton, révèle la présence de noyaux cancéreux dans les ganglions sous-claviculaires, dans les ganglions bronchiques, les poumons, le cœur et le foie.
Observation LXIIl (résumée).
Syphilis antérieure. Cancer primitif de la vessie. (Par le D'' G.-L. Peabodj. (The med. Record, New- York, 1882, t. II, p. 612, et New-York pathological Society, 25 oct. 1882.)
M. H..., 58 ans, Suédois, entre à New-York Hospital, le 16 septembre 1882. Syphilis avouée. Pas de blennorriiagie. II y a trente cinq ans, il Fut ;itLeint d'une manière analogue. Mais traité à l'hôpital, il en sortit dans un état de santé satisfaisant.
Il y a dix mois, miction difficile et fréquente : Urine très colorée, qu'il dit avoir été chargée de sang. Après quelques alternatives de mieux et de pire, la miction devient plus difficile et au moment de l'entrée, l'urine présente la réaction acide, de l'albumine et du pus.
27 septembre. Lavages à l'acide borique très douloureux. L'urine qui séjourne dans la vessie est très fétide, chagée de mucus, de pus et d'épithélium desquamé, fortement ammoniacale.
Le 30. Aggravation des symptômes : forte hémorrhagie pulmonaire. Mort le 1«' octobre.
Autopsie, — (Huit heures après la mort.) On trouve dans la vessie un épilhélioma, se présentant sous la forme d'une masse charnue, fortement attachée à la muqueuse, située en arrière du trigone et obstruant l'uretère gauche .
Observation XLIV (résumée).
Syphilis antérieure. Epithélioma du cou. (Par le Ripley. The med. Record, 1881, p. 691, et Compte rendu New-York pathological Society, 9 nov. 1881.)
J. S..., 73 ans, entré à Gharity-Hospital, Bonne santé, sauf une syphilis qui paraît guérie. Habitudes alcooliques. Varioloïde il y a 12 ans ; à la suite de celle-ci apparition d'un petit bouton indolent, au côté gauche delà région occipitale, à peine élevé, dur au toucher, donnant à la pression un liquide aqueux : cinq ans après ce bouton mesurait 1 cm, 7 (1/2 pouce de diamètre); puis depuis trois ans, il a augmenté plus rapidement, en même temps que son sommet s'ulcérait depuis deux mois.
A l'admission luraeur de 5. centiinèLfcs (2 pouces) d(i diamètre, s'élevant abruptement de la peau environnante. Pas d'adhérences ; surJ'ace partiellement ulcérée ; écoulement inodore, sérosanguinolent. La partie non ulcérée est lisse eL brillante ; un peu d'induration ; pasde douleurs ; pasde réaction inflammatoire des tissus voisins; bon aspect du malade ; emphysème pulmonaire.
L'examen hislologique, lait par le D' Ripley, montre qu'il s'agit d'un carcinome épithélial.
Ablation de la tumeur. Guérison.
Observation LXV (résumée).
Papillome syphilitique, d'apparence cancéreuse, couvrant tout le périnée et s'étendant jusqu'aux pubis. (Georges CoweU. F. R. C. S. The Lancet, 1881, t. II.)
Charles H.,., 39 ans, nncien soldat. En 1870, il remarqua une grosseur au côté droit de l'anus, qui augmenl:i graduellement et se creva deux à trois mois après. L'ulcération persista et fut excisée par le chirurgien, qui le soigna. La guérison survint, mais, quelque temps après, cette ulcération réapparaissait et s'agrandissait ; à plusieurs reprises elle fut cautérisée avec l'acide nitrique et la potasse. En 1874, il entrait à l'hôpital pour un rétrécissement considérable de l'ouverture anale, empêchant l'émission des matières fécales solides : son traitement consista en une incision cruciale et l'introduction de bougies.
Etat actuel. — Pâleur des téguments ; apparence de cachexie. Une large surface ulcérée et élevée s'étend sur une base indurée et entoure l'anus, enveloppant tout le périnée et une portion des deux fesses. En arrière elle dépasse le sommet du coccyx ; en avant elle va jusqu'à la base du scrotum; une bande élevée et étroite, de même caractère s'étend en avant de chaque côté entre le scrotum et les cuisses; elles se rencontrent au devant du pubis. Une ligne de semblable ulcération, à concavité tournée vers l'ombilic, s'étend en demi-cercle parallèlement au ligament de Poupart : ainsi l'ulcération entoure complètement les bourse? et la racine de la verge, la plus grande partie étant en arrière du scrotum et entourant l'anus.
La surface ulcérée est exactement symétrique, les granulations
de la tumeur sont pûlus cl irrégulièivs ; elle donne peu de suppuration.
Après avoir rejeté le papillome simpleetle lupus, le D''Cowell discute ainsi le diagnostic de la syphilis et du cancer : A la faveurde celui-ci, nousavons l'apparence cachectique du malade, la couleur grise, sale, l'irrégularité des granulations, le caractère envahissant de l'ulcération avec absence persistante de tendance à la réparation et enfin l'absence d'antécédents syphilitiques. Contre iui : L'absence d'antécédents héréditaires, de complications glandulaires, l'âge du malade et ce fait que son aspect cachectique peut être expliqué par le séjour aux pays chauds et par la suppuration prolongée de la surface périnéale.
Malgré l'absence d'antécédents syphilitiques, M. Gowell institue le traitement mixte, et la guérison survient.
Observation LXVI (résumée).
Gomme de l'aine droite prise pour un carcinome. Extirpation incomplète. Pyohémie. Mort. (Langenbeck. Ueber Gummigeschwùlste, granulome, syphilome, etc., 1881.)
Femme de 42 ans, bien portante; nie toute syphilis; chute des cheveux il y a quatre ans.
En juin 1879, la malade remarque une tumeur indolore, de la grosseur d'un haricot, dans l'aine droite.
En septembre, douleurs intenses, cuisantes, à la lace interne de la cuisse, dont les mouvements sont gênés et douloureux.
En novembre, on constate : tumeur arrondie, grosse comme le poing, se prolongeant au-dessous de l'arcade crurale, inégale et immobile, de sorte qu'il est probable qu'elle adhère au paquet vasculo-nerveux crural.
Diagnostic : carcinome ou sarcome.
24 novembre. Extirpation incomplète, parce qu'il aurait fallu intéresser les vaisseaux fémoraux.
Mort de pyohémie le 18 décembre.
L'examen histologique fait par Virchow prouve que c'était une gomme.
Observation LXVII (résumée).
Gomme de la partie latérale du cou prise pour un carcinome. Extirpation avec les veines jugulaires communes. Guérison. (Langenbeck. Ueber Gummigeschwûlste, granulome, syphilome, etc. ,1881.)
Femme de 53 ans, issue d'un père mort de cancer de l'estomac. Nie tout accident syphilitique.
Tumeur sur la purLie droite du cou, au niveau du cricoïde, dure, grosse coaime un œuf de poule, adhérente aux parties profondes. Rougeur de la peau. Douleurs spontanées nulles, provoquées par la pression. Pas d'engorgement ganglionnaire.
Diagnostic : carcinome.
Extirpation. — Examen do la tumeur : couleur gris jaunâtre, pauvre en vaisseaux. Pas de suc à la coupe. Rien ne permettait de distinguer le f^yphilome et le sarcome; on crut à un carcinome.
Deux ans plus tard, la malade fut revue : langue gonflée; ulcérations sur le dos de l'organe et le voile du palais; perforation.
L'année suivante, tumeur indolore sur la joue gauche, un peu rougeâtre, qui se transforma en un ulcère rongeant et qui guérit sans traitement médical.