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LÉSIONS DES NERFS

Les nerfs peuvent être comprimés de différentes manières dans les cas de cancer secondaire de la colonne vertébrale; en outre, la compression s'exerce sur eux exclusivement, ou bien moelle et nerfs tout est comprimé, comme dans l'observation précédente.

L'histoire de la compression des nerfs est à faire. Ce n'est pas qu'on ne connaisse les lésions qui surviennent parfois dans ces cas; mais les causes qui peuvent les produire sont si obscures, les conditions dans lesquelles on les observe si diverses, que personne jusqu'à ce jour n'a song^é à réunir les frag'ments épars se rapportant à cette question intéressante.

Dans les comptes-rendus des séances et mémoires de la société de biolog'ie pour l'année 1863, nous trouvons une note de MM. Ghareot et Cotard, sur un cas de zona du cou avec altération des nerfs du

plexus cervical et des g'ang'lions correspondants des racines spinales postérieures ; en outre, une observation de M. Gotard^ relative à la compression des nerfs par suite de cancer g^énéralisé à la colonne vertébrale.

Tels sont, à notre connaissance, les seuls documents ayant directement trait au sujet qui nous occupe.

D'après ce qu'il nous a été donné d'observer, la compression sur les nerfs peut conduire à deux résultats différents : tantôt, on trouve une altération g'ranulo-g'raisseuse, phénomène assez rare ; tantôt, on observe une névrite. C'est le cas le plus fréquent.

L'altération g'ranulo-g'raisseuse est caractérisée par des modifications analog*ues à celles que nous avons sig*nalées pour la moelle, avec cette différence qu'ici le processus marche avec beaucoup plus de lenteur, ce qui tient sans doute à des conditions de structure, comme M. Bouchard [loc. cit..) a essayé de le faire ressortir. Le tissu blanc de la moelle paraît beaucoup plus délicat que celui des nerfs ; de plus, dans les nerfs chaque cylindre de myéline est contenu dans une enveloppe propre, solide et résistante, qui manque aux tubes des centres nerveux ; et une compression qui, appliquée sur un nerf pourrait passer inaperçue et serait, en tout cas, incapable d'altérer sa structure, suffit pour amener dans la moelle une dég-énération secondaire. A l'œil nu, il est rare de trouver deschang-ements

de forme ou de couleur. Au microscope, on observe durant la première période une fissuration et une seg^mentation de la myéline; exceptionnellement, les g-ranulations moléculaires g-raisseuses qui en résultent abandonnent l'étui que leur forme le névrilème flétri et revenu sur lui-même. A une période plus avancée, on observe en outre une prolifération nucléaire interfasciculaire, qui sera d'autant plus abondante que la compression sera plus ancienne. Dans un cas, M. Gharcot nous a dit n'avoir plus retrouvé trace de tubes nerveux.

C'est particulièrement à la suite de tumeurs comprimant les nerfs de la queue de cheval, qu'on peut rencontrer ces altérations ; et, ce qui est beaucoup plus dig-ne d'attention, c'est qu'elles coïncident parfois soit avec une dég'énération secondaire ascendante des cordons postérieurs de la moelle, soit avec une dég'énération secondaire descendante des tubes moteurs des nerfs périphériques. Dans l'observation XI, ces deux particularités remarquables existent à la fois. La coùipression portait sur les racines postérieures de la queue de cheval jusque dans les trous de conjug^aison.

L'observation suivante, tirée du mémoire de M. Cornil [Du cancer et de ses caractères anatomiques^ 1866);, est un second exemple de ce g-enre. Et, si la dég'énération ascendante de la moelle n'a pas été notée, certainement c'est qu'àl'époqueoii l'examen a été fait, on ne savait ni rechercher ni apprécier à leur juste valeur les lésions qui caractérisent les dég-énérations secondaires de cet org^ane.

Obs. XI. — Hématurie et signes d'un cancer du rein. — Cachexie. Paralysie avec abolition des mouvements réflexes.

Autopsie : Carcinome télangiectode du rein gauche, des ganglions lymphatiques du mésentère et de la région sus-claviculairo gauche, des vaisseaux lymphatiques du poumon gauche, du corps des dernières vertèbres lombaires et de la dure-mère. — Compression des nerfs de la queue-de-cheval. — Atrophie des nerfs sciatiques. — Dégénérescence granulo-graisseuse des muscles des extrémités inférieures.'

((Crochet (Joséphine), âg'ée de trente -trois ans, couchée au n^ 27 de la salle Sainte-Mathilde (Lariboisière^ service de M. Hérard).

((Née de parents actuellement vivants et bien portants, cette femme a eu deux enfants : l'un est mort à quatre ans d'une ang*ine, et l'autre jouit d'une bonne santé. Jusqu'à sa dernière couche, qui eut lieu en 1852, elle n'a jamais été malade; neuf mois après cette couche, elle eut dans le ventre des douleurs qui durèrent environ un mois, puis disparurent. Il lui survint, il y a environ onze ans, des hémorrhoïdes qui se sont supprimées spontanément il y a deux ans. C'est au mois de juin 1863 que la malade fait remonter sa maladie actuelle. Elle éprouva à ce moment un gTand affaiblissement, qu'elle rapporta d'abord à la fatig-ue que lui causait son travail, et quitta Paris au mois de juillet pour aller dans son pays, oli elle resta jusqu'en octobre 1863. Pendant tout le temps, elle fut tourmentée par une douleur siég"eant dans la rég^ion lombaire g'auche,avec sensation de tirailleuient et irradiation vers la cuisse et le g'enou du même côté.

«Au mois d'oclobrel8C)3,lci makidc revint de son pays plus faible qu'elle n'était à son départ. Quarante-cinq jours après son retour, elle éprouvait de la difficulté à uriner et^ en reg*ardant ses urines, elle y vit quelques caillots sang'uins. Ces accidents se reproduisirent les jours suivants, accompagMiant les douleurs lombaires indiquées plus haut et qui persistaient.

«Le 8 novembre, il y eut une rétention absolue d'urine et l'on dut pratiquer deux fois le cathétérisme. Outre les caillots qu'elles contenaient fréquemment, les urines présentaient toujours une coloration très-roug-e.

i^^ Entrée à r hôpital le 2i décembre 1863. — La malade est gTande, pâle, amaign^ie. La peau a une coloration jaune. Les règ-les n'ont pas été supprimées, mais elles sont moins abondantes depuis que les urines sont devenues roug"es. Quoique la malade g^arde constamment le lit, l'appétit est assez bien conservé; les dig-estions sont faciles habituellement; quelquefois seulement la malade se plaint de coliques et de constipation. Les douleurs indiquées plus haut tourmentent incessamment la malade. Elles sont localisées dans le flanc et l'hypochondre g-auches, et s'irradient dans le membre inférieur du même côté. Elles sont continuelles.

«A la palpation de l'abdomen, on sent le bord du rein g^auche qui est le siég'e de la douleur ; celleci se prolong-e vers le bas-ventre en suivant le trajet de l'uretère. La malade dit ressentir dans

les points correspondants de la partie postérieure du tronc, une douleur semblable. Ordinairement sourde et obtuse, cette douleur devient parfois fulg*urante, surtout au moment de la miction. Les jambes n'ont jamais été enflées. La respiration est par moments un peu g-ênée.

« La malade porte depuis deux ans, dans l'une des rég'ions sus-claviculaires, une tumeur de la grosseur du poings dure, élastique, un peu mamelonnée, indolente, et sur laquelle la peau se déplace aisément.

« Les wines sont troubles, fortement coag^uîées par l'acide nitrique et la chaleur. Lorsqu'on les laisse reposer, le tiers inférieur du verre est rempli par un liquide opaque, muco-purulent, contenant des g'iobules de pus, des corpuscules muqueux, des cellules épithéliales pavimenteuses et quelques corpuscules sanguins. A la surface de ce dépôt, c'està-dire à l'union du tiers inférieur avec les deux tiers supérieurs de la hauteur du liquide, se trouve une mince couche de sang\ L'examen des urines a été plusieurs fois répété sans qu'on y ait jamais trouvé de tubes ou cylindres hyalins.

« La malade sort de l'hôpital.

«Pendant le temps qu'elle passa chez-elle, elle maigrit et s'affaiblit rapidement. Elle éprouva dans les genoux des douleurs pour lesquelles on appliqua des vésicatoires sur les g^enoux mêmes. Elle eut ses règles vers le 6 mars. Elles durèrent environ quatre jours et furent suivies de fourmillements et de douleurs vives et profondes dans les jambes.

« Rentrée damlamUe Sainte-M(il1dldeJ.e 25 7iiarH\ 86 i . — La malade prcsenlc une maigreur I^caucoup plus considérable qu'à l'époque de son précédent séjour. Cette maigreur, et probablement aussi l'extension qu'a prise cette tumeur, permettent de sentir celleci, énorme, lobulée, arrivant jusqu'à l'ombilic, et remplissant toute la partie g^auche de l'abdomen.

«Les jambes sont paralysées complètement du mouvement : la sensibilité est aussi presque entièrement abolie ; la malade sent à peine un fort pincement. L'état des urines est le même que celui indiqué précédemment.

«1"" avril. — La sensibilité de la jambe g^auche est complètement abolie aussi. Celle du membre inférieur droit l'est presque complètement. De ce côté, pourtant, la malade sent encore quand on la pince fortement, mais cette sensation n'est perçue que tardivement.

«4 avril. — En explorant par l'électricité, à l'aide de l'appareil à induction, les muscles des membres inférieurs, on obtient des contractions assez fortes (quoique moins qu'à l'état normal) des muscles du côté droit. A g-auche, quoique l'électrisation produise quelque douleur, on ne peut obtenir aucun mouvement.

« On ne provoque aux deux extrémités inférieures de mouvements réflexes^ ni par le pincement^ ni par le chatouillement^ ni par la pression.

«Mort le 8 avril 1864.

« Autopsie faite /e 18 avril. ^-he crâne et le cerveau ne présentent rien de particulier.

— so —

«La moelle est de consistance normale dans toute son étendue, au moins à l'œil nu. Immédiatement au-dessous de son extrémité inférieure, les nerfs de la queue de cheval sont comprimés par une tumeur vasculaire et riche en suc laiteux^ de la grosseur d'une noix, qui soulève la dure-mère, et qui est attenante d'une part à la face externe de ]a dure-mère, et d'autre part au périoste du corps des vertèbres.

« Les nerfs de la queue-de-cheval à ce niveau ont leur apparence normale.

« Le nerf sciatique du côtég-auche, enlevé, est visiblement plus petit et plus mou qu'un nerf sciatique normal. Examiné au microscope, il présente des tubes larg'es tout à fait normaux et des tubes minces en g-rand nombre. Ceux-ci sont parfois renflés de distance en distance, comme les fibres du cerveau. Ils ont partout un double contour ; quelques gTanulations gTaisseuses se rencontrent çà et là, mais elles sont fort rares. Il n'y a pas de cong^estion.

«Les muscles de la jambe g'auche offrent une coloration roug'câtre tirant sur la teinte feuillemorte; ils sont mous. Ils sont étudiés comparativement avec ceux de l'avant- bras du même côté; tandis que ces derniers montrent une structure bien normale et seulement des gTanulations extrêmement fines, transparentes et incolores, les muscles delà jambe présentent des gTanulations gTaisseuses en g'rand nombre, jaunes, réfring-entes, et dissoutes par l'éther. Ces g'ranulations sont un peu pâlies par la soude, mais non par l'acide acétique. Les noyaux sont plus g'ros et plus nombreux que dans

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