V DES LÉSIONS DE LA MOELLE
Lorsque la moelle est comprimée par le fait du cancer g-énéralisé de la colonne vertébrale, il se produit non-seulement des altérations au point comprimé, mais encore des dég-énérations secondaires absolument comme à la suite des autres tumeurs liquides ou solides occupant le canal rachidien, des fractures de la colonne et du mal de Pott.
Par conséquent, les lois de ces mêmes dég'énérations secondaires, les lésions qui les caractérisent, les symptômes par lesquels elles se manifestent nous paraissent parfaitement applicables au cas qui nous occupe.
La question des dég'énérations secondaires de la moelle n'avait pas même été entrevue avant 1851 ; elle date seulement des travaux de L. Turcksur les altérations secondaires de la moelle.
En France, si les dég'énérations secondaires, à la suite des lésions de l'encéphale, avaient déjà été étudiées, elle n'ont été décrites qu'aune époque beaucoup plus récente comme compliquant les lésions de la moelle elle-même. C'est en 1863, ({ue M. Charcot a vu pour la première fois les dég'énérations
ascendantes et descendantes de la moelle dans un cas de compression de cet org^ane par un mal de Pott.
L'observation en a été communiquée par M. Cornil à la Société médicale d'observation.
A la même époque, Leyden observait un cas semblable, et depuis plusieurs observations analog-ues ont été recueillies à la Salpêtrière par M. Charcot et par M. Vulpian. Ces faits, joints à d'autres cas recueillis à l'hôpital Sainte-Eug'énie et à un cas observé par M. Gornil à l'hôpital Lariboisière, ont été analysés dans le travail récent de M. Gh. Bouchard, sur les dég'énérations secondaires de la moelle épinière, auquel nous emprunterons la plupart des détails qui vont suivre.
Avant d'indiquer la nature et la siég^e des lésions qui surviennent dans la moelle, soit au-dessus soit au dessous du point comprimé, nous devons d'abord indiquer les altérations que subit le tissu médullaire dans la partie même où s'exerce la compression.
Ces lésions ne s'observent pas seulement dans la partie qui est immédiatement en rapport avec l'ag*ent comprimant.
Toutes les fois qu'une compression, quelque légère qu'elle soit, est capable de produire des dég-érations secondaires, toujours on constate des altérations de structure dans toute l'épaisseur du seg-ment de la moelle au niveau du point comprimé. C'est-àdire, que si la compression porte en avant, les cor-
dons antérieurs aussi bien (jue les cordons postérieurs seront altérés et réciproquement.
La portion de moelle comprimée est ^'énéralement exsang^ue. Nous publierons plus loin une observation où ce caractère est signialé. Ici, l'anémie paraît toute mécanique : peut-être tient-elle sous sa dépendance les altérations de nutrition que nous allons indiquer et qui offrent la plus g-rande analogue avec les lésions caractéristiques du ramollissement iscliémique. Indiquons auparavant ce que l'on constate à l'œil nu :
La moelle peut être déviée, déformée, plus ou moins aplatie. A la coupe, son tissu ne présente parfois aucune altération appréciable à l'œil nu; quelquefois cependant il est mou, faisant hernie au-dessus de la surface de section et se réduisant en une bouillie épaisse. Il présente alors une lég*ère coloration blanc jaunâtre. Mais, même dans ce cas, on retrouve encore la substance grise avec sa forme et sa situation normales.
L'examen microscopique révèle dans ce tissu l'existence d'un nombre prodig^ieux de g'ranulations moléculaires gTaisseuses libres et de corps gTanuleux. Les vaisseaux laissent voir une apparence athéromateuse quelquefois tellement prononcée qu'ils sont opaques et noirs sous le microscope.
Cette altération des A^aisseauxne doit pas être confondue avec l'athérome, elle peut arriver à ce deg-ré au bout de quelques jours seulement, et les g-ranulations moléculaires gTaisseuses, loin d'incruster la
suJDstance des parois vasculaires, sont, comme l'a indiqué M. Bouchard, déposées en dehors d'elle et plus particulièrement dans cet espace qu'on désig-ne aujourd'hui sous le nom de graine lymphatique des vaisseaux des centres nerveux; g*aîne que M. Robin avait décrite pour les vaisseaux de l'encéphale et dont M. His a démontré l'existence dans les vaisseaux de la moelle. Ces altérations s'observent ég-alement dans les cordons blancs et dans la substance g'rise. De plus, dans les cordons blancs, les tubes nerveux ont été détruits en g-rande partie ; cependant, si la compression n'a pas été très-considérable ni très-ancienne, on en retrouve un certain nombre avec les g'outtes de myéline. Quant aux cellules nerveuses de la substance g'rise, elles sont gT^néralementg^onflées, granuleuses, et l'accumulation des g'ranulations masque souvent leurs noyaux. Cette destruction des tubes nerveux qui s'observe dans un point limité de la moelle, interrompt la continuité des fibres nerveuses qui constituent les cordons blancs de ce centre et entraine une altération secondaire dans les parties non comprimées, absolument comme dans les cas de section des nerfs périphériques où, comme on le sait depuis les expériences de M. Waller, l'un des tronçons subit rapidement des transformations atrophiques. De même que pour les nerfs, l'altération atrophique de la moelle se fait constamment, pour chaque faisceau, dans un sens déterminé. Certains faisceaux dég'énèrent seulement au-dessus de la lésion pri-
mitivc, d'autres seulement au-dessous. Il y a donc des lésions ascendantes et des lésions descendantes. Particularité qui résulte de ce que certains cordons ont leurs cellules tropbiques à leur extrémité supérieure et d'autres à leur extrémité inférieure.
C'est surtout dans les cordons postérieurs qu'on observe les dég'énérations ascendantes; dans les parties les plus voisines du point comprimé, les cordons sont altérés dans toute leur épaisseur. Mais, à mesure qu'on se rapproche de l'encéphale, la dég'énération, en diminuant d'intensité, se limite aussi gTaduellement et abandonne les parties externes et antérieures de ces cordons pour se réduire à une surlace triang-ulaire de plus en plus petite, dont la base est postérieure et appliquée sur la méningée, dont le sommet, antérieur et situé sur le sillon postérieur, va en s'éloig-nant de plus en plus de la commissure gTise. De telle sorte que la dég^énération se termine en pointe vers le quatrième ventricule.
Les cordons antéro-latéraux restent sains audessus du point comprimé. Toutefois, lorsque cette lésion porte au-dessus du milieu de la rég*ion dorsale, elle amène la destruction de quelques fibres comprises dans la partie postérieure et externe du cordon latéral dont la dég^énération peut être suivie jusque dans les corps restiformes,
La partie de la moelle située au-dessous du point comprimé s'altère seulement dans les cordons antéro-latéraux.
On n'a jamais noté la dég'énération descendante dans les cordons postérieurs. La dég'énération descendante des cordons antéro-iatéraux ne peut être suivie qu'à une très-petite distance dans le cordon antérieur et dans la partie antérieure du cordon latéral ; mais elle est beaucoup plus intense et se poursuit jusqu'à l'extrémité inférieure du renflement lombaire dans la moitié postérieure du cordon latéral.
Il nous reste à décrire les phénomènes qu'on observe tant au microscope qu'à l'œil nu. Et d'abord, il y a deux périodes parfaitement distinctes. La première est caractérisée par la seg'mentation des tubes nerveux et la formation de gTanulations g-raisseuses qu'on retrouve plus tard sous la forme de corps g*ranuleux de Glug^e. En même temps les vaisseaux présentent à leur surface des traînées de granulations moléculaires g-raisseuses ou même une enveloppe complète, ce qui les rend opaques sous le microscope. C'est l'apparence athéromateuse. Cette période est donc essentiellement rég'ressive. La seconde, qui apparaît dans le cours du deuxième mois, est caractérisée par la formation d'un tissu conjonctif qui se substitue aux tubes nerveux détruits. Ceux qui persistent sont sains ou lég^èrement variqueux, une matière amorphe, en g^énéral peu abondante, molle et transparente^ les sépare ; elle •renferme des granulations graisseuses abondantes, quelques corps g-ranuleux et des noyaux du tissu conjonctif (myélocytes de Robin) d'autant plus nombreux que l'affection est plus ancienne.
Voyons [iiain tenant ce ([ue l'inspection directe permet de saisir : dépouillée ou non de ses enveloppes, la moelle ne présente pas de chang-ement de coloration. Mais, sur une section perpendiculaire à son axe, on peut, assez souvent, reconnaître que certaines portions des cordons blancs n'ont pas le même aspect que les parties saines. C'est tantôt une teinte d'un gTis jaunâtre, tantôt une coloration gTise g^élatineuse analog^ue à celle de la sclérose. Le premier aspect correspond à la période de dég^énération, le second à la période de prolifération conjonctive. Quand la moelle a séjourné deux ou trois semaines dans une solution d'acide chromique, la couleur jaune verdàtre de sa coupe présente sur les points dég^énérés une teinte moins foncée que sur les parties saines. En versant sur la surface de section quelques g'outtes d'une solution concentrée de carmin et en lavant avec un pinceau imbibé d'eau, les parties altérées, au bout d'une minute^ restent seules colorées en violet avec une teinte plus ou moins foncée, suivant quel ssu conjonctifde nouvelle formation est plus ou moins abondant. (Ce dernier mode d'investig'ation appartient en propre à M. Bouchard.)
L'observation suivante justifie à elle seule toutes les particularités qui précèdent.
Obs. IX. — Squirrhe ulcéré du sein. — Paraplégie douloureuse avec contracture.
Autopsie : Masses secondaires dans le foie et la colonne vertébrale (tumeur et abcès ossifluant dans le canal rachidien). — Compression de la moelle. — Dégénération secondaire ascendante et descendante de cet organe. — Altération des muscles fléchisseurs des membres inférieurs.
Joséphine Bayeux, âg-ée de 59 ans, entre, le 9 novembre 1865, dans la salle Sainte-Anne (service de M. Gharcot). Menstruation à 13 ans, toujours rég-ulière; pas d'enfant; ménopause à 50 ans.
11 y a six ans environ, à la suite d'un coup^ apparition d'une tumeur au niveau du sein droit. L'ulcération date d'un an.
Depuis quatre mois, douleurs lancinantes trèsvives, dont le début a été brusque. Elles affectaient à cette époque exclusivement les g'enoux et les cuisses. Cependant la malade était oblig'ée de quitter sa profession (marchande ambulante) et de rentrer chez elle. La marche fut encore possible pendant quelque temps avec un bâton.
Il y a deux mois, forcée de g'arder le lit, elle se fît transporter à l' Hôtel-Dieu.
Au bout de huit jours, les jambes commencèrent à se placer en flexion et des douleurs de reins apparurent.
Depuis trois semaines, douleurs en ceinture à la base de thorax.
Actuellement : les jambes sont fortement fléchies
sur les cuisses. Lorsqu'on veut pratiquer l'extension, on éproa\a^. une résistance assez eonsidorable, et la malade accuse des douleurs très-vives. Les cuisses sont elles-mêmes dans l'adduction et on ne peut les écarter.
Les mouvements spontanés sont très-limités. Le chatouillement de la plante des pieds réveille quelques contractions réflexes. La sensibilité est conservée. Il y a un certain deg-ré d'hyperalg^ésie; hyperesthésie par le froid très -prononcée au niveau de la face interne de la cuisse droite.
Des deux jambes, la g-auclie se serait fléchie la première.
Urines acides, claires, ne contenant pas d'albumine.
20 décembre. La malade est toujours couchée sur le côté droit; depuis quinze jours^ des eschares se sont montrées sur la face externe du pied droit et sur la face interne du pied g^auche.
L'hyperesthésie si prononcée qui existait à la face interne de la cuisse droite a complètement disparu. On observe au contraire en ce point un certain dég-ré d'anesthésie. Quand on la pince, en lui fermant les yeux, elle est indécise et indique presque toujours le côté droit.
Le 26. La malade reste conlinuellement dans le décubitus latéral droit; elle ne mang'e plus. Les eschares ont fait des progTès énormes.
10 janvier 1866. On remarque de nouvelles eschares au niveau des rég-ions trochantérienne et
scapulaire droites; les urines, rendues à l'aide de la sonde, sont troubles, à réaction acide, et contiennent un dépôt blanc floconneux qui paraît composé, au microscope, de leucocytes et de cellules épithéliaîes de la vessie. Essayées par l'acide nitrique et par la chaleur, il semble qu'elles se troublent davantag'e.
La mort arrive le 18 janvier 1866.
Le cadavre conserve encore, au moment de l'autopsie, la flexion et l'adduction, avec roideur, des membres inférieurs.
La tumeur du sein avait tous les caractères du squirrlie ulcéré. On remarquait dans l'aisselle correspondante une masse g'ang'lionnaire indurée.
Granulations secondaires disséminées à la surface du foie. Rien du côté des autres viscères. A l'ouverture du rachis, on trouve un épanchement à la partie postérieure de la moelle, depuis la septième cervicale jusqu'à la dixième dorsale.
On observe en outre l'existence d'une tumeur cancéreuse, implantée sur l'arc postérieur de la première dorsale et comprimant manifestement la moelle. La septième cervicale et première dorsale offrent sur leurs parties latérales des parties cariées paraissant avoir fourni le pus qui fusait d'une part dans le rachis, de l'autre vers les côtes correspondantes. Les premières et dixièmes dorsales aussi bien que la deuxième lombaire montraient de l'ostéite sur une coupe passant par leurs corps, dont la partie postérieure ne faisait pas saillie dans le canal rachidien.
En incisanl la dure-mère on no trouvait pas d'adhérences avec- l'araclmoïde ; mais, dans toute la portion de la moelle comprimée par l'épanchement purulent , c'est-à-dire dans presque toute la rég-ion dorsale, il y avait un aplatissement de la moelle avec anémie très-prononcée de ses membranes. Au niveau de la première dorsale^ dans le point où elle était comprimée par la tumeur cancéreuse, on remarcjuait une dépression encore plus accentuée. Depuis la septième cervicale jusqu'à l'extrémité inférieure du renflement lombaire, outre l'anémie on trouvait dans l'espace sous-arachnoïdien de petites plaques épaissies semblables à de l'exsudat. De plus, un nombre considérable de granulations blanchâtres, minces, adhérentes à l'arachnoïde.
La section de la moelle, au-dessous du bulbe, ne présente pas d'altération appréciable à l'œil nu. Au microscope, et sur de fines tranches, on voit dans les cordons postérieurs et dans la partie postérieure des cordons latéraux, un certain nombre de corps granuleux et une apparence athéromateuse des capillaires. En outre, la préparation est infiltrée d'un nombre considérable de g'ranulations g'raisseuses libres.
Au niveau du point le plus comprimé, l'œil ne reconnaît qu'une déformation (aplatissement d'arrière en avant), une diminution de volume sans modification appréciable de couleur. La consistance est d'ailleurs normale. En ce point, le microscope montrait une g"rande quantité de corps granuleux très-
volumineux, des granulations moléculaires graisseuses en abondance et une apparence athéromateuse des capillaires très-marquée. Les tubes nerveux persistants étaient sains ou lég-èrement variqueux.
Enfin, ces lésions étaient réparties à un degn^é ég^al dans les cordons postérieurs, latéraux et antérieurs.
Une coupe portant au-dessus du renflement lombaire, dans un point où la moelle n'est pas comprimée et où la dure-mère n'est pas en contact avec le pus, ne présente pas d'altération appréciable à l'œil nu. Au microscope et sur de fines tranches, on voit une intég-rité parfaite des cordons postérieurs ; dans les cordons latéraux, au contraire, on observe un nombre peu considérable de corps g'ranuleux, une matière amorphe finement g'ranuleuse, et au milieu d'elle des myélocytes et un nombre assez considérable de noyaux très-allong'és comparables aux noyaux ^mbryo-plastiques. Sur les cordons antérieurs on remarque à peine quelques corps g'ranuleux ; mais on trouve, en moins g'rande quantité il est vrai, des myélocytes et des noyaux allong-és interposés aux tubes nerveux.
Les muscles fléchisseurs des membres inférieurs paraissaientplusg'raisseuxquelesmusclesextenseurs qui d'ailleurs avaient une lég^ère teinte jaunâtre. Au microscope : Les premiers présentaient une absence complète de stries transversales à la lumière directe, à la lumière oblique des g-ranulations gn^ais-
seiises Irès-fînes résistant à l'acide acétique ; elles étaient très-nombreuses mais non réunies en amas; enQn, on trouvait aussi un g'rand nombre de noyaux. Les seconds étaient normaux. Nous possédons une autre observation très-probante, trop probante peut-être en ce qui concerne les lésions de la moelle. C'est un de ces cas oii, comme nous le disions plus haut, la g-énéralisation, sévissant avec une intensité inaccoutumée, a retenti sur tous les org"anes. De sorte que la compression porte à la fois sur la moelle et sur les nerfs, depuis les dernières vertèbres cervicales jusqu'au sacrum. Au point de vue théorique, ce fait n'a pas autant de valeur que le précédent. Des dég*énérations secondaires étant parfaitement établies, leurs lois bien connues, il conserve tout son intérêt. Aussi, cédons-nous au désir de le publier.
Obs. X. — Squirrhe à forme tuberculeuse non ulcéré du sein. — Paraplégie douloureuse.
Autopsie : Masses secondaires dans la colonne vertébrale et dans les muscles des gouttières. — Affaissement des corps vertébraux. — Compression de la moelle et des nerfs de la queue de cheval. — Altérations des muscles et des nerfs des membres inférieurs.
Marie Dieudonné, âg'ée de 42 ans, entre, le 3 juin 1862, dans le service de M. Baillarg-er (pavillon Esquirol).
Père mort d'une affection chronique de la poitrine. Mère morte à 42 ans. Elle était paralysée des membres inférieurs (la malade n'a pas pu dire si
elle était cancéreuse). Frères et sœurs bien portants. Admise à la Salpêtrière pour des hallucinations de l'ouïe, elle a vu, il y a deux ans environ, se développer au niveau du sein g-auche une tumeur qui s'est prolong'ée dans l'aisselle du même côté. Elle a vu anssi, il y a deux mois, survenir un g-onflement à la partie supérieure de la poitrine.
Depuis 4 ans, la station verticale prolong'ée est impossible. Ses jambes étaient faibles. Elle n'en continue pas moins sa profession de cuisinière, prenant un point d'appui sur les meubles ou s'asseyant. Au bout d'un an, apparition de douleurs lombaires qui s'irradient dans le bas-ventre et les membres inférieurs sons forme d'élancements, de piqûres, et dès lors la condamnent au lit. (La malade se souvient vers la même époque d'avoir, à différentes reprises, perdu ses urines ; phénomène qui ne se serait plus reproduit.)
Actuellement (janvier 1866) : La malade g*arde le décubitus dorsal ou latéral. Dans ce dernier cas, c'est plus volontiers sur le côté g'aucîie qu'elle se place, le décubitus latéral droit étant douloureux. Les jambes, amaigTies, sont dans l'extension. C'est à g'rand'peine qu'elle les remue. Il lui est impossible de les soulever.
La sensibilité est notablement diminuée des deux côtés, peut-être plus à g'auche. Le frôlement ou les pressions lég-ères sur les deux membres passent inaperçus. De même pour les piqûres et les pincements. Le chatouillement de la plante des pieds ne
provoque aucun mouvement rofloxo. Los sensations de froid et de chaud sont mal supportées à droite; à g^auche, elles ne semblent pas perçues. La température est la même des deux côtés. Douleurs lancinantes presque continues dans la partie postérieure du tronc depuis le cou jusqu'aux lombes, avec exacerbations la nuit, ce qui rend souvent le sommeil impossible. Les jambes sontég^alement douloureuses. Mais ici, les douleurs sont plus franchement intermittentes, elles revêtent la forme defom^millements, de coups de couteau, comme dit la malade; enfin, les moindres attouchements sur le ventre, sur le dos (particulièrement sur la lig^ne médiane), réveillent des douleurs qui ont le même caractère. Léguer empâtement à la rég-ion lombaire du côté droit.
Perte de l'appétit. Constipation opiniâtre. Miction rég^ulière. Les régules n'ont pas reparu depuis deux ans.
Dans le courant du mois de février^ la malade accuse des douleurs lancinantes dans les membres supérieurs, qu'elle peut encore mouvoir, mais avec peine. Les moindres pressions occasionnent des cris.
Vers la fin du mois de mars, la tête, le thorax sont le siég^e de douleurs semblables à celles qui existent dans les membres. L'appétit diminue de plus en plus. Vomissements fréquents malgTé la petite quantité d'aliments qu'elle prend (lait, vin). Aug-mentation de la faiblesse. Amaig'rissement considérable. Depuis quelques jours, la malade g^arde le décubitus dorsal.
Tripier.? 5
Elle remue encore les bras, mais la force musculaire est diminuée. L'hyperesthésie abdominale persiste. Les jambes sont flasques, immobiles et depuis long*temps insensibles. Lég'er œdème des malléoles.
Mort le 6 avril 1866.
(^Durant les derniers jours, les jambes étaient continuellement fléchies sur les cuisses et celles-ci sur le bassin pendant la journée ; le soir au contraire on les trouvait toujours dans l'extension. Du reste, pas de contracture bien évidente.)
Autopsie (trente-huit heures après la mort) :
Maigreur extrême. Membres supérieurs d'une roideur douteuse. Membres inférieurs d'une souplesse remarquable. La tête qui est fléchie sur la poitrine n'est redressée qu'avec effort. Les org-anes encéphaliques, aussi bien que leurs enveloppes, ne présentent rien de particulier.
Les tumeurs sternale et mammaire, ainsi que leurs prolong-ements axillaires, ne sont pas ulcérés.
La colonne vertébrale est déviée. Il existe une courbe à concavité latérale g-auche portant sur toute la rég-ion dorsale. Pas de déviation dans le sens antéro-postérieur.
La rég*ion lombo-sacrée est infiltrée de sérosité.
Les muscles des g-outtières ont perdu leur coloration ordinaire. On dirait qu'ils ont subi une macération prolong'ée. Dans la masse du long' dorsal g-auche, sur le prolong-ement de l'apophyse épineuse de la dixième dorsale, on voit une petite masse cancéreuse qui se continue avec une autre
masse de même nature, qu'on rencontre dans le corps de la vertèbre correspondante. La coupe antérieure des corps vertébraux qui se fait avec la plus grande facilité permet de constater qu'ils sont envahis et comme farcis de masses cancéreuses depuis la cinquième cervicale jusqu'au sacrum.
Le canal médullaire était rétréci dans différents points. Pas d'adhérence des méning-es.
1* Examen de la moelle. — Pas de déformation de cetorg-ane. Pas d'altération apparente des cordons ni des racines. Corps g-ranuleux dans les cordons postérieurs, rares à la rég'ion cervicale, d'autant plus nombreux qu'on se rapproche davantag'e de l'extrémité inférieure de la moelle. Ils sont trèsabondants dans le tenflement lombaire, et on trouve avec eux des granulations moléculaires graisseuses libres et une apparence athéromateuse des capillaires, ainsi que des noyaux de tissu conjonctif peu abondants.
Dans la partie postérieure des cordons latéraux on trouve depuis le liiilieu de la rég*ion dorsale jusqu'à la partie supérieure de la moelle, quelques corps g-ranuleux et une prolifération assez notable des éléments nucléaires.
Dans les cordons antérieurs et dans la partie inférieure des cordons latéraux,, cette prolifération existe seule et à un deg^ré assez développé.
Les racines postérieures de la queue de cheval ont leur apparence normale ; mais, on trouve, dans un certain nombre d'entre elles, une dég'énération
granulo-graisseuse des tubes nerveux portée à un haut degTé, en même temps qu'une prolifération des noyaux de tissu conjonctif qui y existent normalement. Rien de semblable dans les racines antérieures de la queue de cheval, qui ont conservé leur intég-rité parfaite. La substance g'rise paraît normale.
2° Examen de la tumeur du sein. — Masses volumineuses plus ou moins dures, rénitentes, non-ulcérées (la peau était roug*eâtre dans certains points, violacée dans d'autres, partout très-adhérente); à la coupe, elles semblent formées de lobes blanchâtres donnant par le râclag-e un suc constitué par des éléments nucléaires volumineux en majeure partie, puis par des cellules à noya^ax multiples, et enfin par quelques corps fusiformes et des g^ranulations amorphes dissiminées dans toute la préparation. Sur des coupes, on voyait en outre un stroma conjonctif assez dense.
3" Examen des masses secondaires de la colonne vertébrale, des côtes et du starnum. — Tissu offrant à la coupe une coloration blanchâtre. Par le râclag'e on obtient les mêmes résultats que pour la tumeur du sein. De loin en loin on retrouve les lamelles osseuses transparentes, ayant perdu leurs systèmes de lamelles et creusées de cavités ovalaires (ostéoplastes ag^randis).
4° Examen des nerfs sciatiques. — Les tubes nerveux n'ont pas été trouvés altérés dans les préparations qu'on a faites.
5" Examen comparatif des imiscJes ries membres supérieurs et des membres inférieurs. — Pour les premiers : altération gTanulo-gn^aisseuse; mais l'aspect strié est conservé dans certains points. Le sarcolème est intact. Les nerfs sont sains. Pour les seconds:altérationgTanulo-gTaisseuse très-évidente. Amas de cellules et en certains points de véritables g"outtes gTaisseuses, les unes libres, les autres incluses dans le sareolème. Quelques filets nerveux ont été trouvés g'ranulo-gTaisseux, mais la plupart étaient sains.