‹ Du cancer de la matrice, de ses causes, de son diagnostic et de son traitementChapitre 15 sur 36 · NEUVIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

NEUVIÈME OBSERVATION

Cancer squirrheux ; ulcère de la matrice ; tubercules nombreux dans la fosse iliaque droite , ramollis et séparés , souvrant dans l’intestin ; pertes utérines ; cachexie cancéreuse ; mort.

Une dame italienne , âgée de quarante ans , avait éprouvé depuis plusieurs années des chagrins profonds , déterminés par des contrariétés de ménage , et surtout par un accident affreux qui lui enleva en quelques minutes un fils unique qu’elle chérissait , et qui périt sous ses yeux , écrasé sous le poids d’une énorme voiture cjui lui passa sur la tète. Cette malheureuse mère fut, pendant deux ans, livrée à un violent désespoir. Elle n’en sortit que lorsque des dérangemens survenus dans sa santé , et notamment dans ses fonctions utérines , la forcèrent à s’occuper d’ elle-même. Ces dérangemens consistaient dans des pertes, des douleurs utérines peu marquées , lancinantes et revenant par intervalle , de l’inappétence , un embarras gastro-intestinal , quelques coliques ; ces symptômes existaient depuis un an lorsque cette dame me fit appeler, en juillet 1830.

Elle me fit un long historique de toutes ses peines ; puis elle me confia les inquiétudes que son état lui faisait éprouver. Sa santé générale me parut avoir subi peu d’altération ; il n’existait point d’écoulement vaginal ; mais les symptômes relatés ci-dessus

me firent soupçonner une maladie de matrice. Je demandai de suite la permission de toucher cette dame ; elle y consentit. Je trouvai le col du volume d’une grosse noix , inégal , bosselé et offrant deux mamelons gros comme une noisette , situés F un sur la lèvre postérieure, près de F orifice béant , F autre a droite de cet orifice et sur la lèvre antérieure. La dureté et la rénitence de ces mamelons contrastaient avec la mollesse du tissu qui les séparait. Les bosselures étaient a peine sensibles ; mais la pression sur les points intermédiaires réveillait d’assez vives douleurs. Le corps de la matrice me parut sain.

La nature squirrheuse de la maladie ne me parut pas douteuse, et, quoique j’eusse peu d’espoir de guérir la malade , je pratiquai de loin en loin de petites saignées du bras. Je prescrivis un régime rafraîchissant, l’usage des bains et des injections émollientes , et l’éloignement de toutes les idées tristes qui l’assiégeaient sans cesse. Ap rès quelques mois de ce traitement, qui n’avait apporté qu’une légère amélioration dans son état , la malade partit pour la campagne, d’oîi elle ne revint qu’au mois de janvier 1831.

Appelé de nouveau auprès d’elle , je la trouvai dans un état beaucoup plus grave. Sa constitution avait fléchi , et des deux tumeurs du col de la matrice, l’une était complètement ramollie, et l’autre profondément ulcérée. La première ne tarda pas a s’ulcérer aussi , et six mois après le col entier n’offrait qu’un vaste ulcère a bords durs , découpés et

renverses , fournissant une sanie purulente infecte , et parfois des torrens de sang. Ce ne fut qu’a cette époque que les douleurs se prononcèrent plus vivement par leur intensité et la fréquence de leurs retours. Les élaricentens s’étendaient profondément dans le bassin , dans les aines et dans la fosse iliaque droite. Le corps de la matrice , exploré par le vagin et par le rectum , me parut dur et volumineux ;; les îigamens ronds ët Y ovaire du côté droit par ticipaient de T engorgement. L’écoulement séro-purulent était très-abondant et d une odeur repoussante. La difficulté de retrouver l’orifice du col au milieu de 'cette désorganisation , 11e permit pas dr explorer la cavité utérine.

Sur la fin de l’année 1831 , plusieurs tubercules se montrèrent dans la fosse iliaque droite. Gros d’abord comme de petites noix , ils acquirent rapidement et successivement le volume d’un œuf de poule. On pouvait facilement les reconnaître et les isoler a travers les parois abdominales amincies. Ils ne tardèrent pas a présenter une fluctuation manifeste et toutes les douleurs dont le phlegmon s’accompagne. Le premier de ces tubercules , plus volumineux que les autres , rapproché du corps de la matrice , avec lequel il semblait se confondre au premier abord , s’ouvrit dans l’intestin , et la malade rendit presque un verre de pus par le fondement. La tumeur resta encore volumineuse après cette évacuation, et les parois présentèrent la dureté squirrheuse. Dans l’espace des cinq mois qui suivirent, quatre autres tubercules

DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL

se développèrent autour du premier, suivirent la meme marche et eurent la meme terminaison : T abcédation et F évacuation du pus par F intestin.

Les jambes commencèrent a s’infiltrer ; l’oedème gagna les cuisses et le bas-ventre ; la bouffissure générale survint et remplaça la maigreur squelettique ou la malade était parvenue dès le commencement de janvier 1832 ; jusqu'au mois de juin, où cette malheureuse rendit le dernier soupir dans le dernier degré de cachexie cancéreuse , elle eut a subir toutes les angoisses : pertes sanguines par érosion , se renouvelant sans cesse, écoulement vaginal infect, ulcérations cancéreuses de la vulve , de l’anus , douleurs atroces qui ne laissaient prendre de repos ni nuit ni jour, dévoiement continuel et souvent des vomissemens. Je n’avais pas encore vu un tableau si complet des souffrances humaines, accumulées sur un seul être. Je ne pouvais concevoir que la vie pût s'entretenir aussi long-temps au milieu d’un pareil désordre. Ce qui m’étonnait surtout, citait d’entendre la malade m’avouer que lorsque ses douleurs faisaient quelque trêve, elle éprouvait une titillation voluptueuse, dont elle ne pouvait s'empêcher de solliciter et de compléter les effets. Elle avait été douée d’un tempérament très-ardent, sans avoir abusé , disait-elle , des plaisirs qui généralement ont beaucoup de charme pour ses compatriotes.

À l’ouverture du corps, je trouvai le col de la matrice complètement désorganisé et profondément ulcéré. De la matière encéphaloïde paraissait infil-

tree dans les parties que l’ ulcération avait encore respectées et dans les parois du corps, considérablement épaissies et indurées ; à la section, les tissus criaient sous le scalpel. Le ligament rond du côté gauche était infiltré , celui du côté droit et Y ovaire étaient perdus dans une masse cancéreuse qui occupait toute la fosse iliaque. Divers mamelons ulcérés, et qui avaient contracté des adhérences avec l’intestin, avaient fourni la matière purulente qui s’était écoulée a diverses reprises par l’anus. Sur plusieurs points de ces adhérences de Fintestin avec la masse cancéreuse , il existait des cicatrices ; sur d’autres , des ouvertures qui établissaient une communication entre la cavité tuberculeuse et la cavité intestinale. Cette masse exerçait sur les nerfs et les vaisseaux cruraux une compression qui expliquait l’apparition plus précoce de l’œdème du membre droit, et les plus vives douleurs que la malade avait éprouvées de ce côté. Cette masse avait sur divers points la dureté cartilagineuse , sur d’autres elle était lardacée, et dans quelques endroits elle présentait la substance encéphaloïde infiltrée ou réunie en masses plus ou moins ramollies. Les rides circulaires du vagin étaient indurées et épaissies ; aussi le doigt avaitil de la peine, sur les derniers temps, à parvenir jusqu’au col , tellement le conduit vaginal était rétréci.

Quoique l’observation suivante ne puisse pas être comptée parmi celles d’affections cancéreuses de la matrice , elle offre assez d’intérêt, sous d’autres rapports, pour devoir trouver place ici.

DIAGNOSTIC différentiel

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