DIXIÈME OBSERVATION
Eagorgeaient du .corps. de la matrice , le col étant sain ; formation de plusieurs abcès ; évacuation spontanée du pus par l’intestin ; guérison.
La femme cPtin officier d’état-major , âgée de trente-cinq ans,, blonde, nerveuse, impressionnable, mère de trois enfans , saine et bien portante , fait remonter a. une grossesse et â une couche qui eurent lieu il y a environ dix ans , les premiers symptômes d’un état maladif, qui depuis cette époque n’a jamais .cessé complètement, et a présenté plusieurs fois des exacerbations violentes.
Etant pour la seconde fois enceinte de six mois , il y a dix ans , madame D . fit un mouvement forcé en élevant fortement le bras droit, et â l'instant meme elle éprouva dans la fosse iliaque et dans l’aine droites une douleur si violente, quelle tomba sans connaissance. Pendant les deux mois qui suivirent , tous les jours à midi, retour de la douleur, de la syncope , et accès hystérique violent. L’ accouchement se fit heureusement a la fin du huitième mois. .Depuis cette époque , la santé de madame I). ne fut jamais bonne. Des accidens nerveux se sont montrés sous toutes les formes ; des douleurs utérines, des dérangemens dans les fonctions digestives la tourmentaient fréquemment. Deux nouvelles, grossesses survinrent , F une il y a cinq ans , F autre deux
ans plus tard ; les enfans vinrent , Lun a huit , l’autre à sept mois , très-bien p or tans. Ces deux grossesses furent orageuses , et les accouchemens faciles.
Cependant la douleur dans le côté droit du basventre, que madame D . avait éprouvée dix ans auparavant, s’ était renouvelée maintes fois, notamment dans le cours de ses deux grossesses , et a la suite de promenades prolongées. Madame D. ne pouvait se tenir long-temps debout sans éprouver une gène , une pesanteur sur le siège et un tiraillement douloureux dans la fosse iliaque droite. Les règles avaient présenté peu de variations dans leur cours durant ce long espace de temps.
Appelé pour la première fois auprès de cette dame en janvier 1833 , je la trouvai au lit, souffrant vivement du bas-ventre , avec des envies fréquentes de vomir et d’uriner. Elle m apprit encore que, dans le cours de ses nombreuses indispositions, elle avait souvent éprouvé du côté de la vessie des aeeidens graves qui avaient fixé l’attention de ses médecins, que des notabilités médicales réunies en consultation étaient restées dans le doute sur F existence d\m calcul dans la vessie. Ce doute fut dissipé quelque temps après, par de nouvelles perquisitions faites avec le plus grand soin.
En examinant la malade , je trouvai son. ventre douloureux a la pression dans toute son étendue , mais plus sensible en bas et dans la fosse iliaque droite. Après quelques jours d’un traitement anti-
phlogistique énergique , les symptômes s’amendèrent , le ventre diminua de volume ; je pus le palper et reconnaître une tumeur située dans l’hypochondre droit, adhérente ou inhérente a la matrice , et pouvant être la matrice elle-même indurée et développée. Le toucher par le vagin me fit reconnaître l’état d’intégrité du col et l’engorgement considérable du corps de l’ utérus. Pratiqué par le rectum au moyen du doigt porté profondément dans l’intestin, pendant que l’autre main était appliquée sur l’hypogastre , on circonscrivait une tumeur du volume d’une grosse poire , dure , compacte , pesante et lisse à sa surface, sans trace de bosselures. Les mouvemens imprimés à l’organe excitaient de vives douleurs. Quelques semaines plus tard, une tumeur du volume d’un œuf de poule se montrait derrière le pubis. Cette tumeur saisie avec une main, pendant que le doigt de l’autre main, introduit dans le rectum , soulevait la matrice , suivait exactement tous les mouvemens qui étaient imprimés a cet organe. Quoique la tumeur fût très-facile à saisir a travers les parois abdominales amincies , on ne pouvait distinguer aucun point d’intersection entre elle et la matrice ; il n’existait aucun intervalle entre ces deux corps , qui n’en faisaient réellement qu’un , et se confondaient l’un dans l’autre. La paroi antérieure du corps de l’utérus me parut être uniquement le siège de la maladie, que je considérai comme un engorgement dur, succédant à une métrite chronique.
Les règles venaient régulièrement , mais avec une abondance extrême, et elles s’accompagnaient, pendant toute leur durée , de douleurs excessives dans l’utérus et ses dépendances. Un écoulement leucorrhéique existait dans leurs intervalles.
Jusqu’au mois de juin , l’état de madame D. présenta peu de variation; seulement la tumeur acquérait insensiblement plus de volume , et je crus, à diverses reprises, y reconnaître une fluctuation obscure. M.Lisfranc ne partagea pas mon opinion.il ne vit dans cet état qu’une hypertrophie des parois utérines résultant delamétrite chronique; il pronostiqua une longue durée a la maladie et une terminaison favorable, devant laisser toutefois après elle une induration, qui ne serait pas susceptible de résolution complète.
La malade se fit transporter a Versailles sur la fin de juin, et se confia aux soins du docteur Morin, qui avait dirigé sa santé pendant quelques unes des années précédentes. Ce médecin reconnut l’engorgement induré du corps de la matrice. Il manifesta quelque doute sur le siège de la maladie, qu’il pensa pouvoir être dans l’ovaire. Il reconnut également une fluctuation profonde dans la tumeur. Une application de sangsues sur le col ne procura aucun soulagement ; les douleurs allèrent croissant ; elles devinrent intolérables sur la fin d’août.
Impatientée de la force et de la longue durée de ses souffrances, madame D. se leva un jour brusquement de son lit et fut prise aussitôt d’un besoin
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pressant d’aller a la garde-robe. Elle rendit une quantité considérable de matière jaunâtre , liquide, sans odeur, qu’elle reconnut être du pus. Elle fit part de cette circonstance â M. Morin, qui trouva le volume de la tumeur considérablement diminué et qui eut lieu de retrouver une quantité plus ou moins grande de pus dans les selles rendues les jours suivans. Dès ce moment les douleurs cessèrent. Elles se renouvelèrent plusieurs fois jusqu’au mois d’octobre , ou la malade fut de nouveau soumise â mon observation * et cela eut lieu chaque fois que, l’écoument s’arrêtant, un nouvel amas de pus se formait dans la tumeur ; son évacuation était suivie du même soulagement.
Dans l’examen que je fis de la malade, je ne retrouvai plus la tumeur que j’avais signalée avant son départ pour Versailles. Le col utérin me parut toutâ-fait sain, le corps encore volumineux, mais réduit des deux tiers de ce qu’il était avant le départ ; je cherchai vainement â découvrir par le rectum l’ ouverture par laquelle le pus s’était fait jour dans l’intestin. L’ovaire droit et le ligament rond me parurent étrangers â la maladie.
Le 10 novembre, madame D. n’avait pas rendu de pus depuis trois semaines. Elle se trouvait trèssouffrante , et la tumeur formée par la matrice avait repris un volume considérable. Je pus m’assurer encore une fois que la collection purulente avait lieu dans les parois de l’organe. Des cataplasmes émoiliens, des bains de siège et le repos, moyens ordinai-
res mis en usage depuis le commencement de la maladie, amenèrent en peu de jours F abcèdation de la tumeur, dont le pus sortit en quantité par F anus. Cette collection purulente a été la dernière qui se soit formée. Après quelques jours, le pus a cessé complètement de couler ; la matrice est revenue à son volume naturel ; elle a repris le cours régulier de ses fonctions, et le rétablissement de la santé de madame D. a été solide et durable.
L’observation suivante est extraite du mémoire de M. Blaud , médecin en chef de Fliopital de Beaucaire, imprimé dans le numéro de juin 1834 de la Revue médicale . Nous la rapportons textuellement, bien qu elle ne soit pas complète, à cause des avantages incontestables que ce médecin paraît avoir obtenus de la suie employée , comme moyen cicatrisant, en injections et en pommade. M. Blaud propose ce nouvel agent thérapeutique pour remplacer la créosote, avec laquelle il lui trouve une trèsgrande analogie , ou plutôt comine contenant une quantité plus ou moins grande de cette dernière substance.