‹ Du cancer de la matrice, de ses causes, de son diagnostic et de son traitementChapitre 2 sur 36 · VII · texte numérisé non relu

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prouvé que sur ce point , comme sur la plupart des autres propositions , mon travail avait atteint le but proposé. On en jugera par Fextrait du rapport si remarquable fait à la société de médecine de Lyon par son secrétaire-général , M. le Dr Rougier, au nom d’une commission dont il faisait partie , et qui était composée de MM. Parat, Mermet, Trolliet, Senac et Chapeau , auxquels s’étaient adjoints tous les membres du bureau , sur les mémoires qui lui avaient été adressés sur la question suivante mise au concours :

c< Du cancer utérin. Faire connaître toutes ses » causes , indiquer exactement son diagnostic , et » l’éclairer, autant que possible, par des autopsies » cadavériques ; décrire le traitement préservatif » et curatif de cette maladie. »

Extrait du rapport.

« Ce mémoire porte pour épigraphe cette phrase , extraite de V Histoire anatomique des Inflammations y par Gendrin :

Les cancers ne sont point des inflammations ni des suites d’inflammation.

» Cette épigraphe annonce la pensée de l’auteur et celle qui domine l'ouvrage. Elle a dû susciter de

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prime abord des préventions défavorables , et ce n’est pas un de ses moindres mérites d’avoir su les effacer par la manière dont il a traité son sujet , et même d’avoir ramené à lui des convictions qui lui étaient opposées. Cependant il avait encore un écueil à craindre , c’était de se mettre , quelquefois malgré lui , en contradiction avec son épigraphe ; et vous jugerez , ainsi que nous , messieurs , qu’il a su l’éviter avec un égal bonheur.

Il trace un historique rapide des diverses hypothèses hasardées sur la nature de la maladie ; il rapporte les raisonnemens des humoristes , des solidistes , des vitalistes et des anotomo-pathologistes , qui n’ont pu jusqu’à ce jour soulever le voile qui recouvre l’essence de la dégénération cancéreuse,

» Mais , craignant de s’écarter de la question , il se borne à examiner si , comme le pensent les médecins anciens et le jdIus grand nombre des modernes , le cancer est une maladie primitivement générale qui se localise , ou si , d’après la manière de voir des médecins physiologistes , il doit être considéré comme le résultat d’irritations morbides , d’abord locales , et qui se généralisent par leur persistance et par les mauvais traitemens qu’on leur fait subir.

» Il s'attache à cette dernière opinion pour la

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combattre en établissant les différences qui se remarquent dans la marche , le développement et la terminaison , entre les phlegmasies chroniques et le cancer, et qui distinguent essentiellement ces deux genres de lésions.

» Il réfute ensuite d’une manière qui nous a paru victorieuse la théorie par laquelle les médecins physiologistes expliquent la repullulation du cancer, soit dans le lieu même où il existait d’abord , soit dans un lieu plus ou moins éloigné , et son apparition simultanée dans plusieurs organes.

» Il attaque avec autant d’avantage l’opinion des auteurs qui , confondant la diathèse avec la cachexie cancéreuse , disent qu'elle naît d’un vice local, qu’elle tient à la résorption du virus cancéreux , et ne préexiste pas a la maladie locale. Il ne laisse aucune assertion sans réponse , aucun argument sans réfutation.

» Selon lui , le cancer dépend d’une disposition organique mise en action quelquefois par des causes locales ou accidentelles , mais pouvant se développer spontanément sans l’ intervention d’aucune cause apparente. Il cite, trop longuement peut-être, a l’appui de son opinion, divers passages des pathologistes qui prouvent jusqu’à l’évidence la préexistence de la diathèse cancéreuse.

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)> D’après le développement de cette proposition, qui , nous devons le dire , a trouvé beaucoup d’approbateurs dans le sein de votre commission , vous voyez , messieurs , que la science , dans la maladie qui nous occupe , n’a fait aucun progrès , aucun pas en avant ; elle en a plutôt fait en arrière en prouvant l’existence de la diathèse ; elle détruit 1 illusion décevante qui , faisant voir le cancer comme le produit d une inflammation locale , laissait toujours l’espoir de le guérir , tandis que 1 opinion contraire n’amène après elle que l’idée de l’ incurabilité du mal , idée désolante , décourageante, mais qu il n’est pas permis de cacher, se i cntifiquement parlant , quand on la croit d’une vérité incontestable.

» Après ces préliminaires indispensables , l’auteur entre en madère par une description anatomique très-exacte de la matrice , et enrichit cet exposé de considérations intéressantes sur les diffîérens états physiologiques de cet organe. 11 traite ensuite en praticien habile les différens modes d’exploration de la matrice , lorsqu’on veut constater son état physiologique ou pathologique. Nous avons remarqué F exactitude des préceptes qu’il donne pour acquérir ce tact régulateur a l’aide duquel on parvient à dissiper les ténèbres qui envelop-

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pent les maladies de F utérus. C’est avec sagacité quil signale les avantages du spéculum , indispensable pour le diagnostic et pour le traitement.

» Dois-je , messieurs , suivre Fauteur pas à pas dans la description générale et si bien tracée qu’il fait de la maladie ; vous montrer le cancer , tantôt commençant par un léger point squirrheux longtemps indolent , changeant ensuite de nature , devenant sensible , s’infiltrant peu a peu de matière cérébriforme , envahissant de proche en proche la totalité du col utérin , l’organe lui-même , les tissus environnans , etc.? ou bien, commençant par une ulcération qui disparaît facilement au moyen d’un traitement convenable , pour reparaître de nouveau ; plusieurs fois guéri , toujours renaissant , et toujours de plus en plus menaçant , finir toujours de la même manière ? Ce serait vous donner une ébauche trop faible d’un tableau largement tracé et appuyé d’observations bien choisies.

» Je préfère arrêter votre attention sur le diagnostic de cette maladie , qui est un des points principalement recommandés par le programme. De nombreuses pages du mémoire sont consacrées à cette partie importante de la question .

» Pour appuyer les signes diagnostiques qu’il indique en grand nombre , Fauteur sVtaie de nom-

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breuses observations. Il en rapporte plusieurs d’ulcérations guéries sans extirpation , sans cautérisation ; quoique des pratitiens distingués aient considéré la maladie comme cancéreuse et incurable , elles tendent à prouver quVZ faut autre chose qu'une inflammation , quelque étendue , quelque opiniâtre qu'elle soit , pour amener la désorganisation cancéreuse de la matrice .

» Toutes les autres altérations pathologiques que la matrice peut éprouver sont successivement examinées par notre auteur ; leur diagnostic différentiel est scrupuleusement indiqué , tant par des autopsies que par des observations authentiques puisées dans sa pratique ou dans celle des médecins les plus distingués des hôpitaux.

» . C’était peut-être ici le cas de signaler toutes

les différentes formes sous lesquelles le cancer peut se présenter; toutes les variétés que les pathologistes ont décrites ; mais notre auteur ne les considère que comme l’expression d’une seule et même lésion, et pense que faire de ces formes variées du même principe autant d’espèces différentes , c’est s'éloigner de l’unité pathologique sans utilité pour l’art de guérir ; toutes , d’ailleurs , se trouvent a peu près représentées dans les nombreuses observations qu’il rapporte a la suite de ce chapitre , et

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dont il serait trop long de vous citer les faits seulement les plus intéressans qu’elles renferment.

» Nous arrivons à la dernière partie de la question : décrire le traitement -préservatif et curatif de cette maladie .

)> La plupart des auteurs proclament T incurabilité du cancer; d’autres le croient curable tant qu'il n’est pas parvenu au degré où il donne naissance à des symptômes généraux ; enfin beaucoup , et Fauteur est du nombre , le disent incurable dès l’instant même qu'il se manifeste avec les signes locaux qui lui sont propres. Pour lui, toutefois , son incurabilité est subordonnée a celle de la disposition organique dont il émane , a celle de la diathèse qui le précède et l’accompagne.

» ..... L’auteur examine successivement , et d’une manière très-circonstanciée , tous les moyens préconisés par les thérapeutistes , et quil a employés ou vu employer lui - même ; ce qu il dit relativement aux saignées générales ou locales est digne d’attention ; il spécifie d^une manière irréfutable les cas où Fun ou Fautre de ces moyens doit être mis en usage , leur mode d’application , le moment où il convient de l’arrêter. Il discute avec sagacité les cas où les révulsifs internes sont nécessaires et ceux où les vésicatoires , cautères ,

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sétons , sont indiqués , et F endroit où F on doit les placer. Tous ces moyens, successivement analysés avec F esprit d’observation qui le caractérise, sont appuyés d’exemples authentiques et bien choisis.

» Le choix des divers moyens cautérisant , leur mode d’application, les précautions qu’ils exigent , le nombre de fois qu’on peut les employer , le pansement qu'dis nécessitent, sont habilement tracés. On voit, par les détails minutieux dans lesquels il entre , qu’il parle d'après une expérience longue et spéciale : c’est ainsi qudl indique comment on peut , a Faide du spéculum , panser les plaies résultant de la cautérisation du col aussi méthodiquement que les plaies extérieures ; c’est ainsi qu’il proscrit Fusage du pessaire, qu’on avait recommandé pour soutenir les plumasseaux de charpie, toujours suffisamment soutenus par la contractilité du vagin.

» Lorsque le cancer résiste a tout traitement , et que son incurabilité est reconnue, le médecin ne peut plus se renfermer dans la définition de Fart de guérir ; Fhumanité lui donne une autre mission : celle de soulager les souffrances et de prolonger la vie. Ici Fauteur déroule le tableau de tous les moyens palliatifs recommandés par les thérapeutistes. Les accidens qui accompagnent le cancer à cette époque ,

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ses complications , tout est prévu , et leur traitement méthodiquement indiqué.

» Enfin , messieurs , il peut arriver , et il arrive le plus souvent , que toutes les ressources de la thérapeutique médicale sont impuissantes pour arrêter les progrès du cancer de l’utérus, et Ton est obligé de recourir a P instrument tranchant.

» Cette partie du mémoire laisse peu à désirer :

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toutes les indications et contr’indications de l’opération y sont méthodiquement exposées. Les procédés opératoires , les accidens qui peuvent survenir , les moyens d’y remédier , les pansemens consécutifs , tout est écrit avec le tact d’un praticien qui a beaucoup vu.

Ici , messieurs , se termine l’analyse peut-être trop longue de ce mémoire remarquable ; j’aurais craint , en moins de pages (1) , de vous en donner une idée trop imparfaite. Que de choses encore sur

lesquelles j’aurais pu fixer et attacher votre atten-

tion ; mais j’ai dû me restreindre et ménager votre temps ; toutefois , quelque mérite que votre commission ait trouvé dans ce travail , elle ne vous dis-

(1) Ce rapport a quarante pages d’étendue. C’est avec regret que je me suis vu dans la nécessité d’en présenter ici un extrait , sans doute trop racourci , pour le faire connaître d’une manière convenable.

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simulera pas qu’il pourrait être plus satisfaisant dans quelques parties. Elle n’a pas reproché à Fauteur son épigraphe , qu'il a d’ailleurs prouvée dans tout le cours de son mémoire avec une si désespérante logique ; mais elle a remarqué qu’il aurait pu s'étendre davantage sur les divers degrés , formes et variétés du cancer, comme il aurait pu abréger d’autres points sur lesquels il a discuté trop longuement.

» Du reste, Fauteur a profité avec discernement des travaux de ses devanciers : tout ce quon a fait, tout ce qu’on a écrit de plus important sur cette maladie y est fidèlement retracé ; plusieurs points où la science doutait encore y sont éclaircis. C’est aussi avec une vive satisfaction qu’elle a vu qu’il s’était tenu à la lettre du programme ; il a même fait plus, il Fa dépassé. Le programme se taisait sur la nature de la maladie ; Fauteur Fa creusée , approfondie : la description anatomique de la matrice , son état physiologique et pathologique dans les maladies diverses pouvaient être simplement indiqués , ou même supprimés , sans lui faire encourir le moindre reproche ; il a traité a fond ces divers points. Enfin le diagnostic, qu’on lui imposait l’obligation d’éclairer par des autopsies cadavériques, il a jeté sur lui une vive lumière par des observations comparatives. Le style de l’ouvrage est simple,

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concis , point prétentieux ; c’est celui des sciences exactes* Ses observations, au nombre de vingt-cinq, sont bien rédigées, claires et précises. \ous avez pu juger vous-mêmes par ce rapport , dans lequel j^ai cherché à reproduire ses principales idées , ses phrases même le plus souvent , comment il a traité son sujet* Vous penserez, avec nous, que s’il n’a pas fait davantage , si aucune idée consolante et nouvelle sur une maladie si cruelle et si désespérante ne vous est offerte , cela tient à la nature du sujet. Il a pensé que le cancer de la matrice était incurable dès son début ; il fait plus : il l’a prouvé. Malheureusement , l’expérience des siècles est pour ► lui. Il a vu la vérité dans son opinion ; il a dû la dire.

» En conséquence , votre commission vous pro¬

pose , à l’unanimité , de décerner a Fauteur du

mémoire n6 2 , le prix proposé par la Société de Médecine.

>> Les conclusions du rapport sont adoptées à F unanimité , et M. le président proclame , comme ayant obtenu le prix proposé par la Société , sur la question du Cancer utérin , M. Té allier, médecin a Paris, auteur du Mémoire n° 2.

» Baumers , président *

» Rougier , secrétaire-général » Gardien et Nepple , secrétaires du bureau. »

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Ce jugement , porté par des médecins aussi éclairés que le sont ceux qui composent la Société de Médecine de Lyon , doit être pour cet ouvrage un sûr garant de succès. Il reste tel qu'il était au moment de sa présentation au concours , sauf quelques additions, dont la plus importante comprend les nouvelles tentatives faites à F Hôtel-Dieu dans le courant de F été de 1835, par M. Récamier, pour arriver a la destruction et à la guérison du cancer utérin , au moyen des cautérisations successives des parties malades avec les nitro-liydro chlorates dhor et de platine. Ces expériences , que j’ai suivies avec le plus vif intérêt , prouvent au moins qu’on peut attaquer avec la plus grande énergie ces désorganisations du col et d’une grande partie du corps de F utérus sans compromettre l’existence des malades et sans leur faire courir de graves dangers. Elles formeront un complément utile à ce travail, dans lequel les praticiens trouveront , je l’espère , un tableau fidèle et complet de l’état actuel de la science sur le cancer de la matrice.

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