VINGT-DEUXIÈME OBSERVATION
Une femme, âgée de trente-sept ans, d’une forte constitution , portait a la place dp col de la matrice
traitement du cancer
un champignon énorme, au centre duquel était une large ouverture , parsemée de végétations qui pénétraient dans la cavité utérine. Le corps de la matrice avait le volume d’un petit melon ; on pouvait le saisir facilement avec la main dans l’hypogastre ; ses Jigamens étaient considérablement engorgés. L'état fébrile habituel de la malade, la couleur jaune paille de son teint , le dérangement de ses digestions prouvaient Faite ration générale de sa constitution.
Cette malade était a FHôtel-Dieu depuis plusieurs mois, lorsque je F examinai le 27 juin. M. liée amie r, en me donnant les détails que je viens de rapporter , m’apprit qu’il avait pratiqué sur elle onze cautérisations dans l’espace de six semaines. Aussi , non seulement cet énorme champignon avait disparu , mais le col lui-même avait été complètement détruit , et a sa place il existait un simple bourrelet lisse, mou, sans douleur et sans ulcération. Au centre de ce bourrelet, se trouvait F orifice interne de F utérus , dilaté de manière à permettre Fintroduetion du doigt. Sur la circonférence de cet orifice, s’observaient quelques ulcérations superficielles , et derrière, on voyait la face postérieure de la cavité utérine qui paraissait être dans l’état sain.
De nouvelles cautérisations furent faites et les pansemens avec les teintures furent continués pendant les mois de juillet et août, pour obtenir la cautérisation complète des ulcérations qui apparaissaient de temps en temps. A la fin d’aout , la malade ne présentant plus de symptômes d’affection cancéreuse et
DE LÀ MÀTRICE.
de maladie de matrice , sa constitution ayant repris tous lés caractères de Pelât normal, elle quitta
pital avCe tous les signes d une guérison parlant
Le volume énorme du corps de la matrice et l'engorgement des ligaméiis , si remarquables chez cette malade, diminuèrent au fur et a mesure que les cautérisations se multiplièrent. A la fin du traitement, toutes ces parties étaient revenues a leurs dimensions naturelles. Cette résolution rapide et régulière de rénorme engorgement de P utérus, opérée sous F Jnftuéncc des cautérisations, est un des premiers bienfaits de ce mode de traitement. La résolution des engorgcmens consécutifs aux maladies de la matrice, au fur et a mesure que ces maladies disparaissent , est un phénomène a peu près constant , qui a été observé par les bons praticiens , et signalé particulièrement par M. Lisfranc , comme devant enhardir dans les opérations qu'on est dans le cas de tenter sur cet organe. Ces engorgcmens ne doivent pas arrêter Fopérateur, lorsqu'il a la conviction qu'ils n’ont point eux-mêmes le caractère cancéreux ; leur résolution , après la guérison de la maladie principale , ne tardant pas a se faire , le traitemenCde celle-ci est le plus convenable qiPon puisse opposer.
vingt-troisiêMe observation.
Une marchande de vin , âgée de cinquante ans , fof adressée de la campagne à Sf. ftecâmiër , qui la
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reçut dans son service. Elle faisait remonter a quinze mois les premiers symptômes de sa maladie , qui s’ était manifestée après la cessation de ses règles. Des écoulemens séreux-sanguinolens , abondans et continuels , par la vulve , des douleurs atroces dans le bas-ventre, quidepuis six mois la privaient de repos nuit et jour , des peintes de sang considérables qui avaient eu lieu fréquemment, avaient porté une atteinte profonde a la constitution de cette malheureuse, qui touchait à la cachexie cancéreuse.
Le corps de la matrice , exploré par le rectum , était lourd et volumineux ; le col présentait une large surface ulcérée, circonscrite par un bourrelet dur, bosselé, carcinomateux. Du centre de cette surface s’élevait un mamelon volumineux ; plusieurs autres mamelons plus petits se remarquaient sur divers points ; ils étaient séparés les uns des autres par de profondes fissures. Un écoulement ichoreux à odeur cancéreuse inondait le vagin. La désorganisation avait envahi la totalité du col de manière à rendre sa résection impossible. La maladie fut attaquée par le caustique.
Les deux premières cautérisations , faites comme dans l’observation précédente , eurent peu d’effet et produisirent peu de douleurs. Après Fintroduction du spéculum , qui fut très-douloureuse a cause de l'extrême sensibilité des parties, le sang et Fichor coulèrent abondamment, se mêlèrent au caustique, 1 affaiblirent et l’empêchèrent de pénétrer dans les tissus. Mais la surface de l’ulcère ayant été' desséchée
par ces deux cautérisations , celles qui suivirent agirent avec la plus grande énergie. Elles furent extrêmement douloureuses et déterminèrent quelques symptômes d’inflammation du péritoine, qui furent promptement apaisés par des sangsues , des bains et le régime antiphlogistique.
Nous remarquâmes que, quelque violentes que fussent les douleurs occasionées par le caustique , elles ne se prolongeaient pas au-delà de quelques heures. Elles étaient alors suivies d’un temps de calme , qui permettait â la malade de prendre du repos pendant la nuit , ce que les douleurs cancéreuses Pavaient empêchée de faire depuis plus de six mois. Ces douleurs avaient également éteint celles très-vives qui existaient dans le ligament rond du côté gauche. Aussi la malade les préférait-elle aux douleurs cancéreuses, qui étaient sans intervalle et tout aussi insupportables.
Les cautérisations , continuées pendant deux mois, avaient détruit une grande partie du carcinome, et elles avaient produit quelque amélioration dans Pétât général de la malade. Quoique sa constitution fût déjà profondément altérée au moment de son entrée â Phôpital , on pouvait espérer de rendre son existence plus supportable , lorsque , ennuyée de la longueur du traitement , elle demanda sa sortie pour revenir chez elle, ou elle ne tardera pas probablement à succomber.
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