‹ Du cancer de la matrice, de ses causes, de son diagnostic et de son traitementChapitre 29 sur 36 · VINGT-QUATRIEME OBSERVATION · texte numérisé non relu

VINGT-QUATRIEME OBSERVATION

Induration squirrheuse du col de l’utérus ; tubercule à l’orifice, masquant une altération plus avancée de l’intérieur du col ; résection de F une et l’autre lèvre ; cautérisations successives.

Le 2 juillet, une femme âgée de quarante ans \ nerveuse et irritable , entra à FHotebDieu pour s’y faire traiter dVine maladie de matrice. Après l 'avoir touchée , le col utérin nous parut être dans un état de squirrliosité avancée ; sa lèvre postérieure , volumineuse , dure , bosselée , était séparée de la lèvre antérieure par un tubercule, qui se trouvait dans les memes conditions organiques : il était placé sur l’orifice utérin et il F oblitérait. La lèvre antérieure, beaucoup moins saillante , présentait aussi , au toucher, les caractères du squirrhe parvenu a un état voisin du ramollissement, depuis plusieurs mois, la malade éprouvait toutes les anomalies des fonctions utérines qui précèdent ou accompagnent le développement du cancer utérin . La maladie nous parut être parvenue au point ou F ulcération ne pouvait tarder à avoir lieu. Du reste, la malade ne souffrait pas, même au toucher pratiqué avec quelcine rudesse * sa constitution rr avait point fléchi ; ses dispositipns morales étaient bonnes ; elle était résignée.

M. Réçamier décida d^enlevçr, avec Finstrument tranchant, toutou partie des surfaces indurées et de poursuivre avec le caustique la destruction des parties malades qui auraient échappé à la résection. Il

procéda a cette excision le 4 juillet r au moyen de longs ciseaux courbés sur leur plat y après avoir saisi le col avec une érigne double de Museux portée sur le col entre trois doigts de la main gauche , introduits profondément dans le vagin et servant a en écarter les parois et à diriger les instramens. Le col saisi convenablement , un aide , M. Sansou , tenant F érigne et la dirigeant tantôt dans un sens , tantôt dans un autre , M. Récamier put , en peu de temps, exciser avec ses ciseavix les lèvres antérieure et postérieure de cet organe. Le mamelon central échappa à l'instrument; il dut être attaqué peu de jours après avec le caustique. Par cette opération, M. Récamier se proposait d’ enlever en quelques secondes des parties considérables, dont la destruction parle caus« tic|ue aurait exigé de nombreuses applications. 11 abrégeait ainsi considérablement la durée du traitement, dont les cautérisations devaient ensuite faire la base.

La malade ne manifesta aucune douleur ; bien que sa résignation fût grande , il faut croire que ses souffrances n 'étaient pas excessives. Cette modération des douleurs est un des phénomènes epii distinguent les opérations pratiquées sur Futérus. Soit que Fon porte le fer ou le caustique sur son tissu , on réveille rarement des douleurs proportionnées a Fétendue et à la gravité des opérations. On ne doit pas non plus s’effrayer beaucoup des réactions sympathiques qu’ elles excitent ; ces réactions sont généralement peu étendues et peu profondes ; elles cèdent avec une grande facilité et permettent dç cop-

tinuer Fusage des moyens énergiques dirigés contre l’affection cancéreuse.

Une forte cautérisation fut faite trois jours après l’excision. Elle fut plus douloureuse , au dire de la malade, que F opération ne F avait été. Des douleurs assez vives se réveillèrent dans le ventre et firent craindre pendant quelques jours une inflammation péritonéale, mais elles cédèrent assez promptement, et Ton put reprendre les cautérisations , qui ont été continuées jusqu’à ce jour avec persévérance (1).

Lorsque le cancer débutant par l’ulcération a résisté au traitement indiqué , ou lorsque, commençant par le squirrhe, et s^abcédant secondairement, il offre dès le principe une ulcération profonde , anfractueuse et incurable , lorsque son extension aux parois du vagin , aux viscères du bas-ventre , rend toute tentative opératoire impraticable , quels services Fart peut-il encore rendre à Fhumanité P

Si la médecine devait se renfermer dans les bornes tracées par sa définition pompeuse , l’art de guérir 9 elle s'arrêterait devant la troisième période du cancer, qui met constamment Y art de guérir en défaut. Mais une autre mission lui est confiée , qui s'intitule , Y art de soulager les souffrances et de prolonger la vie. , et cette mission a bien aussi son importance. Four la remplir dignement, le pra> ticien doit mettre en œuvre tout ce que son zèle philanthropique peut lui inspirer de consolations et

(1) La malade , déoouragée par la longueur du traitement, sortit de l’hôpital ; et nous avons appris quelle n’avait pas tardé à succomber.

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d’encouragemens a donner, et tous les moyens que la thérapeutique laisse encore a sa disposition pour calmer les douleurs , retarder les résorptions ichoreuses et l’infection générale. Ces moyens sont nombreux , et leur nombre dépose déjà de leur impuissance. Nous nous bornerons à indiquer quelques uns de ceux qui agissent localement contre les produits infects du cancer, en les neutralisant ou en masquant leur mauvaise odeur, et nous mentionnerons quelques unes des substances pharmaceutiques qui ont joui d’une réputation que le temps et Inexpérience ont rarement légitimée , et qui néanmoins ne doivent pas être encore proscrites à une époque où Fon s’occupe beaucoup de thérapeutique.

L’eau de suie, la solution de créosote, injectées dans le vagin ou laissées à demeure sur la surface de F ulcère , au moyen de charpie imbibée de ces médicamens , neutralisent les mauvaises odeurs, diminuent l’abondance des sécrétions et calment, la créosote surtout , les douleurs atroces qui tourmentent les malades. C’est avec ce médicament que nous sommes parvenu à suspendre pendant plusieurs mois les horribles souffrances d’un cancer au sein, chez une de nos malades. Le premier contact déterminait une vive douleur , mais bientôt après cette douleur s’apaisait, et celle de la maladie restait engourdie.

Les injections avec les chlorures de chaux ou de soude ont Favantage de détruire instantanément l’odeur, de calmer les douleurs, et d’arrêter

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ou de ralentir la marche de la maladie. On retarde bien certainement dans tous les cas la cachexie cancéreuse | en enlevant de la surface de Fulcère ou en neutralisant les produits infects qui la tapissent, et dont la résorption hâte les progrès de l’infection générale. Ces moyens doivent donc être administrés avec patience et persévérance*

Lorsque F ulcère est ainsi détergé , on peut porter à sa surface des substances narcotiques incorporées dans une pommade ou étendues dans la matière des injections épaissies avec de la gomme, de la fécule de pomme de terre , de la farine de riz * que F on emprisonne dans le vagin au moyen du tamponnement.

C’est encore dans cette période désespérée et désespérante de la maladie , que les bains locaux émoiliens , narcotiques , détersifs , produisent de bons effets et disposent les surfaces ulcérées à ressentir les bienfaits des médicamens avec lesquels on fait des pansemens journaliers. Aucun de ces moyens ne doit être négligé , tous sont utiles pour diminuer F amertume des douleurs et pour prolonger F existence.

On ne doit pas oublier que les hémorrhagies spontanées par exhalation ou par érosion des vaisseaux , si elles ont l’inconvénient d’affaiblir les malades , présentent d’un autre coté l’avantage de diminuer et quelquefois de faire cesser momentanément les douleurs. L’art doit donc en cela imiter quelquefois la nature , en provoquant des émissions

sanguines qui ne se produisent pas spontanément. Ainsi , dans une période avancée de la maladie , des sangsues posées sur quelque tubercule volumineux du col, siège d’élancemens douloureux* sur le trajet des ligamens ronds , a l’hypogastre , aux lombes, où des rctcntissemens sympatliiques ou bien T extension de P inflammation utérine déterminent des souffrances parfois insupportables, produisent un grand soulagement. Slais il convient néanmoins d’ètre réservé sur les évacuations sanguines, qui, a cette époque , si elles étaient copieuses , auraient le grave inconvénient de favoriser l’absorption de Ficher putride de l’ulcère , et de hâter la fin de la malade. C’est pour cette raison que les petites saignées locales nous paraissent , dans ce cas, préférables aux saignées générales. Si , au contraire , des hémorrhagies abondantes et multipliées menacent de jeter promptement la malade dans la prostration f bien qu’elles atténuent les douleurs , il faut les modérer par le repos et la position élevée du bassin, par des applications d’eau froide pure ou vinaigrée „ de glace, sur la vulve, aux aines, sur le bas-ventre , et enfin par le tamponnement , si elles menaçaient immédiatement les jours de la malade. On peut seconder leur effet par l’ingestion de boissons a la glace , de simple limonade , de décoction du ratanhia , de racine de grande c on soude , édulcorées avec les sirops de coing ou de grenade. Une forte cautérisation , pratiquée avec la solution caustique employée par M. lléçamie% deviendrait. une,

traitement dü cancer

puissante ressource contre certaines hémorrhagies qui résistent à tous les moyens ordinaires , et menacent les jours des malades. On devrait dans ce cas y avoir recours.

Les douleurs ne sont pas constantes dans le cancer même avancé de l’utérus; quelquefois elles manquent totalement au milieu des désorganisations les plus complètes. Dans d’autres cas, au contraire, sans qu’on puisse se rendre compte de cette différence , les douleurs débutent avec la maladie , marchent avec elle , et s’accroissent en proportion de ses progrès. Il importe de combattre un symptôme déprimant , qui prive du repos , et qui , plus que tous les autres symptômes , fait sentir la misère de la condition humaine. Dans les médicamens que la pharmacie met a notre disposition, l’opium et ses principes immédiats , la morphine et la codéine , les sels qui résultent de ces mêmes principes unis a des acides, tels que l’acétate et P hydro-chlorate de morphine, occupent la première place pour parvenir à ce but.

L’opium s’administre en pilules, en potions ingérées dans l’estomac ; mais, de cette manière, il ne tarde pas a fatiguer les organes digestifs , qui jouissent eux-mêmes si rarement de leur état normal dans cette épouvantable maladie , et dont il faut ménager avec le plus grand soin toutes les ressources fonctionnelles. La méthode endermique a eu quelques avantages entre les mains de médecins habiles. De petits vésicatoires , posés a la partie interne des

cuisses , ayant soulevé' l’épiderme , on le détache et on panse la plaie récente avec une pommade , dans laquelle l’acétate ou Phydro-chlorate de morphine entredans des proportions données. Un demi-grain, un grain, un grain et demi de ces sels doit être mêlé à la quantité d^axonge ou de cérat nécessaire à chaque pansement. Pour notre compte, nous m’avons pas retiré de ce mode d’’ ingestion des médicamens caïmans, les bienfaits signalés dans ces derniers temps par quelques praticiens , dans des cas de névralgie ou de névrose de la digestion , ou de douleurs utérines. Nous avons vu, au contraire, les mêmes médicamens, administrés en lavement, produire les effets les plus prompts et les plus salutaires. Un grain d*’ extrait gommeux d"opium, dissous dans six onces d’eau ou de lait, comme le conseille Morgagni (1), et dont on augmente progressivement la dose, injecté et retenu dans le rectum , calme merveilleusement bien les douleurs. La dose doit être proportionnée a leur intensité ; car on ne doit pas oublier que, plus les douleurs sont vives , plus aussi doivent être fortes les doses du médicament qu’on leur oppose. Il y a, de la part du remède, une différence totale dans sa manière d^agir sur Phomme sain et sur l’homme souffrant. Il semble que chez ce dernier une partie de la puissance narcotique s’épuise a calmer la douleur , et qu’une faible portion du remède reste libre pour agir sur Porganisme.

(1) De sedih. et causis morhorum, épist. 47; art. 25.

ifô TRAITEMENT Dtf cancer

Des injections dans le vagin, soit avec la solution opiacée , soit avec la décoction de têtes de pavot , sont encore journellement prescrites. Nous n’avons pas remarqué que ces injections , qui peuvent être considérées plutôt comme de simples lotions , aient un bien grand effet sur la douleur. L^opium agit par absorption , et cette absorption se fait difficilement par la surface ulcérée du col, et dans le peu de temps où F injection séjourne dans le vagin. Nous préférons donc les lavemens opiacés indiqués, avec la précaution de les faire séjourner dans l'intestin pendant le plus long temps possible.

Les bains de siège, que nous avons généralement rejetés du traitement des maladies de F utérus, procurent dans cette dernière période quelque soulagement ; ce qui doit les faire employer, surtout lorsque les malades les demandent , cé qui arrive souvent , et lorsqu'il n’y a rien qui s’y oppose. On a soin de faire bouillir dans l’eau du bain une forte poignée de morelle, de jusquiame et de belladone i et la malade peut pendant son immersion dans Peau faire des injections1, au moyen d’une seringue a canule courbée et en gomme élastique.

Parmi les narcotiques, il en est un qui a joui dùtnc faveur spéciale, sans que nous puissions dire au juste si elle était ou non méritée : nous voulons parler de la ciguë. On sait les vertus merveilleuses que Storck a attribuées a ce médicament, qui ira pas cessé depuis lui d’ être employé dans la plupart des affections cancéreuses.

Par une heureuse alliance d\m régime alimentaire sévère , qui à lui seul constitue une méthode de traitement , le cura famis , avec F usage de la ciguë , M. Récamier prétend avoir obtenu un assez grand nombre de résolutions d’engorgement de Y utérus. Ce traitement serait applicable, bien entendu, aux indurations squirrheuses , ou à une période de la maladie éloignée de celle qui constitue la cachexie cancéreuse. L’autorité du praticien que nous venons de citer a trop de poids, pour qüe nous ne rapportions pas ce qu’il avance sur ce mode de traitement.

M. Récamier a commencé par faire modifier le procédé de préparation de P extrait de ciguë ; cette modification consiste a soumettre la plante à la coction par la vapeur acétique ou alcoolique, avant d’en exprimer le suc ; le suc qu’on obtient apres cette coction est ensuite soumis à l'évaporation au bainmarie jusqu’à consistance d’extrait.

Voici comment il procède :

1° La malade prend une dose d’extrait de ciguë , matin et soir , deux heures avant le premier repas , et deux heures avant le dernier ; on commence par un demi-grain , et on sélcve graduellement jusqu’à six grains chaque fois. On continue cette dose pendant une quinzaine de jours , afin d’habituer les organes ; puis on la porte jusqu’à douze grains chaque fois, dose à laquelle on se tient pendant deux, trois ou quatre semaines , parce qu’elle exerce déjà une influence suffisante.

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