VINGT-CINQUIÈME OBSERVATION
Extirpation de l’utérus, pratiquée par M. Sauter , médecin
à Constance , en 1822 (1).
Geneviève Woldrof a eu six couches heureuses, la dernière en 1811. Cessation des règles en 1817. Vers le milieu de l'année 1821, pertes abondantes accompagnées de douleurs poignantes aux aines, aux pubis et au dos. En 1821, M. Sauter trouva le col et l’orifice utérin garnis, a la partie postérieure surtout, de grosses excroissances dures, rugueuses , très-douloureuses, et saignant au moindre attouchement; état général d’épuisement. Sous l’influence de la sabine, la perte s’arrêta, les douleurs disparu- , rent, l'appétit revint, les forces se relevèrent. Les indurations du col de la matrice semblèrent diminuer, s’amollir, et perdre de leur sensibilité douloureuse. En novembre, retour des mêmes accidens, écoulement fétide et sanieux... Une fut plus possible de méconnaître la transition du squirrhe a l’état de vrai cancer utérin : la sabine, Pacicle hydrocyanique , la ciguë furent sans résultats ; des excrois-
(1) Mélanges de chirurg. étrangère. Genève, 1814, p» 246.
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sances augmentent, remplissent le vagin, empêchent les déjections , en comprimant le rectum. Le 16 janvier 1822, diarrhée, faiblesse excessive, douleurs atroces ; F opération fut décidée ; la malade avait alors cinquante ans.
Le contour extérieur du carcinome se bornait à la totalité du col utérin jusqu’au cul-de-sac du vagin exclusivement; un très-petit espace séparait F utérus du rectum : le doigt pouvait pénétrer dans la cavité utérine au travers des ulcères et des fongosités.
Le 28 janvier 1822, à deux heures après midi, on place la malade horizontalement en travers du lit, on tient les genoux écartés, et l’on vide la vessie et le rectum. « Je tentai, ditM. Sauter, d’abaisser F utérus avec mon doigt, agissant comme un crochet; mais les fongosités se déchirèrent et saignèrent sans que la matrice s’abaissât : il fallut y renoncer. J’introduisis alors l’index et le médius gauches sous le pubis jusqu’au cul-de-sac du vagin; je glissai entre les deux doigts un couteau convexe , arrondi par le bout, à manche long et fixe, avec lequel je coupai le vagin sous l’utérus , faisant immédiatement pénétrer mon doigt dans l’ouverture, que j’achevai tout autour du vagin ; ce que je fis sans interruption et sans accidens. Pour détruire les attaches latérales, j’introduisis un doigt dans la matrice et la tirai en bas, tandis qu'avec le manche du couteau ou avec l’index droit je déchirai le tissu cellulaire; mais l’adhérence était si forte que le moyen ne réussit pas. Une masse de fongosité se détacha en partie et
vint faire saillie a la vulve. J’employai alors une pince avec laquelle je saisis la paroi anterieure du col et la tirai, tandis qu’avec le manche du couteau et une spatule en baleine je cherchai a détacher l’utérus de la vessie. Mais plusieurs tentatives furent vaines, la pince échappa , emportant avec elle une portion de la tumeur.
L’opération durait depuis une demi-heure. Je renonçai à toute espèce d’abaissement et de séparation, et je me décidai à couper net au dessus de la matrice. Pour cela j ‘'introduisis deux doigts de la main gauche entre la vessie et la matrice; je conduisis entre eux ]e scalpel ; je saisis, avec Findex recourbé, une portion du tissu cellulaire que je coupai près de Futérus, jusqu’à ce que mes doigts parvinssent dans Fabdomen ; ensuite peu a peu, je coupai le péritoine en avant, en haut, et jusqu’aux attaches latérales les plus élevées. J’introduisis alors toute la main gauche dans le vagin, et je pénétrai ainsi dans l’ouverture du péritoine, oîi je détruisis de chaque côté les attaches latérales et détachai les ovaires , les ligamens, etc.; je saisis ensuite la matrice au dessous de son fond, et je cherchai a la renverser. Pendant cette tentative, la malade , irritée par ma main et par les douleurs, poussa très-fort. Je sentis alors les intestins se presser sur ma main, et se précipiter dans le vagin; je fus obligé de les repousser dans l’abdomen; je ressaisis la matrice, la malade se raidit de nouveau , et la même chute des intestins s’opéra. Je revins à la charge une troisième fois,
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tandis qu’un aide refoulait en haut les intestins et comprimait l’abdomen au dessus du pubis ; je réussis alors a renverser la matrice, et à amener son fond jusqu’au bord des grandes lèvres ; les intestins la suivirent et remplirent le bassin ; un aide les retint , au moyen de trois doigts introduits par la vulve. Pendant ce temps, je détachai avec l’instrument tranchant la paroi postérieure et les attaches latérales , ce qui se fit aisément et sûrement. Je replaçai les intestins dans leur situation naturelle , et les y maintins avec un gâteau de charpie sèche, destiné à les garantir de l’air, et des styptiques (alun). La femme fut mise dans une position horizontale quelle garda ; la malade ne perdit qu’ environ une livre et demie de sang. »
Après l’opération sueur froide , douleurs d’estomac (vin, éther, teinture d’opium), sensation brûlante dans le vagin.
29. Faiblesse , pouls petit , écoulement d’un liquide séreux par la vulve , trois vomissemens , sommeil, soif ardente , transpiration, chaud.
30. Vagin en contact avec l’alun , sec et rude au toucher , vomissemens , abdomen douloureux , tympanisé , urines involontaires ( potion composée de teinture d'opium , liqueur d’Hoffmann, liqueur de corne de cerf succinée , eau de menthe et mucilage de gomme arabique).
31 . Nourriture , décoction de quinquina avec éther acétique , injection avec une décoction de saulë et la teinture de galbanum.
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6 mars. La malade s’assied sur son lit, sans se plaindre de la moindre sensation ; le péritoine paraissait consolidé en forme d’entonnoir ; urines volontaires.