‹ Du cancer de la matrice, de ses causes, de son diagnostic et de son traitementChapitre 6 sur 36 · DESCRIPT . GÊNER. DU CANCER UE LA MATRICE · texte numérisé non relu

DESCRIPT . GÊNER. DU CANCER UE LA MATRICE

néale dans les cas de prolapsus : lorsqu'il s^agit seulement, pour provoquer F explosion de la maladie , de donner l'impulsion au principe morbide qui la constitue, la circonstance la plus indifférente en apparence , et qui ne produirait aucun effet sur une constitution et un organe sains, suffit pour remplir cet office. Aussi doit-on soustraire l’utérus, autant que possible, a Faction de toutes ces causes , et redoubler de surveillance lorsqu’elles menacent cet organe chez une personne qui offre quelques unes des prédispositions que nous avons signalées.

Description générale du cancer de la matrice .

Pour mettre de l’ordre dans F énumération des symptômes du cancer de la matrice, sur lesquels on puisse baser le diagnostic propre et différentiel de cette maladie , nous sommes forcé d’établir idéalement quelques divisions dans l’ordre de leur développement.

Nous avons désigné sous la dénomination de prédisposition la condition organique du développement du cancer. Nous devons rechercher maintenant les signes, s’il y en a , auxquels on peut reconnaître cette condition , sans laquelle il ne saurait exister de véritable cancer. Cette recherche serait féconde en résultats utiles pour les malades , si elle pouvait conduire a la découverte de l’état rudimentaire de la maladie , si elle donnait les moyens de saisir ses premières manifestations. Malheureuse-

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ment il en est de la diathèse caneereuse comme de toutes les autres , elle peut pendant un temps trèslong rester latente ; et les signes auxquels il est possible de la reconnaître, dans les commencemens de son évolution , sont si vagues , si indéterminés , si peu significatifs , qu’elle échappe a l’observateur le plus attentif. Un tact fin et exercé donne seul la faculté de porter un jugement sur l’état présent, et de former quelques conjectures sur l’avenir d’une femme qui éprouve quelques légers prodromes du cancer utérin. La difficulté d’établir sur des signes de quelque valeur l’existence de cette prédisposition est telle , cpie nous n’avons trouvé dans aucun auteur les moyens de déchirer le voile épais dont elle s’enveloppe. Tous les symptômes qu’ils décrivent appartiennent a la maladie naissante ou a la maladie déclarée , mais ils n’en citent aucun qui puisse donner l’idée de l’état morbide de l’utérus qui précède immédiatement ses désordres appréciables a nos sens. L’admission de la diathèse est donc jusque-la un article de foi médicale , qu’il ne répugne pas à la raison d’admettre , puisque l’observation de tous les temps a constaté ses conséquences constantes , inévitables , et qui lui servent de preuves suffisantes.

Les premiers symptômes du cancer utérin échappent a la sagacité du médecin. Le plus ordinairement il n’est point appelé a les constater , et si quelques femmes le mettent dans la confidence des dérangemens légers qu’elles éprouvent , elles s’y

prennent de manière à laisser son esprit dans le vague et son jugement incertain.

Nous allons indiquer toutefois quelques uns des signes qui peuvent faire soupçonner et craindre une affection cancéreuse de F utérus. Nous examinerons ensuite les symptômes plus caractéristiques de la maladie ; nous exposerons enfin ceux qui ne laissent aucun doute sur sa nature. Nous terminerons par un aperçu général sur le diagnostic différentiel a établir entre le cancer utérin et les diverses maladies qui pourraient être comparées et confondues avec lui

L’époque critique est celle de la vie delà femme où le cancer se montre le plus souvent. Néanmoins on T observe fréquemment avant la cessation des règles , et quelquefois dès leur apparition. Il n’est pas rare non plus de le rencontrer dans F âge le plus avancé. Ses premiers symptômes sont généralement très-obscurs ; ils peuvent appartenir a toute autre maladie de l’utérus ; ils n’ont rien de spécial. L’erreur dans laquelle ils peuvent induire est d’autant plus facile , qu'ils ne sont point constans , et que la maladie peut exister, marc lier, atteindre meme un degré avancé , sans qu’aucun indice ait du la faire soupçonner. Les dérangemens que les femmes éprouvent sont quelquefois si légers, qu elles n’en tiennent pas compte ; elles les subissent pendant long-temps avant de consulter. D’autre part, le médecin consulté trouve une si grande analogie entre ces dérangemens et ceux si ordinaires a la santé des femmes , qu’il ne leur donne pas toujours Fat-

tention qu’ils méritent. Et lors même que son esprit serait frappé par quelque circonstance insolite capable de lui faire soupçonner la nature véritable de la maladie , il n’aurait aucun moyen , dans cette première période , d’éclairer ses doutes. 11 n’est point de médecin répandu qui ne puisse se dire : j’ai soupçonné dans telle femme l’existence d’une affection cancéreuse qui ne s’est point développée, et j’ai vu le cancer marcher rapidement chez telle autre femme qui n’avait offert aucun de ses symptômes précurseurs.

C’est qu’en effet on est tout étonné de rencontrer des femmes qui jouissent en apparence de tous les attributs d’une santé florissante , et chez lesquelles le cancer utérin a néanmoins jeté de profondes et indestructibles racines.

Nous nous rappelons a ce sujet une femme de quarante et quelques années, qui vint nous consulter pour un écoulement vaginal. Cet écoulement était tellement fétide qu'il infecta Pair de notre appartement pour plusieurs heures. Au toucher, le doigt plongea dans une masse putrilagineuse qui occupait la place du col , et il pénétra profondément dans le corps de la matrice, a travers une espèce de bouillie cancéreuse, sans exciter de douleur. Cette malheureuse , vouée a une mort certaine et peu éloignée , ne se doutait nullement de la gravité de sa position, et nous n'aurions pu nous-même nous en former une idée si notre examen s^était borné à l’aspect extérieur, qui ne présentait absolument rien d alar-

mant, cette malade conservant de l’embonpoint, de la fraîcheur, et n’accusant aucune souffrance. Elle faisait remonter à un an environ l’écoulement sanieux purulent quelle éprouvait; mais elle nous apprit que depuis plusieurs années elle était sujette a des pertes d'ùaupar la matrice, à des écoulemens de sang irréguliers et a des dérangemens dans les fonctions digestives. Attribuant ces légers accidens à l’âge critique, elle ne leur avait donné aucune attention. Au bout de quelques mois , elle était parvenue au dernier degré de cachexie cancéreuse.

M. Lisfranc (1) rapporte une observation â peu près semblable dans ses cours. « Je fus appelé, dit ce professeur, auprès de la femme d’un artiste lyrique; cette dame, jeune encore, était fraîche et brillante , et pouvait passer pour une des plus belles femmes de Paris. M. le professeur Moreau, qui l’avait déjà examinée, désirait avoir mon avis. Je la touchai; l’utérus, réduit en putrilage , n’offrait qu’un bourbier fétide où le doigt s’enfoncait ; il n’y avait plus de ressource. Quelques mois après, la malade avait succombé. »

Les irrégularités dans le flux menstruel sont ordinairement les premiers symptômes qui se présentent chez les femmes encore réglées. Ce sont des retards plus ou moins prolongés ou des retours fréquens des règles , quelquefois un écoulement sanguin continuel pendant plusieurs mois et même des

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années; ou bien il se manifeste des pertes effrayantes. Passé Page critique, ce sont des retours de Fécoulement du sang , quelquefois périodiques pendant quelques mois , le plus souvent irréguliers et ayant lieu à Poccasion de quelque impression morale vive. Des flueurs blanches alternent avec le flux sanguin, ou, se mêlant au sang, elles lui donnent une couleur pâle ; ou elles sortent sous forme d’un mucus épais qui provient de la cavité utérine et qui se trouve mélangé â quelques stries de sang , avec lesquelles il n’est point confondu. Les premiers symptômes ont lieu sans douleur , à moins qu’elle ne soit réveillée par la marche , par la position debout prolongée ou par l’usage d’une voiture cahotante. Il s’y joint alors quelques tiraillemens pénibles dans les aines et la sensation d’un ^poids incommode sur le fondement. Quelques femmes éprouvent dans les parties génitales un prurit voluptueux qui leur fait désirer le commerce des hommes. Ce symptôme s1 observe parfois â une époque même avancée de la maladie. Le coït détermine une douleur sourde et légère; quelquefois il n’en détermine aucune. Nous avons cru observer que lorsque cette douleur était très-aiguë , lorsqu’elle se prolongeait et faisait redouter les approches conjugales , elle dénotait plutôt des inflammations ou des ulcérations simples du col de l’utérus qu’une affection cancéreuse. Il en est de même de quelques gouttes de sang qui s’échappent parfois après le coit et qui prennent leur source dans l’une ou

l’autre lésion ; ce symptôme perd par la sa spécialité.

C’est dans cette première période de la maladie que les femmes éprouvent quelques sensations douloureuses dans les seins, qui deviennent durs et volumineux ; un malaise inexprimable qui ne leur permet pas de garder un seul instant la meme position; une répugnance insurmontable pour les alimens; une mélancolie profonde, des douleurs vives et passagères dans diverses parties du corps; en un mot, un trouble singulier de toutes les fonctions, dont la manifestation de la maladie vient enfin donner F explication.

Le toucher et le spéculum sont de peu d’utilité dans ces commencemens de la maladie. Leur usage sert seulement a éclairer par des signes négatifs relativement au cancer et en permettant de distinguer ceux qui pourraient appartenir a d’autres lésions qui ne sont pas et ne deviennent pas cancéreuses.

Ce n’est ordinairement qu après avoir éprouvé pendant un temps plus ou moins long ces diverses altérations dans leur santé que les femmes se décident a consulter un médecin. Le plus souvent alors la maladie est parvenue a son second degré.

Quelquefois, au lieu de suivre sa marche , la maladie s’ arrête et reste stationnaire a cette première période, pendant un temps plus ou moins long, j usqu’à ce qu’une nouvelle cause organique ou accidentelle lui donne de nouveau l’impulsion et lui fasse faire des progrès rapides.

Les ëcoulemens blancs augmentent ; ils sont parfois séreux ou mélangés de rouge ; les pertes deviennent plus fréquentes et plus abondantes ; les douleurs commencent à se faire sentir vers l’utérus, elles sont plus fortes et plus constantes dans les ligamens ronds et larges et vers les lombes , dans le gros des fesses, le long du trajet des nerfs cruraux et sciatiques , ou elles peuvent être prises pour des névralgies. L’utérus , augmenté de poids et de volume par l’afflux des liquides, tandis que, par la même cause , ses ligamens suspensuers se relâchent , se rapproche du périnée ou bien son col se porte en arrière et appuie sur la cloison recto-vaginale par suite d’une légère antéversion. La marche et la position debout augmentent les douleurs des lombes et des aines et celles de F utérus même par les frottemens que son col éprouve sur le périnée ou le rectum. Si Ton exerce une pression par l’hypogastre sur la matrice, on détermine une gêne sur le fondement, et une augmentation des douleurs qui se propagent dans les aines , dans les cuisses et la région du sacrum.

Le toucher pratiqué à cette période fait reconnaître une augmentation de poids et de volume de l’utérus, qui a â peu près les dimensions qu’il présente â six semaines de gestation ; si la maladie affecte le corps primitivement , ce qui est très-rare , et que le col soit sain , cette dernière partie se présente à l’état normal, tandis qu on reconnaît avec le doigt a travers la cloison vaginale ou en touchant par le rectum, la seconde main étant appliquée sur l’hy-

pogastre, l’hypertrophie des parois du corps, leurs inégalités et le degré de leur sensibilité.

Le toucher peut induire en erreur lorsqu’il existe une antéversion. Le doigt, porté entre le col et la partie antérieure du vagin , trouve la matrice rapprochée de la symplyse du pubis , et sa face antérieure sur laquelle le doigt repose paraît dure, volumineuse, hypertrophiée, tandis qu’il n’en est rien; en portant le doigt à la partie postérieure du col et en ramenant Futérus dans sa direction naturelle , Fillusion se dissipe , et l’engorgement prétendu de la face antérieure du corps disparaît. Le col dans ce cas est entr’ ouvert; mais sa circonférence n’offre point de traces d’altération. Il livre passage a un écoulement muqueux purulent, qui varie singulièrement pour la quantité , la consistance et la couleur. Le caractère le plus significatif de F écoulement c) est lorsqu’il est séreux, clair et souillé parfois de quelques stries de sang. Souvent l’écoulement manque complètement.

Si la maladie occupe en même temps le corps et le col de la matrice , indépendamment des symptômes ci-dessus, le toucher indique ceux de la lésion du col. Le plus souvent le col seul est malade , et ce n’est qu’a une période avancée de la maladie qu’elle s’étend au corps et aux parties environnantes.

Nous devons prévenir qu’en poursuivant l’examen des symptômes du cancer utérin , nous les considérerons toujours comme l’expression d’une seule et

même lésion , quelle que soit la diversité des formes sous lesquelles elle pourra se montrer. En faisant de ces formes variées , qui doivent être rapportées au même principe, autant d'espèces différentes, essentiellement distinctes les unes des autres , on s’est éloigné de l’unité organique qui caractérise toutes ces variétés à leur point de départ ; on a créé des entraves à la pratique , et des complications à la théorie, sans utilité réelle pour l’art de guérir. L’excellent ouvrage de M. Duparcque n’est pas a l’abri de ce reproche , le seul peut-être un peu sérieux que nous puissions lui adresser.

Lorsque ces variétés de forme se présenteront dans le cours de notre description , nous les signalerons eii les appuyant , toutes les fois que cela nous sera possible , d’un exemple propre a les faire reconnaître.

Lé scjuirrhe , que nous considérons comme un des degrés du cancer, est un des états pathologiques du cancer utérin qu’il est le plus difficile de distinguer d’autres lésions anatomiques de cet organe , qui ont avec lui la plus grande analogie , et qui s’observent à la suite de ses phlegmasies chroniques. Il se manifeste au début sur un point très-limité , sous la forme d’un petit pois dur, qui augmente plus ou moins rapidement de volume , et présentant une surface inégale et bosselée , ou s’observent déjà quelques élancemens caractéristiques» Les points squirrheux se multiplient sur l’une et l’autre lèvre ; ils forment dans la circonférence de l’orifice un bout-

relet dur et inégal. Ils occasionent jusque-là peu de douleur, et le toucher n’en réveille presque aucune. Plus tard les tissus environnans passent a Y état d’inflammation , se boursouflent et remplissent les enfoncemens qui séparent les tubercules. La surface du col , plus volumineuse , reprend son poli et son nivellement ; mais elle perd son insensibilité. Le toucher excite alors des douleurs plus ou moins vives , qui doivent être attribuées a l’inflammation additionnelle. C’est alors aussi que la substance cérébriforme s’infliltre , lorsqu’il en existe , dans les tissus aréolaires, ou se présente par masses , et que commence le ramollissement des tumeurs. La marche de ce ramollissement n’est pas la même dans toutes ; les unes sont déjà ramollies presque complètement , d’ autres le sont légèrement , tandis que sur quelques points la dégénération semble être encore a son état de crudité. S’il n’existe qu’un seul tubercule cancéreux , il n’intéresse d’abord que le tissu qui l’avoisine , et il n’occupe qu’une partie du col , la lèvre antérieure ou la postérieure , ou son orifice , et il offre sur ce point les caractères que nous venons de signaler, et qui font contraste avec le reste du col encore sain. La maladie peut parcourir toutes ses périodes , et a l’autopsie on trouve les désordres qu’elle a produits renfermés dans les limites étroites qu elle occupait ; ou bien, sans envahir un plus grand espace de l’utérus, elle a jeté de profondes racines sur des organes plus ou moins nombreux et plus ou moins éloignés du point de départ.

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Le cancer formé par F altération cérébriforme est celui qui se présente le plus rarement dans les engorgemens squirrheux de l’utérus. La présence de cette matière, soit infliltrée , soit réunie en masse dans ces engorgemens , accélère le ramollissement , l’abcédation et F exulcération de la tumeur cancéreuse , et la fait ainsi passer plus rapidement de l’état d’engorgement simple en apparence, à l’état de cancer confirmé (1).

Le ramollissement de la matière cérébriforme n’est pas la seule circonstance qui donne au toucher la sensation d’une tumeur molle et dégénérée. Une congestion sanguine , une infiltration du sang dans la tumeur squirrheuse , par suite de l’altération et du détritus des vaisseaux sanguins , produisent un effet analogue. Cette dégénération est marquée par la couleur bleuâtre de la tumeur et par l’exsudation d’un sang noir de sa surface.

Ce ramollissement , parvenu au point de former une matière homogène, pulpeuse, sans traces d’organisation , ne tarde pas à rompre les parois du kyste dans lequel cette matière est renfermée. Il s’établit alors une ulcération profonde , â bords découpés et renversés , qui constitue le troisième degré du cancer, sur lequel nous ne tarderons pas de revenir.

Si , à F instar du cancer des mamelles , le cancer de l’utérus était formé le plus souvent par la matière cérébriforme , nous aurions peu de chose à

(1) Duparcque , ouv. c,, p. 392.

ajouter à ce que nous venons de dire sur la marche de cette dégénération inorganique. Mais la marche de cette maladie, dans ce dernier organe, diffère généralement de celle qu’elle suit dans le sein. Presque constamment le cancer utérin procède de la surface extérieure de l’organe a ses tissus sous-jacens. Au lieu de finir par l’ulcération superficielle , c’est par elle qu’il commence , et c’est ce qui a donné dans ces derniers temps une si grande importance a l’étude de ces ulcérations , dans lesquelles des praticiens habiles ont cru voir le point de départ de tous les cancers de la matrice. Cette généralisation est une erreur. L’ulcération est le premier symptôme local du cancer de la matrice dans la généralité des cas : cela est vrai ; mais pour qu’elle soit un symptôme du cancer , il faut que déjà le cancer existe. Autrement elle est le symptôme d’une simple phlegmasie de la muqueuse , si différente dans sa marche et sa terminaison.

Les mêmes difficultés, qui empêchent souvent de distinguer le squirrhe des indurations simples de la matrice , se présentent quand on veut établir la ligne de démarcation qui sépare les ulcérations cancéreuses du col de la matrice des ulcérations d’une étiologie différente. Ces ulcérations primitives, cancéreuses ou non, se présentent sous le même aspect : la simple érosion de la membrane muqueuse. Ce n’est qu’ après une durée plus ou moins longue qu'elles commencent a se dessiner par des traits particuliers qui leur sont propres.

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Lorsque F ulcère cancéreux paraît sans avoir été précédé de l’engorgement squirrheux du col , les malades éprouvent des douleurs peu vives; c’est une sensation agréable plutôt que pénible qu’elles ressentent , une espèce de prurit qui les excite au coït. L’ulcère n’est accompagné ni de gonflement considérable , ni d’endurcissement profond ; sa surface est recouverte d’une couche grisâtre , comme inorganique , qui se détache et se renouvelle sans cesse. Il s’étend plus tard dans le tissu sous-jacent et aux parties environnantes. Il affecte plus fréquemment la lèvre postérieure et l’orifice du col , que la lèvre antérieure. Si on l’absterge au moyen des injections OU d’un bourdonnet de charpie , son fond , peu douloureux -, paraît d’un blanc grisâtre ; ses bords, inégalement découpés , sont légèrement indurés et résistans. L’aspect grisâtre de sa surface paraît dépendre de l’infiltration de la matière cérébriforme dans les mailles superficielles du tissu cellulaire.

Abandonnée à elle-même , cette ulcération s’étend en surface et en profondeur. Traitée convenablement , par les cautérisations surtout , elle se cicatrise pour reparaître bientôt après sur la cicatrice même, ou sur ses limites avec les parties saines, ou Sur tout autre point du col. Traitée de nouveau , elle disparaît encore , mais pour se reproduire avec la même persévérance que l’on met â la combattre. Elle finit par triompher des efforts de la thérapeutique et par conduire sa victime au tombeau. Cette opiniâtreté de la maladie â se reproduire sans cesse

est le trait caractéristique de sa nature , elle est la preuve incontestable de la diathèse , dont elle dé-

La marche de cette ulcération est beaucoup plus lente que celle de l1 ulcère qui succède a un engorgement squirrheux ramolli. Dans ce dernier cas , la maladie a déjà fait de grands ravages ; elle a jeté des racines profondes ; elle a altéré l’organisme lorsque l’ulcération vient la mettre dans tout son jour. Cette ulcération elle-même a d’emblée tous les traits caractéristiques du cancer confirmé. Aussi ne laisset-elle aucun doute sur sa nature et sur ses conséquences.

Que l’ulcère cancéreux ait été précédé de l’engorgement squirrheux et de son ramollissement, qu’il ait occupé de prime abord la surface libre dtt col utérin , dès qu’il a résisté au traitement , il fait des progrès rapides et uniformes qui ne permettent bientôt plus de distinguer la manière dont il a procédé au début de sa manifestation*

Dans cette troisième et dernière période , se§ bords , déchirés , indurés , saignans , se renversent ; de son fond , de toute sa surface , s’élèvent des bourgeons fongueux , mollasses , saignant au plus léger contact et fournissant un ichor putride d’une odeur infecte , analogue a celle de la pourriture d’hôpital plutôt qu’à toute autre odeur ; quelquefois , au lieu de ces végétations qui s’élèvent en forme de champignons , on remarque une destruction profonde et étendue de tous les tissus. Le col a disparu, ou il est

confondu dans un détritus complet de tous ses tissus ; ou bien Pulcération , rompant primitivement Porifice utérin , a rongé , détruit , réduit en putrilage les parois de cet orifice , celles du col et du corps même de Putérus ; elle a reçu alors le nom de cancer térébrant. Le doigt , introduit dans cet orifice infect , pénètre sans difficulté dans la cavité utérine , et on Pen retire couvert d’une sanie purulente a odeur repoussante. Et , chose remarquable , toutes ces perquisitions , qui ne se font pas sans effusion de sang et sans augmenter les écoulemens purulens , ne provoquent en général aucune douleur.

Quelquefois la désorganisation gagne les parois utérines , les ramollit, les perfore, et établit ainsi une communication entre la cavité utérine et la cavité péritonéale. Elle attaque les parois du vagin , surtout a son insertion autour du col , les cloisons vésico-vaginale ou recto-vaginale , les corrode , les détruit; et les urines et les matières fécales viennent se mêler et se confondre avec la matière cancéreuse qui coule sur les parois indurées et corrodées du conduit vaginal. La vulve elle-même présente une induration de son tissu et des coarctations qui resserrent son orifice et rendent Pintroduction du doigt difficile. Nous avons vu le cancer s’étendre aux trompes et aux ovaires, aux ganglions lymphatiques du bassin , en produire la tuméfaction , le ramollissement , l’abcédation , et le pus se faire jour, tantôt par la matrice , tantôt par le rec-

tum , et ces évacuations purulentes avoir lieu autant de fois que de nouveaux tubercules se formaient et parcouraient leurs périodes jusqua F abcèdation.

De ces chairs fongueuses et putrides découle du sang noir , se détachent des caillots de sang putréfié, des lambeaux de chair ramollie. Quelquefois la matière fournie par l’ulcère ressemble a de la lie de vin. Enfin l’érosion des vaisseaux , qui ne se fait qu’en dernier lieu, cause des hémorrhagies abondantes et qu’aucun moyen ne peut réprimer. Ces hémorrhagies quelquefois soulagent les malades des horribles douleurs qiFelles éprouvent. Nous en avons vu qui désiraient leur retour , sans être arrêtées par la crainte de Faffaiblissement dans lequel ces grandes pertes de sang les j ettent . Elles ne voyaient que le soulagement momentané ; et pour quelques unes la satisfaction de voir avancer par la le terme de leur déplorable existence , est vive et sincère.

Des envies continuelles de rendre les urines et les excrémens tourmentent les malades et ne leur laissent de repos ni jour ni nuit. La sortie de ces matières est accompagnée d’un sentiment d’ardeur brûlante dans le canal de l’urètre ou sur le fondement. C’est sur ce dernier point que quelques malades rapportent toutes leurs souffrances ; elles croient que leur maladie est dans le rectum.

Lorsqu’il y a un prolapsus de l’utérus et cjue le cancer se développe dans cette position , il s’établit entre l’organe et les parties environnantes des adhérences internes et multipliées , de sorte que le

doigt est arrêté au-delà des grandes lèvres par une masse cancéreuse qui bouche l’entrée de la vulve, et l’empêche d’aller plus loin. D’énormes tubercules , séparés par des anfractuosités profondes, se présentent , les uns à l’état d’induration , les autres ramollis , quelques uns en pleine suppuration , et le doigt cherche en vain au milieu de ce désordre le eolet l’orifice de l’utérus : ils ont disparu dans cette confusion générale de tous les tissus. Cette masse est quelquefois si volumineuse, qu elle gêne, par sa pression sur le col de la vessie et sur le rectum, l’excrétion des urines et des matières fécales. Les malheureuses femmes , indépendamment des douleurs violentes qu’elles éprouvent , sont encore tourmentées par des besoins infructueux d’uriner et d’aller à la selle, il faut les sonder , il faut solliciter artificiellement les évacuations alvines. Ces opérations, toujours nécessaires et répétées sans cesse, ajoutent encore à leurs tournions .

Le vagin , la vulve , le périnée et l’anus participent souvent à la maladie dans ce dernier degré de l’affection cancéreuse ; c’est pour la malade une aggravation de souffrances qui les rend intolérables. Si la mort venait du moins promptement mettre un terme à cette horrible position ! mais ce bienfait se fait encore attendre long-temps. Des mois entiers se passent avant que le dernier terme de la cachexie cancéreuse amène l’extinction totale de la malade.

Dès la seconde période du cancer de la matrice apparaissent quelques symptômes généraux , d’a-

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bord peu significatifs , mais qui le deviennent de plus en plus, au fur et a mesure des progrès de la maladie. Les douleurs sont d’abord vagues et sans siège fixe. La malade les ressent dans les aines, dans les cuisses , dans le trajet parcouru par les nerfs sciatiques, puis dans les intestins et dans l’estomac, où elles s’accompagnent de trouble et de dérangement dans les fonctions digestives ; ces douleurs nerveuses déterminent des céphalalgies violentes , des palpitations quelquefois assez fortes et assez soutenues pour faire croire a une maladie du cœur. Lorsque les progrès du squirrhe ou de l’ulcération cancéreuse ont amené l’inflammation des tissus environnons , ces douleurs se localisent et se concentrent en quelque sorte sur T utérus , et elles s’irradient de la dans sesligamens ronds et larges, ou bien elles prennent plus d’intensité dans les organes où elles existaient déjà. Quelquefois les douleurs utérines , dès cette époque, deviennent atroces. Elles ne laissent aucun repos a la malade et elles hâtent son dépérissement et les progrès de la maladie au point de la faire parvenir a son terme fatal bien avant Fépoque de la dégénération complète des tissus. Quelquefois même cette terminaison a lieu très-rapidement en peu de jours , par le fait seul de l’exagération des douleurs. C’est donc dans tous les cas un symptôme grave, lors même qu’il ne serait pas celui qui rend la maladie surtout insupportable. Il arrive néanmoins quelquefois, comme nous l’avons déjà fait observer, que la douleur manque ou est tellement insignifiante,

que les malades n’en tiennent aucun compte et qu’elles restent dans une sécurité fatale sur leur état, dont rien ne leur révèle la gravité. C’est dans ce cas que la marche du cancer est surtout insidieuse et qu’il a fait des progrès funestes au moment ou le médecin est consulté.

Il n’est pas possible qu après avoir éprouvé des troubles aussi multipliés dans l’innervation, l’organisme ne se laisse pas pénétrer par l’infection qui s’exhale du vaste foyer de putréfaction que présente le cancer ulcéré.

L’altération dans l’organisation se remarque quelquefois dès la seconde période de la maladie , avant qu’on puisse l’attribuer à la résorption d’aucune matière cancéreuse qui n’ est pas encore formée , et par le fait seul du trouble des fonctions assimilatrcies et sensoriales. Les malades perdent F appétit, leurs digestions sont pénibles et lentes ; elles ont des goûts bizarres; tantôt du dévoiement, tantôt delà constipation, accompagnés de petites coliques. Bientôt elles perdent leur fraîcheur, leur peau devient d’ûn blanc terne tirant sur le jaune-paille; elles maigrissent ou quelquefois , au contraire , elles semblent prendre plus d’embonpoint ; mais cet embonpoint est sans fraîcheur , il tient plutôt de l’infiltration séreuse que de F accumulation de la graisse dans les tissus aréolaires; chez quelques unes le ventre se gonfle , et s^il survient quelque dérangement dans la menstruation , elles soupçonnent un commencement de grossesse , à laquelle elles attribuent

les dérangemens survenus dans leur santé. Nous avons vu plusieurs fois cette erreur entretenir dans une funeste sécurité , pendant plusieurs mois , des femmes cpii , se croyant enceintes , ne donnaient à leur santé aucun des soins quelle exigeait impérieusement. Consultant enfin sur une prétendue grossesse que le développement du ventre contribuait à rendre probable , on trouve la matrice tuméfiée par les progrès d une affection cancéreuse déjà avancée. A ces motifs d’inquiétude viennent se joindre quelques élancemens rares dans le bas-ventre et sur le fondement , qui les aggravent.

Après un temps plus ou moins long de l’existence de ces symptômes , l’organisme, déjà profondément affecté , se trouve privé de sa puissance de réaction dont il aurait besoin pour résister a l’absorption de Pichor putride du cancer et à l’infection générale qui doit en résulter. Là commence la cachexie cancéreuse que nous avons soigneusement distinguée de la diathèse. Celle-ci est la disposition spéciale de l’organisme, celle-là résulte du dernier terme de cette disposition développée spontanément ou mise en jeu par des causes diverses; l’une est cause , l’autre est effet ; l’une et l’autre représentent un état morbide général dans ses degrés extrêmes , son point de départ et son dernier terme. La diathèse et la cachexie ne sont point des entités morbides ; elles représentent une manière d’être toute particulière de l’organisme : la première, dans son état élémentaire; la seconde, dans son dernier degré de décomposition.

La cachexie est la viciation générale des solides et des liquides. Cette viciation, préparée parles développemens de la maladie, s’accroît rapidement par la résorption de l’ichor cancéreux. Nous sommes loin toutefois de faire jouer à cet ichor le rôle que T humoriste Peyrilhe lui attribuait. Nous sommes bien convaincu que , de meme cpie les veines pompent , pour ainsi dire , la suppuration dans les abcès ou elle se forme et la transportent dans des organes éloignés , de meme aussi elles peuvent puiser dans les vastes foyers cancéreux la matière putrilagineuse qui les remplit, la charrier dans le torrent circulatoire et porter ainsi dans tous les organes des matériaux viciés et impropres à leur entretien , comme à T entretien normal de leurs fonctions. Mais nous sommes aussi forcé de reconnaître que la cachexie cancéreuse peut s’établir et parcourir toutes ses périodes sans F intervention de cette infection humorale , puisqu’on la voit se développer dans quelques cas de cancers secs sans ramollissement , sans suppuration, et sous la seule influence des douleurs et de la fièvre hectique qui les accompagnent. Quoi qu’il en soit de la manière dont se développe cette altération générale de F organisme qui constitue la cachexie, lorsque les femmes y sont parvenues, elles offrent le tableau douloureux du dernier degré des misères humaines. Leur peau sèche , écailleuse , noirâtre aux extrémités, d’un jaune verdâtre sur tout le corps, est terreuse et collée sur les os; les yeux enfoncés , le nez effilé , les lèvres décolorées , les

dents fuligineuses donnent a leur figure un aspect cadavérique ; quelquefois il y a de la bouffissure et de l'oedème aux extrémités, qui gagne les cuisses etle bas-ventre , des selles colliquatives ou une constipation opiniâtre , des vomissemens porracés , des douleurs atroces , non seulement dans l’organe principalement affecté , mais encore dans les articulations, dans le périoste et le tissu profond des os. Enfin la fièvre hectique, les insomnies, des souffrances intolérables , et quelquefois des hémorrhagies abondantes viennent mettre un terme a cette horrible existence.

Nous terminerons l’esquisse de ce tableau par le fait suivant de dégénération cancéreuse générale , rapporté al’ Académie de médecine par M. Sanson , et inséré dans le numéro du 1er mars 1834 de la Gazette médicale .

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