‹ Du cancer et de ses caractéres anatomiquesChapitre 30 sur 39 · V. COR NIL · texte numérisé non relu

V. COR NIL

restreinte. C’est habituellement par hasard qu’on les trouve dans les nécropsies, car elles ne se révèlent que bien rarement par des symptômes durant la vie. Nous avons pu en observer personnellement une vingtaine d'exemples, tant dans les autopsies que nous avons faites que dans les pièces présentées à la Société anatomique.

Ces tumeurs sont en général petites ; elles varient du volume d’un petit pois à celui d’une noisette. Les cas où elles sont plus grosses sont très-rares. Elles sont uniques ou multiples. Leur forme est sphérique ou aplatie, ou ovoïde, ou plus ou moins bosselée. Leur consistance est molle, et lorsqu’on a ouvert leur capsule fibreuse, assez mince, ilest facile de les écraser et elles donnent entre les doigs la sensation de la terre glaise, d’où leur nom de gliome. Bien qu’elles puissent causer la mort par les lésions de voisinage qu’elles occasionnent, elles sont bénignes en ce sens qu’on ne les a jamais vues infecter les ganglions lymphatiques ni se généraliser. Lorsqu'on les dilacère en les agitant dans l’eau, on obtient un réseau vasculaire très-riche, mais il n’y a pas de trame de tissu conjonctif, ce qui explique leur extrême friabilité.

À l’examen microscopique, le liquide laiteux obtenu par la dilacération de la tumeur montre des éléments que Lebert a pris pour des cellules fibro-plasliques. Ce sont en effet des éléments très-longs et minces possédant à leur centre un noyau ovoïde pourvu de nucléole. Mais ce serait une erreur de croire avoir affaire à des éléments fibroplastiques. En regardant avec attention, à un fort grossissement, surtout lorsque la préparation est colorée par Eiode ou par le carmin, il est facile de s’assurer que ce sont des lamelles d’épithélium polygonal extrêmement minces, plus longues que larges. C’est ce qui résulte des travaux de Virchow (1), de Robin (2), de Bouchard (3), et de nos propres observations.

Ces cellules semblent être des corps fusiformes lorsqu’on les examine de profil, mais vues de face, il est indubitable que ce sont des cellules épithéliales analogues à celles de la surface interne des veines. Ces éléments sont souvent agglomérés à la façon des globes épidermiques, et particulièrement comme les amas épithéliaux qu’on rencontre

(1) Virchow, Archiv fur pathologische Anatomie , t. VIII, p. 371.

(2) Dictionnaire dit de Nysten , 12e édition. Paris, 1865.

(3) Bouchard, Bulletin de la Société anatomique , 186Æ.

souvent dans le thymus des enfants. En outre, il existe habituellement dans ces mêmes tumeurs des cellules exactement sphériques et vésiculeuses, possédant un noyau arrondi ou ovoïde. Il paraît probable que les cellules polygonales proviennent des cellules sphériques, mais nous ne connaissons pas exactement les modifications dont celles-ci sont alors le siège.

Les adénomes , tumeurs.constituées par l’hypertrophie et l’hypergenèse des glandes, pourraient être confondus avec les diverses espèces du carcinome; aussi devons-nous les étudier dans leurs deux principales espèces: les adénomes des glandes en grappe et ceux des glandes en

tube. ?

Les adénomes des glandes acineuses (mamelle, parotide, glandes salivaires, etc.), ont été parfaitement étudiés par Cruveilhier, Lebert, Velpeau, etc., nous avons nous-même bien souvent vérifié leur mode de production, qui est le suivant: les culs-de-sac de la mamelle s’hypertrophient; leur épithélium nucléaire passe à l’état pavimenteux (Robin). Ils peuvent acquérir des dimensions colossales et devenir visibles à l’œil nu. Ils sont constitués alors par une membrane hyaline que tapisse une couche d’épithélium pavimenteux; à leur centre, ils contiennent un liquide où nagent quelques cellules détachées des parois et devenues sphériques. Le conduit excréteur du cul-de-sac peut dans certains cas se rétrécir et s’atrophier de telle façon que le cul-de-sac lui-même est

isolé et transformé en un petit kyste. Ces kystes peuvent subir une

sorte d’hydropisie, et acquérir un diamètre de 1 à 10 millimètres, ce qui constitue la variété kystique des tumeurs adénoïdes.

Lorsque les acini sont isolés les uns des autres, et qu’on les étudie sur une coupe de la tumeur, on pourrait croire au premier aspect avoir affaire aux alvéoles du carcinome, particulièrement d’un cancer colloïde.

Mais, à un examen plus approfondi, on reconnaîtra que dans l’adénome, les parois hyalines propres des culs-de-sac ( basement membrane) sont conservées, tandis que dans le carcinome et le cancroïde elles ne tardent pas à disparaître.

Lorsqu’en effet un carcinome se développe dans le sein, l’épithélium contenu dans les culs-de-sac subit des altérations (passage à l’état pavimenteux, formation de noyaux ovoïdes et des grandes cellules), mais bientôt la membrane propre du cul-de-sac est détruite. De plus U ny a

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