X. CORNIL. — DU CANCER
d'analyser d’abord la structure des tumeurs, je dois en esquisser les principaux caractères anatomiques, en les comparant aux hétérotopies épithéliales.
Ces quatre genres sont encore confondus, en Allemagne, sous la dénomination de Sarkome , employée par Albevnethy. Elles possèdent en effet des caractères communs. Elles sont dues d’abord à une hypergenèse ou à une hétérotopie des éléments normaux ; elles sont souvent mélangées ; et il est très-fréquent de voir des tumeurs à myéloplaxes qui contiennent des médullocelles, et des parties constituées par des éléments embryopiastiques ou fibro-pl astiques. En outre, les éléments qui les composent sont cohérents, et unis les uns aux autres par une matière amorphe finement granuleuse, quelquefois fibrillaire. Cette matière, substance fondamentale des anatomistes allemands, peut se liquéfier, et alors les éléments devenant libres, la tumeur se ramollit; mais habituellement on n’observe pas sur une surface de section un suc laiteux comme dans la majorité des tumeurs épithéliales.
Il n’y a pas non plus de trame de tissu conjonctif, et les vaisseaux très-nombreux dans certaines circonstances et variqueux sont en rapport immédiat avec les éléments de la masse morbide; ils ne possèdent qu’une seule tunique extrêmement mince, et semblent même n’être parfois que de simples cavités creusées dans la tumeur.
Leur siège le plus ordinaire est aussi le même. C'est le tissu médullaire, la couche profonde du périoste, et d'une façon générale le tissu osseux, bien qu'on puisse trouver, soit primitivement, ce qui est rare, soit consécutivement, des tumeurs embryopiastiques ou fibroplastiquesdans les viscères.
A l’examen fait à simple vue, elles ne sont pas habituellement aussi bien limitées que les tumeurs épithéliales, elles peuvent se confondre par leur circonférence avec les tissus voisins. Leur couleur est variable : ainsi le tissu embryoplastique récemment formé sera ordinairement gélatineux, semi-transparent, de coloration blanchâtre; il en sera de même du tissu fibro-plastique ; mais à une période plus avancée de leur début, au centre du néoplasme par exemple, on aura une couleur jaunâtre avec opacité, parce que ces parties sont infiltrées de granulations graisseuses. Les tumeurs à myéloplaxes sont habituellement rouges et comme imbibées de sang.
La consistance de ces tissus est aussi variable: tantôt molle, tantôt plus résistante, ce qui tient à l’état d’intégrité ou de liquéfaction de la substance intercellulaire.
Les parties composées de myéloplaxes sont toujours beaucoup plus dures que celles où prédominent les autres tissus. Dans certaines portions ramollies, on peut, bien qu’exceplionnellement, observer un suc plus ou moins trouble, et croire à l’existence d’un encéphaloïde. Cette apparence est due à la formation exagérée d’éléments, accompagnés de la liquéfaction de la substance intercellulaire.
L’examen microscopique doit toujours être fait, et il ne suffît pas de constater des éléments caractéristiques dans un point, il faut étudier toutes les parties de la tumeur qui diffèrent d'aspect. — Ces tumeurs, en effet, ne sont pas toujours simples : elles peuvent se compliquer d’hétérotopie épithéliale (4) (encéphaloïde, tumeurs hétéradéniques, etc...) ou d ’liétéropie cartilagineuse et osseuse. Ces complications sont trèsimportantes à constater, et elles doivent expliquer un certain nombre de cas de généralisation du néoplasme, bien qu’il existe des faits de généralisation de tumeurs purement fibro-plastiques.
On déterminera ainsi l’élément prédominant dans ces tumeurs, s’il est seul ou associé à d’autres. Je ne décrirai pas les cellules fibro-plastiques ni les myéloplaxes, ni les médullocelles, pas plus que je n’ai décrit les diverses formes d’épithélium. Depuis la découverte des éléments de la moelle par Robin, depuis les excellentes descriptions qu’il en a données dans divers recueils (2), nous ne saurions rien ajouter de nouveau à ce sujet. Nous indiquerons seulement les diverses particularités de structure propres à faire distinguer des variétés dans ces tumeurs.
Les éléments fibro-plastiques présentent une disposition presque toujours la même: ou bien ils sont parallèles les uns aux autres, ou bien ils sont disposés en faisceaux réciproquement perpendiculaires. C’est là ce que Rokitansky et la plupart des anatomo-pathologistes allemands appellent le sarkome. C’est la tumeur fîbro-plastique com~ mune (fig. 22).
(1) Virchow appelle l’attention sur le mélange du sarkome avec le cancer dans la dixneuvième leçon de son livre des tumeurs ( Die Icrankhafte Geschiviilste , 1864, t. II, p. 172).
(2) Robin, Journal de V anatomie, 1864, p. 88.