X. CORNIL. — DU CANCER
C'est aussi dans le cas de production de tissu fibro-plastique ou médullaire dans les os qu’on voit partir de la surface osseuse des aiguilles quelquefois très-nombreuses, parallèles entre elles, perpendiculaires ou obliques à la surface osseuse, et constituées par une incrustation ou une ossification vraie de la tumeur.
11 ne peut plus être question aujourd’hui de la bénignité de pareilles productions morbides ; le nombre considérable de tumeurs fibro-plastiques récidivées et, bien que rarement, propagées aux ganglions lymphatiques et généralisées, prouve manifestement qu’elles appartiennent aux maladies appelées cancéreuses en clinique. Nous ne serons pas si affirmatif relativement aux tumeurs myéloïdes, car, si les cas de récidive ont été vus plusieurs fois, nous ne connaissons pas d’exemple de leur généralisation; mais leur tendance à s’accroître et leur répudiation nous semblent des caractères bien suffisants pour les ranger dans le groupe de tumeurs si diverses auxquelles on donne habituellement le nom de cancer.
Les enchondromes doivent-ils entrer dans le cancer? Voici une question que, il y a bien peu de temps encore, les micrographes auraient assurément tranchée par la négative. Et cependant l’accroissement parfois très-rapide des enchondromes, leur envahissement de parties considérables du corps, la possibilité de la récidive, après l’ablation, les avaient fait depuis longtemps considérer comme des tumeurs malignes par les chirurgiens expérimentés : Velpeau leur donne le nom de cancer chondroïde, et les observations de généralisation de l’enchondrome à plusieurs organes éloignés de la tumeur primitive (observations de Paget et de Richet) leur donnent pleinementraison. Il enestdemême de faits où l’on a vu, dans un enchondrome du petit bassin, par exemple, le néoplasme se développer dans les parois de la vessie, se substituer aux parois de la veine iliaque et faire saillie dans la cavité du vaisseau (observation communiquée par Landetla à la Société anatomique) (1).
L’enchondrome peut d’autant mieux se conduire en clinique comme le cancer, que Billrolh, Fœrster et Virchow ont observé assez fréquemment des complications de carcinome médullaire dans les tumeurs cartilagineuses. Ainsi Fœrster (2) cite deux cas observés, l’un par E. Vagner,
(1) Avril 1861, p. 199.
(2) Fœrster, Handbuch der speciellen pathologischen Anatomie , 2e édit., 1863, p. 478.
l’autre par Busch, de complications de cette espèce dans des tumeurs du sein; et Virchow (1) dit que souvent l’enchondrome est uni au carcinome ou au sarcome.
L’enchondrome est toujours une production hétérotopique, caron ne ne l’a jamais vu se développer dans un cartilage, et lorsqu’il siège dans les os, il débute, soit dans les cavités médullaires, soit sous le périoste. A plus forte raison est-il hétérotopique lorsqu’il prend naissance dans une glande comme la mamelle, la parotide et le testicule.
Dolbeau a parfaitement montré, par la majorité des observations qu’il rapporte, que les enchondromes sont le plus souvent unis à du tissu fibro-plastique de nouvelle formation ou des hypertrophies glandulaires; mais on n’a pas fait assez ressortir, en France, les complications d’hétérotopie épithéliale.
A l’œil nu, les parties cartilagineuses des enchondromes ont souvent l’aspect nacré et la consistance du tissu cartilagineux, mais dans d’autres points, lorsque la substance fondamentale du cartilage s’est dissoute, s’est fendillée, ou a été envahie par du tissu lamineux, on a une masse colloïde qui n’a plus l’apparence du cartilage bien qu’elle soit composée de cellules cartilagineuses.
On pourra toujours néanmoins reconnaître au microscope les éléments propres du cartilage ou chondroplastes, qui sont très-souvent dans les tumeurs hétérotopiques très-petits et ovoïdes, comme dans le cartilage fœtal.
Lorsqu’une tumeur cartilagineuse dure déjà depuis un certain temps, ses parties constituantes subissent diverses altérations, qui sont:
1° L’état fibrillaire ou bien la liquéfaction de la substance hyaline fondamentale;
2° Le développement des vaisseaux qui pénètrent des parties voisines dans sa masse. Ces vaisseaux peuvent devenir très-volumineux, dilatés, ce qui constitue la variété hématode de l’enchondrome.
3° Les chondroplastes pe'uvent eux-mêmes subir des métamorphoses régressives en même temps que leur substance fondamentale, et être résorbés avec elle. C’est là le ramollissement de l’enchondrome qui aboutit a la formation de kystes plus ou moins volumineux, contenant un liquide filant, quelquefois teinté de sang ( variété kystique).
(1) Virchow, Die krankhaften Geschwiilste. 1863, t. I, p. A73.