‹ Du cancer et de ses caractéres anatomiquesChapitre 39 sur 39 · V. CORHIL. — DU CANCER · texte numérisé non relu

V. CORHIL. — DU CANCER

Mais, nous dira-t-on, le cancer se substitue aux organes, il les détruit et se détruit lui-même. Éludions les phénomènes intimes qui produisent ces résultats, cl voyons s’ils ont quelque chose de spécial au cancer. Si la structure des organes et des tissus où siège la tumeur ne présente plus rien de son état normal, c’est que les éléments nouveaux produits en quantité exubérante ont étouffé les éléments préexistants de la même manière, par exemple, qu’un phlegmon mortifie le tissu cellulaire où il se développe. Gela n’a rien de caractéristique.

Quant à la façon dont meurt la néoplasie(ramollissement, ulcération, gangrène), c’est par un processus commun à toutes les cellules, qui, de même qu’elles sont nées, doivent mourir ; c’est par la dégénérescence graisseuse, colloïde et moléculaire. En outre vient s’ajouter une cause puissante de destruction, c’est l’interruption de la circulation due aux altérations des parois des vaisseaux. Ce ne sont pas seulement les parois des grosses veines qui peuvent devenir malades (Broca), mais aussi les parois des capillaires, ainsi que l’ont montré P. Sick (1), Robin (2) et moi (3). Les parois des capillaires présentent en effet, à une certaine période d'évolution de la tumeur, une multiplication de leurs noyaux ou une hétérotopie épithéliale qui aboutit à une oblitération de leur calibre; dans certains points du réseau capillaire de la région se fait un arrêt du sang et une dilatation des vaisseaux, dans d’autres la fibrine se coagule; il en résulte une interruption de la circulation et une destruction moléculaire des cellules que nourrissaient les vaisseaux oblitérés. Y a-t-il là quelque chose de spécial au cancer? Non, car au point de vue purement anatomique ces phénomènes consistent simplement en une hypergenèse et une hétérotopie de noyaux et de cellules d’épithélium. D’après ce qui précède, on voit qu’il est impossible de définir anatomiquement le groupe d’affections complexes appelées cancéreuses. Le mot de cancer , à moins qu’on ne l’applique uniquement au carcinome (comme le font un grand nombre d’auteurs), est une dénomination aussi vague et aussi peu scientifique que le mot darli'e, par exemple.

Pour nous, qui sommes persuadé que la meilleure base scientifique

(1) Sick, Beitrüge zur Lehre vom Venenkrebs. Tubingue, 1862.

(2) Robin, Programme du cours d'histologie , 1864, p. 102, 207.

(3) Journal de l’anatomie , 1864, p. 504.

de la médecine est l’anatomie pathologique, nous nous inscrivons contre la conservation d’un mot qui ne devrait même pas exister en séméiologie.

Le cancer, en effet, n’est pas plus une unité en clinique qu’en anatomie pathologique. Car parmi les tumeurs qui peuvent récidiver, s’étendre, s’ulcérer, se généraliser, il y en a, comme l’enchondrome et les tumeurs fibro-plastiques, qui ne possèdent celte malignité que trèsexceptionnellement, tandis qu’elle est la règle pour les carcinomes. Aussi, en l’absence d’un caractère anatomique commun qui puisse nous faire assurer qu’une tumeur sera maligne, nous aurons, en spécifiant la variété de la tumeur, une probabilité pronostique plus satisfaisante qu’en la caractérisant seulement du mot de cancer. Par exemple, une tumeur examinée au microscope et reconnue pour être une hétérotopie de tissu fibro-plastique, devra faire porter un pronostic plus favorable que si elle était due à encéphaloïde.

Nous terminerons en concluant:

1° Que chacune des variétés des tumeurs dites cancéreuses possède des caractères anatomiques spécifiques;

2° Que le cancer ne possède pas de caractères anatomiques spécifiques, à moins qu’on ne fasse simplement du mot cancer le synoyme de carcinome;

3° Qu’au point de vue du diagnostic, du pronostic et du traitement, la pathologie des tumeurs ne peut faire de progrès que par la distinction et par la détermination exactes des diverses espèces confondues autrefois sous le nom de cancer.

une hétérotopie épithéliale de la variété

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