‹ Du cancer et de ses caractéres anatomiquesChapitre 38 sur 39 · CORAIL. — DU CANCER · texte numérisé non relu

CORAIL. — DU CANCER

l’étude de leur structure et de leur texture, nous sommes forcément amené à conclure quit n'y a pas de tissu cancéreux , à moins qu’on ne donne ce nom qu’à une espèce, par exemple au carcinome.

11 en est de même dç leur tendance à l’ulcération : des tumeurs bénignes s’ulcèrentparfois, telles que les tumeurs adénoïdes de la mamelle; en outre, lorsqu’un squirrhe de la mamelle, par exemple, cause une ulcération de la peau, c’est par un mécanisme analogue, non-seulement à ce qui se passe dans le cancroïde, mais à ce qui a lieu dans les tubercules cutanés, quelle que soit leur cause; l’ulcération est, dans ceux-ci, précédée par une hypertrophie des papilles et une hypergenèse de noyaux. Dans le cas de tumeurs malignes que nous avons choisies pour exemple, les noyaux de nouvelle formation sont des noyaux épithéliaux qui passent bientôt à l’état de cellules, puis la couche épidermique tombe et l’ulcération commence. Ainsi, ce qui se passe dans le cancer ne diffère de ce qu’on observe dans l’ulcération d un tubercule cutané, que parce qu’il y a hétérotopie épithéliale. Mais il ne faudrait pas croire que cela soit caractéristique, car on observe aussi une hétérotopie épithéliale dans le lupus dit scrofuleux (Rokitansky, Virchow, etc.)

Mais voici un caractère qui appartient à toutes les tumeurs cancéreuses, excepté celles très-rares (certaines tumeurs fibro-plasliques) qui sont enkystées, c’est leur tendance fatale à s’accroître, à envahir et détruire les tissus sans rétrograder jamais.

C’est évidemment la propriété qui fait conserver encore en clinique le groupe que nous étudions; aussi devons-nous nous y arrêter et l’examiner avec soin.

Au point de vue de l’anatomie pathologique éclairée par l’histologie, raccroissemenl et l'envahissement sont la répétition du mode de formation du néoplasme. Voyons en quoi consiste ce développement.

Nous nous trouvons là en présence de deux théories : l’une, celle de Robin, qui croit que les éléments nouveaux naissent de toutes pièces dans un blastème formé dans les interstices du tissu préexistant, en commençant par être des noyaux ; l’autre, celle de Virchow, qui prétend que ce sont les corpuscules de tissu conjonctif qui, par scission des noyaux préexistants, forment les éléments de la tumeur. Le fait

dégagé d’interprétalion est ce que nous avons représenté dans la figure suivante :

On voit des noyauxépithéliaux (a, a, a) qui prennent très-vite un nucléole volumineux et qui se distinguent très-nettement des noyaux du tissu conjonctif (o*, <7) par leur grosseur plus considérable, par leur forme ovoïde et par cette particularité qu’ils sont libres dans une petite cavité d’où ils sortent souvent quand on fait la préparation, en sorte qu’on a alors de petits espaces vides.

Bientôt ces noyaux s’agglomèrent clans les petites cavités précédentes et s’entourent d’une paroi cellulaire; tel est le mode de formation des néoplasmes épithéliaux.

Mais il n’a rien de spécial au cancer, car il est le même dans la formation du tissu

epithelique de 1 embryon, qu 011 le COnsi- fkj. 24. — (Grossissement de 550 djadère comme une genèse (Robin) OU une mètres).— a, a, a, Noyaux ovoïdes à

ü v 7 gros nucléoles loges dans de petites

hyperplasie d’éléments préexistants (Yir- cavités. — a, a, Noyaux de tissu chow). Ce développement dans les tissus conionctlfqui ne contiennent pas d’épithélium à l’état normal constitue une hétérotopie, et c’est là le cas delà majorité des tumeurs cancéreuses.

Au point de vue anatomique, qui seul rentre dans notre question, la propriété d'envahissement du cancer se résume dans ces mots : hypergenèse et hétérotopie .

Eh bien, une tumeur qui réunit ces deux conditions peut être bénigne comme les tumeurs épithéliales de la dure-mère (page 369) (hétérotopie etïypergenèse d’épithélium lamellaire), comme un simple abcès (hétérotopie de leucocytes), etc...; ou bien elle peut être grave par sa généralisation même et son développement rapide, et causer la mort, bien que personne n’ait jamais songé à l’appeler cancer. Telle est, par exemple, la leukémie qui, indépendamment des tumeurs spléniques et ganglionnaires, produit souvent des dépôts secondaires, de nature lymphatique, par hétérotopie et hypergenèse, dans le foie, le poumon et les reins; telles seraient encore la syphilis constitutionnelle, la tuberculisation, etc.

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