‹ Du cancer et de ses caractéres anatomiquesChapitre 6 sur 39 · V. C OKVIIi. — DU CANCER · texte numérisé non relu

V. C OKVIIi. — DU CANCER

organes qui ne sont pas directement nécessaires à la vie, ou qui n’ont pas de rapports avec les grandes cavités séreuses. Dans ces conditions, en effet, la tumeur se développe sans mettre la vie en danger ; elle suit toutes ses phases, récidive si on l’opère ; elle a le temps d’envahir les ganglions lymphatiques voisins, et finit par causer la cachexie cancéreuse et des dépôts secondaires dans tous les organes.

Si donc on prend en considération le siège des tumeurs cancéreuses , on s’expliquera facilement pourquoi, par exemple, le cancer du sein pourra, pendant plusieurs années, ne pas altérer la constitution des malades qui le portent, et ne se généralisera que longtemps après son début. Cruveilhier (1) cite à ce sujet l’observation d’une dame qu’il a soignée pendant seize ans d’un cancer du sein, et dont la santé générale ne s’est altérée que dans les six derniers mois de la maladie. Au contraire, dans d’autres organes, à l’estomac, au col de l’utérus, une tumeur cancéreuse, carcinome ou cancroïde, dure rarement plus de trois à quatre ans, et dans un relevé de cinquante autopsies de cancer de l’utérus faites par moi (2) en 1863 a la Salpêtrière, la durée du mal jusqu’à la terminaison ultime n’a jamais dépassé quatre ans; sa moyenne était de dix-huit mois. C’est qu’alors les fonctions de l’organe, l’estomac par exemple, sont nécessaires à la vie, ou bien la tumeur détermine par son siège des complications mortelles, par exemple une péritonite généralisée, lorsqu’elle siège à l’utérus.

La constitution propre des malades, le milieu hygiénique qui les entoure, constituent aussi très-probablement des conditions favorables ou non aux progrès du mal, et bien que nous ne soyons pas en mesure de spécifier ces conditions diverses, on n’en doit pas moins les faire entrer en ligne de compte.

De plus, comme l’ont bien prouvé toutes les recherches micrographiques, et comme nous espérons l’établir clairement nous-méme, les nombreuses espèces anatomiques qu’on peut regarder en clinique comme des cancers sont loin d’offrir toutes le même degré de gravité. Elles possèdent, dans leur structure, dans la variété de cellules épithéliales qui les constituent, et dans la multiplication plus ou moins facile de ces cellules, autant de conditions différentes; c/est ainsi que le

(1) Anatomie pathologique générale , t. V.

(2) Journal de l'anatomie , 1864, p. 472.

plus souvent le cancer colloïde est moins grave que l’encéphaloïde et lesquirrhe; que les tumeurs qu’on a appelées cancroïdes s’accroissent en général bien moins rapidement que les variétés précédentes; dans ce groupe du cancroïde, nous remarquerons en passant l’influence du siège qui est telle que deux tumeurs semblables comme structure, l’une occupant le dos du nez, l’autre la lèvre inférieure, diffèrent essentiellement dans leur marche et leurs progrès. Celle qui siège à l’oiilice buccal et sur la muqueuse causera la mort en très-peu de temps, tandis que l’autre pourra rester stationnaire pendant de longues années.

Et pour les autres variétés de tumeurs si caractéristiques dans leur structure que Broca appelait des pseudo-cancers, pour les tumeurs constituées par des éléments libro-plastiques, des myéloplaxes, des médullocelles , des cellules de cartilages, peut-on s’empêcher de leur reconnaître une marche et une gravité différentes de ce qu’on observe dans le squirrhe et l’encéphaloïde. Ces tumeurs se développent, il est vrai, rapidement, en se substituant aux tissus où elles naissent; elles récidivent souvent après leur extirpation ; mais elles n’altèrent que bien rarement les ganglions lymphatiques, et, caractère bien important, elles ne se généralisent presque jamais. Et cependant, les faits de généralisation des tumeurs fibro-plastiquss, recueillis par Lebert, ceux qui se sont produits depuis nous obligent, si nous conservons une classe de tumeurs appelées cancers, à y faire rentrer celles qui ont pour éléments essentiels les cellules fibro-plastiques, les myéloplaxes, etc.

Ce n est pas ici le lieu de discuter l’opportunité du groupe des tumeurs appelées cancer ; nous ne pouvons le faire qu’après avoir étudié complètement la structure des diverses espèces morbides qui y sont rangées; mais nous ferons tout au moins remarquer dès à présent que cette classe renferme des tumeurs complètement différentes en anatomie pathologique, et qui offrent, au point de vue clinique, autant de différences que de points de contact. Il en résulte que ce groupe n’est pas naturel ; mais je ne puis en critiquer logiquement la valeur qu’après avoir exposé les pièces du procès, et nous ne voudrions pas, avant la fin de ce mémoire, en formuler la conclusion.

Jusqu’à plus ample informé, nous prenons le mot cancer dans le sens que lui attribuent les cliniciens, et nous allons étudier au point de vue anatomique les tumeurs si variées de siège et de nature qu’on désigne

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