QUE DOIT-ON ENTENDRE PAR LE MOT CANCER
Nous devons avant tout spécifier la valeur du terme compris dans la question qui nous est posée, et que nous aurons à employer si souvent dans le cours de ce mémoire. Nous devons rechercher d’abord ce qu’est le cancer; nous ne pouvons pas le définir par ses caractères anatomiques, car ce serait précisément juger d’avance le problème qui nous est posé; aussi le caractériserons-nous seulement par ses symptômes au point de vue clinique, sans nous préoccuper en ce moment des analo-
gies ou des différences capitales de la structure intime des tumeurs qu’on a placées dans un même groupe.
Au point de vue de la clinique qui a servi de point de départ à l’étude anatomique et qui sera toujours notre plus fidèle guide, car elle représente les vérités d’observation que nous ont léguées les siècles passés, voici comment on peut définir les tumeurs cancéreuses :
Ce sont des tumeurs qui désorganisent les tissus où elles se développent, qui s’étendent fatalement aux parties voisines sans jamais rétrograder; qui s’ulcèrent lorsqu elles sont placées près de la peau ou d’une muqueuse , qui récidivent lorsqu’on en a fait l’ablation, qui se généralisent assez souvent à tous les organes et tissus de l’économie, en commençant par les ganglions lymphatiques , et qui amènent constamment la mort.
Cette définition, qui réunit tous les caractères de ces tumeurs, est bien évidemment plus complète que ne le serait la majorité des cas pris en particulier. Elles ont, en effet, une marche, une extension plus ou moins rapides; quelques-unes, et de celles qu’on regarde à bon droit comme les plus dangereuses, peuvent même ne pas récidiver après l’ablation, et Velpeau cite des cas où la récidive s’est fait attendre un si grand nombre d'années, qu’ils se rapprochent beaucoup d’une guérison. Mais que sont quelques faits isolés de récidive tardive à se produire, en comparaison avec le nombre incalculable des observations où le cancer se reproduit sur place dans les ganglions et dans tous les tissus avec une effrayante rapidité?
La propagation aux ganglions lymphatiques et leur transformation cancéreuse est fréquente, mais on est loin de l’observer toujours, même dans les cas de cancer bien observé, sans parler des cas de cancroïde, où l'on avait nié d’abord leur altération.
Quant à la généralisation du cancer , quant aux masses cancéreuses secondaires qui se développent dans les organes, par exemple le foie, le poumon, etc., et sur les séreuses, où elles affectent la forme de granulations ou tubercules (Cruveilhier), on l’observe plus rarement. Elle ne se produit, en effet, comme fait général, que dans le cas de cancer primitif qui ne tue pas par lui-même et par son extension ; elle peut ne se développer que longtemps après le début de la tumeur primitive, de telle sorte qu’elle est particulièrement la suite des tumeurs des