‹ Du Cancer et de ses caractères anatomiques (volume 2)Chapitre 13 sur 17 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Diagnostic anatomique différentiel des tvmeuus piéci^dentes avec les autres variétés de tumeurs constituées essentiellement par des

productions ÉPITHÉLIALE^.

Nous avons terminé l'étude analytique dos luinonrs rrpiilôoHrancôreuses qui sont constituées par une hypergcnùso ol uuo h(H(«rotopio d*épithélium. Nous devons maintenant passer rapidomont on rnvuo los tumeurs par hypergenèsc ctliélérotopiod'épilhélium(|ui un n^pinulonl pas par leurs caractères cliniques à la définition du ranoor. («o sont los tumeurs épilbéliales de la dure-môre, les adénomeS; les polypes |;t:nidulaires,les loupes, les athéromes^ etc., qu'il est nécessaire do no pas confondre avec celles que nous avons décrites dans les chapiiros |)rocédents.

Les tumeurs épilliéliales de la dure-inère {gliome de Virchow) soui des bétérotopies d'épitbélium, et cependant elles sont bénignes ; elles constituent un mal purement local, en sorte qu'on ne peut pas faire dt^ rbétérotopie le caractère de la malignité. Elles siègent presque toujours à la face interne de la dure-mère, où elles sont sessilos ou pédiculées. Cependant on les a rencontrées quelquefois aussi dans roreilhî moyenne, Torbito, à la màclioire supérieure et dans les circonvolutions cérébrales.

Elles sont, comme on le voit, toujours développées dans une limite

(1) Cornil, Journal de l'anatomie et de la physiologie de Hobin, i864«

370 ^. ClORNIIi. DU CANCER

restreinte. C'est habituellement par hasard qu'on les trouve dans les nécropsîes, car elles ne se révèlent que bien rarement par des symptômes durant la vie. Nous avons pu en observer personnellement une vingtaine d'exemples, tant dans les autopsies que nous avons faites que dans les pièces présentées à la Société anatomique.

Ces tumeurs sont en général petites ; elles varient du volume d'un petit pois à celui d'une noisette. Les cas où elles sont plus grosses sont très-rares. Elles sont uniques ou multiples. Leur forme est sphérique ou aplatie, ou ovoïde, ou plus ou moins bosselée. Leur consistance est molle, et lorsqu'on a ouvert leur capsule fibreuse, assez mince, ilest facile de les écraser et elles donnent entre les doigs la sensation de la terre glaise, d'où leur nom de gliome. Bien qu'elles puissent causer la mort par les lésions de voisinage qu'elles occasionnent, elles sont bénignes en ce sens qu'on ne les a jamais vues infecter les ganglions lymphatiques ni se généraliser. Lorsqu'on les dilacère en les agitant dans l'eau, on obtient un réseau vasculaire très-riche, mais il n'y a pas de trame de tissu conjonclif, ce qui explique leur extrême friabilité.

À l'examen microscopique , le liquide laiteux obtenu par la dilacération de la lumeur montre des éléments que Lebert a pris pour des cellules iibro-plastiques. Ce sont en effet des éléments très-longs et minces possédant à leur centre un noyau ovoïde pourvu de nucléole. Mais ce serait une erreur de croire avoir affaire à des éléments fîbroplastiques. En regardant avec attention, à un fort grossissement, surtout lorsque la préparation est colorée par Tiode ou par le carmin, il est facile de s'assurer que ce sont des lamelles d'épithélium polygonal extrêmement minces, plus longues que larges. C'est ce qui résulte des travaux de Virchow (1), de Robin (2), de Bouchard (3), et de nos propres observations.

Ces cellules semblent être des corps fusifbrmes lorsqu'on les examine de proûl, mais vues de face, il est indubitable que ce sont des cellules épiihéliales analogues à celles de la surface interne des veines. Ces éléments sont souvent agglomérés à la façon des globes épidermiques, et particulièrement comme les amas épithéliaux qu'on rencontre

(4) Virchow, Archiv fUr paihologische Anatomie^ t. VHI, p. 371.

(2) Dictionnaire dit de Nysten, 12« édition. Paris, 1866.

(3) Bouchard, Bulletin de la Société anatomique, lS6â.

ET DE SES CARACTÈRES ANATOMIQUES. â71

souvent dans le thymus des enfants. En outre, il existe habituellement dans ces mêmes tumeurs des cellules exactement sphériques et vésiculeuses, possédant un noyau arrondi ou ovoïde. Il parait probable que les cellules polygonales proviennent des cellules sphériques, mais nous ne connaissons pas exactement les modifications dont celles-ci sont alors le siège.

Les adénomeifj tumeurs constituées par Thyperlrophie et Thypergenèse des glandes, pourraient être confondus avec les diverses espèces du carcinome ; aussi devons-nous les étudier dans leurs deux principales espèces: les adénomes des glandes en grappe cl ceux des glandes en tube.

Les adénomes des glandes acineuses (mamelle, parotide, glandes salivaires, etc.), ont été parfaitement étudiés par Cruveilhier, Lebert, Velpeau, etc., nous avons nous-môme bien souvent vérifié leur mode de production, qui est le suivant : les culs-de-sacde la mamelle s hypertrophient; leur épithélium nucléaire passe à l'état pavimenteux (Robin). Ils peuvent acquérir des dimensions colossales et devenir visibles à Tœil nu. Ils sont constitués alors par une membrane hyaline que tapisse une couche d'épithélium pavimenteux; à leur centre^ ils contiennent un liquide où nagent quelques cellules détachées des parois et devenues sphériques. Le Conduit excréteur du cul-de-sac peut dans certains cas se rétrécir et s'atrophier de telle façon que le cul-de-sac lui-môme est isolé et transformé en un petit kyste. Ces kystes peuvent subir une sorte d'hydropisie, et acquérir un diamètre de 1 à 10 millimètres , ce qui constitue la variété kystique deâ tumeurs adénoïdes.

Lorsque les acini sont isolés les uns des autres, et qu'on les étudie sur une coupe de la tumeur, on pourrait croire au premier aspect avoir affaire aux alvéoles du carcinome, particulièrement d'un cancer colloïde.

Mais, à un examen plus approfondi, on reconnaîtra que dans l'adénome, les parois hyalines propres des culs-de-sac {basement membrane) sont conservées, tandis que dans le carcinome et le cancroide elles ne tardent pas à disparaître.

Lorsqu'en effet un carcinome se développe dans le sein, l'épithélium contenu dans les culs-de-sac subit des altérations (passage à Télat pavimenteux, formation de noyaux ovoïdes et des grandes cellules), mais bientôt la membrane propre du cul-de-sac est détruite. De plus il ny a

372 V. CORNIIi. — DU CANCER

pas, dans la tumeur adénoïde^ d'épithélium nucléaire ou pavimenteux de nouvelle formation dans la trame même de la glande, tandis quil se forme toujours des cellules^ isolées ou groupées en alvéoles^ dans la trame de la glande envahie par un carcinome. Les cellules, dans le premier cas, sont donc maintenues en place par une paroi glandulaire, ol libres dans le second, ce qui explique pourquoi l'on n'obtient de suc laiteux par le raclage que dans ce dernier.

Bien que les tumeurs adénoïdes du sein puissent récidiver plusieurs fois, ainsi que le démontrent des observations nombreuses publiées soit par Vclpeau, soit par Parmentier {Société anatomique, p. 353, 1860, examen fait par Chalvet), nous ne croyons pas qu'elles soient cancéreuses et qu'elles puissent se généraliser. Nous ne croyons pas non plus qu'on puisse admettre, dans l'état actuel de la science, que des tumeurs adénoïdes se convertissent en carcinome. Pour cela il faudrait que des observations irréprochables en soient produites, au point de vue microscopique et clinique. En effet, les caractères tirés des symptômes do la tumeur ne peuvent pas suffire seuls dans tous les cas pour en apprécier la nature, et, d'un autre côlé, l'examen microscopique comparé de l'adénome et du cancer est fort difficile, à moins qu'on ne tienne compte des détails de structure que nous venons de rapporter (formation de noyaux et de cellules épithéliales dans le tissu conjonctif, absence de membrane glandulaire pour caractériser les tumeurs carcinomateuses). Quant aux questions encore discutées, à savoir, si un adénome peut se développer au pourtour d'une glande acineuse sans aucune relation avec elle, si l'isolement de pareille tumeur est dû à l'atrophie d'un conduit excréteur ou à l'hypertrophie d'un acinus existant primitivement sans aucune relation avec la glande voisine, nous ne sommes pas en mesure de les élucider par des recherches personnelles. Mais nous devons prévenir que bien souvent le diagnostic analomique d'adénome porté à la simple vue de la tumeur est inexact, et nous avons plusieurs fois reconnu au microscope des tumeurs à éléments cmbryoplasliques ou fibro-plasliques dans des cas où des chirurgiens des plus exercés avaient cru avoir affaire àdes tumeurs adénoïdes de la mamelle. Les adénomes des glandes en tube (tumeurs hyperJrophiques et polypes muqueux de l'estomac, du rectunv, etc.) sont en général trèsfaciles à distinguer à simple vue du carcinome et du cancroïde. Ils sont

en effet superficiels, n'envahissent pas les couches profondes des mu* queuses, sont rarement ulcérés, et ils ne donnent pas de suc laiteux à la section.

Ils sont constitués essentiellement par l'hypertrophie des glandes en tube et par Thypergenèse de leurs culs-de-sac. C'est ainsi que des glandes en tube simples comme celles de Tinteslin peuvent devenir des glandes en tube composées qui s'ouvrent encore à la surface de Tintestin (1). D'autres fois les culs-de-sac s'isolent, deviennent autant de petits kystes (2), tapissés par un épithélium cylindrique et contenant un liquide muqueux. L'examen microscopique de ces tumeurs pourrait les faire confondre avec les cancroides à cellules cylindriques, dont les éléments épithéliaux et le siège sont les mêmes, si l'on ne tenait compte de l'absence de membrane glandulaire et de l'envahissement du tissu conjonctif par les produits épithéliaux dans ce dernier cas.

Page 1