‹ Du cancer massif du foieChapitre 12 sur 15 · OBSERVATION XII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XII

^WuLPP. Le cancer primitif du foie. Th. Doct. Tübingen, 1876, pag. 7 {!).)

Cancer massif du lohe droit du foie. — Histologiquement : Épithéliome alvéolaire à cellules polymorphes.

Histoire clinique (résumée). — Homme, 3R ans environ, ne présentait aucun trouble morbide du côté de l’abdomen, lorsqu’à la fin du mois d’octobre 1873, il fut jeté par un aubergiste

(1) La thèse de Wulff a été traduite pour nous par notre ami Rieffel. Nous ne saurions trop le remercier de son extrême obligeance.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

du haut d’un escalier de quatorze marches, et tomba sur la région épigastrique. Dans la nuit suivante, il se trouva mal, eut des vertiges et des vomissements bilieux. Le lendemain, il souffrait, avait de l’inappétence, et présentait une teinte jaune. Au bout de dix jours, il entra à l’hôpital. Il y resta environ quatorze jours. Les médecins qui le soignèrent déclarèrent qu’il avait la jaunisse, et qu’il était possible que celle-ci eût quelque relation avec sa chute. A partir de ce moment, il alla trois fois à l’hôpital. Au début, il offrait plutôt les signes d’un catarrhe intestinal, que d’une affection hépatique. Ce n’est qu’à sa dernière entrée, qu’il devint indubitable que les troubles partaient du foie. Cet organe fortement hypertrophié, dur à la palpation, semblait pesant au malade. Ascite légère ; anorexie complète. Le malade s’affaiblit de jour en jour, l’ascite augmenta, les veines abdominales sous-cutanées se développèrent, des bématémèses se répétèrent fréquemment, il se montra une vive douleur dans l’épaule droite, et dans la nuit du 21 au 22 mai, après une hématémèse abondante, le malade succomba.

Autopsie (résumée). — Foie très hypertrophié, ayant conservé la forme normale. L’hypertrophie occupe principalement le lobe droit transformé en une seule masse néoplasique. La surface du foie présente partout un aspect finement bosselé. Sur une coupe du lobe droit, on ne rencontre qu’en quelques rares endroits, notamment à la face convexe, une bande de tissu hépatique atrophié d’un centimètre d’épaisseur. Le reste de ce lobe est totalement changé en une masse néoplasique. Dans les autres parties du foie, existent de petites nodosités du volume d’un haricot environ. Les veines sushépatiques, et les ramifications intra-hépatiques de la veine porte renferment des bouchons cancéreux.

La muqueuse gastrique est parsemée d’érosions hémorrhagiques. Le canal intestinal est atteint de catarrhe chronique. Les autres organes sont normaux.

Examen histologique (très abrégé). — La néoplasie présente la structure alvéolaire. Les éléments cancéreux sont de forme

variée; leurs dimensions oscillent entre 8 et 23 ji.. Le parenchyme hépatique présente en dehors de la néoplasie un état hypertrophique manifeste, et l’on peut suivre nettement la transformation des cellules hépatiques en éléments épithéliomateux.

L’épithéliome trabéculaire ou tubulé est formé d’un stroma et de travées néoplasiques. Celles-ci se divisent et s’anastomosent comme les travées normales du foie desquelles elles dérivent.

De là, l’idée d’une néoplasie bénigne et la désignation d’adénome appliquée à cette forme histologique de la carcinose primitive du foie. Bien que cette désignation soit consacrée Jiar les travaux si remarquables de MM. Kelscb et Kiener (1) et deM. Sabourin (2), nous préférons celle d’épithéliome trabéculaire qui n’est pas moins expressive, et qui, selon nous, est mieux appropriée.

Le cancer trabéculaire et le cancer alvéolaire ont pour point de départ commun la cellule hépatique ; ils frappent l’un et l’autre le foie en masse ou par points disséminés, évoluant on non parallèlement à la cirrhose ; ils reconnaissent les mêmes conditions étiologiques, engendrent les mêmes symptômes, présentent la même marche envahissante et infectante (3), et comportent le même pronostic. Ce sont donc des néoplasies de même essence et qui doivent être groupées sous le même chef.

(1) Kelsch ET Kiener. Contribut. àl’liistoire del’adénome dufoie. Ai-cAîd. de physiolog., 1876, p. 622.

(2) Sabourin. Contribut. à l’étude des lésions du parenchyme hépatique dans la cirrhose. Essai sur l’adénome du foie. Th. Doct. Paris, 1881.

(3) Au moins par rapport au système vasculaire à sang rouge.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Bien que l’épithéliome trabéculaire s’observe habituellement dans l’hybridité cancer nodulaire et cirrhose, nous ne saurions le considérer avec M. Sahourin comme une complication de la cirrhose ou comme un accident au cours de la cirrhose.

Une telle interprétation tombe devant ce fait que !’« adénome « peut exister sans cirrhose (1).

Notre ami M. Ballet nous a communiqué les coupes d’un cancer nodulaire du foie recueilli chez le cheval, dans lesquelles la disposition trabéculaire ou tubulée des éléments néoplasiques est évidente en l’absence de toute cirrhose. D’autre part dans le fait suivant où la cirrhose fait également défaut, la disposition trabéculaire des éléments épithéliomateux est si parfaite, que la topographie ordinaire du foie est conservée, et qu’il semble qu’à chaque lobule hépatique se soit substitué sur place un lobule cancéreux. U n’en est pas de même habituellement dans l’épithéliome trabéculaire où l’hypertrophie destravéesnéoplasiques amène la destruction de l’ordinationnormale. Pour exprimer ce qu’il y a de singulier dans ce fait, nous proposons de lui appliquer la désignation A'épithéliome trabéculaire radié.

(1) Nous développerons ailleurs cette idée que la coexistence de la cirrhose et de l’épithéliome trabéculaire doit être rattachée à l’irritation simultanée de la cellule hépatique et du tissu conionctif du foie par certains agents solubles ou figurés.

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