‹ Du cancer massif du foieChapitre 3 sur 15 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

(Inédite. — Communiquée à M. Hanot par M. Brissaud.)

Cancer massif des lobes hépatiques droit et gauche.

Henri Miess, 60 ans, palefrenier, entré le 23 mars 1881 à l’hôpital de la Charité, salle Saint-Jean, n” 8, dans le service de M. Féréol.

Histoire clinique. — Mère morte à 62 ans; père mort à 63 ans.

Le malade e.st resté quatorze ans en Afrique, où il a contracté la fièvre intermittente et une diarrhée qui a duré plusieurs mois. Il a eu cinq enfants, dont deux seulement vivent encore aujourd’hui. Habitudes alcooliques. Pas de syphilis.

Depuis trois mois, c’est-à-dire depuis la fin du mois de décembre 1880, les digestions sont laborieuses; elles sont suivies de renvois fétides, de pyrosis, de nausées et de vomissements alimentaires. Les vomissements, d’abord intermittents, se sont ensuite répétés après chaque repas. En même temps est apparue une diarrhée tenace. Dans le flanc droit s’est développée une tumeur dure et lisse, gênant Ips mouvements et la respiration. Le malade s’est affaibli de jour en jour, et a dû cesser son service le 22 janvier.

Il a été soigné chez lui jusqu’au 23 mars par un des médecins de la Compagnie des omnibus. A cette date il est entré à l’hôpital avec le diagnostic de cancer du pylore.

Aujourd’hui, trois mois et demi environ après le début des accidents, on trouve le malade dans l’état suivant :

État d’émaciation et de cachexie très prononcé. Teinte jaune paille des cancéreux. Pas d’ictère. La peau est sèche etrugueuse. Le développement relativement considérable de l’abdomen attire tout d’abord l’attention. On voit émerger sous le rebord des fausses côtes une tumeur énorme ayant la forme du foie. Elle descend à 3 travers de doigt au-dessous de l’ombilic

DU CANCER MASSIF BU FOIE. ■ du côté droit; du côté gauche elle descend moins bas- au niveau du creux épigastrique, on perçoit une sorte d’étranglement qui semble répondre au ligament suspenseur, et séparer nettement le lobe droit du lobe gauche du foie. La tumeur offre une surface dure et lisse, sans la moindre bosselure. Le bord inferieur du foie est épais et lisse dans toute son étendue La matite hépatique commence à l travers de doigt au-dessus du rebord des fausses côtes. Le foie, douloureux à la pression, subit les saccades de la toux. Pas d’ascite. Les parois du ventre sont un peu épaisses.

28 ma? s. — Pour la première fois, depuis son entrée à l’hôpital, le malade a vomi deux cuvettes de sang en caillots II mange deux portions. Pas de frissons ni de fièvre.

-Vomissements abondants. Légère teinte sub-

icteriquedes conjonctives.

2 avriL - Une ponction exploratrice, pratiquée avec un trocart de petit calibre, donne issue à un peu de sang noir, aiguille reste immobile au milieu de la masse hépatique. a ami . Dyspnée. Vomissements alimentaires. Constipation opiniâtre.

16 «m/. - Affaiblissement. Fièvre le soir. Vomissements permanents. Diarrhée. Lavements de peptone.

18 avril. — Ventre extrêmement douloureux. Le moindre abouchement de l’abdomen fait pousser des cris au malade.

L hypertrophie du foie est déplus en plus considérable.

Les symptômes vont en s’aggravant jusqu’au 2 mai, jour ou le malade meurt à sept heures du matin.

Autopsie. — Elle a été pratiquée le 3 mai, vingt-quatre heures après la mort.

Le foie pèse 1920 gram. Sa face supérieure est lisse, et ne présente point de tumeurs marronnées. Le lobe droit et le lobe gauche sont envahis par un néoplasme d’un blanc jaunâtre, formant deux grosses masses de chaque côté du ligament suspenseur. Les limites de la zone dégénérée sont assez nettes, mais non en saillie. Le néoplasme, à droite, a le volume des deux poings ; à gauche il est moitié moindre.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE. H

Sur la face inférieure du foie il existe trois ou quatre nodosités cancéreuses de la grosseur d’une noix environ. Ges dernières font un peu relief et présentent nettement la dépression centrale en cupule. Incisées, elles montrent un tissu jaunâtre, un peu rose, mollasse, et donnant au raclage un suc crémeux assez épais.

Les masses principales, fendues par une incision transversale, font voir une cavité centrale assez grande pour loger une mandarine dans la plus grosse des deux tumeurs, une noix dans la plus petite. Ces deux masses ont par suite une certaine ressemblance avec une noix de coco ouverte. Leur partie extérieure est formée par la même substance jaunâtre qui constitue les tumeurs plus petites. Leur cavité centrale contient une sorte de mucus épais et jaunâtre.

Le tissu du foie est, en dehors de la néoplasie, d’un brun rouge assez foncé, sans aucune trace de teinte ictérique.

La vésicule biliaire a des parois épaissies ; elle est remplie d’une bile non colorée ; elle n’offre aucune trace de cancer.

Le péritoine est sain. Pas d’ascite. L’estomac et le tube digestif sont sains. La rate est petite et dure. Les reins sont normaux. Les ganglions mésentériques sont inaltérés.

Dans les poumons, lésions de bronchite chronique. Pas de tubercules, et pas de nodoüités cancéreuses. Pas d’épanchement dans les plèvres.

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