HISTORIQUE
Depuis la publication des travaux de Huguier, sur l’esthiomène, les différentes affections de la vulve ont été bien étudiées ; le lupus génital, Féléphantiasis des grandes lèvres, les manifestations syphilitiques variées du conduit vulvo- vaginal, sont traitées avec détails dans presque tous les ouvrages de gynécologie.
De toutes ces affections, la moins connue, ou plutôt celle sur laquelle on a le moins écrit est sans contredit le cancer primitif de la vulve. La connaissance de cette affection est pourtant indispensable, car en présence d’une tumeur ulcéreuse de la vulve, on n’a guère à considérer que ces trois termes pathologiques : syphilis, cancer ou tuberculose.
Beaucoup de Traités de gynécologie passent complètement sous silence le cancer primitif de la vulve, ou s’ils en parlent, c’est pour signaler son extrême rareté. Certains auteurs en donnent cependant quelques observations. *
Lebert, dans son Traité des maladies cancéreuses, donne la relation de quatre cas qu’il a pu observer, et trace un tableau succinct de la maladie.
Churchill, dans son Traité des Maladies des femmes,
cite trois observations de cancer primitif de la vulve, dues à Mac Clintock.
M. A. Guérin, dans son ouvrage sur les Maladies des organes génitaux externes de la femme, n’en cite qu’un cas observé en 1864 avec Velpeau.
Dans leur Traité pratique des Maladies de l’utérus et de ses annexes, Boivin et Dugès citent trois observations de cancer primitif de la vulve.
M. le Prof. Verneuil, dans ses Leçons cliniques sur les procédés d’exérèse non sanglante des tumeurs de la vulve, publiées en 1874, en rapporte quatre nouveaux exemples.
En 187 5 parut un Mémoire de M. Rondot, interne des hôpitaux, sur le cancer primitif de la vulve et du vagin. En 1885, M. le Dr Deschamps publia un travail sur quelques ulcérations rares et non vénériennes de la vulve et du vagin. Dans cette étude, l’auteur a surtout en vue la tuberculose, le cancroïde primitif et l’esthiomène de la région vulvaire.
Dans son Traité de pathologie externe, M. le Prof. Duplay cite le mémoire de Rondot et consacre quelques lignes à la description du cancer primitif de la vulve.
Enfin, tout récemment, au mois de janvier 1888, a paru la thèse de doctorat de Lahaye, publiée sous l’inspiration de M. le Prof. Richet, et ayant pour objet : le cancer primitif du vestibule de la vulve.
ÉTIOLOGIE
Toutes les causes banales du cancer en général peuvent être invoquées à propos de l’épithélioma du clitoris. D’après ce qui ressort de nos observations, cette affection apparaît surtout après la ménopause de 40 à 60 ans. On peut pourtant l’observer après cet âge . Dans une observation publiée par M. le Dr Polaillon, la malade av.ait 70 ans, et dans l’observation qui nous a été communiquée par M. le Dr Secheyron, la malade avait 76 ans.
L’enfance elle-même ne semble pas être à l’abri de cette affection. Nous relatons plus loin le cas d’une petite fille de 5 ans qui fut opérée par M. le Dr de Saint- Germain pour un sarcome de la région clitoridienne.
Les grossesses antérieures , les traumatismes paraissent être des causes prédisposantes au cancer clitoridien. Les attouchements répétés du clitoris ont pu quelquefois amener un cancer de cet organe. Boivin et Dugès en ont publié un exemple très net.
Hutchinson croit que les régions anciennement affectées de syphilis ont une tendance spéciale à devenir le siège de tumeurs malignes, et d’après lui, « les ulcérations syphilitiques avec inflammation et hypertrophie peuvent dégénérer en cancer d’une façon si imperceptible et si graduelle qu’il est impossible de dire quand l’une finit et
quand l’autre commence ». Il est probable que les lésions syphilitiques agissent en créant un locus minoris resis tentiæ qui constitue un point d’appel pour le cancer chez des sujets d’ailleurs prédisposés. Le prurit vulvaire a été aussi mis en cause peut-être à cause des attouchements répétés de la région auxquels il donne lieu. #
Dans d’autres cas, le point de départ de l’affection paraît être un psoriasis de la muqueuse vulvaire analogue au psoriasis buccal décrit par M. le Dr Debove.
Les écoulements vaginaux source d’une irritation permanente, la station assise longtemps prolongée ont été également signalés par certains auteurs comme prédisposant au cancer du clitoris. Enfin on peut dire que cette affection se rencontre chez des femmes appartenant à toutes les classes de la société, tandis que l’esthiomène de la vulve serait d’après Bernutz le triste apanage du vice et de la misère.