AU DR L.-V. MARCÉ
Professeur agrégé à la Faculté de Médecine de Paris.
Témoignage d’amitié et de reconnaissance de son ancien élève .
Je remercie bien vivement M. Jamain de la bienveillance qu’il m’a constamment témoignée.
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Serpendo penetrandoque usque ossa , corpus vorat.
( Cei.se. )
Une bonne définition du cancer est une question si difficile à résoudre , que plusieurs pathologistes distingués sont restés silencieux sur ce point. Dans l’état actuel de la science, on peut regarder la maladie cancéreuse comme un état morbide, susceptible d’amener le développement de lésions dont l’histoire n’est peut-être pas encore achevée. Le cancroïde appartient au groupe des affections cancéreuses : des analogies évidentes le rapprochent des deux principaux types de cancers admis par Laënnec; des différences incontestables justifient sa description à titre d’affection distincte; mais je dois signaler dès à présent qu’on peut trouver dans ces analogies et ces différences des variétés nombreuses, qui tantôt ont pour effet d’augmenter les caractères différentiels du cancroïde et des tumeurs dites cancéreuses , et qui d’autres fois tendent à resserrer les liens de parenté qui les unissent.
S’il est difficile de définir la maladie cancéreuse, le cancroïde doit mettre dans un aussi grand embarras; laissant de côté la plupart des définitions qu’on en a données, je n’en citerai qu’une seule, parce qu’elle a été faite dans un sens plus large, et tient compte de la
malignité de cette affection : «Le cancroïde, dit M. Dupuy (thèse de Paris, 1855) , est une affection caractérisée par l’altération de la formation épithéliale ou épidermique , altération susceptible d’entraîner tous les caractères cliniques de la malignité, c’est-à-dire extension, reproduction, généralisation, cachexie, mort. » Malheureusement cette définition n’est pas acceptable, car on peut y faire rentrer les tumeurs squirrheuses et encéphaloïdes , qui pour beaucoup d’anatomo-pathologistes modernes sont le résultat d’une altération de la formation épithéliale, opinion à laquelle je n’hésite pas à me ranger.
Je renonce à définir le cancroïde. Mais je n’en persiste pas moins à le regarder comme une affection qu’on doit séparer des autres productions cancéreuses: et si l’on ne trouve pas dans sa structure ou ses symptômes un signe essentiel et unique qui rende frappante la légitimité de la distinction que j’établis dès le début de ce travail , on peut découvrir dans son histoire un ensemble de caractères à l’aide desquels il est habituellement facile de le délimiter. C’est ce que je vais m’efforcer de faire ressortir, sans me dissimuler l’étendue et les difficultés de cette tâche.