CHAPITRE VI
Fondations royales pour les dieux et les morts.
I. Caractère perpétuel des foudations qui assurent le culte des dieux et des morts. — 11. Comment s’opérait la constitution d’un terrain, la construction des édifices, l’établissement d’un service d’ofl'randes, pour un temple. — III. Dotation du personnel sacerdotal. — IV. Les revenus de la classe sacerdotale sous Ramsès III. — V. Participation effective des morts aux fondations faites aux dieux. Les « favorisés » et les « féaux ». — VI. Les favorisés représentés au temple par des statues et des stèles. — VII. Les favorisés reçoivent, à domicile, dans leurs tombeaux, les offrandes funéraires. Dates auxquelles le service sacré est célébré. Contrats avec les prêtres de double. — Vlll. Conclusion. Force morale que vaut au Pharaon le service sacré des dieux et des morts; principe de faiblesse pour la monarchie dans l’accroissement des biens de la classe sacerdotale.
I. L’étude des rituels des cultes divin et funéraire nous a permis de définir le caractère précis des obligations que le Pharaon contracte vis-à-vis des dieux en prenant la couronne : le roi doit célébrer et entretenir leur culte; de plus, chacun des morts honoré des rites osiriens, devenant dieu et roi, réclame aussi un service d’offrandes funéraires du Pharaon. Telle est la théorie : dans quelle mesure est-elle entrée dans la pratique et comment le roi peut-il tenir ses cngfigements vis-à-vis des dieux et des morts’?
Le point de départ est celui-ci : en tant qu’héritier des dieux, muni des titres légaux de succession et d’un testament
(f amit pou) en bonne forme^ le roi est seul proprié-
taire du sol de l’Égypte. En fait, la plus grande partie de la
vallée du Nil constitue ce qu’on appelle les « champs du Plia-
186 DU CABACTÈHE UELIGIUUX DE LA ROYAUTÉ PIlAHAUNlnUE
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dant des domaines dclachôs des terres royales par autorisation expresse. Parmi les propriétaires de ces terres, les plus favorisés appartiennent à la classe sacerdotale et gèrent des
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« biens divins » | n=n iioiUir hotpoxi attribués par le roi
aux temples; d’autres, moins riches, mais plus nombreux encore, ont obtenu du Pharaon une parcelle de terre pour l’emplacement d’un tombeau ou des revenus qui alimentent le culte funéraire. Pour que le temple et le tombeau puissent subsister éternellement, pour que le service des olfrandes aux dieux et aux morts fût assuré à jamais, suivant les prescriptions des rituels, il leur fallait une base territoriale ’permanente : aussi le roi a-t-il attribué aux dieux et aux morts, des domaines distraits de ses terres à titre de concessioxis 'perpétuelles. De là le nom donné aux temples : « horizons éter-
nels >) §©1 où se pose à jamais le dieu solaire; les
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tombeaux sont aussi des « maisons d’éternité » .
On verra plus loin que ces donations royales remontent aux époques les plus lointaines. 11 semble bien que les domaines consacrés à l’entretien du culte des dieux et des morts aient été les premières terres détachées par le roi de son patrimoine; les « fiefs militaires», qui constituèrent par la suite une autre forme de donations perpétuelles, n’apparaissent qu’assez tard, vers la XVIIP dynastie ou peut-être dès la XIP dynastie, dans l’état actuel des textes'. D’où l’importance économique très grande de ces fondations royales, en dehors de l’intérêt qu’elles olfrenl pour caractériser les obligations religieuses du roi dans la société égyptienne.