CHAPITRE VU
Le roi divinisé comme prêtre.
I. L’inti'onisatiou est déjà un service sacré. Autres rites du culte royal. — II. Les rites de la chambre d’adoration. A. Entrée au temple. B. Purifications. C. Couronnement. D. Embrassement par le dien principal du temple. E. Le repas sacré. — III. La statue du double royal dans la chambre d’adoration; analogies du culte royal et du culte funéraire. — IV. Les rites de la chambre d’adoration précèdent toujours le service du culte divin.
I. Si les obligations du roi envers les dieux étaient lourdes et multiples, la charge royale valait du moins au Pharaon les honneurs divins. En quoi consiste cette divinité, c’est ce qu’il nous reste à chercher pour achever de délinir le caractère religieux de la royauté pharaonique.
La divinité du Pharaon est une conséquence nécessaire des idées et des faits résumés dans les deux premières parties de ce travail. Le « grand nom » et les titres du roi, déjii portés par les dieux au temps où ils régnaient sur l’Egypte, identifient Pharaon à Hà ou à Ilorus. Los traditions sur la nativité A. Moret. 14
royale établissent que chaque Pharaon est le propre lils de Kâ. Le couronnement du Pharaon par les dieux fait de lui definitivement un être sacré, muni du fluide de vie, porteur des couronnes et des insignes des dieux. Un se rappelle les paroles que le père d’ilâtshopsitou adresse à sa fille lors de l’intronisation : « Divine est la fille du dieu, car les dieux comhatlent pour elle et lancent leur fluide derrière elle chaque jour, suivant l’ordre de son père (Amon-Râ) le maître des dieux' ». Dès ce moment on commençait par toute l’Egypte
à (i prier les dieux du roi du Sud et du Nord » (<=^ un ^ ^1^) et à « chanter les hymnes sur la personne
du roi V. s. f. »
Comment l’intronisation taisait du roi un dieu, les détails donnés dans la deuxième partie de ce travail sur le culte divin nous permettent maintenant de le comprendre. On se rappelle que les rites du couronnement royal comportent essentiellement : 1“ une purification par les dieux Horus et Sit; 2*’ un embrassement du candidat royal par le dieu principal qui lui donne le fluide de vie; 3" la remise des couronnes, sceptres, et autres insignes royaux. Or les rites osiriens du service sacré célébré par le roi au profit des dieux sont absolument identiques : purifications, embrassement vivificateur, don des couronnes, voilà ce que le roi ou le fils exécutent pour le dieu ou le mort osirien chaque jour dans le temple ou le tombeau. Si ce rituel était suffisant pour rendre à Osiris, aux dieux et aux morts, la vie divine, il devait avoir la même efficacité pour diviniser le roi. L’intronisation est donc déjà un service sacré où les dieux officient et où le roi reçoit le culte, c'est-à-dire la divinité.
1. Ed. Naville, Deii' el Bahari, III, pl, LXI, I. 18. Cf. supra, p. 82.