‹ Du caractère religieux de la royauté PharaoniqueChapitre 129 sur 211 · IrilTilh, Siul, pl. VIH · texte numérisé non relu

IrilTilh, Siul, pl. VIH

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(Cf.

Maspero, Eludes de mylk,, I, p. 73).

2. A Hcni llasan, le prince Khnoumliolpou dit de même : « J’ai conduit mes statues au temple, je leur constituai leurs oll'randes en pains, liquides, encens, viandes pures, je choisis un prêtre de double, je l’établis avec des cliamps et des serfs, j’instituai des repas funéraires pour chaque fête de la nécropole » (Maspero, La yrande inscription de Béni llasan, Études de myth., IV, p. 153).

206 DU CAUACTÈRE IIELIGIUUX DE LA UÜYAUrÉ PHAHAUA’KJUE

temple, qui devenait leur « prêtre de double » hon-ka\

Ce prêtre s’engaj>eait à servir régulièrement telles ou telles ollrandes, en quantités déterminées, aux statues du donateur, et le lils du prêtre héritait de la donation et de la charge ; mais eueas d’irrégularité dans le service le prêtre de double et son héritier étaient déclins de leur piivilège et remplacés. Au lond, l'initiative particulière dissimulait mal en pareil cas I intervention occulte du roi ; si tel ou tel homme avait les moyens de faire à son profit une fondation de ce genre, c’est qu’il tenait de Pharaon les ressources dont il spécialisait luimême I emploi. Directement ou indirectement le service des offrandes était toujours alimenté par le trésor royal.

VIII. C’est ainsi que le Pharaon réalisait matériellement la lormule qui résume le culte divin et funéraire « le roi donne l’offrande ». En Egypte le roi seul propriétaire du sol et seul lils des dieux était le seul être qui eût qualité pour « donner les offrandes divines aux dieux et les ollrandes funéraires aux morts' ». Il en résulta pour la royauté une

1. Le niieu.x conservé de ces contrais est celui des princes de Siout (Grilfilh, Siut, pl. VI-VIII) traduit et commenté par Maspero (Études de mijthoL, 1, p. 62-74) et Erman (A. Z., 1882, p. 159 sqq.) ; la noie précédente indique que les princes de Béni llasan avaient l'ait de même ; des l'ragmenls de contrats anciens sont dans li. 1. 11., pl. I et dans Mariette, Mastabas, p. 318.

2. Celte formule intéressante par sa précision a été signalée par Hreas- Icd ( .ï. Z , XXXIX, p. 85) sur la stèle V 1 de Leyde. Un chef de magasin qui vivait sous AmemluVit IV (XIB dyn.) dit qu’il est « celui qui donne les offrandes divines aux dieux et les ollrandes funéraires aux

morts selon l’ordre de l’Horus maître du palais (le roi) » (

te.xto résume tout le développement du présent chapitre.

Voici une autre conséquence de ce fait que le roi, seul propriétaire du sol, peut seul en disposer. Lorsqu’un simple mortel veut consacrer aux dieux une partie du sol que lui-même lient du roi, celte donation doit se faire par rintermediaire du roi. Sur les stèles de donation aux dieux

FO.N'DATrONS ROYALES POUR LES DIEUX ET LES MORTS 207

immense force morale et aussi, pour crautres raisons, un principe de faiblesse matérielle.

La force morale leur vint de ce que toute la vie religieuse de l'Égype était concentrée entre leurs mains et dépendait de leurs largesses. Non seulement le culte des dieux était chose exclusivement royale, mais le culte des morts ressortissaiL en définitive, à Pharaon. Chaque famille humaine lui devait la nourriture spirituelle et matérielle pour ses défunts, et les vivants, pendant toute leur existence, n’aspiraient qu’à mériter les faveurs du roi pour ne pas être exclus de la vie d’outre-tomhe. La conséquence pratique fut que la recherche des faveurs royales pour l’autre vie commença à s’exercer dès la jeunesse, et que les repas d’outre-tomhe furent peu à peu distribuées du vivant même des bénéficiaires; on en arriva à-solliciter et obtenir des rations journalières de nourriture de la maison du roi, pendant la vie, comme anticipation de celles qui seraient assurées après la mort '. Ainsi se constitua, par application des principes du culte funéraire, une classe d’ « attachés », de « fidèles » groupés autour du roi par des obligations à rendre en échange des faveurs reçues. Le rôle religieux du Pharaon contribua donc à développer en Égypte la « recommandation au roi » qui est une des formes de l’action centralisatrice de la royauté dans toutes les sociétés politiques. Pour les Egyptiens la formule de la recommandation se résumait ainsi : « L’ami du roi repose (dans la tombe) comme un féal, tandis qu’il n’y a pas de tombeau

pour l’ennemi de sa Majesté » ((| ^ ^ ^ ^ (j

par un particulier, nombreuses à l’époque saïte, on représente le roi a donnant le champ » ou faisant l’offrande en personne à la divinité. C’est le roi qui donne, et non le prétendu donateur, qui cependant se dépouille pour les dieux. (Cf. Stèle Posno publiée par Revillout, Revue égyplologique, II, p. 33 et Brugsch, Thésaurus, p. 797, et Louvre, stèle n® 10889, inédite.)

1. Voir le développement de cette idée et les textes dans mon étude sur la Condition des féaux, loc. cit., p. 126 sqq.

“ fidèle »

égyptien appartenait à son roi, qui alimentait l’un et l’autre.

La constitution do « maisons éternelles » et de fondations alimentaires pour les favorisés du roi n’oifrait point de danger pour la monarchie égyptienne; les favorisés restaient isolés les uns des autres, et les fondations s’éteignaient souvent par disparition graduelle des familles. Il en fut tout autrement des fondations faites pour les temples. Les faveurs étaient accordées à une corporation d’individus qui bénéficiaient d’un reflet de l’autorité religieuse du roi ; cette classe sacerdotale s’augmentait d’années en années, sans se morceler ni rien perdre de ce qui lui était donné ; tout passait en Egypte, mais les fondations des temples et la corporation gérante de leurs richesses restaient seules. Le danger qui résulte de l’accumulation des biens de mainmorte entre les mains du clergé, à toutes les époques, dans tous les pays, se révéla aussi en Egypte. Il vint un temps au début de la XXP dynastie où le haut clergé fut assez puissant pour ambitionner de n’étrc plus au service du souverain, mais d’être Ini-mème le souverain; alors se constituèrent les dynasties des prêtres-rois au détriment des Pharaons % Ce fut la conséquence historique tardive, mais inévitable, de la mise en pratique de la formule du souton di hotpou et de la théorie de la filiation divine des rois : elles avaient fait la puissance du pouvoir royal, elles en causèrent aussi la ruine, s’imposant de tout leur poids aux destinées de la monarchie égyptienne.

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