I. — Hydrocarbures
Los combinaisons du carbone avec l’hydrogène sont fort nombreuses; leur importance est très-grande, et on peut les considérer comme formant la base de tous les composés organiques. En effet on peut les former en traitant ces matières par des moyens appropriés.
Ce sont eux qui servent à produire tous les autres principes. Formés de deux corps combustibles, ils .se distinguent de tous les autres composés de l’hydrogène par leur neutralité. Leur nombre est très-considérable ainsi que la variété des rapports de leurs éléments. Les uns sont gazeux, les autres liquides et cristallisés, et leurs propriétés chimiques n’offrent pas moins de différences.
Beaucoup d’huiles essentielles sont formées exclusivement par des carbures d’hydrogène ou en renferment une notable proportion : telles sont les essences de térébenthine, de citron, de thym, de rose, etc. Les huiles de pétrole, le naphto, les produits de distillation de la houille, sont formés presque exclusivement par des mélanges d’un certain nombre de ces substances.
La plupart des essences hydrogénées chauffées avec l’acide pbosphorique anhydre ou avec d’autres agents déshydratants, tels que l’acide sulfurique concentré, le chlorure de zinc, se
transforment en carbures d’hydrogène en perdant leur oxygène à l’état d'eau.
Enfin tous les composés organiques traités par des agents hydrogénants énergiques, tels que l’acide iodhydrique concentré et à température élevée, à 280 degrés, se transforment en composés binaires formés d’hydrogène et de cai'bone.
Les rapports les plus simples que l’on observe entre les poids du carbone et de l’hydrogène contenus dans ces composés sont représentés par les formules suivantes :
Les composés les plus simples répondant à ces compositions sont : l’acétylène l’éthylène CW; l’hydrure
d’éthylène, et le formène CW. On ne connaît pas de composé renfermant une plus forte proportion d’hydrogène combiné que celle renfermée dans le formène : c’est le terme de saturation du carbone par fhydrogène.
Un grand nombre de chimistes expriment cette propriété en disant que l’atome de carbone C'^est tétratomique, l’hydrogène étant considéré comme un élément simple monoatomique.
Au contraire, on connaît un très-grand nombre de composés dans lesquels le rapport du nombre d’équivalents de carbone à celui des équivalents d’hydrogène est inférieur à 2, et l’on peut presque dire que ce rapport passe par toutes les valeurs de 2 à 0. Ainsi, quand on examine les principaux produits de la distillation de la houille, à côté du formène on observe la benzine la naphtaline l’anthracènc
dans lesquels la proportion centésimale d’hydrogène diminue, en même temps que le point d’ébullition s’élève ; le bitumène, carbure très-stable, ne renferme environ que 5 pour 100 d’hydrogène. Enfin le charbon de cornue doit être regardé lui-même comme une espèce do carbure d’hydrogène, car il renferme encore une proportion d’hydrogène ([ui atteint
plus de 1 pour 100, et par l’action de l’acide iodhydrique 011 peut le transformer en véritables carbures d’hydrogène. Il engendre ainsi une notable proportion de formène.
On a cherché à grouper les carbures d’hydrogène, d’après leur composition centésimale, en différentes séries qui réu^ lussent ensemble des composés jouissant de propriétés voisines. Sous le rapport de la composition on peut distribuer les carbures en séries et en groupes : chaque série renfermani les termes homologues qui diffèrent les uns des autres par n. chaque groupe comprenant les carbures renfermant un môme nombre d’atomes de carbone.
La série qui comprend les carbures les plus riches en hydrogène est celle que l’on nomme série saturée : le premier terme est le formène, le second terme est l’hydrure d’éthylène. L’éthylène et ses homologues forment une série moins riche en hydrogène et dont tous les ternies offrent la môme composition centésimale. L’acétylène est le premier terme i!’une troisième série. Dans les séries suivantes, les premiers b'i'rnes, ceux contenant un petit nombre d’atomes de carbone sous un môme volume de vapeur, manquent complètement. Pour les séries situées au delà de celle de l’acétylène, les premiers termes seraient formés par différentes variétés polymériques de carbone de plus en plus condensés ; cette hypothèse semble d’ailleurs être vérifiée, au moins en partie, par l’étude des propriétés des diverses variétés de carboni' amorphe.
Le tableau suivant fait comprendre le principe de cette classification.
Le nombre des séries est bien plus considérable. C’est ainsi que l’on a la série du styrolène, celles de l’antbracène, du chrysène, etc. Dans chacune de ces séries le rapport du nombre d’équivalents d’hydrogène à celui du carbone va en diminuant pour le premier terme de chaque série; dans chaque série il passe par un certain nombre de valeurs comprises entre ce premier rapport et l’unité à mesure que les carbures deviennent plus compliqués, c’est-à-dire plus élevés dans la série.
Cette classification des carbures d’hydrogène ne représente pas seulement un groupement basé sur la composition centésimale, elle est la représentation des propriétés capitales des carbures d’hydrogène.
La première série comprend des corps qui ne peuvent, dans aucun cas, fixer d’éléments nouveaux ni former des composés polymères. De même que l’on ne peut obtenir de combinaisons renfermant une plus forte proportion d’hydrogène que le gaz des marais C®H*, de môme on ne connaît pas de carbure d’hydrogène renfermant une plus grande proportion d’hydrogène que ne comporte la formule générale C®"H^'‘ + qui comprend tous les carbures de cette série. Cette série renferme tous les carbures complètement saturés, corps qui présentent une indiflerence très-grande pour le plus grand nombre dos composés do la chimie; ils ne sont facilement attaqués que par le chlore ou le brome en présence du soleil, ou par l’intervention d’une chaleur voisine du rouge naissant, en fournissant des produits de substitution.
Lorsqu’on fait intervenir des actions hydrogénantes intenses sur tous les autres carbures, on fixe sur eux des quantités variables d’hydrogène et on arrive à les transformer en carbures d’hydrogène entièrement saturés de la première série (1).
(1) Bertlielol, Ann. Mm. el phys., 4' série, t. XX, p. 392.
On peut taire dériver tous les carbui-es forinéniques du premier terme de la série, le formèue en substituant
à l’hydrogène un volume égal de vapeur d’un carbure saturé, le formèue par exemple ; on représente ainsi le second carbure, l’hydrure d’éthylène :
Mais la substitution du formène peut porter sur l’une ou l’autre des molécules d’hydrogène du formène, et l’on comprend que l’on puisse obtenir ainsi des composés différents de môme formule et d’autant plus nombreux que le composé sera plu’s complexe.
On ne connaît pas de carbures isomériques de l’hydrure d’éthylène, et ils ne paraissent pas exister. Mais au conti-nire il existe plusieurs hydrures d’hexylène (1), et les hydruresdes carbures polypropyléniques paraissent être isomériques des composés de même formule qui existent dans tes pétroles d’Amérique.
Cependant les radicaux alcooliques, tels que le diméthyle, le diéthyle, l’éthylure d’amyle, semblent être identiques avec l’hydrure d’éthylène, l’hydrure de butylène, l’iiydrure d’heptylône, que l’on rencontre dans les pétroles et dans certains carbures d’origine pyrogénée (2).
Les carbures de la seconde série ou carbures éthyléniques possèdent au contraire des uffinités chimiques très-sensibles; ils sont tous capables de fixer directement un équivalent d’hydracide, acide chlorhydrique, acide bromhydrique, acide iodhydrique, en fournissant des composés neutres identiques ou isomériques avec les éthers chlorhydriques, bromhydriques, iodhydriques, des alcools correspondants (3). Ils
(1) Berthelot, Bulletin Soc. chim., t. XI, p. 16. — G. Ilouchardat, Ann. chim. et phijs., 4® série.
(2) Schorlemmor, Annalen der Chem, uiul Pharm., t. CXXIX, p. 243; an», chim. et phys., 3® série, t. LXVIII, p. 210.
(3) Berthelot, Ann. chim. et phys., 3® série, t. Ll, p. 81. — Wurtz, Comptes eendus, t. LV, p. 370.
s’uiiissiMit directement ii une molécule d’acide sulfurique en donnant naissance à l’acide éthylsulfurique et à ses liomoogues (acide isopropylsulfurique, etc.)- Enfin ils sont susceptibles de se combiner avec eux-mêmes en fournissant des composés polymères (1) qui jouissent de la propriété de fixer, en particulier, 2 équivalents d’hydrogène, comme le carbure qui leur a donné naissance, en formant des carbures complètement saturés. Ainsi le propylène (7’H® fixe H® et fournit le composé (7H**; le tripropylène fixe égale¬
ment IF en donnant un hydrure de nonylène. On caractérise l’ensemble de ces propriétés en disant que Jes carbures éthyléniques sont des carbures incomplètement saturés du premier ordre. On peut les représenter par une môme formule générale (—), la parenthèse exprimant que ces car¬
bures peuvent fixer l\ volumes de vapeur d’un hydracide ou d’hydrogène pour donner naissance à des composés saturés.
Les isoméries dans la série éthylénique s’expliquent de la même façon que dans la série précédente ; elles sont un peu mieux connues. L’éthylène ne présente pas de composé isomérique à l’état libre, bien que certains chimistes admettent l’existence dans un certain nombre de composés, d’un second carbure de même formule, l’éthylidène (2). On connaît en particulier plusieurs isomères du butylène (71F.
La série acétylénique ne renferme encore qu’un petit nombre de carbures d’hydrogêne connus : les principaux sont l’acétylène (3) C'‘1I^ l’allylène (7H'‘, le crotonylène ou éthylacétylène C^H®.
Les carbures sont capables de se combiner, comme l’éthy-
(1) Sérullas, Ann. chim. etphys., t. XXXIX, p. 153. — Marcliand, .lourn, fur prakt. Chem., t. XIV, p. 1. — lîal.aril, Ann. chim. et phys., 3' sârio, I, XII, p. 29â. — Bauer, Ann. chim. et phys., 3“ série, t. LXllI, p. 461.
(2) Lioben, Répertoire de c/ü'm. pui'c, p. 190, 1861.
(3) Bcrthelot, Ann. chim. et phys., 3“ série, t. LXVII, p. 52. — K. Cavenloii, Didl. Suc. chim., p. 169, 1863. —Sawitscli, Comptes rendus, I. I.ll, p. 399.
lène, avec les hydracides el avec l’hydi-ogène; mais pour fournir des composés saturés, ils absorbent une quantité deux fois plus considérable de ces composés.
L’acétylène forme ainsi avec l’acide iodhydriqueunediiodhydrate C^H®(H1)(H1) composé très-stable. Il fixe aisément l’hydrogène, et cette réaction semble s’effectuer pour ainsi dire en deux phases. Ainsi, par l’action des solutions alcalines hydrogénantes de sulfate de protoxyde de chrome et de potasse, il se transforme en éthylène dès la température ordinaire :
tandis qu’il faut employer l’acide iodhydrique en solution concentrée et à la température de 270 degrés pour le transformer directement en hydrure d’éthylène (1).
Les carbures de cette série se polymérisent facilement en donnant lieu à de nouveaux carbures des séries suivantes.
Les carbures de la série benzénique forment un groupe très-distinct des précédents, et très-naturel. Ces composés, qui, d’après leur composition, devraient fonctionner comme des carbures incomplets du quatrième ordre, présentent au contraire dans la plupart des réactions les propriétés des carbures saturés. Cependant on peut faire reparaître la propriété de composé incomplet en faisant intervenir des actions énergiques. La benzine C‘^H® fournit par l’action de l’acide iodhydrique un hydrure d’iiexylène C'W^; par l’action du chlore en présence des rayons solaires, un hexachlorure C‘*H®C1®, etc.
Les carbures benzéniques ne réagissent ])as, au contraire, sur les hydracides pour donner des composés analogues aux éthers chlorhydriques.
Ces propriétés anormales s’expliquent par le fait même de la formation de la benzine, carbui'e dont ils dérivent tous;
(l) Berthelet, Ann. chim. et phtjs,, 3“ série, t. LXVll, p. .’i'i.
fil effet la benzine n’est autre chose qu’un polymère de l’acétylène, le triacétylène : elle se forme par l’action
(le la chaleur seule sur ce composé.
L’ac(ffylène, étant un composé incomplet du deuxième ordre, tend à fixer les composés les plus divers pour se saturer. On conçoit qu’il puisse fixer une et même deux molécules d’acétylène et le composé ainsi formé
sera saturé en quelque sorte. Cependant chaque molécule d’acétylène, que nous avons figurée renfermée par une parentln'ise, est elle-même une molécule incomplète du second ordre, de sorte que la benzine formée sera en réalité un composé incomplet du quatrième ordre ; mais de même que dans l’acétylène nous avons vu que la seconde affinité est {)lus difficile à manifester que la première, de même dans la benzine les quatre affinités libres seront en quelque sorte latentes et difficiles à mettre en évidence.
Cette propriété de former des composés incomplets, mais jouissant des principaux caractères des carbures saturés, se retrouve continuellement dans les séries suivantes.
Les carbures qui en font partie présenteront donc tantôt les caractères de composés saturés, tantôt celui de carbures présentant un nombre variable d’affinités faciles à satisfaire. On devra donc en faire des groupes séparés dans la même .série.
La série des carbures renferme le camphène
C"“H'®, qui a les caractères d’un carbure incomplet du premier ordre formant un rnonochlorbydrate ; de même le térébène e.st un carbure incomplètement saturé du second ordre formant un dichlorhydrate, un dihydrate; mais ces deux carbures peuvent, par des actions énergiques, fixer 311- et se transformer en carbures complètement saturés.
Lu grand nombre de chimistes ont cherché a expliquer ces réactions communes et dilférentes des carbures d'hydrogène, en s'appuyant seulement sur ce fait (pie le carbone se coin-
biiio avec quatre atomes d’hydrogène ou de tout autre com- ])osé monoatomique, pour former un composé saturé, et en admettant que les atomicités du carbone dans les composés complexes peuvent être en partie saturés par les atomicités d’une autre molécule de carbone (1).
Voici comment ils représentent les divers carbures d’hydrogène. Pour les carbures saturés normaux, les atomes de carbone sont supposés rangés sur une ligne, chaque atome de carbone intermédiaire ayant deux de ses atomicités saturées chacune par chacun des atomes de carbone qui sont contigus. La formule du forraène étant représentée par le .symbole ;
la formule de l’hydrure d’hexylène normal sera représentée pai- la formule :
Il H H H H U H H
Les isoméries peuvent être exprimées dans cette notation en remplaçant un atome isolé d’hydrogène par un atome d’un résidu monoatomique d’un autre carbure, ou radical monoatomique, et formant alors une chaîne latérale.
Les carbures des deux séries suivantes se repré.sentent de la même façon ; deux ou quatre affinités du carbone n’étant pas satisfaites et restant libres, la formule de l’éthylène devient
HîC-i—C2H-2
Ces formules constituent ce que l’on est convenu d’appeler des chaînes ouvertes.
(1) Kekulé, Traité de chimie organique (udil. allcniandei : liull. Soc. chim., t. III, p, 98; Annalen der Chem, und Phurm., t. CXXXVII, p, 129. — Wuitz(atoniicifé dos radiraiix aleoolifiues), chim. et phyt.. 3'' série, I. XLIV, p. 275.
On a également essayé d’indiqiier par des formules les principales réactions de la benzine et de ses homologues, carbures incomplètement saturés, en les faisant dériver de la benzine et non de l’acétylène, qui est le génératèur de la benzine et par suite de tous ses composés.
On admet alors que chaque atome de carbone C“ a, d’un côté, une de ses atomicités satisfaite par l’atomé de carbone correspondant ; et, de l’autre côté, deux de ses atomicités satisfaites de la môme façon parmi Iroisième atome de carbone. On forme ainsi une figure hexagonale symétrique, d’après laquelle il ne reste que six atomicités libres, une |)ar chaque atome de carbone, et qui sont satisfaites dans la benzine par six atomes d’hydrogène, pouvant être remplaçais par des résidus monoatomiques ou radicaux monoatomiques clans les homologues de la benzine.
Il -c-i C'C- H \ /
Cette formule exprime en effet les principales réactions de ces carbures et leurs isoméries les plus saillantes, lorsqu’ils fonctionnent en tant que carbures saturés ; mais elle ne rend pas compte de certains phénomènes d’addition telles que la fixation directe du chlore ou celle de l’hydrogène; pour représenter ces réactions on se,sert d’une seconde formule figurative formant chaîne ouverte. On a également proposé des formules analogues, dérivant pour ta plupart de la formule de la benzine, pour représenter les principaux carbures des séries suivantes. Ces formules ne sont en fait que l’expr-ession d’hypothèses qui ne sont pas toujours justifiées-, elles sont exposées aux mônres objections capitales que nous vmions d’exposer trop brièvemrmt.
Nous avons déjà indiqué les principaux procédés employés pour obtenir les carbures d’hydrogène, et qui consistent soit à réaliser l’union directe du carbone pur et de l’hydrogène à l’aide de l’influence électrique, soit à faire agir l’acide carbonique ou l’oxyde de carbone à une haute température suite potassium ou les métaux alcalins, soit en déshydratant un grand nombre de substances naturelles par l’action de la chaleur et d’agents chimiques.
On forme également un grand nombre de ces composés eu faisant agir le zinc, un métal alcalin, ou le zinc éthyle suites éthers iodhydriques (1). En faisant agir le sodium sur un mélange de deux éthers iodhydriques ou bromhydriques différents, ou liien sur un mélange équivalent d’un de ces éthers et d’un carbure d’hydrogène monobromé (2), ou obtient des carbures d’hydrogène mixtes qui peuvent être isomériques avec les précédents. Ce procédé a été utilisé en particulier pour obtenir la synthèse des principaux carbures de la série benzénique.
Par l’action du sodium sur les chlorures ou bromures d’addition, on régénère en général le carbure d’hydrogène.
On obtient aussi certains carbures d’hydrogène par l’électrolyse de solution de sels d’acides à fonction simple monohasiques ou bihasiques.
Les agents réducteurs énergiques transforment les composés organiques les plus divers en carbures d’hydrogène : ainsi la poudre de zinc transforme l’alyzarine en anthracène, etc.
Mais le composé dont l’action est à la fois la plus générale
(1) Frankland, Annalcn (1er Chem, und Pharm., 2“ série, t. IX, p. 329; Ann. chim. et phys., 3“ série, t. XXXIX, p. 224, et t. XLV, p. 114.
(2) Wurtz, Ann. chim. et phys., 3® série, t. XLIX, p. 275. — Fittig et Tolleii.s, Bull. Soc. chim., t. III, p. 132. — Fittig et Ernst, Ann. der Chem, und Pharm., t. CXXXIX, p. 84.
(3) Frankland, Annalen der Chem, und Pharm., t. lAXl, p. 171. — Kulb, Annalcn der Chem, und Pharm., t. LXIX, p. 279. — Wiirlz, loc. cit.
et la plus complète, est l’acide iodhydriquc employé en grand excès et à une température voisine de la température à laquelle il se'décompose. Tous les composés organiques se transforment ainsi en les carbures saturés dont ils dérivent. De plus, si l’on fait agir ce composé sur les carbures d’hydrogène non saturés, en modifiant les conditions du phénomène, soit en faisant varier les proportions du réactif, soit en abaissant la température, on peut obtenir une série de divers hydrures successifs : tels sont par exemple le monohydrure, la naphtaline, le dihydrure, et enfin riiydrure d’éthalène, terme ultime de l’hydrogénation (1).
L’action de la chaleur, soit seule, soit aidée par des agents chimiques, transforme un grand nombre de substances organiques en produits complexes parmi lesquels les carbures d’hydrogène les plus divers.
L’acétate de potasse chauffé avec de la chaux sodée se transforme en formène
Le formiate de baryte donne à la distillation divers carbures parmi lesquels le formène, l’éthylène et le propylène (2).
Le sulfure de carbone, chauffé en présence du cuivre ou du fer et de l’hydrogène sulfuré, produit divers carbures d’hydrogène.
L’action de la chaleur rouge modifie énergiquement les carbures d’hydrogène, soit isolés, soit mélangés ou bien en présence d’hydrogène (3).
Lescarbu res non saturés tendent tout d’abord à se condenser et engendrent des carbures polymères, et plus géné-
(Ij liei'tlielot, Ann. chim. et phijs., 4“ série, t. XX, p. 392 et suiv.
(2) üerlhelot, Chimie organique fondée sur la synthèse, U 1, p. 12 et suiv.
(3) lierthelot, Ann, chim. et phys., 3° série, t. LXVII, p. 52; 4* série, t. IX, p. 431 à 483; t. XII, p. 5 à 96, et p. 122 à 243; 4“ série, t. XVI, p. 143 à 187; Comptes rendus, t. LXIII, p. 479. — Prunier, BulL Soc. Chim, t. XIX, p. 147.
raleiiK'nt des carbures nouveaux, formés par la réunion de plusieurs molécules du carbure primitif.
Telle est la transformation de l’acétylène en benzine C’H® et en styrolène
Les condensations ainsi produites sont réciproques avec la décomposition des carbures complexes en carbures plus simples (reproduction de l’acétylène avec le styrolène et avec la benzine), (reproduction de l’éthylène avec l’amylène).
Dans les mômes conditions les carbures se combinent directement avec l’hydrogène : telle est la formation del’hydrure d’éthylène par l’union de l’éthylène avec l’hydrogène; la réaction inverse s’établit également, les carbures se séparant en hydrogène et carbures moins hydrogénés. Transformation des hydrures en butylène et en crotonylène.
Enfin les carbures d’hydrogène s’unissent directement les uns avec les autres : union de l’éthylène avec l’acétylène, de la benzine avec l’acétylène; ils se dédoublent également en partie sous la môme influence.
Ces mécanismes se réunissent souvent deux à deux poui' produire des effets plus compliqués.
La décomposition immédiate d’un carbure d’hydrogène ne répond pas à sa résolution en éléments, mais à sa transformation en polymères ou en carbures plus condensés avec perte d’hydrogène. Cette transformation ne s’effectue point d’ailleurs à une température absolument fixe, mais elle s’opère entre un vaste intervalle de température compris entre le rouge sombre et le rouge blanc.
Durant cet intervalle, le carbure est décomposé en proportion d’autant plus forte et avec une vitesse d’autant plus grande que la température est plus élevée.
Entre chaque genre de réaction et la léactiou réciproque il s’établit souvent une soi'te d’é((uilibre mobile, variable avec la température et les corps qui se trouvent en présence. Enfin ces réactions ne sont |)as instantanées. Le i-ôle du temps est
oapilal, car il explique comment certains corps peuvent subsister momentanément, voire môme prendre naissance à une température qui serait capable de les détruire complètement si son influence se prolongeait.
Telles sont les conditions qui président à la formation des carbures pyrogénés. On voit comment on peut engendrer de, cette façon une variété de produits pour ainsi dire illimitée par l’application méthodique de quelques lois très-simples et tié.s-générales.
Après avoir terminé ce rapide exposé des principes qui l'èglent la formation des carbures d’hydrogène, nous allons passer en revue les principaux composés de carbone et de chlore, qui donnent lieu d’ailleurs aux mômes considérations générales.
il. — l'oniliinnison dn carbone nvcc le «rhlorc et Ic^ brome.
Le carbone ne s’unit directement ni au chlore, ni au bronie; de pareils composés ne peuvent ôtre préparés ((ue par l’action du chlore ou du bronie sur divers composés organiques. Il semble qu’à chaque carbure d’hydrogène doit correspondre un chlorure résultant de la substitution du chlore à l’hydrogène ; il n’en est cependant pas ainsi. Quand on cherche à atteindre le dernier terme do la chloruration de carbures complexes, tels que le toluène, il arrive un instant où les t'Iémcnts du carbure se séparent en éléments plus simples, et l’on n’obtient que de la benzine perchlorée et du formène tétrachloré.
Le nombre de ces composés bien définis actuellement est des plus restreints ; ce sont ; le formène perchloré CW, l’éthylène perchloré C^Cl*, l’hydrure d’éthylène perchloré ou sesquichlorure de carbone C^CP, la benzine perchlorée ou • blonire de Julin C/W, et la naphtaline perchlorée C2“CP.
On a produit divers autres chlorures de carbone saturés de chlore en faisant agir ce composé sur les hydrures saturés sous l’action des rayons solaires. On ne connaît que l’éthylène tétrabromé.
La même classiücation qui a servi pour les carbures d’hydrogèm; convient aux chlorures.
Ces composés se transforment les uns dans les autres par l’action de la chaleur rouge, comme cela a lieu pour les carbures pyrogénés. Cependant le chlorure de Julin ou benzine perchlorée possède une stabilité considérable et une résistance aux agents plus grande que la benzine. 11 paraît exister, à la température rouge, un équilibre entre le tétrachlorure (]®CP, le sesquichlorure C^Cl®, et l’éthylène perchloré C^Cl* ; mais si l’on prolonge trop l’action de la chaleur, tous ces composés finissent par se transformer plus ou moins complètement en benzine perchlorée, et les parois des tubes se recouvrent d’un charbon métallique renfermant du graphite. Lorsqu’on fait passer simultanément dans un tube rouge un mélange d’hydrogène et de vapeurs de tétrachlorure de carbone, il se régénère divers carbures d’hydrogène parmi lesquels du formène, de l’éthylène etde la naphtaline(l). Sous l’action d’agents hydrogéiiants divers, les chlorures de carbone finissent par se transformer en carbures d’hydrogène.
L’action des réactifs est encore peu connue et ne peut être généralisée; ainsi la potasse aqueuse ou alcoolique transforme le dichlorure et le sesquichlorure en chlorures, oxalate et hydrogène ou éthylène; le tétrachlorure, suivant les conditions de la réaction, se change en carbonate et chlorures avec formation de certaines quantités d’éthylène (*2). l^a
(1) Berthelet, Ann. chim. et phys., 3“ série, t. LUI, p. 154 ; Chimie ongunique fondée sur la synthèse, t. I, p. 48 ; Ann, chim. et phys., 3“ série, t. LI, p. 48.
(i) CewÜm', Ann. der Chem, und Phurm., t. CX, p. 247; t. 0X1, p. 174.
licrthelot, Ann. chim. et phys., 3“ série, t. LIV, p, 87 ; t. LVIII, p. 118.
benzine perchlorée n’est pas attaquée. Ces diverses réactions rapprochent de nouveau les chlorures de carbone des hydrocarbures et des composés correspondants de la chimie
organique.