‹ Du catéchisme à l'évangile [microforme]Chapitre 2 sur 3 · ESS · texte numérisé non relu

ESS

qu’en pleine église, et devant la paroisse assemblée, il m'avait fait subir; à son entière satisfaction, un interrogatoire d’une heure, ilalla jusqu’à me citer à tous comme une sorte de modèle à imiter, Etil prenait occasion des vastes connaissances dont il me faisait l'intarissable puits pour tancer vertement ses ouailles et leur reprocher la pénurie de savoir doctrinal dans lequelle pour tant elles n'avaient été laissées qu’à la suite de l'enténébrant enseignement clérical qu'on leur avait systématiquement inculqué. Il y avait, en effet, contraste étrange entre l'ignorance où étaient ces Pauvres gens des points fondamentaux de leur Propre croyance et la possession familière que s1 bonne mémoire en avait donnée à un enfant de douze ans qui avait acquis juste ce qu'il lui fallait de Connaissances pour rester toute sa vie dans l’irréductible ignorance.de la vérité, si Dieu, comme je l'ai dit, n’eût mis au fond de son cœur l'amour inextinguible de celle ci pour qu'il fût sauvé, Mais je rends grâce au Seigneur de ce que,

dans sa miséricorde, il m'a mis en état de me rendre ce témoignage :

qu’en abandonnant ma croyance première je n'ai pas délaissé une

inconnue, Et c’est parceque je la connais dans ses origines et dans

ses fins, que je la méprise et l’exècre du fond de mon cœuret que je

puis dire en toute plénitude d'assurance que ceux qui, de bonne foi,

la conservent ne le font que parcequ'ils sont tenus dans l'ignorance

de ce qu’elle est et que, frappés d'aveuglement, ils n’y savent pas

discerner l'opération du mystère d'iniquité qui a pris origine au temps

même des apôtres, concurremment avec le mystère de l'Evangile et

du royaume de Dieu.

Pour moi, nanti comme je l'étais de la parfaite connaissance de mon catéchisme et affligé de l'ignorance plus parfaite encore de l'Evangile, que le catéchisme a pour mission de cacher, j'étais alors loin de me douter que c’est ce même Evangile qui seul, comme dit saint Paul, “est la puissance de Dieu mise en action pour le salut de tous ceux qui croient,” comme nous l’apprend, en son épitre aux Romains (i, 16), ce grand apôtre, révélateur du mystère de l'Eglise, qui ne fut curé d'aucune paroisse, n'enseigna aucun catéchisme dans aucune sacristie, n'eut jamais de messe à dire ni à faire servir par des enfants, mais, par contre, avait la pleine assurance de son salut éternel comme je l'ai moi-même et comme l’a tout vrai croyant, tout Chrétien authentique. Pour mon compte, dis-je, je ne fus pas long à constater, à mon grand découragement, que la masse des connais. Sances théologiques ainsi accumulées dans ma mémoire laissait mon cœur vide de l'amour de Dieu et mon cerveau vide de sa connaissance. Je constatai bientôt que la multiplicité des pratiques dévotieuses, scrupuleusement et régulièrement observées par moi, n'avait Sur ma conduite et sur mes pensées aucun effet moralisateur sensible, Et sur mes compagnons de jeu, moins bien ferrés que moi sur la doctrine, mais adonnés au même formalisme extérieur, l'influence édifiante älu catéchisme et des actes cultuels et religieux

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dont il contient le précepte n'était, spirituellement, ni plus vivifiante, ni plus purifiante ni plus régénératrice que sur moi. Il m'est évident que, pour eux comme pour moi, ni le baptême ni l'eucharistie, détournés de leur signification primitive et pratiqués, comme ils le sont dans les églises mondaines, contrairement aux prescriptions évangéliques, ne nous avaient ni régénérés ni faits enfants de Dieu, là n'étant pas, du reste, le but de leur institution, même s'ils étaient évangéliquement mis en usage. Nous nous convertissions bien, à ce que nous croyions, périodiquement et ponctuellement, mais plus vainement encore et pour retomber immédiatement dans nos miséres, nous moquant ainsi inconsciemment de Dieu et de sa miséricorde par ce jeu de bascule de nos repentances et de nos rechutes itératives. Avec le plus ardent désir de me conserver pur, j'accomplissais rigoureusement tous les devoirs à moi prescrits; mais, malgré ma bonne volonté et le soin extrême que j'apportais à la préparation de mon cœur irrémédiablement dépravé par nature, simplement parcequ’il était cœur humain, je n'étais jamais satisfait de mes confessions ni de mes communions, desquelles, si religeusement conduites qu’elles fussent, je ne pouvais tirer ni la paix désirée ni la force de résister au mal. Le péché, dont le principe, humainement indéracinable, est en nous depuis Adam tombé, me dominait de toute sa puissance ; j'en étais le très-scrupuleux, très-religieux, très-pieux et très-soumis esclave. Comme tout homme religieux d’inclination l'est nécessairement—par nature et par pensée, sinon par action— j'étais à la fois dévot et vicieux, superstitieux et pervers, pur par le désir et pourri de fait. , La parole de Dieu se trouvant cachée à mes yeux par le catéchisme qui l'avait remplacée et devait m'en tenir lieu, je ne pouvais savoir ce qu’elle établit si clairement : que la dépravation absolue est l’état normal de l'homme religieux ou irreligieux, et la corruption irréductible celui de toute chair, du saint comme du réprouvé. Comme, depuis, par la miséricorde de Dieu, j'ai été mis en présence de moi-même, au cours d’une longue épreuve dont le détail ne saurait faire le sujet du présent opuscule, et que j'ai pu dire avec Musset :

‘Il n'existe qu'un être Que je puisse en entier et constamment connaitre,

Sur qui mon jugement puisse enfin faire foi, Un seul--je le méprise--et cet être, c'est moi l’

et avec Beaudelaire :

‘Ah! Seigneur! donnez-moi la force et le courage De regarder mon cœur et mon corps sans dégoût,’

j'ai modifié du tout au tout les notions à moi inculquées par l’absorption du catéchisme contrefacteut de l'Evangile ; et c’est cette modification, ou plutôt ce renversement complet de mes notions enfantines qui m'amêne à faire l'examen entrepris Comme enfin, depuis

l'époque où s'agitaient en moi les idées puériles, égaranies et pernicieuses aihsi inculquées, j'ai connu la vérité divine et libératrice que la seule Ecriture sainte contient et enseigne et loin de laquelle j'avais été tenu par Je catéchisme ; comme, de-plus, par le grâce de Dieu, Sa Parole, selon l'expression de saint Paul (Col. iïi, 16), est venue habiter richement en moi en me donnant la vie éternelle qui fait le sujet du Présent travail, je viens mettre en regard l’un de l’autre le moyen indiqué par le catéchisme et le moyen indiqué par l'Evangile pour l'obtenir. Le lecteur restera libre de faire son choix

entre ces deux moyens qui sont, je l'en Préviens, diamétralement Op-

posés l’un à l’autre et conduisent nécessairement à des fins absolu-

ment contraires. Pour moi qui n’ai dessein de tendre de piêge à qui

que ce soit, je nai pas voulu lui dissimuler un seul instant qu'optant Pour la Parole de Dieu, j'ai pris résolument parti pour l'Evangile

que je tentais pour en réaliser l'objet, je ne COnnalssais, ni n’aimais Dieu, ni ne Le servais. Or, connaitre, aimer et servir Dieu constitue, d’après le catéchisme, Ja valeur, la monnaie au moyen de laquelle il faut acquérir la vie éternelle, comme la chose eit exposée clairement dans Ja réponse faite par le catéchisme à la deuxième des

— “Pourquoi Dieu vous a-t-il créé et mis au monde ? — Dieu m'a créé et mis au monde pour le connaitre, l'aimer, le servir et acquérir, par ce Moyen, la vie éternelle.”

condamné, je suis maintenant, en toute certitude de connaissance, Pourvu de cette vie éternelle inopinément insufflée en moi par le Verbe créateur sans que j'eusse jamais, jusqu'alors, ni connu, ni aimé ni servi Dieu, Et ajourd’hui je sais pertinemment que je ne Pouvais connaitre, aimer et servir Dieu qu'après avoir reçu de la

peine de s'occuper, Et sil existe au monde une question qui prime celle-ci en importance, en actualité et en urgence, je voudrais entrer en Communication avec l’homme intelligent qui me la signalerait. Le moyen appliqué dans mon cas est celui—unique—que j'ai trouvé indiqué dans l'Evangile de Jésus-Christ qui a fait cette invitation :

‘Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et

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mn : SN Du Catéchisme à l'Evangile, 17

moi, je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous, et apprenez de moi, car je suis débonnaire et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes. (Car mon joug est aisé et mon fardeau est léger,” (Matth. xi, 28-30), et qui a dit plus tard : “ Vous ne voulez pas venir à moi Pour avoir la vie,” (Jean v, 40). Et le but de ce traité est de démontrer, avec la grâce de Dieu, que ce moyen est le seul bon. Car si toutes voies conduisent à Rome, il n’y en a qu’une qui conduise à Ja Jérusalem céleste, laquelle, demeure de l’Agneau, est à l'opposé de la cité aux sept collines fondée par les nourrissons de la Louve. Jésus-Christ, en Jean xiv, 6, nous a indiqué Lui-même cette voie quand Il a dit: “Je suis la voie, la vérité et la vie.”

Comme la réponse du catéchisme à étudier est le renversement complet de la doctrine évangélique du salut, je veux en renverser l'ordre phraséologique pour la critiquer et l’examiner à rebours de sa construction que j'échelonne ainsi dans sa facture actuelle pour plus de clarté :

I. Dieu m'a créé et mis au monde IL. pour le connaitre, III. l'aimer, IV. le servir V. et acquérir, VI. par ce moyen, VII. la vie éternelle.

Nous voici avec une échelle de se çant naturellement par celui du bas.

ablement la matière de Sept chapitres ou opuscüles consécutifs qui

Et maintenant, avec la grâce de Dieu invoqué et le secours de son Saint-Espñit, si je me Propose d'examiner la réponse ainsi échelonnée En commençant par le premier barreau de l'échelle ainsi établie, c'est qu’il convient évidemment de savoir tout d’abord ce que c’est que la vie éternelle donnée ainsi par le catéchisme comme Ja fin ultime pour laquelle l’homme a été créé et mis au monde.

Pour faire cet examen’j'entends ne prendre mes définitions, assertions, dénégations et conclusions, que dans les livres sacrés de l’Ancien et du Nouveau-Testament qui composent les Saintes Ecritures, la Parole de Dieu proprement dite, et plus particulièrement dans

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l'Evangile, parceque l'Evangile a été apporté par Jésus-Christ, préché par Lui et par Ses Apôtres autorisés et qu'il contient la doctrine seule salutaire et intangible de la “ foi qui a été we fois enseignée aux saints,” comme nous le voyons en Jude, 3, et “dès le commencement,” comme nous le voyons en i, Jean i, 1, “concernant la parole de vie ;” parceque l'Evangile est de Dieu, comme nous le voyons en Rom.,i, 1,et de Jésus-Christ, comme nous le voyons en ii, Cor, 1, 18: parce qu'il est la parole de Dieu même, comme nous, le voyons en Luc v, 1 et Marc i, 15; parce qu'il est la parole de vie, en Philip., ii, 15; parcequ'il a été apporté pour inculquer la foi par laquelle nous verrons que s’approprie la vie éternelle dont il va être question et comme nous le voyons en Jean xx, 31; parceque le rejeter c'est se déclarer soi-même indigne de cette vie éternelle, comme nous le voyons en Actes xii, 46; parcequ’il faut croire l'Evangile, Jésus- Christ en donnant Lui-même le précepte, comme nous le voyons en Marc i, 15; parcequ'il faut tout quitter pour suivre l'Evangile: le catéchisme et tous les autres recueils des “ vaines traditions de nos péres,” comme nous le voyons en Marc x, 29, 30; Actes xix, 18-20 ; vil, 39-51; i, Pierre 1, 18; parce que, partie intégrante des Ecritures dont il confirme l'autorité, il contient les “ paroles de la connaissance ” et que le Saint-Esprit commande de cesser d'écouter l’instruction qui fait errer loin de ces paroles, comme nous le voyons dans les proverbes de Salomon, xix, 27, et en Rom. xvi, 17,185 Col. ii, 8-10 ; parce qu'il est la parole de vérité et de salut, comme nous le voyons en Eph, 1, 13; parce qu’il doit être écouté, comme nous le voyons en Luc x, 39; Actes it. 22 et iii, 22, 23; parce qu'il doit être accepté, comme nous le voyons en Actes ii, 41 ; xiii, 46 ; i. Cor. xv, 12 ; parce qu’il doit être obéï, comme nous le voyons en ü. Cor. ix, 13; ü, Thess. 1, 8; i, Pierre iv, 17; Jean vii, 31; Gal. ii, 4, 5; parce qu'étant la parole même de Jésus-Christ, il est le seul roc inébranlable sur lequel il faille bâtir et que toute autre fondation est de sable mouvant; comme nous le voyons en Matth. vi, 24-27 ; parce que l’anathême couvre quiconque en prêche un autre ou prêche autre chose que ce qu’il prescrit, comme nous le voyons en Gal. i, 8, 9; parcequ'il est le livre le plus facile de tous à comprendre pour les cœurs droits, n’exigeant aucun interprête officiel ni autorisé, ayant été, comme tout le reste de l’Ecriture, dicté par l'Esprit-Saint pour donner l'intelligence aux plus simples et être compris des enfants, comme nous le voyons aux psaumes xvii, 7, 8; xix, 7 ; cxi, 10 ; cxix, 130, et aux Proverbes i, 4, 22-38; ii, ; viii, 5-9 ; ix, 1-6, 16; parceque ce sont précisément les prêtres, ministres, docteurs ou soi-disant tels qui s’endisent les seuls interprêtes autorisés qui, la plupart du

temps, n’y comprennent rien du tout parce ‘qu’ils n’ont jamais reçu ! ps, 0) J Ç

l'Esprit Saint et qu'ils ont été frappés d'aveuglement à cause de leur orgueil et de leur légendaire cupidité, comme nous le voyons en Jér. ïi, 8; Matth. xxii, 23-29 et nombre d'autres textes trop longs à don-

ner ici.

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