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cette ennemie jurée du commerce anglais, pour favoriser le commerce de ses nationaux en Asie centrale. Le Transcaspien suit précisément la direction des anciennes routes de caravanes et a complètement supplanté les transports à dos de chameau. Une foire annuelle pour la vente et l'échange des marchandises de l'Orient a été établie à Bakou, le port de la Caspienne qui fait face à la tête de ligne du Transcaspien. Cette foire, qui no fait que de naître, semble appelée à devenir un jour la rivale de la célèbre foire de Nijni-Novgorod. Grâce au télégraphe qui pénètre aujourd'hui dans toutes les villes de l'Asie centrale, la communication est établie entre les marchés de l'Orient et de l'Occident. Sur tous les territoires russes, les marchands russes sont exempts de droits, à l'inverse des marchands indigènes, et les produits européens sont rigoureusement exclus.
Depuis 1882, toute importation de marchandises étrangères sur les territoires transcaspiens est absolument interdite, et un droit d'entrée considérable frappe les tissus, les couleurs et les thés de l'Inde. Aussi, le commerce d'importation de l'Inde à travers l'Afghanistan estil presque frappé de mort. Le bazar de Boukhara, encombré naguère des cotons et des ca-
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licots anglais, est inondé maintenant des fabricats russes. Le même phénomène s'est produit dans le nord de la Perse et dans le Khorassan, qu'alimente aujourd'hui le chemin de fer transcaspien. Le général KomarofF signale dans son dernier rapport que la vente des marchandises russes augmente à mesure que di" minue celle des produits anglais dans les villes de Méched, de Goutchâne et de Boudjnourd.
L'annexion du port de Batoum a fermé aux Anglais une des routes de Téhéran, et l'importation anglaise, réduite à suivre la route beaucoup plus longue et plus difficile partant de Trébizonde, a diminué de vingt-cinq millions par an . Le chemin de fer transcaspien assure à la Russie le monopole exclusif du transit des produits de'l'Asie centrale, coton, soie, velours, laines, cuirs, fruits secs, tissus de soie et de coton, poils de chèvre et de chameau, en échange desquels les marchés asiatiques sont inondés déjà des marchandises russes. On peut conclure de tous ces faits que le chemin de fer transcaspien est destiné à devenir le pivot d'une grandiose conception mercantile qui embrassera la moitié de l'Orient et assurera l'ascendant du trafic russe en Asie centrale.
Ce qui serait bien autrement grandiose, ce
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serait la jonction du chemin de fer transcaspien avec les lignes de Tlnde. Notre génération verra-t-elle la 'réalisation d'un projet qui touche au plus vaste problème de la politique de la fin du siècle? Verra-t-elle franchir le dernier pas qui sépare la puissance moscovite de la puissance britannique ? Les Russes, qui ont déployé tant de vigueur en ces dernières années, sont évidemment déterminés à ne point s'arrêter en chemin. La question afghane n'est certes pas résolue, et la frontière factice établie récemment par la commission de délimitation n'en est pas le dernier mot. Le colonel AHkhanoff, le célèbre gouverneur de Merv, qui parcourait en 1888 le pays des Afghans, demanda aces braves gens ce qu'ils feraient s'il prenait Hérat, et leur réponse fut: « Nous ferions ce que vous voudriez. » Le mot rapporté par le comte de Cholet, qui accompagnait le colonel, montre bien la terreur qu'inspirent aux Afghans les soldats russes et l'insouciance dans laquelle ils vivent.
L'Afghanistan, qui se trouve compris entre deux réseaux de chemin de fer s'arrêtant à ses frontières, ne pourra opposer toujours la force inerte de la barbarie et du fanatisme à la force active delà civilisation, ni demeurer une éter-