‹ Du Centre Cortical et des Paralysies Corticales du PouceChapitre 12 sur 33 · ADR SE · texte numérisé non relu

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Mais pour lui, le cerveau proprement dit était un organe fonclionnellement homogène dont chaque partie élait susceptible de remplir les fonctions de toutes les autres.

On vivail sur ce double dogme de l'homogénéité du cerveau et delinexcitabilité de la substance grise quand Fritsch et Hitzig, en 1870, annoncerent au monde médical le résultat de leur découverte sur la faradisalion du cerveau mis à nu par une trépanation.

Ces recherches furent accueillies d’abord avec une orande défiance. Elait-il possible qu'un fait expérimental aussi grossier, aussi facile à observer eut échappé si longtemps et si complétement à l'attention des physiologistes ? (Fr. Franck et Pitres)

Les expériences de Ferrier devant le collège des chirurgiens de Londres, eurent un retentissement énorme etforcerentles savants à se rendreàalévidence.

En mars 1875, la commission nommée par la Société de neurologie de New-York déposait un rapport pleinement confirmalif.

Une foule d’expérimentateurs se jeta dans lanouvelle voie el Albertoni, Carville et Duret, Luciani el Tamburini, pour ne citer que les tout premiers, complèterent la découverte de Fritseh et Hitzig.

Les premieres applications des données nouvelles à l'homme semblent avoir élé failes par un chirurgien américain, Bartholow, qui dans un cas d’épithélioma du cuir chevelu et des os du crâne, ayant mis à nu la dure-mere, osa enfoncer des électrodes dans la substance cérébrale el produisit des mouvements divers dans les membres du côté opposé du corps:

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Mais le problème ne devint vraiment applicable à homme que gràce à la méthode anatomo-clinique, car en ce qui concerne l'étude du système nerveux central, elle est la seule qui puisse nous fournir des données certaines sur les fonctions de l’encéphale et de ses diverses parties chez l’homme.

… « Hippocrate dit quelque part que les connaissances les plus positives en physiologie ne peuvent venir que de la médecine. Cela est absolument vrai pour la physiologie cérébrale. Sans doute, il est intéressant de connaitre les effets des excitations et des destructions partielles du cerveau du lapin, du pigeon et du chien. Mais les résultats des expériences pratiquées sur les animaux ne peuvent rien apprendre de certain, de positif, sur les fonctions du cerveau de l’homme. » (Fr. Franck et Pitres.) Parce que chez le chien, par exemple, une lésion destructive de lPécorce ne provoque qu'une paralysie légère, incomplète, transitoire de la patte, il ne s'ensuit pas que chez l’homme des lésions similaires ne donnent pas des manifestations plus précises et plus détaillées, son membre supérieur si hautement différencié, n'ayant rien de comparable avec la patte d’un quadrupède.

La méthode anatomo-clinique permet seule de faire une analyse détaillée des fonctions du cerveau humain, car selon une expression très heureuse el très juste de Magendie «la pathologie du système nerveux, n’est

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2. CO autre chose que la physiologie expérimentale appliquée à l’homme ». |

Malgré les découvertes de Bouillaud et de Broca sur la localisation du langage articulé, malgré la remarquable découverte de Huglins Jackson rattachant certaines convulsions épileptiformes partielles à des lésions superficielles des circonvolutions, la plupart des cliniciens refusaient d'admettre le principe des localisations corticales.

Mais dès que furent bien élablis les faits expérimentaux annoncés par Fritsch et Hitzig et contrôlés par de nombreux expérimentateurs, dès qu'il füt bien prouvé qu'il existe une zône limitée (autour du sillon de Rolando chez le singe, autour du sillon crucial chez le chien) dont l'excitation électrique détermine des mouvements localisés et dont la destruction provoque des paralysies partielles dans le côté opposé du corps, on songea à en faire l'application à la pathologie humaine.

On recueillit des observations cliniques de nature à établir l'équivalence des régions fonctionnelles du cerveau des animaux et de celui de homme. Hitzig publia la première de ces observations. M. Lépine fit le premier travail d'ensemble (1875) qu'il compléla ensuite par des recherches sur.les monoplégies partielles, sur le centre corlical du pouce, sur le centre cortical du trismus.

C'est à ce moment aussi que Charcotet Pitres entreprirent leurs premières recherches sur les paralysies et les convulsions d'origine corticale (1877). Ils groupèrent un Lel faisceau d'observations anatomo-clini-

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ques, leur dossier s’accrut si rapidement qu'en très peu de temps, la doctrine des localisations motrices fut un dogme médical solidement assis.

Citer ici Lous les ouvrages, tous les mémoires ou tous les noms qui se rapportent à l'établissement de ce doume serait oiseux.

Nous n'en voulons rappeler qu'un, c’est le remarquable travail publié en 1895 par Charcot el Pitres (Bibliothèque Charcot-Debove) sur les «Centres moteurs-corticaux chez l'homme » où Pon trouve réunies et discutées près de deux cents observations tirées de la pathologie humaine.

De toutes ces recherches s'est dégagée cette Hotton c'est que la zone motrice du cerveau de l’homme occupe la partie sus-sylvienne du secteur moyen de l'hémisphère cérébral, qu'elle comprend les circonvolutions rolandiques, le lobule paracentral, les pieds d'insertion des circonvolutions pariétales et frontales et peut-être (Horsley et Schafer) la partie moyenne de la première circonvolution limbique. Elle correspond aux territoires irrigués par les deuxième et troisième branches de l'artère sylvienne (frontale et pariétale ascendantes).

Cette zone motrice comprend trois centres moteurs principaux, échelonnés de haut en bas :

do Le centre du membre inférieur correspond au quart supérieur des circonvolutions rolandiques et au lobule paracentral.

20 Le centre moteur du membre supérieur est le plus vaste, occupant les deux quarts moyens des circonvolutions rolandiques, s'étendant en arrière jus-

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qu'au sillon interpariélal et comprenant en avant, les

pieds d'insertion des premiere et deuxième frontales. % Le centre moteur de la face occupe lopercule

rolandique, le quart inférieur des circonvolutions ro-

landiques et le pied d'insertion de la troisième frontale.

Mais le fait le plus intéressant dans l'histoire de ces localisations corticales a été la découverte dans chacune de ces trois grandes zones de centres secondaires en rapport avec des mouvements des différentes articulations.

Cette constatation a donné à laquestion deslocalisations corticales une signification physiologique intéressante dont nous allons maintenant parler.

S [LL — CENTRES SECONDAIRES. — REPRÉSENTATION FONCTIONNELLE, ARTICULO-MOTRICE DANS L'ÉCORCE

Des expériences nombreuses ont démontré que chez le singe, les centres moteurs corticaux étaient formés par la juxtaposition de plusieurs centres secondaires à abtributions distinctes. EE c’est ainsi que chez le macaque el chez l'orang, on sait depuis longtemps qu'en excilant des points différents de la zone motrice brachiale, on oblient soit des mouvements de l'épaule, soit des mouvements du coude, soil des mouvements du poignet et des doigts.

En est-il de même chez l'homme el est-on en droit d'affirmer qu'il existe aussi chez lui des centres secondaires pour les différents segments de membre.

Cette existence est bien certaine aujourd'hui, car elle s'appuie sur les constatations de certains chirurgiens qui par excitation de l'écorce au cours de trépanations ont produit des mouvements isolés dans les différents segments de membre; elle s'appuie aussi sur quelques faits anatomo-cliniques, encore rares, mais néanmoins suffisamment .démonstratifs.

Ce qui est plus intéressant, c'est de savoir dans quel sens se fait cette représentation motrice au niveau de l'écorce, quelle est la valeur de ces centres corticaux: est-ce une reproduction géométrique de nos membres, est-ce une représentation de nerfs périphériques, de muscles que l'on trouve au niveau de l'écorce:

La réponse à cette question peut être faite aujour-d'hui d’une facon formelle : /a représentation corticale n'est pas une représentation anatomique, c'est une représentation physiologique. Ce n'est pas un nerf, ce n'est pas un muscle, ce n'est pas UN segment géométrique du corps qui sont représentés dans l'écorce, c'est une fonction motrice. L'unilé corticale est une unité fonctionnelle.

Cette notion s'appuie sur toute une série d'arguments, les uns physiologiques, les autres expérimentaux, d'autres tirés de la pathologie.

A.— Preuves physiologiques. — « Je ne pense « pas, disait déja en 1880 M. Lépine, qu'aucun « localisateur ait jamais supposé que l'écorce füt « un damier partagé en petites cases bien égales « et chacune en rapport exclusif avec une partie de

L'or « notre corps. Je proteste pour ma part contre une « telle conception qui n’a jamais été la mienne, »

Et de fait, cette conception simpliste ne résiste pas à un examen sérieux.

Il est facile de prévoir (contrairement à ce qu'on à eru d’abord) qu'il n'y à pas, dans l’écorce cérébrale, de centre spécial pour la sciatique, le radial, le médian.

Car il est impossible, ajoute M. Grasset à qui nous empruntons ces considérations. de contracter volontairement le groupe d'un nerf periphérique comme il est impossible de contracter volontairement le groupe de l'oculo-moteur commun ou loculo-moteur externe d'un côté ou des deux côtés. Il est au contraire facile, par ordre cortical, de fléchir lavant-bras sur le bras, comme il est facile par ordre cortical, de tourner les deux yeux à droite ou à gauche. Or, pour fléchir l'avant-bras sur le bras, il faut faire agir le musculocutané sur le biceps brachial et un rameau du radial sur le long supinateur et laisser inactifs d'autres rameaux du même radial.

On voit immédiatement, ajoute-tl, le paradoxe physiologique que soulèverait invinciblement ce mouvement très simple si on adoptait les unités des anatomistes pour les nerfs moteurs.

Il est facile également de démontrer que l'unité fonctionnelle ne réside pas dans le muscle.

Duchenne de Boulogne, Du Bois Reymond l'ont bien établi par leurs recherches électriques. On en a vu la démonstration au chapitre I où nous avons rappelé la physiologie du pouce.

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Les muscles isolés sont des unités anatomiques mais non des unités mécanino-physiologiques.

La physiologie des mouvements disjoint des portions d’un même muscle où réunit des muscles séparés par les anatomistes.

Il parait donc rationnel, à priori, par ces seules considérations, d'admettre avec M. Grasset, que l'unité corticale est une unité fonctionnelle, l'unité fonctionnelle étant représentée par le mouvement simple de chaque articulation. Nos centres corticaux doivent donc être des centres articulo-moteurs.

C'est ce que viennent confirmer lexpérimentation et la clinique.

B. — Preuves expérimentales. — La physiologie expérimentale a depuis longtemps établi que l'on pouvait par l'excitation de points donnés de lécorce obtenir des mouvements très différenciés des différentes articulations.

Dès 1870, dans leurs expériences historiques, Fritsch et Hitzig, chez le chien, reconnaissent des centres pour les extenseurs et pour les adducteurs du membre antérieur, des centres de flexion et de rotation.

Les recherches de Beevor et Horsiey, de Horsley et Schaffer sur le macaque et l’orang n'ont fait que confirmer cette dissociation de l’écorce cérébrale en centres articulaires.

Pareilles constatations ont pu être faites expérimentalement chez l'homme. Au cours de trépanalions, un certain nombre de chirurgiens, des américains principalement: Keen, Mills, Nancrède, Buchanan, ont fait

22 08 a la faradisation de l'écorce et ont vu suivant les points excités se produire des mouvements dans les différentes articulations.

Keen a obtenu des mouvements au niveau des, poignets el des doigts par excitation de la portion antérieure de la frontale ascendante, du coude el de l'épaule en appliquant le courant au-dessus de ce point.

Nancerède a obtenu des mouvements du pouce.

Floyd ef Deaver ont fait jouer de même les différentes articulations en excitant le clavier cortical.

Ilest à remarquer que dans toutes ces expériences les résultats sont toujours enregistrés par arlieulation et que les schémas reproduits dans tous les livres classiques représentent une carte dont les départements sont appelés du nom d'une articulation.

C. — Preuves cliniques. — Topographie des peralysies corticales. — C'est encore à la clinique qu'il faut s'adresser pour avoir la meilleure preuve de l'existence de ces centres articulo-moteurs, car seule la maladie peut disséquer expérimentalement, dans le cerveau de l'homme, des centres ou leurs prolongements immédiats.

L'étude de lx topographie des paralvsies d'origine: “orlicale vient à l'appui de ces vues physiologiques.

Lo L'étude attentive de la progression ou de la régression d'une hémiplégie d'origine corticale montre que les groupes musculaires successivement atteints ou successivement libérés correspondent (Toujours non aux nerfs des analomistes où à leurs branches, mais à des unilés fonctionnelles, à des mouvements simples

Ts de telle ou telle arliculation. Grassel à pu analyser: ainsi un cas curieux d'hémiplégie progressive qui à guéri.

2 L'étude comparative des différents groupes musculaires paralysés dans Phémiplégie d’origine cérébrale a servi encore à élayer celle conception. Ce travail est l’œuvre surtout de Wernicke et de Mann.

Wernicke a montréque dans lhémiplégie partielle, la paralysie se limite le plus souvent au membre inférieur, aux fléchisseurs de la jambe el aux fléchisseurs du pied.

Mañn fail des observalions analogues pour le membre supérieur. Les mouvements les plus atteints sont : lopposition du pouce, la supination de la main et la rotation du bras en dehors. Get auteur fait très bien remarquer que lhémiplégie ne frappe pas des muscles isolés, mais des complexus de muscles associés par leur fonction, c’est-à-dire des unités physiologiques.

C'est ainsi, dit-il, qu'on ne voit jamais le biceps et le long supirateur (tous deux fléchisseurs de l’avant-bras sur le bras) être pris séparément. Ils sont pris ou éparonés ensemble par une lésion cérébrale limitée, et pourtant ces deux muscles sont innervés par des nerfs différents.

Un travail analogue à été fait en France par Clavey sous la direction de Pierre Marie. Cet auteur a détaillé avec beaucoup de soin chez un grand nombre d’'hémiplégiques les groupes musculaires paralysés de lhémiplégie cérébrale. Pierre Marie à pu écrire dans son article « Hémiplégie » du Zraile de Médecine (Brou

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